‹ Liber memorialisChapitre 69 sur 336 · ITO · texte numérisé non relu

ITO

phÛB in êpecie imtitutkmey etc. Liège, CoUardin, i8â3-i824, 2 vol. in-S» (de 596 et 520 p.)« avec deux tableaux.

Yen la fto de 4834, Denzioger ajouta un quatrième chapitre aux exemplaires non vendus, changea l'introduction et fit paraître le tout sous ce titre : Ign, Denzinger Institutiones logicœ, ad qua» rtspicieru de Logicd lectiones habebit^ prœmUsd de studio academico in génère et de studio philosophiœ in specie prolusione, etc. Li^ge, CoUardin, 9 vol. en 3 parties, formant VI — 396 et 769 pages, avec deux tableaux. — La dernière partie se termine par une Bibliographia logica étendue, précédée d'une Histoire de la logique.

8^ De Hermotimo Clazomenio cornw^entatio. Liège, Bassompierre , 1825, ln-«*.

9"* Prima elementa logices secuTMium ûistitutianes logicas exposita.lhlA.i^^Q^ iii-8®. — Ediiio secunda, materie aucta. Liège, 1828, in-8^

iQ^ Tableau synoptique des religions et des écoles philosophiques (Inédit ; v. d-dessus).

11° Critique de quelques nouveaux essais de division de Phistoire en périodes (en allemand).

La première livraison de ce travail a seule paru (4832); elle est consacrée à l'école Saint-Simonienne. Dans la deuxième, restée manuscrite, l'auteur discute les opinions de Victor Cousin.

\^ Die Logik als Wissenschafl der Denkkunst. Bamberg, 1856, in-8«.

Ce n'est pas une traduction des Institutionés logicœ \ c'est un ouvrage tout nouveau, et révélant des tendances entièrement difTérentes. L'auteur l'a dédié à ses trois fils, dont l'un occupe encore aujourd'hui, avec distinction, une chaire de théologie à l'Université de Wurzbourg. La préface, ou Denzinger se plaint de l'indifférence d^ Belges

(') Sur la famille de Reiffenberg, originaire des environs de Wiesbaden, v. le Bu/- Ifftn du bibliophile belge^ i^ série, t. VU, p. 458et saiv. (Art. de II. X. Heuschiing , et V Annuaire de la noblesse belge ^ année 4849. — Quérard (France littéraire , t. XII, p. 57), qui ne cesse de reprocher à notre personnage son àpreti aux titres académiques fictifs et aux hochets^ ne manque pas de rappeler que sa filiation aristocratique a élé longtemps contestée à Bruxelles ; < mais

pour la philosophie à l'époque où il se trouvait à Liège, est curieuse à plus d'un titre. L'auteur se sépare décidément de Kant, qui, dit-il, a construit l'édifice de la logique de dehors en dedans, tandis qu'il faut procéder en sens inverse, c'est-à-dire partir du fond même de la conscience et commencer par la phénoménologie de l'esprit. < Die Form B der Kantischen Logik , ajoute-t-il , làsst » sich ohne Sophisterei nicht retten. ÏHeses » ist meine jetzige Ueberzeugung. Wie soU

> ich Euch meine fr&heren Logiken empfeh-

> len f Irren ist menschlich , im Irrthume

> vorsàtzlich verharren, ist schlecht, >

15° Dans le Journal de la Société historique de Wurzbourg^ des Recherches historiques sur la Franconie orientale (un grand nombre d^articles).

14° Denzinger a travaillé jusqu^à sa mort à une Biographie franconienne ; plusieurs milliers de notices destinées à cet ouvrage, ainsi que divers opuscules (également restés manuscrits) où il avait traité des questions d'histoire locale , ont passé après sa mort à la bibliothèque de TUniversilé de WOrzbourg.

De ReHTonbern ( FRÉDÉRIC -Ac-

gcste-Ferdinand-Thomas , baron) naquit k Mons le 14 nov. 1795 et mourut à St.-Josse-ten-Moode, lez-Bruxelles, le 18 avril 1850 (M. Il faudrait plusieurs savants, dit M. Quetelet (*), pour apprécier d*une manière complète un homme dont les talents ont été si variés ; mais comme en M. Quetelet luimême il y a plusieurs savants, nous ne prenons point garde à sa modestie et lui renvoyons en toute sécurité les lecteurs désireux d'observer sous tous ses aspects ce brillant esprit à facettes, ce Protée littéraire toiyours en métamorphose, tantôt abeille, tantôt papillon ,

enfin, ajoute le terrible censeur, il avait obtenu reconnaissance du titre de baron, par diplôme du So décembre 4849. »

(') Annuaire de tAcad. royale de Belgique^ 485i, p. 98. — Nous avons suivi pas à pas cette remarquable notice ; pour certains détails, nous avons en recours à celle que M. Ad. Mathieu a publiée à Mons en 4850, sous les auspices de la Société des bibliephiles de Mons.

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qui a laissé des traces lumineuses partout où il a passé , mais qui pourtant , aussi léger qu*érudit , n'a su illustrer son nom qu'en émiettant son talent et en semant autour de lui moins de diamants que de perles. Ambitionner la royauté d'un Voltaire aurait été de la part du spirituel et malin baron une audace pardonnable, s'il eût possédé quelque chose de plus qu'un goût délicat, une prodigieuse facilité d'écrire, une verve étincelante dans l'attaque et Tart d'amuser en instruisant; mais l'iroaginaiion n'était pas son lot; il savait mieux broder que concevoir. Il voltigeait partout sans poursuivre aucun but, louable ou non, si ce n'est d'être toujours en relief : disposition dangereuse, qui le rendit quelquefois peu scrupuleux sur le choix des moyens et finit par le faire estimer moins qu'il ne valait. Aussi bien son esprit sarcastique lui suscita de nombreux adversaires, toujours prêts à grossir et à multiplier ses fautes ; la justice veut qu'on n'accepte leur jugement que sous bénéûce d'inventaire. On s'est plu à le dépeindre comme un faux bonhomme : il était trop léger pour cela. Sa mobilité même a pu, sans doute, faire prendre le change : il ne pouvait garder dans son carquois un trait piquant, fallût-il le décocher contre quelqu'un dont il venait de faire l'éloge ; le premier à s'en repentir, il passait néanmoins pour méchant et envieux, alors qu'il n'était qu'imprudent et étourdi. Quand le démon de la satire ne le possédait pas, il était plein d'égards pour tout le monde ; jamais ses confrères de TÂcadémie n'eurent à lui reprocher un manque de convenance. M. Ad. Mathieu a célébré en beaux vers (*) son dévouement à ses amis et ses vertus de famille : or ceux dont on peut parler ainsi sans craindre un démenti ne sont point des hommes mauvais. En somme, les défauts et les qualités du baron émanaient d'une de ces natures impétueuses, pétulantes, tissues de contradictions, auxquelles on doit beaucoup pardonner, parce qu'elles sont au fond généreuses.

« De Reiflfeaberg fréquenta d'abord l'école primaire dirigée à Mons par l'abbé Olinger (' ) ; il suivit deux cours au collège de la même ville et termina ses humanités au Lycée de Bruxelies,en 4845; de là, il se rendit en Allemagne, où était alors son père, embrassa presque immédiatement l'état militaire et fit partie du 4* bataillon d'infanterie, formé à Mons, en 4844, sous les ordres du colonel Murray. » C'est à peu près tout ce que nous apprend de sa jeunesse M. Ad. Mathieu, son parent et le compagnon de ses premières années.

Il résulterait de deux certificats qu'il aurait été admis à l'Ecole normale et qu'il en aurait sui>i les cours pendant quelque temps; vérifier ce fait et rapporter à une date précise son séjour à Paris n'est pas chose facile. En tous cas , il est certain que de Reificnber^ç était, en mars 48U, sous-lieutenant au 4" régiment d'infanterie belge, « avec une Commission spéciale pour recevoir les engagements volontaires dans l'armée qu'on organisait alors. » Promu au grade de |>remier lieutenant l'année suivante, au mois d'avril, il assista, mais sans combattre, k la bataille de Waterloo; la chute de l'Empire et un penchant irrésistible pour l'étude des belles-lettres le détournèrent ensuite de la carrière des armes. Il obtint sa démission honorable le â5 janvier 4848; le 3 mars, il fut nommé régent de poésie latine à Anvers, et en outre, quelques jours plus tard , second professeur de mathématiques. Ces nouvelles fonctions , les premières du moins, lui convenaient mieux que celles d'ofiicier recruteur; néanmoins le séjour d'Anvers lui pesa bientôt : tous ses amis étaient à Bruxelles ; là seulement ,il pourrait déployer ses ailes.

Il s'empressa d'accepter, le 5 février 4849, la chaire de 5« à l'Athénée.

Son arrivée à Bruxelles, dit M. Quetelet, fut une véritable ovation. On citait comme des coups de maître ses premiers essais littéraires insérés dans le Mercure belge, qu'il avait fondé en 4847 avec Ph. Lesbroussart (v. ce

(*) Bull, du bibl. belge, vol. cité, p. 170 et suiv.

{*) Parent de l'auteuc du dîclioDoaire français-hollandais.

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nom) et Raoul; on fondait sur lui les plus hautes espérances (*). Il fut reçu et choyé en enfant ^âté ; ses excentricités même contribuèrent à lui donner plus de renom (*). Gai jusqu'à Fespièglerie, il désarmait les censeurs en les faisant rire; sérieux quand il fallait rêtre, mais ayant en horreur la pédanterie, il savait prêter des séductions à la science même la plus sévère : d'un commerce facile et agréable, il plaisait autant par le piquant de sa conversation que par les grâces de son style ; on saluait en lui « Théritier privilégié de Tesprit de Voltaire. » Ajoutons que Bruxelles était alors un milieu éminemment favorable à Tépanouissement du talent, a Les lettres, les arts et les sciences y avaient pris un nouvel essor ; Tancienne Académie de Marie-Thérèse venait d'être réorganisée; un grand nombre de réfugiés français, parmi lesquels on remarquait David, Arnault, Bory de St-Vincent, Berlier, Merlin, etc., répandaient dans la société tout le charme de leur esprit et la variété de leurs connaissances. Reiffeuberg fut particulièrement distingué par eux, et s'associa à quelques-uns de leurs travaux. Cette période est sans contredit la plus brillante de sa carrière. )>('). Sonactivitétenaitduprodige.aProse, vers, philologie, histoire, théâtre, ar-

ticles de journaux, tout cela marchait à peu près de front ; il était toujours prêt, la nuit et le jour. Si on venait lui demander, à la hâte , un article de remplissage pour le Mercure belge ou pour un des nombreux journaux auxquels il coopérait, il abandonnait aussitôt son travail commencé, et le messager ne sortait pas sans emporter l'article désiré. » Il assiégeait à la fois, syoute M. Quetelet, toutes les avenues du théâtre de la Monnaie : le Comte d'Egmont, drame historique, les Politiques de salon, comédie, le Siège de Corinthe, grand opéra, la Toison dor^ opéra comique, étaient en même temps sur le métier, avec une histoire des poètes latins de la Belgique (^), avec un recueil ù'Excerpta de l'histoire naturelle de Pline, avec un mémoire, qui fut couronné (1820), Sur Vétat de la population, des fabriques et manufactures et du commerce dans les provinces des Pays-Bas y pendant les XV* et XVI^ siècles, enfin, avec un mémoire sur Juste-Lipse, aussi couronné l'année suivante ('). Il n'en fréquentait pas moins les réunions et les bals, au risque de compromettre sa santé; il eut en effet des hallucinations. De cette époque datent aussi ses premiers démêlés avec Froment, autre esprit mordant, qui paya sa bienvenue â la Société de littéra-

(*) Son premier article : Coup (fasil sur les progrès des lettres en Belgique, Tavait mis tout d'emblétt en vogue. U y traça d'avance, par parenthèse, le programme des travaux littéraires qui remplirent toute sa vie.

( * ) « Wallez, qui ne le connaissait pas, avait dirigé contre lui quelques attaques daos son journal ; il s'ensuivit des provocations assez vives. Wallez demandait quel était ce grand diable de ferrailleur qui semblait vouloir pourfendre son monde ; il fut singulièrement désappointé, quand on lui montra un petit jeune homme, frêle et sémillant, de la hauteur de cinq pieds au plus, d'une politesse parfaite, et riant tout le premier de l'aventure et de l'dtonnement de son adversaire. Quelle rancune eût pu tenir devant cette gatté expansive» devant cette vivacité toute méridionale ? Malgré sa petite taille, malgré ses cheveux d'une couleur un peu hasardée, Reiffenberg , à cet âge, avait on extérieur véritablement agréifle. Ses

yeux pleins de vivacité donnaient à sa physionomie beaucoup d'expression et de finesse; sa conversation vive et spirituelle rachetait d'ailleurs ce qui aurait pu lui manquer sous le rapport du physique. » (Quetelet, p. 97).

(*) Il ne prit point part au concours ouvert sur ce sujet : le prix fut décerné, en 1820, à M. Peerlkamp.

(*) Son mémoire sur Erasme n'obtint, en 48S3, qu'une médaille d'argent. Devenu académicien, de Reiffenberg en réclama inutilement Tinsertion dans les Mémoires', de guerre lasse, il remplaça ce travail par une histoire des deux premiers siècles de rUniversité de Louvain (cinq mémoires) , une statistique ancienne de la Belgique, une étude sur les relations des Belges avec les étrangers, etc. — L'Académie remit au concours, trente ans plus tard, une étnde sur Erasme.

ture de Bruxelles (v. Tart. Lesbroussart) par une satire contre ceux qui venaient de raccueillir dans leur cénacle. De Rdffenberg s'empara de cette boutade, la publia dans le t. X du Mercure belge, puis y répondit dans TAnnuaire de la Société (1822). Il s'ensuivit une guerre de plume qui n'aboutit, comme c'est l'ordinaire, qu'à une série de désagréments (').

M. Van Hulthem, conservateur de la bibliothèque royale de Bruxelles et de celle de Bourgogne, s'était , sur ces entrefaites , épris du baron de Reiffenberg, et l'avait fait nommer, en i821, bibliothécaire -adjoint. Cette nouvelle position, de fait très-indépendante, devait , ce semble , convenir à un homme de lettres qui était en même temps journaliste, et à cause des ressources qu'elle lui offrait au point de vue de ses études, et parce qu'elle lui laissait plus de loisirs pour s'occuper activement de la presse périodique. L'ancien rédacteur du Mercure^ le collaborateur du Nain jaune et des autres journaux édités par les conventionnels (*), renonça effectivement moins que jamais à tailler sa plume au profit de l'opposi- Uon libérale. Aussi fiit-on fort surpris de voir paraître, un beau jour (25 mai 1822), sa nomination à l'Université de Louvain, en qualité de professeur extraordinaire de philosophie. On crut à une défection; on glosa; a un homme perdu de réputation, auquel le Gouvernement n'avait pas refusé ses bienfaits, et que Reiffenberg avait eu la faiblesse de recevoir chez lui, affecta de répéter que c'était à son intervention que le nouveau professeur devait sa place , et qu'on ne la lui avait accordée que sous certaines conditions. » 11 n'en était

rien : Reiffenberg rompait tout simplement avec la politique pour adorer une nouvelle déesse, la philosophie, qu'il se mit à encenser avec sa ferveur habituelle. Il poursuivit cependant ses recherches philologiques , qui lui valurent, le 8 mai 1 825, le titre d'académicien, à l'unanimité des suffrages. Le commandeur de Nieuport lui-même , oubliant un article où notre polémiste l'avait assez maltraité, vota pour lui.

« Dès la séance suivante, dit H. Quêtelet, il nous apporta son Mémoire mr le bombardement de Bruxelles en 1695. Ce travail servit de prélude à un nombre considérable de mémoires qui ont enrichi nos recueils. »

A Louvain, de Reiffenberg rompit « imprudemment » quelques lances contre les partisans de la méthode Jaeotot, qui avait mis deux armées en présence. Ne ménageant pas ses plaisanteries, il éveilla contre lui des rancunes ; on commenta ses écrits , on pervertit le sens de ses paroles.» Je fais assez de sottises sans qu'on ait besoin de m'en attribuer, disait-il; au reste, il faut que ie prenne mon parti , puisque je suis destiné à être mis en scène ». Cependant il céda aux représentations de ses amis et se retira dans sa tente, mélancolique et désillusionné, en dépit de son stoïcisme apparent. Il trouva des consolations dans l'étude et dans la vie de famille ('); il donna un premier gage de ses nouvelles résolutions, en publiant (4825-1826) les Archives philologiques^ recueil où l'érudition, sans cesser d'élre sérieuse, se présente sous la forme la plus attrayante.

La révolution de 1850 fit perdre k l'Université de Louvain deux de ses Facultés, et au baron de Reiffenberg

{*) Non-seulement ces querelles d*individu à individu sont en elles-mêmes stériles, mais quand elles passent en habitude, elles ont pour effet de diviser la république des lettres en coteries. Au lieu de poursuivre un idéal élevé, on dépense tout ce qu'on a d'esprit, comme dans les petites villes, à dtînigrer ses voisins. Les écrivains belges ont trop souvent cédé à ces entraînements, ce qui n'a pas laissé que d^entraver le développement de la littérature nationale (v. Heuschling, p. 462^.

(■) y. Warzde, Essai sur les journaux belges^ Brux. 1844, in-8<>, p. 70 et suiv.

( "> ) Il épousa le 29 août 4827 Marie-Adèle- Natalie Frantzen, fille de radjudant-général au service de France, et de Nathalie Vandermeersch, fille du célèbre général de ce nom. Il en eut plusieurs enfants, dont deux seulement lui ont survécu : Prédério-Guiltaumo- Eméric-Cuno-Marsilius (né à Louvain le 28 août 4830), connu par quelques recueils de poésies, et Herman-Frédëric Lombaire (né le 44 mai 4832).

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ses émoluments. Il ambitionna la place dinspeeteur des études : un arrêté du 6 décembre 1855 le nomma professeur ordinaire à l'Université de Liège, avec mission d'enseigner Fhistoire du moyen âge et celle du pays. La philosophie fut congédiée à son tour, bien que les premiers essais de notre polygraphe eussent été jugés dignes, malgré la confusion qui y régnait, de l'attention sérieuse du grand-prêtre de Técleclisme (*).

C*est pendant son séjour k Liège qu'éclata une affaire malheureuse, dont le retentissement fut tel qu'il est impossible de n'en point parler. Nous transcrivons simplement le récit de M.

Quetelet (■). « De Reiffenberg avait inséré, sous son nom, dans ses mmvelles archives et Ù2iî\s\es Mémoires de V Académie,ûifférenis travaux historiques, qu'il avait extraits des manuscrits laissés par Simon-Pierre Ernst, curé d'Afden. A cette accusation malheureusement fondée (v. Tan. Lavalleye) s'enjoignirent plusieurs autres de même nature. Dès lors il de\int le but général de toutes les attaques : aux réclamations légitimes de ceux qui se sentaient lésés ou qui avaient été inconsidérément attaqués par lui, succédaient des diatribes amères, des attaques violentes de tous ceux qu'offusquent les supériorités intellectoelles et qui se plaisent à écraser sans danger un ennemi renversé (*). Les accusations de plagiat se mêlaient à des satires sanglantes sur ses faiblesses à Tendroitdes décorations et des distinctions académiques; on lui contesta ses titres de noblesse ; on provoqua sa destitution; on alla même jusqu'à scruter les secrets les plus intimes de la famille, pour trouver de nouvelles armes contre lui {*). Sa position devint véritablement insoutenable.— En vain quelques voix

s'élevaient généreusement en sa faveur et demandaient que Ton eût au moins égard aux services incontestables qu'il avait rendus aux lettres ; en vain elles faisaient remarquer que c'était marcher contre nos propres intérêts que de chercher à flétrir aux yeux de l'Europe un des noms beiges qui lui étaient le plus connus. Le débordement était alors trop violent pour que l'on pût lui opposer brusquement une digue ; il y aurait même eu imprudence à le tenter. Quelques collègues, auxquels Reiffenberg s'était adressé dans sa détresse, lui conseillaient de se renfermer dans la retraite , d'y préparer quelque ouvrage important, tel qu'il était capable de le faire, et de se présenter ensuite au public avec ce gage expiatoire...»

Il saisit au vol, on le conçoit, l'occasion de quitter Liège. Un arrêté royal du 25 juillet 1857 lui confia la garde de la bibliothèque de la capitale, enrichie du fonds Van Hulthem et désormais réunie à la bibliothèque de Bourgogne. La satisfaction du nouveau conservateur eut un lendemain. Dans cette même bibliothèque, quinze ans auparavant, il avait eu ses coudées franches, quoique employé en sous-ordre; chef d'administration maintenant, il se voyait ou se croyait placé sous la tutelle d'une Commission administrative.

De plus, au point de vue pécuniaire, sa position était plutAt amoindrie qu'améliorée : il eût désiré tout au moins être logé aux frais de l'Etat. Le fait est que non seulement il se plaignit, mais qu'il se fit accuser de négligence. Ses fréquentes absences profitaient du reste à la science. La rédaction du Bibliophile belge, qu'il avait créé, celle de son Annuaire de la Bibliothèque, les soins qu'il consacrait à la Commission

(*) Cousin, Fragmenté phitosophiques , éd. belge, t. II, p. 440 et sniv.

(■) L^autenr de la France littéraire n'a pas cru devoir être aussi modéré que l'honorable Secrétaire perpétuel de PAcadémie. Y. Les plagiats Reiffenberg ien s dévoilés , ^ari8,i851,in-So.

(*) Le journal V Espoir se distingua particulièrement par ses aménités.

{*) • Il avait jusque là été désigné annoellement, par la Chambre des représen-

tants, pour faire partie du jury chargé des examens pour les grades universitaires : il ne fut pas réélu dans ce poste honorable. Hais M. le baron de Stassart, son confrère à l'Académie, qui était alors président du Sénat , usa de toute son influence auprès de ses amis, pour le faire nommer par ce corps el pour reporter sur de Reiffenberg les voix qui lui étaient (févolues. Il eut la satisfacUon d*y réussir » (Note de M. Quetelet).

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d*histoire, dont il était un des principaux appuis (*),et une infinité d*autres travaux de détaii qui lui faisaient rechercher la solitude et fuir les ennuis d*une administration peu conforme à ses goûts, avaient leur côté véritablement utile. Il eût mieux valu, sans doute, qu'on eût séparé la parlie administrative de la parlie scientifique de ses fonctions ; mais une séparation pareille, quelque désirable qu'elle eût été dans son propre intérêt, n'aurait pas manqué de blesser sa susceptibilité »

Grand connaisseur de livres, grand fureteur, il flairait des découvertes jusque dans les reliures des bouquins et dans les vieux meubles : témoin la fameuse estampe de i'ii8(v. ci-après), qui fut l'occasion d'une interminable polémique. Il arriva aussi que son habileté fut mise en défaut; en pareil cas, il savait mettre les rieurs de son côté, en riant plus haut que les aulres de sa méprise. L'histoire du Catalogue du comte de Fortsas a fait le tour de l'Europe. Un des confrères du baron à l'Académie, M. R. Chalon, qui n'en était pas à son coup d'essai en fait de mystifications érudites, annonça dans les journaux (1840) qu'il venait de mourir à fîinche un bibliophile excentrique, dont toute la bibliothèque se composait de 52 volumes , tous exemplaires uniques ^ M. de Fortsas détruisant les livres aussitôt qu'il reconnaissait qu'ils existaient ailleurs qu'entre ses mains ('). 11 va sans dire que ces joyaux sans prix , de même que leur heureux possesseur, étaient des créations de l'auteur du catalogue; si M. Van de Weyer avait publié à cette époque son factum contre E. Mûnch (v. ce nom), il aurait doublé tout d'un

coup sa liste déjà nombreuse des livres imaginaires. Mais les titres étaient si savamment rédigés et d'une vraisemblance si frappante, que les mieux avisés s'y laissèrent prendre et se préparèrent à faire des emplettes. Le petit fils du prince de Ligne s'empressa de donner des ordres, pour qu'on achetât à tout prix des mémoires qui pouvaient compromettre les grand'mères de la plupart de nos belles dames. Un homme grave assura que la moitié au moins des articles n'était pas unique^ et qu'il en possédait plusieurs dans sa bibliothèque. Un propriétaire titré du Hainaut déclara qu'il avait l'honneur d'appartenir au comte de ForLsas, très-bon gentilhomme qu'il se repentait d'avoir négligé; il marquait même l'emplacement exact de son château , à droite, sur la route de Binche ; on en voyait poindre les tourelles à travers une touffe de peupliers (*). Le chef d'atelier de la maison Casterman, de Tournai, se rappela clairement avoir imprimé en 1829 un ouvrage sur les affaires du temps, dont le libraire Castiau , de Lille, voulait faire l'acquisition : cet ouvrage, bien entendu, n'existait pas plus que les autres. De Reiffenberg allait partir pour Binche, quand M.

Chalon, ne voulant pas pousser la plaisanterie trop loin, lui avoua la vérité. C'est une ruse de guerre, se dit le savant bibliothécaire, qui n'en fut que plus empressé de se mettre en route.

Un éclat de rire homérique signala le dénouement de cette petite comédie; de Reiffenberg s'exécuta lui-même de bonne grâce. 11 faut reconnaître que , pour l'induire ainsi en erreur, un savoir et un talent plus qu'ordinaires étaient indispensables : aussi n'est-ce point trop dire que de qualifier de chef-

( ' ) La création de la Commission royale d'histoire remonte au 22 juillet 1834; un arrêté du i*»" décembre ^846 Ta fait rentrer dans le sein de l'Académie. Le 30 juillet 4847, il y a été annexé un bureau paléograpbique. — De Reiffenberg y siégea, en qualité de secrétaire, à côté de MM. de Gerlache, président, Gacliard, Bormans, le chanoine de Ram, le chanoine de Smet et Du-

mortier. Après sa mort, le secrétariat échut à M. Ad. Borgnet.

(*) Quetelet, p. 123.

(' j Nous renvoyons le lecteur à l'amusant récit que de Reiffenberg a publié lui-même de cette aventure dans Y Annuaire de ta bibl, royale pour i841, p. 269 et suiv. Cf. le Hibliophilebelffe, 1. 1, p. 463.

(*; Bibl, belge f ibid.

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d^œuvre en son genre le Catalogue de FortsasC).

La biographie des savants se résume en grande partie dans l'histoire de leurs travaux ; de Reiffenberg ne fait pas exception à la règle. Ses dernières années furent assez ternes : il vécut dans son cabinet , principalement occupé de ses grands travaux historiques et des notices qu'il présentait à l'Académie, presque à chaque séance ; d'autre part il éprouva le besoin de chercher dans la poésie, la première idole de sa jeunesse (' ), des consolations aux chagrins qui le minaient sourdement, quand il se voyait moins considéré qu'il ne semblait devoir l'être. « Rien de ce qui excite en général l'attention ou la convoitise des hommes ne paraissait lui manquer; » cependant il sentait un vide autour de lui. Sans se plaindre ouvertement, il laissait quelquefois percer de l'aigreur, quand il était mis sur le chapitre des bouleversements politiques, qui ne lui avaient attiré que des déboires. Sa santé aussi laissait à désirer : lui en demandait-on des nouvelles, il entrait dans ses humeurs noires, puis tout d'un coup, pour s'étourdir. Il lançait quelque bon mot. Il conserva jusqu'à la fln la plénitude de ses facultés intellectuelles ; au lit de mort, il signa des pièces relatives au service de la Bibliothèque. Peu de jours auparavant, il apportait encore à l'Académie un rapport sur le concours:

« Peut-être, écrivait-il, suis-je disposé à rindulgence par la souffrance ; peutêtre aussi aurais-je dû m'abstenir de juger. Quand on est malade comme je le suis, on est en quelque sorte ce que les Romains appelaient Capiieminu' tus,. » (').

U mourut doucement et pieusement, dans les bras d'une épouse chérie. M.

Â. Mathieu lut sur sa tombe, au cimetière de Laeken, la touchante pièce de vers que nous avons citée. La Société des h'éliophiles de Mons chargea M. L.

Wiener de frapper une médaille à son effigie ; son buste en marbre, exécuté par M. G. Geefs, aux frais du Gouvernement, est placé dans la salle des séances de l'Académie : il est malheureusement peu ressemblant, ayant été modelé de mémoire.

De Reiffenberg, membre de l'Académie royale de Belgique et secrétaire de la commission royale d'histoire, était en outre membre correspondant de l'Institut de France (Académie des inscriptions et belles-lettres), de la Société royale de Goettingue, des Académies de Berlin, Munich, Turin, Stockholm ; des sociétés des antiquaires de Londres, de France, de Normandie et de Morinie ; l'un des vingt-neuf de la Société des bibliophiles français; de celle des bibliophiles du Hainaut, de la Société de l'histoire de France, de l'Institut historique, des Académies de Rouen et de Lyon, de la Société de statistique universelle, de celle de statique de Marseille, des Sociétés asiatique, polytechnique et philotechnique de Paris, de la Société historique grandducale de Fribourg, de la Société grand-ducale d'Iéna, de celles de Batavia (Asie) et du Rhode-Island (Amérique du Nord), de la Société maritime d'Angleterre, des Sociétés académiques de Leyde, Utrecht, Toulon, Evreux, Blois, Douai, Boulogne-sur-Mer, Cambrai, Valenciennes, Anvers, Liège, Gand, Biuxelles et du Hainaut (M. La liste de ses décorations, dit Quérard,

(*} Il a été réimprimé à Lyon, en 1833, pour le libraire Van Trigt, de Bruxelles. V. Delecoart, Dict. det anonymes et des pseudonymes, Bruxelles, 4864, io-8o, n«> 846, p. 138. — De Reiffenberg nn parla toujours avec admiration. « Chacun de ces étonnants ouméros, disait-il, allait à l'adresse de quelquon , il loi allait droit au cœur... Un Promptuarium antiquiiatum Trevirensium, .

auctore Willtlmo comité ab Reiffenberg , causaît de cruelles insomnies k quelqu'un de vos amis... » (Uuetelet, p. iS4).

(*) U disait, presque au moment de mourir :

Cm ver* convienneot à tont àg« ; Je leur dou dd peu de coarag€i Quand pour mot s^assombritle jour; N'ont-iU pas droit à mon hommage ?

Ils furent mon premier ianfcafto, I s furent mon (tremier amour

(Fuhltê nouvtUeif pi-ulo^nu).

(') Quetclet, p. 466.

<*) En 4836, il assista au Congrès scientifique de Liège, et en fut nommé secrétairegénéral.

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serait presque aussi ion^e. Nous donnons celle de ses meilleurs titres , c'est-à-dire de ses principaux ouvrages, d'après cet auteur et les notices de MM. Quelelet et Heuschling.

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