XLII INTRODUCTION
du chevalier de Hélotte d'Envoz, n'ait Tait partie du Collée des curateurs que postérieurement à la révolution, nous mentionnons ici son nom, n'ayant plus dans la suite à nous occuper de ce corps.
s'était armée, bivouaqua au théâtre ( * ). Comme toujours dans les révolutions, cette foule contenait toute espèce d'éléments, h fallait apaiser les etaltés, contenir les mauvais, donner une direction k cette force effrayante. Louis iamme et M. Ch. Rogier se chargèrent de ces soins. Toute la nuit fut employée à des mesures d'organisation et de discipline ; on régularisa la distribution des armes, on fournit des vivres; aucun malheur ne fut il déplorer. La nouvelle troupe se donna le nom de garde bourgeoise auxiliaire et reconnut pour chefs les deux citoyens qui l'avaient formée ; dès le lendemain, cette élection fut ratifiée par le Conseil de régence. Sans attendre un jour de plus, M. Rogier partit pour Bruxelles à la tète de son monde ; il était dans son rôle de révolutionnaire convaincu. Jamme jugea que le sien était de rester à Liège et de tirer parti de l'immense popularité qu'il avait acquise en quelques jours, pour assurer le maintien du bon ordre et le respect des personnes. Le 15 septembre, il fat nommé chef de la légion de l'Ouest de la garde urbaine; le il octobre, membre de la Commission des secours et indemnités. En présence de l'exaltation des esprits, il eut plus d'une fois besoin de déployer toute son énergie. Nous rappellerons seulement une scène qui eut lieu dans la cour du Palais, où étaient remisés des canons que le peuple voulut enlever. Le commandant hollandais de la citadelle avait déclaré que si l'on touchait à ces pièces, il bombarderait la ville. Jamme résista courageusement aux impatiences de la foule imprudente et aveuglée ; la cause de la révolution, à laquelle il était sympathique, ne lui paraissait pas dépendre de ce petit nombre de bouches à feu, et il pensait aux habitants paisibles, aux femmes, aux enfants menacés d'un massacre. Un patriote furieux se précipita sur lui le sabre levé. On le retint, on entoura Jamme, on subit son ascendant et les canons restèrent. Un jour ou deux plus tard, ils furent emmmenés pendant la nuit et sans bruit — Vint la période de réorganisation. Les corps communaux furent choisis par élection. Jamme fut nommé bourgmestre aux acclamations de la ville entière. Pour en finir avec les événements de la révolution, nous mentionnerons encore la belle conduite que tint l'honorable magistrat en 183t, lors de la déroute de l'armée de la Meuse. Le général Daine, arrivé à Liège avant la nouvelle de sa défaite, s'était enfermé à l'hotel du Pavillon anglais. Impossible de parvenir jusqu'à lui. Les bruits les plus sinistres se propageaient ; le mal, bien assez grand déjà, était exagéré par les fuyards; l'inaction du général, qui ne donnait aucun ordre, autorisait toutes les appréhensions. Louis Jamme, l'homme de paix, se mit en route à travers les troupes débandées et se rendit au quartier général du roi vers Diest ou Loovain, pour l'avertir des dangers que couraient Liège et la province. L'arivée des Français mil On à celte débâcle. — La paix publique une fois rétablie, Jamme consacra tout son temps et toutes ses pensées à l'administration de la ville. Il rendit d'éroinents services à l'instruction publique ; il se préoccupa surtout, comme Rouveroy, d'améliorer les écoles primaires et d'imprimer une vigoureuse impulsion à l'Académie de dessin, dont il comprenait toute l'importance au point de vue de l'émancipation intellectuelle et artistique des classes ouvrières (**). Rien n'échappait à sa vigilance; son désintéressement absolu, son affabilité lui gagnaient l'afTection générale et réveillaient chez tous ceux qui l'approchaient, le sentiment du devoir; il faisait apprécier l'excellence de nos institutions nationales par la manière dont il les pratiquait lui-même. Son activité était incessante ; il s'épuisait en efforts surhumains pour suffire à la lois à ses obligations de père de famille
(*} Nous dovons cess rt«ttiil!(, et la plapart de ceaz qai vont suivre, à rolilij^oaoco lie U. Eioilo Jamme, CM^nniissiire de r«rrondt!»eincnt de Ué^e, fiU de l'honorable bour^mejitre.
(**} Une m*dHiile dW lui Tut offert*) le Z') uoût I83i, pnr an grand nombre d'amït et l'iiutruetiou pHbliqna et Ht* arU, comme exprc£:4ion de loor gratitude.
r.NTHODtCTIOX. XLIIl
A peine installé, le gouvernement provisoire de 1830 se vit mis en demeure de pourvoir aux besoins de Tinstruclion publique. Il fallait avant tout contenter Topinion en proclamant la liberté de renseignement et en abrogeant tous les arrêtés qui paraissaient incompatibles avec ce nouveau régime ; mais il y avait aussi à faire face aux exigences du moment, c'est-à-dire à permettre aux jeunes gens qui étaient en vacances depuis le mois de juillet, de reprendre au plus tôt le cours de leurs études. L'arrêté du 16 décembre vint mettre un terme à rîmpatience du public : les établissements fondés en 1817 furent provisoirement conservés; mais le Règlement de 1816, maintenu en vigueur, subit des modifications profondes (')• Les trois Universités n'échappèrent à la crise que pour être mutilées. Liège perdit sa
et aux exigences de sa charge. Une affection de la moelle épiniëre, résullat de tant d'inqniéludes et d'iosomnies, avait entratné un commencement de paralysie. Ses affaires commerciales, si prospères avant 1880, commeoçaient k souffrir de son dévouement à la cité. Sons le coup de pertes importantes, il résolut de renoncer il l'administration, comme il avait, dans sa jeunesse, renoncé à la peinture. U résigna son mandat; mais il lui fallut plus d'un an pour vaincre les instances de ses collègues, celles de la ville entière et celles daRoi. La démission de Jamme ne fut acceptée que le 49 juin i838. Il quitta l'hôtel de ville au milieu de témoignages universels de regrets et de sympathie, et resta dès lors étranger aux affaires publiques, si ce n'est qu'il prit une part active aux élections, aussi longtemps que sa santé le lui permit. — L'entreprise industrielle qu'il avait trop délaissée finit par écboaer complètement : la ville lui vota une pension civique", dont il vécut jusqu'à la fin. U chercha des consolations dans l'affection des siens et dans la culture des arts, la passion de sa jeunesse : ses plus beaux paysages datent de sa retraite. — Jamme avait refusé de faire partie do Congrès national ; il fut membre de la première Chambre des représentants (i83i); mais il déclina la continuation de ce mandat. Pans sa carrière administrative, il fit profession d'un sage libéralisme ; il soutint avec une conviction très-arrêtée la théorie de la liberté du commerce et combattit avec ardeur pour la défense des prérogatives communales vtsà-vjs du gouvernement. L'affaire Dejaer (v. ci-après, col. i 44) est l'épisode le plus important de ces luttes. — La ville de Liège a érigé un beau monument à Louis Jamme dans le cimetière de Robermont; la Société d'Emulation a mis son Eloge au concours, sous le patronage de l'administration locale. — L'Université lui doit de son côté un souvenir, à cause du vif intérêt qu'il porta comme curateur et comme bourgmestre à sa prospérité, à une époque de transition oii elle n'était pas même sûre d^ lendemain. Il prit l'initiative, le 10 janvier 4881, des réclamations qui eurent pour objet le rétablissement de la Faculté des lettres ; lorsqu'il fut quesUon, plus tard, de n'entretenir aux frais de l'Etat qu'une seule Université, on le retrouva encore sur la brèche. Son attitude ferme et ses arguments pressants nous ont peut-être sauvés do naufrage. — Sur l'ensemble de la carrière administrative de Jamme, v. le Journal de Liège du 46 février 4848.
(*) y. le Rapport de M. Notooiib, 1. 1, p. cv.
XLIV INTROUICTIOX.
Faculté de philosophie ; Gand ne conserva que celles de ' droit et de médecine; les Facultés des sciences ei ie droit cessèrent d'exister à Louvain. Les réclamations furent si vives dans cette dernière ville, que la Faculté de droit y fut reconstituée dès le 3 janvier 1831, mais avec un personnel tout à fait insuffisant.
Ces mesures, nous venons de le dire, étaient essentiellement provisoires ; l'enseignement supérieur devait ultérieurement faire Cobjet d^utie loi mûrement délibérée ( ' ). En attendant, l'arrêté annonçait (an. 3) un renouvellement partiel des corps enseignants : les professeurs étrangers allaient être renvoyés dans leur pays , pourvus d'une pension de retraite. Dussent les études en souAHrir, on voulait rompre à tout prix avec les traditions du gouvernement déchu.
L'arrêté du 16 décembre introduisit aussi des innovations dans le régime intérieur des Universités. Les professeurs ordinaires ne composèrent plus à eux seuls le Conseil académique; le recteur fut élu par ses collègues; le latin cessa d'être la langue académique officielle; l'usage des thèses devint facultatif. Il est facile de voir que le gouvernement provisoire était inspiré par son désir de donner sans retard satisfaction à l'opinion publique, en affranchissant l'enseignement de toute entrave ; mais ici, comme en matière d'enseignement primaire et moyen, il pécha par excès de zèle. Les Universités se trouvèrent non pas émancipées, mais désorganisées. Les abandonner tout d'un coup à elles-mêmes, alors précisément qu'on les privait des Facultés qu'on peut appeler de recrutemetit^ c*était les conduire infailliblement à leur perte. On ne s'explique l'arrêté du 16 décembre qu'en attribuant à nos gouvernants le projet d'arriver au système d'une seule Université centrale : pour en venir là, dit très-bien M. Th. Juste t*), ils commençaient par détruire en détail les Universités de Louvain, de Gand et de Liège.
Seize professeurs étrangers reçurent leur démission le jour même où parut l'arrêté de réorganisation : huit furent mis en non activité. Dans cette dernière catégorie se trouvèrent compris, à Liège, J.-D. Fuss et L Denzinger, tous deux Allemands ; dans la première, les quatre Hollandais J. Ackersdyck, P. Van Limburg, Brouwer, J. Kinker et H. Van Rees. F. Gall et L. Rouillé furent déclarés émé-
(*) Considérants de l'arrèlé da 16 décembre (Notbomb, 1. 1, p. 674). (*) Ouvr.cité, p. 838.