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Molitor,dont le talent poétique se révéla dans ce journal, et dont il ne tarda pas à faire sa compagne. Le mariage n'imposa point silence à la muse de M*"* Denzinger : toute sa vie elle sut concilier ses inclinations poétiques avecTaccomplissement le plus exact des devoirs d'une bonne mère de famille. Notre philosophe eut enfin, en i8i7,la chance d^obtenir une position en rapport avec ses goûts scientifiques: il fut appelé par le gouvernement des Pays-Bas à la chaire de philosophie de FUniversité de Liège, avec mission d'enseiper Tencyclopédie philosophique, Tanthropologie pragmatique , la logique , la métaphysique, la philosophie morale, Thistoire de la philosophie et, pour couronnement, Thistoire universelle (*). Son discours inaugural , prononcé le K novembre 1817, est intitulé: ht animo quo ad philosophiœ siudium accedendum est (Ann. Acad. Leod. vol. 1). Malgré les fonctions multiples dont il devait s'acquitter, il trouva le temps, dès Tannée suivante, de publier un abrégé de logique, qui fut bientôt suivi d'études approfondies sur cette même science (v. ci-après). En 4820-1824, il fut investi du rectorat; dans le cours de cette même année, il institua auprès de la Faculté des lettres , avec Fuss et Wagemann (v. ces noms) une Ecole proprédeutique , dont ils se partagèrent les leçons : Denzinger se chargea du cours de pédagogie. Son zèle ne connaissait point de bornes ; en guise de récréation. Il présidait les séances d'une Académie allemande qu'il avait fondée, et aux Iravaux de laquelle prenaient surtout part les étudiants luxembourgeois. Il mettait la dernière main in un grand tableau des religions et des écoles philosophiques y lorsque la révolution de i850 éclata. Il refusa défaire des certificats au nom du peuple belge et de prêter serment au gouvernement provisoire ; d'autre part , la Faculté de philosophie et des lettres fut supprimée par arrêté du 16 déc. 1850.

Denzinger se trouva donc mis en non-

activité en même temps que son collègue Fuss, Allemand comme lui. Le gouvernement des Pays-Bas eu égard aux circonstances, consentit à laisser jouir de leur traitement les professeurs qu'il avait fait venir d'Outre -Rhin, mais à la condition expresse qu'ils quittassent la Belgique. Fuss préféra rester à Liège, où fut bientôt fondée une Faculté libre; Denzinger rentra dans sa patrie au mois de mars 185t , et attendit les événements. Voyant finalement que l'ancien état de choses ne serait vraisemblablement pas rétabli en Belgique, il répondit à l'appel (Ruf) de la Faculté de philosophie de Wûrzbourg, qui lui offrait d'entrer dans son sein. En 1852, il fut donc nommé professeur d'histoire et de statistique à l'Université Julienne (JulittS'Universitât). En 1854, il exerça en outre les fonctions de suppléant des cours de philosophie; enfin, en 1855, il eut mission d'enseigner la pédagogie. Ses connaissances administratives lui valurent d'être nommé , dès 1853 , membre du Conseil d'administration des domaines de l'Université, assez considérables, par parenthèse, pour former en quelque sorte une petite principauté. De 1854 à 1858, il fut chargé de l'inspection officielle des Collèges, Lycées et Écoles polytechniques de la province. Il serait trop long d'énumérer tous les travaux dont il assuma la responsabilité pour le bien public.

Il dirigea pendant longues années la Société historique de W'iirzbourg, à laquelle il finit par consacrer la plus grande partie de ses rares loisirs. Un jour arriva où il dut reconnaître que le temps était venu pour lui de renoncer aux fonctions publiques. Il obtint sa pension en 1858, et à cette occasion, le roi de Bavière lui envoya la croix de l'* classe de l'Ordre de S^-Michel (pour le mérite). Les faiblesses de l'âge, compliquées d'un catarrhe sénile , l'enlevèrent à l'amour des siens, le 7 février 1862, presque octogénaire. Celle qui lui avait donné quarante années de bon-

( * ) Il ne fit qae deux fois ce dernier cours, il son arrivée, le professeur n*étant pas encore nommé, et en 1825, par intérim , en

attendant l'arrivée du successeur de Wage^ mann.

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heur domestique éluil morte depuis 1857: cette perte lui avait porté un coup qu'il ne put jamais oublier.

Denzinger était l*homme du devoir, dans le sens le plus rigoureux du mot ; tous ceux qui l'ont vu de près se sont plu à reconnaître l'élévation, la délicatesse, la générosité de ses sentiments, son activité désintéressée, son abnégation capable des plus grands sacrifices, son amour ardent pour la science et son désir sincère de trouver la vérité ( * ). Sa philosophie était un kantianisme très-modéré : dans ses derniers travaux, il rejeta même la célèbre table des catégories. En pratique, il était esclave de Vimpératif catégorique.

Lorsque Schelling enseigna à Wûrzbourg, il voulut l'entendre, mais il ne se rallia jamais k ses doctrines. Dans sa jeunesse, il se ressentit des tendances rationalistes dominantes en Allemagne, même chez une bonne partie des théologiens catholiques ; plus tard, rentré à Wûrzbourg, il se rapprocha de la méthode d'Aristote et des idées reli* gieuses, et il ne le dissimula point.

C'était un cœur sincère dans toute la force du terme. Son enseignement était solide et nourri ; à Liège, il ne fut cependant pas apprécié comme il aurait dû l'ètKe, si ce n'est de l'élite des élèves : d'une part les formules kantiennes y étaient trop nouvelles il y a cinquante ans ; de l'autre, le latin de Denzinger demandait, pour être suffisamment compris, une extrême attention. Lors des troubles de 1827, Denzinger fit preuve d'une grande présence d'esprit : syoutons que s'il eût été moins aimé des élèves, les choses eussent peut-être tourné autrement. Le gouvernement avait prescrit aux professeurs de faire l'appel au commencement de chaque leçon. Les étudiants s'étaient donné le mot pour n'y point répondre : les auditoires étaient encombrés, et personne ne se déclarait

présent. Plusieurs professeurs se fichèrent tout rouge : on eut à signaler des scènes de tumulte. La première fois que Denzinger parut en chaire après la promulgation du règlement, il lut à haute voix la liste de ses élèves : profond silence. Il ne fronça seulement pas le sourcil, mais ferma son cahier, donna sa leçon comme si de rien n'était et se contenta de dire en terminant : Omatissim andiiorcs ! Probavi me esse philosophnm , vos esse komines. Et il fut applaudi. Son attitude contribua certainement à pacifier les esprits (v. l'art. J. G. J. Ernst).

BIBLIOCRAPHIE (*).

i^ Aurora, Zeitschrifl fur Kunst und Poésie in Franken. Wûrzburg, 1812-

2° Prima eîementa logices, Liège ,

1818, in-8''(avec deux tableaux).

5*^ Oratio de antmo, quo ad pMlosophiœ studium accedendum est. Liège ,

1819, in-i°.

Discours inaugural prononcé -le 4 novembre 4817 (Ann, Acad, Leod.y t. I).

4** De facuUale reprœsentandi et «h gnoscendi bretis commentatio antkro^ pobgico-psychologicaf eic, Liège, 1819, in-8«.

5^ Logicœ à professore Ign. Denzinger éditas quœ ipse addenda dictaviL Liège, 1820, ln-8«.

Brochure que Ton trouve souvent reliée avec le no 3.

6^ Oratio de sublinUtate ejusque ad virtutem excrcendam momento^ publiée dicta die 1 m. oct. 1821, quum Acadetniœ regendœ munus selemni ritu deponeret. Liège, 1822, in-4<».

Ann, Acad, Uod., 1820-18S1.

7* Ignatii Denzinger Compendium logices y quo duce ^usdem doctrtnœprœcepta ejEponet, prenUssâ de studio academko in génère , et de studio philoso-

( * ) Vis omnis et fraus horrentur ! Ce mot de F. Patrizzi est Tépigraphe de son grand traité de Logique ; il peint son caractère.

(* ) Nous devons communication de la plupart des renseignements qui suivent à M. U. Capitaine, qui doit les utiliser pour son

Néerologe,QiqmB eu Texlrême obligeance de mettre en même temps à notre disposition une notice manuscrite, envoyée de Wûrzbourg. — V. aussi Y Annuaire de VUniv, de Liège pour 1830, p. 93.

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