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XLVIII INTRODUCTION

tanément un essor vigoureux. Le nombre des élèves des Universités de TEtat diminua, comme on pouvait s*y attendre; cependant Liège ne tarda pas à reprendre une marche ascendante, grâce à Tesprit général de la population, peu sympathique, ainsi que nous Tavons déjà fait entrevoir, aux œuvres de pure propagande. En somme, compromis par les décrets du gouvernement provisoire, par les tergiversations de trois ministères et par l'abandon systématique peut-être où on l'avait laissé, l'enseignement légal était sourdement miné; on en venait même à soutenir ouvertement, en se Fondant sur une phrase de Ch. de Brouckere (^), qu'il n'avait point d'existence nécessaire et obligatoire, et que c'était tout simplement une question d'utilité. La section centrale, par l'organe de M. Deschamps, avait elle-même abondé dans ces idées, tout en reconnaissant que les garanties données par les Universités libres de Louvain et de Bruxelles ne pouvaient suffire au législateur. Ainsi était dénaturée la pensée du Congrès, qui dans sa haute sagesse avait précisément considéré l'enseignement de l'Etat comme dû au public, en présence de l'existence toujours éventuelle des institutions libres. Le Congrès avait prévu, d'autre part, le danger qu'il y aurait à livrer l'instruction publique à la merci des partis, c'est-à-dire à sacrifier à leurs dissidences les intérêts de la jeunesse et, en définitive, de la civilisation nationale. Mais les esprits n'étaient point calmes en 1838 ; et aussi bien, malgré les plus généreux efforts, les Universités de l'Etat avaient conservé peu de crédit. La nouvelle loi les trouva pour ainsi dire végétant, découragées, ternes, sans ressort; elles en saluèrent l'avènement avec un reste d'enthousiasme; maiselles furent longtemps à oublier le mot de mauvaise augure d'un visiteur étranger (') : Vous serez mangés. Messieurs, mangés jusqu'aux os.

Ce quiles sauva, en dépit des tâtonnements de nos législateurs et des réactions parlementaires, qui tournèrent presque toujours à leur détriment; ce qui les sauva, ce qui sauva l'Université de Liège et la rendit plus tard forte et confiante, c'est encore une fois cet admirable bons sens de notre peuple, qui comprend que l'atmosphère des écoles doit être sereine, et que la jeunesse doit apprendre à penser et à étudier avant de se passionner pour les luttes du forum. Mais

{*] Due, de la loi sur Venseignemeni tupérieur. Bruxelles, 4844, in-8<*, p. XIX. {*) Fréd. Thicrsch.

INTRODUCTION. XLfX

qu'il a fallu » pour ne point céder au torrent' de fermeté , de clairvoyance et de prudence ! Et pourquoi maintenant dissimuler ? Neque amore et sine odio^ nous dirons ouvertement toute notre pensée, sur la question du jury comme sur notre Université elle-même.

Un jury national se réunissant régulièrement dans la capitale et traduisant à sa barre tous les aspirants aux grades académiques, sans distinction aucune, auto-didactes ou non, qu'ils vinssent de Liège ou de Louvain, de Gand ou de Bruxelles, des petits Séminaires, des Collèges des Jésuites ou des Universités étrangères, c'était à première vue une large institution, digne à tous égards d'un pays libre, en même temps qu'une garantie puissante contre les abus de la liberté. L'intérêt public justifiait, semblait-il, l'uniformité du programme des épreuves; les établissements privés étaient tenus de compter avec ceux de l'État, sans pouvoir se plaindre d'être assujettis à un contrôle quelconque. On exigeait des récipiendaires une certaine somme de connaissances; mais ils étaient dispensés de jurer m verba tnagUtri. En théorie, on n'allait plus décerner de palmes qu'au vrai savoir; en pratique, il ne s'agirait que de choisir des examinateurs bien pénétrés de Tesprit de l'institution et supérieurs, par leur patriotisme et par la dignité de leur caractère, à toute idée de rivalité mesquine.

Les résultats des premières sessions donnèrent tort aux quelques membres du Parlement qui avaient soutenu, lors de la discussion de la loi, que le nouveau système péchait par la base. Il est certain que les examens redevinrent sérieux : la solennité des assises qui se tenaient à Bruxelles inspirait du respect aux récipiendaires; leurs études étaient moins étroites et plus indépendantes, puisqu'il ne leur suffisait plus d'être au courant des cahiers de leurs professeurs. Jamais peut-être diplômes ne furent plus honorablement conquis, en Belgique, que dans les années qui suivirent immédiatement 1835.

Cependant rhorizon se rembrunit peu à peu. L'institution du jury avait été viciée dans son essence par les dispositions de l'art. 41 de la loi, et, prise en elle-même, elle était incompatible avec la Constitution. Quand la première ferveur fut passée , il fallut bien le reconnaître.

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