XXXIV INTRODUCTION
n*avaient plus de stimulant; les étudiants suivaient les cours parce qu*il les Tallait suivre, noais leur esprit était ailleurs : ils s*échaufTaient les uns les autres à propos des finances, de Timpôt^mouture, de la presse, de la magistrature, des droits mêmes de la couronne ('); ^ leurs yeux, comme aux yeux de tous, la cause de la liberté était devenue la cause de Tindépendance nationale. Un moment vint où l'on ne se posséda plus : aux barricades, à Ste-Walburge et jusqu'au gouvernement provisoire, partout se retrouvèrent au premier rang les enfants de l'Université de Liège.
Tout avait conspiré à exalter leur patriotisme, et l'influence du vieil esprit liégeois, et un souffle venu de France, et l'éducation constitutionnelle qu'ils avaient reçue. Ils combattirent pour la vraie liberté comme on l'entendait à Liège, où tout ce qui est imposé d'autorité p:iratt suspect, fût-ce le progrès. Le Timeo Danaos est en quelque sorte le mot d'ordre de nos populations; il n'en est peut-être pas en Europe qui puissent moins s'habituer à un gouvernement personnel. Si Guillaume avait compris cela ....
Revenons à TUniversilé. Nous avons dit qu'avant 1830 elle ne forma qu'un petit nombre de savants proprement dits; en revanche, elle trempa des caractères : l'un vaut bien l'autre. L'enseignement, relativement peu étendu et peu varié, y était surtout émancipateur ; il ne s'agit, bien entendu, que des cours à influence directe, de ceux où Guillaume forgea des armes contre lui-même, selon la pensée de M. Gerlache. On n'oserait dire que les examens fussent très-sérieux '); mais le système des dissertations et des concours, malgré ses abus, ofi*rait du moins cei avantage, que les bons élèves avaient l'occasion de donner des preuves réelles de capacité et non pas seulement de mémoire. En outre, l'Université n'avait pas à s'inquiéter de ses voisines, ce qui est un privilège inappréciable. La répartition même des leçons entre les professeurs était l'afiaire des Facultés; un professeur était nommé membre de telle ou telle Faculté, mais non pas chargé exclusivement de tel ou tel cours ; ne parvenait-on pas à s'entendre sur les attributions de chacun, les propositions se fliisaient-elles con-
( * ) AUasion à une brochure de J. Lebenn.
( ' ) « La rivalité entre Irois Universités s*est bornée jusqu'à ce jour & la facilité des admissions», écrivait en 4828 Ch. de Brouckere. L'honorable publiciste exagérait; cependant l'adage a raison : il n'y a pas de Tumée sans feu.
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currence, on avait recours, en dernier ressort, au GoUégedes curateurs. Un tel système ne serait plus guère praticable aujourd'hui ; nnais, à répoque dont nous parlons, les programmes étant peu chargés, il était de nature à donner de bons résultats. Les Universités d'Allemagne qui sont entrées dans cette voie n*ont pas eu à s'en repentir. Une certaine latitude laissée au professeur dans le choix môme des objets de son enseignement (sous le contrôle de la Faculté, qui veille à ce que tous les cours obligatoires soient faits régulièrement) le dispose à travailler avec goût, lui laisse le loisir de suivre ses prédilections sans être obligé de faire deux parts de son temps. Tune pour préparer ses cours, Tautre pour continuer ses études ; enfin, le rapproche des coliques avec lesquels il alterne. Chaque jour il fait part à ses auditeurs des nouveaux progrès qu'il vient de réaliser; il avance pour ainsi dire avec eux, comme disait etfaisait Victor Cousin à la Sorbonne; une sorte de solidarité s'établit, la curiosité est tenue de part et d*autre en éveil; il n'y a plus de refuge pour la paresse d'esprit : le professeur est en mesure non seulement de former de bons élèves, mais de véritables disciples. C'est ce qui est arrivé à Liège pour plusieurs cours, particulièrement dans les Facultés de philosophie et de médecine. D'autres cours, il est vrai, se réduisaient à une sorte de formulaire, et c'est d'après ceux-là qu'on a jugé l'ensemble. Nous n'hésitons pas à dire que nidu chef de leur organisation générale, ni du chef de la plupart de leurs professeurs, nos anciennes Universités, et tout d'abord celle de Liège, n'ont mérité les dédains dont elles ont été l'objet, après avoir été prônées outre mesure. M. de Gerlache, qu'on n'accusera certes pas de partialité en leur faveur, n'hésite pas à reconnaître que l'enseignement y fit des progrès en droit, en médecine et dans les sciences exactes; «elles ne laissèrent pas, ajoute-t-il, d'imprimer une certaine impulsion aux esprits » (•). Nous ne comprenons pas comment on a pu contester leur influence sociale: s'il est un fait saillant au contraire, c'est qu'à Liège surtout, la jeunesse universitaire s'intéressa aux questions pratiques beaucoup plus qu'à la science pure. Les anciens élèves de Wagemann , de Kinker, de Destriveaux et d'Ackersdyck ont été et sont encore au premier rang parmi les promoteurs et les soutiens des institutions dont la Belgique est justement fière.
( * ) HiMt. du roif, dtn Paift-Ua*, t. ], p. 870.