XXXII INTRODUCTION
ques partisans dans le sein même du clergé : un instant on put craindre un schisme, s'il faut s'en rapporter à certains journaux du temps. Il y a là une exagération manifeste.' Les josépbistes en robe ecclésiastique étaient très-clairsemés. Il paraissait sans doute fort désirable que les jeunes théologiens reçussent désormais une éducation en rapport avec la civilisation moderne; mais en s'arrogeant le droit exclusif de diriger cette éducation, le pouvoir civil devenait oppresseur. En vain le Journal de Gand C)chevc\mi à donner le change à l'opinion. « Ici l'arbre de Bacon fleurit par toutes ses branches, écrivait-il : et l'on ose dire que l'instruction n*est pas libre ! » En vain un correspondant du Courrier des Pays-Bas appliquait au roi la parole * de l'Evangile : a Je ne suis pas venu pour détruire la loi et les prophètes, » on répondait de toutes parts aux sophistes :
0 pueri, fugite bine ! Latet Anguis in herbft...
Guillaume I voulut tenter un coup de mattre parle Concordat; mais le pape Léon XII fut aussi fin que lui. L'insuccès de cette tentative ne découragea pas le roi (*); son obstination ne fit que propager le désaifeclionnement parmi les libéraux aussi bien que parmi les catholiques, et força pour ainsi dire les deux partis, comme l'avait prévu de Potier, à se jeter dans les bras l'un de l'autre ('), sauf à se séparer de nouveau après la victoire.
Il ne nous appartient pas d'entrer ici dans le détail de ces débats ; il suffira de faire remarquer qu'ils contribuèrent à passionner notre jeunesse universitaire, plus préoccupée d'ailleurs des réclamations des libéraux que des motifs de plainte invoqués par le clergé. Le cri de liberté retentissait de toutes parts; elle y répondait comme par un vague instinct, sans avoir encore pleinement conscience du but précis de ses aspirations. Elle devint bruyante et inquiète : toute mesure autoritaire lui parut suspecte; un simple règlement d'ordre intérieur,
(•) N*dtf28ddcembroi82B.
(*) V. la circulaire du 5 octobre iSil,
(*) Gervinus, t. VII, p. 581. — Les arrêtes de 1829, modifiant à certains égards ceux de i825, ne satisfirent nullement l'opposition. On peut s'en convaincre en parcourant la brochure menaçante de Idvêque de Liège, Van Bommel, intitulée : Trois chapitres sur les deux arrêtés du ^0 juin 4829, relatifs an Collège philosophique : par un père de famille pétitionnaire. Bruxelles, septembre 4829, in-8".
INTROhrCTION. XXXIII
en 1826, provoqua une véritable insurrection (*). Ces premières agitations n'eurent à proprement parler aucun caractère politique ; elles attestèrent cependant, par Tattitude hostile des étudiants envers certains professeurs qu'ils croyaient être particulièrement à la dévotion du pouvoir, qu'il y avait un point noir à l'horizon. Quelques jeunes avocats, des élèves même du doctorat en droit, notamment les rédacteurs du Mathieu Laensbergh (*), commencèrent alors à battre en brèche la politique de Guillaume, au nom des idées libérales ; leur polémique hardie, vigilante, soutenue avec autant de talent que de généreux enthousiasme, surexcita de plus en plus les esprits, et les procès de presse eurent pour effet, comme toujours, de fortifier les rangs de l'opposition. Le Mathieu Laensbergh prit le nom de Politique et exerça, sous ce nouveau titre, une influence croissante (*). Le gouvernement s'émut. En 1829, une subvention de 2o,000 fr. (sur les fonds de l'industrie nationale) fut allouée au publiciste Mûnch (^\ nommé l'année précédente professeur à l'Université de Liège, à charge de créer un organe officieux. Malgré ce point d'appui, le Courtier universel ne naquit pas viable, et les manifestes de Mûnch contre la liberté d'enseignement, que V Union avait déjà inscrite sur son programme, ne firent qu'accroître l'irritation et les défiances. Les discussions à l'ordre du jour exaltèrent de plus en plus les étudiants : on courait se suspendre aux lèvres éloquentes du professeur de droit public; on commentait ses doctrines après chaque leçon; on en déduisait les conséquences; on protestait contre le fameux message du 11 décembre 1829; on commençait à dire que le régime inauguré en 1815 était un perpétuel coup d'État (*). Le roi voulut détourner l'attention en provoquant une enquête sur l'état de l'enseignement supérieur. Des rapports mûrement élaborés virent le jour < ®), mais ne produisirent aucun effet sur l'opinion et n'aboutirent pas. Dans le sanctuaire des éludes on songeait à peine aux études; les professeurs
(•) V. l'art. J.-G.-i. Ebnst.
(•) V.rart. F. VahHllst.
Cj Ul. Capitaine, Hech, sur tes journaux lUgeont. Liëgc, 1850, in-lâ^, p. 18i et suiv.
(*) V. ci-après, col. 479.
(*) Expression dont se servit plus tard M. Nothomb dans son Essai sur t histoire de ta
révoiuiioH ttclge.
(*) Rapport der Commissie, bijeengeroepen door K. bestuil van 43 aprit 1828, n' 100, ter raadpteging over sommige punten ttetreffende het hooger onderuùjs. La Haye, 1830, in-fol.