INTRODUCTION. LIX
Alors seulement notre Université aura son esprit de corps scientifique; alors seulement les résultats seront en raison directe des efforts; alors seulement renseignement supérieur belge , officiel ou privé, sera digne des institutions nationales.
On veut la liberté des études, la liberté de la pensée, et le jury nous dit chaque année : Vous n*irez pas plus loin ! Il est logique, dès lors, qu*OQ s*effraye de nos moindres audaces. Laissez chacun libre, mais que chacun soit seul responsable de ses actes , devant le public d*abord, et devant Tautorité dont il relève : alors nous serons stimulés, et nous n*en serons pas moins sages. Le jury isole les professeurs ; il est nécessaire de les rapprocher, de leur inspirer la noble ambition de faire école. Laissez-nous graviter dans notre orbite : plus de systèmes de transactions, d'équilibre apparent, de concessions aux majorités. La formule est bien simple : Le jury doit être séparé de T enseignement, comme F Etat est séparé de l'Eglise.
Cette séparation, nous Fattendons à Liège comme la manne du ciel, et nous la réclamons depuis longtemps, parce que la liberté nous est chère comme aux populations qui nous environnent, et parce que sans la responsabilité directe des professeurs, renseignement de TEtat, dans Tesprit de notre Constitution, ne saurait légitimement exister. L'Etat n*a point par lui-même de doctrine ; en revanche, il doit à la nation des moyens de s'instruire. Mais sous peine de monopole, il doit aussi respecter le droit imprescriptible de la science, qui est d'être pleinement libre. De là c'est à nous, qui représentons la science, et non pas à l'Etat, qui ne fait qu'en garantir par nous la propagation, que doit revenir toute la responsabilité.
De ce que l'enseignement est constitutionnellement libre et de ce que l'Etat belge ne peut être juge en matière doctrinale, il résulte immédiatement que le système préconisé par l'Université de Liège est le seul justifiable. Les lois qui nous régissent ont consacré un privil^e en faveur des Universités de Bruxelles et de Louvain ; les intéressés s'en prévalent ; nous le concevons. Mais il y a aussi d'autres institutions non moins respectables , pour n'être pas complètes, auxquelles on a jeté en quelque sorte en pâture ce qu'on appelle actuellement le jury central ('), et qui ne doivent être satisfaites que tout Juste de n'avoir aucune influence directe sur la con-
( * ) V. ci-après, dernière partie^ p. xlv.