GAL
rable,lravaiUaen$uUe (lour les librairi^, entra vers 179$, dans renseigneioent supérieur, le quitta tout d*un coup pour Tadministration et la politique , y rentra, le quitta encore, et ne tut enfin décidément acquis à Tinstruction publique qu'en 1817, date de sa nomination à TUniversité de Liège.
Dans le cours de cette période de 22 ans, nous le trouvons tour à tçur professeur à Bonn , président de l'Administration cantonale de Brûhl, administrateur de Tarrondissement de Mûnster-Eiffel, secrétaire-interprète de la Commission intermédiaire chargée par la France du gouvernement de« pays conquis sur les deux rives du Rhin, commissaire du directoire exécutif près le tribunal de Cologne et en même temps professeur de littérature ancienne en la même ville, enfin procureur impérial près le tribunal de Deux-Ponts. H résigna volontairement ses dernières fonctions en 1805, pour devenir censeur et professeur de littérature ancienne au Lycée impérial de Bonn. En i8U, après la retraite des Français, il s'enthousiasma pour Tindépendance de TAllemagne et s'associa ouvertement aux patriotes décidésà lepousser à tout pri]^ la domination étrangère. Cette attitude lui valut d'être nommé secrétaire-général du département de l'Ourte, ressortissant au gouvernement général du bas et moyen Rhin, siégeant à Aix-ia-Chapelle et dirijgé par M. de Sack ; mais bientôt ses goûts studieux reprirent le dessus : il s'empressa d'accepter, du représentant des puissances alliées, la.
direction du Gymnase de Liège et l'inspection générale de l'instruction publique dans les provinces wallonnes — Comme nous l'avons dit, le Gouvernement des Pays-Bas lui confia, en 1817, une chaire à l'Université de Liège ; il' figure au programme de cette année pour des cours de littérature grecque et latine, ainsi que pour les antiquités grecques. Gall resta en activité jusqu'à la promulgation de l'arrêté du 16 décembre 1850, qui lui accorda l'éméritat. II conserva cependant l'autorisation d'enseigner, conformément à l'art. 85 du rêgle^ liient de 1816. Lorsque la Faculté de philosophie fut supprimée, il fut du
nombre des professeurs qui fondèrent une Faculté libre, et fit partie, ave^ Fuss, de Chènedojlé, Rouillé et M.
Fassin (v. ces noms) <)ela Commission d'examen qui fut instituée par le Gpjuvçrnement à raison des circonstances.
Un arrêté royal du 5 décembi;e 1855 le confirma dans sonémérital et le comprit au nombre des docteurs composant le personnel enseignant de l'Université de Liège. 11 prit alors décidément du repos, vivant avec ses chers auteurs et se récréant chaque jour par de longues promenadçs. Il consf4*va jusqu'à la fin toutes les forces (jiu corp^ et de l'esprit ; sa vieillesse f^t paisible et heureuse. Nombre de personnes se rappellent encore ce digne et aimable vieillard, aux longs cheveux blancs, grand causeur, évoquant volontiers ses souvenirs et aimant à s'entourer de jeunes gçns. Sa vivacité naturelle s'accordait avec une parfaite bonhomie :
il eut à soutenir à l'Université des discussions a;iimées, et pourtant ijl emporta dans sa retraite l'estimeeiraffection de tous ses anciens collègues. Son enseignement était solide et en même temps remarquable sous le rapport esthétique ; il possédait celte forte érudition qui faiu'honncur de l-AUemague; hâtons-nous d*ajoutçr qu'elle n'avait étoufié en Ijui ni, le ^^n^ délicat du beaju ni les élans de l'enthousiasme;. Quanta ses productions Ulléra^ires, on cite de
lui :
1^ Une traduction lai ine de Touvrage du célèbre médecin Christophe-Louis Hofl'mann, Sur la setmibilité et VirrUor tion des parties malades ^ publiée vers
2p Une traduction allemande des lettres écrites en hollandais par M. J- J^n^jS^s, Sur riialie (de 1793 à 1794)
5^ Une traduction allemande des quatre premiers volumes de VHistoire romaine du hollandais Stuart (de 1796 à 1805).
4° Une traduction en \ ers latjnsdu cin-
qm^^e chant de l'Iliadi^, restée inédite.
I^'inscription Universis discipukis,
3ui brille en lettres. d'qr aji frontis^piçe e la Salle académique , est du profes^' seur Gall.
GIB
GifKitii (HippotYTfi) naquit à Laigle (Orne) en I80i,çt mourut en mai i864 i Ismaïlia, aumônier des ouvriers du canal de Si^ez. Il ne fit qu'une courte apparition en, Belgique ; mais il y souleva un orage universitaire, et le récit de cet épisode ne serait pas suffisamiççnt clair si nous ne faisions connaître tout entier celui q^yi en fut le héros. Gibon avait fait de bonnes études au Lycée Napoléon, qui devint sous la restauration le Collège royal de Henri lY.
Il appartenait à une famille honorable ; mais la fortune était loin de lui sourire : il se fit maître d'études. Ayant de son autorité privée changé le but assigné à u^e promenade, il conduisit les enfants i la Glacière, où il arriva un accident. Gibon dut donner sa démission ; réduit à une grande pénurie, il alla vivre dans une mansarde et se mit à travailler courageusement; enfin il fut reçu agrégé des Lettres, à Tun des premiers concoure établis en i82l. Il utilisa ce tilre, jusqu> U, résolution de 1850, en enseigiaant la grao^maire et les humanités dans diférents Collèges royaux de Paris. Ce fut à contre-cqçur : Tidéal de ses rêves était una chaire de philosophie.
Ses premières études Tavaient détourné pendant quelque temps des idées religieuses ; mais il se lia d'amitié avec ses condisciples M3I. de Salinis el de Scorbiac, qui lui firent connaître Lamennais ; celui-ci non seulement le fit rentrer d^ns le giron de TEglise, mais lui inspira d'ardentes convictions traditionalistes. Elles se Duanifestècçnt nettement dans la thèse qu'il rédigea pour l'agré-
gation en philosophie (*) : il n'aurait pu inieux s'y prendre pour indisposer ses juges. L'abbé Nicole exerçait alors dans rUniversité le même despotisme scientifique qu'on a reproché plus tard à Victor Cousin : l'enseignement philosophique fut interdit à Gibon (*).
Un instant le disciple de Lamennais eut l'idée d'entrer au séminaire ; mais il renonça brusquement à ce projet et se maria en 1826. La ré\olution éclata : Cousin devint grand-maître de l'Université, annonça l'intention de réparer les iiyustices du règne précédent, et fit nommer Gibon professeur de philosophie au collège Stanislas ('). L'enseignement du aébutant jeta de l'éclat ; trois fois de suite sa classe remporta le prix d'honneur du concours général.
Insensiblement, Gibon subit l'influence de l'éclectisme ; cependant ses convictions religieuses ne firent que se renforcer, et il est constant qu'il mêlait parfois des apologies du catholicisme à ses explications philosophiques. Ces hors-d'œuvre pouvaient paraître naturels dans un établjssenàent placé sous la main du clergé ; mais quand le goqvernement belge eut appelé Gibon (5i décembre 1855)à l'Université de Liège, en qualité de professeur ordinaire de philosophie, les journaux libéraux de toute la Belgique éclatèrent en protestations et ne trouvèrent pas d'expressions assez vives pour blâmer le ministre d'avoir introduit dans l'enseignement de l'Etat un des plus fougueux, apôtres de la propagande catholique.
Peu au courant de l'état des esprits
! ' ) Il n'y avait pas alors d'agrégation spéeiale de pliilosophie ; Gtbon eut simptonent à snlkir une ëpreove supplémentaire.
( *> Gibon conserva tovûours de rattachementj non seulement pour les anciennes doctriaes, mais aussi pour la personne de Lamennais. Lorsque l'auteur des Paroles tTun croyant se fut séparé de Rome, il lui adressa un écrit où il le suppliait de revenir à d'autres idées. Nous n'avons pu mettre la main sur cette brochure.
(* Quoi qa.'oo ail dit du despotisme de M. GonsiD, il est incontestable qu'en cette circonstance il se montra libérai. La déclaration suivante de Gibon mérite d'être recueillie : « Je ne pui^ pasi dj[r^ que je q'ai pas
» profité de la révolution de juillet. Ecarté,
• pendant les sept années qui l'ont précédée, » de renseignement philosophique, auquel
> me donnait droit, dès l'année 18^, mon
• ad I ission au concours de l'agrégation n pour les classes de philosophie et Lettres, » ce fut en 4830 seulement que je dus à M. » Cousin d'être appelé à la chaire de philo-
> Sophie du Collège Stanislas. Je ne tairai » point une circonstance qui ajoute aux sen- » timents de reconnaissance dont je sois rc- » devable k M. Cousin : c'est qu'il me fit
• nommer sur la lecture de quelques articles » de journaux que j'avais écrits contre lui. » {Fragments philoêophiquet , préface , p, XXVIII, note. S).
GIfi
dans notre pays, Gibon manqua en outre de celle prudence que lui rendaient doublement indispensable et sa qualité d'étranger et les préventions qui pesaient sur lui. 11 monta en chaire le 7 janvier 1856 et prit pour sujet de son discours d'ouverture la liberté de renseignement. « Elle vient de recevoir » ici, dit-Il, une éclatante réalisation. » Trois ans à peine écoulés, et déjà, » fort du droit commun, jaloux d'ail- » leurs d'assurer contre les nouvelles » tentatives du despotisme cette natio- » lité belge en partie son ouvrage , le » catholicisme avait ouvert, à côté de » Fantique métropole ( * ), à la sagesse n mondaine une école où Ton a vu se » renouveler enfin l'alliance si dési- » rable de la science et de la religion. » Puis, pour montrer à tous de quelle » généreuse émulation elle est saisie » dans les voies où elle vient d'entrer, n c'est dans les murs mêmes de cette » cité d'universitaires souvenirs , où » pèsent désormais sur elle deux sië- » des de la plus haute illustration n scientifique et littéraire , que cette » école catholique est venue relier ses r> efforts aux puissantes traditions du » passé le plus glorieux. D'autre part, » et au sein même de la capitale, une » autre religion conviait en même temps » la jeunesse aux libres enseignements » de la science : religion de l'avenir ! » ainsi l'a dit du moins l'enthousiasme » de ses adeptes ; foi vive dans le pro- » grès incessant de l'humanité, tout en » ignorant les conditions de ce progrès ; » répudiation audacieuse du passé com- » me faisant entièrement faute aux be- )) soins du présent; compromettant le » plus souvent les succès légitimes par » l'indiscrétion de ses aveux et la té- » mérité de ses espérances ; ayant » droit toutefois, dans ses vagues aspi- » rations vers la liberté et vers une » plus grande diffusion du bien-être » social, aux sympathies de tous les » cœurs honnêtes J'oserais dire à celles » du pouvoir, lors même que celui-ci » se voit dans la nécessité de combattre » les intolérables prétentions de ce ra-
» dicalisme impatient^ et ses conseils » précipités...» Puis enfin, ajoutait-il, commence l'action gouvernementale , venue la dernière au milieu de l'ardeur empressée des partis. « Le pouvoir « s'emparera de l'action qui lui est dé- » volue dans l'organisation des Univer- » sites de l'Etat, au degré précis où » cette action lui appartient, et où elle » est compatible avec la liberté de » l'enseignement. Dans ces écoles en- » core, il sera donné à la jeunesse de )) venir puiser la science aux sources » les plus abondantes et les plus éte- » vées, non pas précisément la science » se mettant au service de la religion, » non pas davantage la science explol- » têe au profit de l'esprit novateur, » mais la science amie de la religion et » de la liberté, et tout à la fois indépen- » dante de l'une et de l'autre, la science » hautement impartiale et tolérante ; en » un mot, la science pour la science..» L'orateur était, sans doute, de bonne foi, et la critique n'aurait guère eu prise sur lui s'il s'était contenté de caractériser le rôle de l'Etat dans renseignement, en présence des Universités libres. Mais il avait été plus loin, beaucoup trop loin, en se faisant directement, ex cathedra, l'apologiste de l'Université de Louvain et le détracteur de sa rivale de Bruxelles. Il compromettait ainsi le gouvernement lui-même, qui semblait ne l'avoir appelé que pour gagner la jeunesse à la majorité dominante , et les mois d'indépendance scientifique et de tolérance, dans sa bouche, avaient l'air de dissimuler un piège et de justifier un appel aux passions haineuses. L'auditoire était stupéfié : on avait peur de comprendre.
Gibon poussa jusqu'au bout la maladresse. « Il ne faut pas que vous igno- » riez, dit-il encore, qu'il est plus fa- » elle de conquérir la liberté que de la » défendre. La liberté, au moment où » nous croyons la posséder , devient » tout-à-coup notre plus grande enne- » mie : il faut la vaincre elle-même » après l'avoir comprise , ou plutôt » il faut vaincre tous ces faux alliés
(*) On sait que l'Université catholique fui d'abord inslallée àMalinos.
GIB
» qu^elle traîne toujours à sa suite, » i>sprit de licence et d'anarchie, le » zèle hypocrite pour la multitude facile » à égarer, le fol enivrement qui nous H jette tout haletants à la suite d*une » perfectibilité chimérique ; Firopa- 9 tience dans le présent, la précipita- » lion dans Pavenir, la haine et le dé- » goût de toute autorité, les jalousies, 9 les discordes intestines... tels sont » les nouveaux ennemis qu*il nous faut » alors combattre, plus dangereux cent 9 fois que Tennemi intérieur, que tous 9 les tyrans conjurés... et la liberlése 9 met pour nous au prix de la vie- 9 toîre sur cette soldatesque merce- 9 naire, dont elle a bien pu se servir 9 pour bâter son triomphe, mais avec 9 laquelle elle ne saurait jamais ré- 9 gner. 9 Dans son mémoire justificatif, Gîbon nous apprend que son allocution fut vivement ei unanimement applaudie.
Le fait est qu*on n'avait pas eu le temps de se reconnaître, et que la publication de ses paroles mit au contraire le feu aux poudres. VEclaireur de Samur traduisit comme suit le dernier passage cité : ft Ce sont les vauriens qui font les 9 révolutions. Une fois les révolutions 9 faUeSy les honnêtes gens doivent ^ dans » Pintérét de la libertéy se débarrasser » de cette canailk^ et prendre les rênes » des affaires. — Si bien que M. Gibon 9 va toute à Fheure nous démontrer 9 par  plus B que les gens de sep- 9 tembre n'ont travaillé, en 1830, que 9 pour mettre H Gibon en attitude de 9 les insulter du haut de sa chaire, n Le Lilféral fit chorus : toute la presse s'émut : ce propagandiste fanatique, s'écriait-on, appelle sur la Belgique des lois d'intimidation. Quelques journaux catholiques ou mixtes, sans prendre fait et cause pour Gibon, hasardèrent des conseils à la jeunesse liégeoise : il était trop tard. Quand Gibon se présenta, le i2 janvier, pour donner sa première leçon, il fut accueilli par une bordée de sifflets. Le Recteur Tavait
fait venir une heure auparavant pour lui communiquer ses craintes; mais il voulut affronter le péril. Beaucoup de personnes étrangères à l'Université étaient présentes; la leçon s'acheva, mais au milieu du tumulte, des trépignements, des applaudissements et des huées. Les journaux rendirent compte des faits, chacun à son point de vue ; mais la plupart, cette fois, avec une modération relative (*). Cependant il n'y avait plus à se faire illusion : les personnes les plus prudentes et les mieux informées engagèrent Gibon ii ne point paraître en chaire le il; il se vit mis en demeure, ou de donner immédiatement sa démission, ou d'attendre un revirement de l'opinion publique. Il prit le parti d'adresser à r Union de Bruxelles une lettre explicative, où il ailnonça l'intention de publier ses premières leçons, afin que chacun sût positivement à quoi s'en tenir. Cette lettre était vive ; on y répondit vivement ; il répliqua ; la guerre de plume devint de plus en plus acerbe et la mêlée fut bientôt générale. Le professeur Baron (v. ce nom) releva dans VObservateur le gant jeté à l'Université libre de Bruxelles (•); son adversaire répondit dans rf/nion.Toute cette polémique a été résumée par Gibon luimême dans ses Fragments philosophiques; les curieux y verront comment l'abîme se creusait alors de plus en plus profondément entre les partis. Gibon dut finalement songer à regagner la France : on ne reconquiert pas le terrain ainsi perdu. C'était certainement un homme de mérite ; mais il ne savait pas garder la mesure. Son enthousiasme Inconsidéré n'était comparable qu'à la ténacité de ses résolutions, qu'il arrêtait parfois trop légèrement. Ses amis eurent toute la peine du monde à le décider à quitter Liège : il craignait d'être accusé de faiblesse. Son grand tort fut de ne jamais savoir tenir compte des circonstances. Quant k sa tolérance pratique.
( * ) VEsjfoir, de Liège, continua jusqu'au bout ses attaques avec une extrême violence.
( * ) Et à lui personnellement, »i l'on considère que le discours d*ouverture de Gibon
était précisément la contre-partie de la tbèse soutenue publiquement et solenneUement par Baron, lors de l'inauguration de l'Uni versilë de Bruxelles.
GIB
on peut la eroîre sincère, sinon complètement désintéressée (*). Il se fourvoya en Belgique, parce qu'il ne s'inquiéta pas d étudier avant tout le pays, et qu'il ne prit pas le temps de préparer son discours d'ouverture (*). Avec un peu de circonspection, il aurait pu réussir, C4)mme son élève M. Huet réussit à Gand pendant quelques années. Son spiritualisme relevait de Descartes, et ses fortes convictions religieuses se conciliaient parfaitement, k ses yeux, avec la saine liberté, sinon avec les témérités aventureuses delà pensée. Peut* être eut-il toujours trop de conflance en lui-même : il écoutait peu les conseils, et se croyait guidé par la raison quand il n'était que lejouet de son imagination. I>e là toute une série de déceptions et de déboires. En quittant Liège, il rentra au Collège Stanislas, où il fut quelque temps directeur des études ; ensuite il fonda un internat, qui ne prospéra que quand il Teut transporté du quartier Saint-Jacques sur l'autre rive de la Seine. Il avait beaucoup de pensionnaires de familles riches; mais il fut un administrateur malheureux. Il formait chaque Jour de nouveaux projets d'amélioration matérielle, qui l'entraînaient dans des dépenses exagérées ; il rêvait sans r«sse de nouveaux types de maison-modèle, qu'il réalisait à grands frais et dont il se dégoûtait ensuite. Bref, il avait fait des dettes dans la rue Saint-Jacques, et dans la rue Blanche il en fil de nouvelles. Il perdit sa femme au moment où son pensionnat tombait ; heureusement l'éducation de ses enfants fut assurée. Il partit pour la Pologne, ouvrit des cours de littérature à Varsovie et s'y créa un revenu de 10,000 francs. Mais le climat
du nord ne convenait pas à sa santé; rassuré sur \e sort de sa famille et de plus en plus dominé par ses idées religieuses, il se rendit à Rome et se fit ordonner prêtre. « Je présente le rare exemple, disait-il à un ami, d'un homme qui a reçu les sept sacrements de l'Eglise ( ' ). » Il obtint une position & Saint- Louis des Français; mais habitué à professer, et par conséquent à commander, la soumission aune règle fixe, à un supérieur, ne lui allait pas (*). Il avait besoin d'air, de mouvement extérieur. Il revint en France et obtint, grâce à M. de Lesseps, son ancien condisciple, le titre d'aumônier des ouvriers du canal de Suez; M. le marquis de Raigecourt, un de ses anciens amis, l'accompagna jusqu'à Alexandrie et le revit deux fois au désert, « déjà au courant de tout ce qui se passait, connaissant tous les employés, occupé surtout de la construction d'un hôpital et d'une église qu'on lui avait promis à Ismailia, content et heureux du bien qu'il espérait faire et com(>tantsur le concours de son fils, son doyen dans l'apostolat (*) » Il habita Tlsthme pendant deux ans et demi, prodiguant à la colonie européenne les consolations ou les encouragements. « Vivant de la vie des travailleurs, longtemps sous la tente comme eux, il avait su, non pas seulement faire respecter son caractère sacré, mais encore se faire aimer de tous par sa bienveillance, par son indulgence, par l'aménité de ses relations (*). n 11 mourut regretté de tous, mais loin de son pays, loin des siens, qui n'eurent pas la consolation de lui fermer les yeux. Gibon ne fut jamais le favori du sort : ses défauts lui furent très-funestes et ses qua-
( * ) On Ht dans la préface des Fragments, p. \XV. « Un candidat au doctorat en philosophie doit pouvoir être admis à ce grade sur une thèse matérialiste... Nous dirons, de même, sur une ih^se hégélienne, Lamennaisienne, et sur toute autre thèse paradoxale possible, si, dans la composition et la défense de sa thèse, il fait preuve de connaissances, de capacité et de talent. ') Voir aussi la note placée à la ftn du volume).
( ' ) Il le réaigea tout entier dans la nuit du 6 au 7 janvier ; il ne put consulter personne. Gibon était doué, par parenthèse,
d'une prodigieuse facilité de travail.
( ' ; Il avait fait une grande maladie à Varsovie.
*) Lettre de M. le marquisde Raigtcourt insérée dans le journal Vhthme de Sâtez, n» du 15 juin 4864.
( ") Son fils, retenu en France par d'antres engagements, n'a pu le rejoindre. Le P. Gibon, prêtre de l'Oratoire, est aujourd'hui préfet des éludes du Collège de JaiUy (Seine-et-Marne).
(*) V isthme de Suez (Art. de M. Ernest Desplaces).
GIB
Ihés lui servirent peu. Il esl permis de dire , tout en rendant Justice à ces dernières, qu'il n'eut jamais de plus grand ennemi que lui-même. Son enthousiasme irréfléchi lui fit du tort à Paris comme à Liège: en 1848, croyant la France mûre pour la liberté, il tomba dans une exaltation qui effraya sa clientèle du faubourg Saint-Germain : ce fut une des causes de la ruine de son institution. Il revint plus tard à des idées plus pratiques; il disait souvent: « Si nous étions sages comme les Belges, nous ferions de bien grandes choses. »
Mais il ne fut en aucun temps clairvoyant quand il fallait Tètre : ainsi s'explique sa vie aventureuse.
A Rome, il se plaignait vivement de la perte de manuscrits qui lui avaient été saisis par la douane de Varsovie, et sur lesquels II n'avait pu remettre la main. Ces manuscrits contenaient toutes ses leçons de philosophie, coordonnées en ouvrage complet. Son ami M. de Raigeconrt parvint à lui inspirer Tidée de se remettre courageusement à Tœuvre.
a C'est à cette circonstance, dit M. de » Raigecourt, que je reconnus plus que 1» jamais raimable simplicité, la candeur » presque enfantine de cet excellent » esprit. Chaque soir il me lisait le » travail du jour ; j'avais lieu d'admi- » rer des pages d'une éloquence véri- » table, mais quelquefois aussi de con- » tredire des idées qui me paraissaient » fausses ou exagérées. Il prenait feu » avec sa vivacité ordinaire, se défen- 9 dait avec d'autant plus d'acharné- » ment que sa cause était plus mau- » vaise , et le lendemain je retrouvais ■ le travail de la veille complètement » recommencé dans le sens que je lui » avais indiqué. » Après bien des hésitations, Gibon s'était arrêté à la forme épistolaire et au titre de Lettres d'un clérical à un philosophe. Le philosophe auquel il destinait la dédicace de son livre était son ancien et illustre condisciple, M. Saint-Marc Girardtn. Malheureusement Gibon abandonna son o>uvre quand il n'eut plus auprès de lui un auditeur dévoué, et l'on n'a trouvé
dans ses papiers que Fébauche Informe d'un plan de philosophie religieuse.
Les Fragments philosophiques sont en résumé le seul écrit un peu considérable qu'il ait publié. Outre les pièces justificatives de l'exposé des faits relatifs à l'épisode de Liège et aux dissertations sur l'enseignement de la philosophie dans les Universités de l'Etat en Belgique, on y remarque un mémoire assez étendu sur la logique. Il y fait profession d'éclectisme, en dépit des objections de Lerminier et de Henri Heine, « qu'il se propose d'examiner & fond, dii-il, dans un prochain volume. » H y fait l'histoire de ses propresidées; il raconte comment Lamennais le guérit du condillacisme,et comment il en vint finalement à se guérir de l'esprit de système. « Travailler à la science avec » tous et pour tous, dit-il; prendre l'es- » prit humain où il en est dans les ini> vestigations scientifiques, etavec ses » ressources concertées , c'est-ii-dire » avec la pnissam*e des méthodes , » marcher à de nouvelles conquêtes ; » voilà l'éclectisme comme je l'en- » tends. » (*). Quant au plan de son cours, il nous annonce qu'à son avis l'enseignement de la philosophie doit commencer par quelques règles générales de méthode, et appuyer ensuite la logique sur la psychologie. Il n'admet que sous toute réserve la logique transcendante de Cousin ; il fait une part k Aristoie, mais aussi une part à Bacon ; son idéal est une logique qui serait aux sciences ce que la critique est à la littérature et aux arts ; avant tout il faut discipliner resprit,et ne pas oublier que la Méthode de Descartes n'a pas préservé son immortel auteur lui-même de la théorie des tourbillons.
Gibon cite volontiers les Principes de logique du baron de Beiflenberg (v. ce nom) : cet auteur, dit-il, est sur la voie de toutes les réformes désirables dans cette partie de la science ; il ne lui a manqué que de secouer un peu plus vigoureusement la forme scolastique, qui a évidemment gêné son libre développement (").
( * ) Fragments philosophiquêM^ p. SI 4 . (* j Nous eussions ea beaucoup de peine
i recueillir les élénênis de cette nottee, atns l'extrême obligeance d'un ancien élève d«
GOI)
oodet (Emmanuel-Victor) , né k Liège le îfà Juillet 4805, y mourut le 28 février i$44. Sa vocation professorale se révéla de bonne heure : avant même d*avoir conquis, ntmmà cum laude, son diplôme de docteur en droit de runiversité de Liège, il servait de guide k ses condisciples. Une question était-elle restée obscure dans la leçon, la sagacité de Godet s'y appliquait et mettait fin aux incerlitudes. Plus d'un de SOS camarades lui fut redevable de ses succès. Godet n'était pas seulement un bon élève ; il étudiait pour la science et pensait par lui-même. « Liégeois » de c^ur et de naissance, dit son bio- » graphe, il s'était livré avec ardeur à » l'élude des institutions de l'ancien » pays de Liège. Il avait été frappé du n caractère d'originalilé dont le droit » de ce pays est profondément em- » preint; il avait comparé, avec soin, » plusieurs manuscrits de notre vieux » Pawilhar , afln de rétablir les vérita- » blés bases de ce monument de la sa- » gesse de nos ancêtres, et d'en donner » un jour une édition critique. » Les circonstances le forcèrent de retarder l'exécution de son plan: cependant,iltira parti de ses recherches pour faire choix d'un sujet de dissertation inaugurale.
L'histoire de l'ancien droit liégeois ne pouvait être étudiée isolément avec fruit Godet s'attacha donc tout d'abord aux antiquités juridiques de la Gaule et des provinces belges, dont la connaissance devait lui servir à expliquer certaines parties de la législation qu'il voulait étudier. Sa dissertation, publiée au commencement de i850, est le résumé succinct, mais très-complet pour cette époque, de ces premiers travaux.
Elle est intitulée : Essai sur Vhistoire externe du droite dans la Gaule et dans la Belgique, sous la période franque et la période féodale. Godet avait obtenu
Pautonsation de récrire en français, ce qui devait avoir pour effet de la rendre accessible à la masse du public. La presse s'en occupa effectivement et ne trouva que des éloges pour le jeune auteur. Mais ces encouragements n'eurent pas le pouvoir de conjurer la fortune. Dans la carrière de l'avocat, les années d'attente sont parfois longues et pénibles. Peut-être aussi les luttes du barreau convenaient-elles médiocrement au caractère doux, réservé et studieux de Godet, liref, il accepta une chaire de droit commercial à l'Ecole spéciale de commerce que M. Charlier venait de fonder à Liège, excellent établissement dont le directeur sut toujours s'entourer d'hommes d'élite. Il fallut dire adieuaux études historiques, non pour toujours sans doute : mais ce fut un sacrifice. Cependant les élèves se louèrent si hautement de leur nouveau maître, que le Gouvernement prit des informations sur son compte. Godet parut bientôt sur un théâtre plus élevé ; en 4835, il fut attaché comme agrégé à l'Université de Liège, pour y interpréter le Code de commerce. Il s'agissait de créer un cours pour ainsi dire sans précédent en Belgique (*); de plus, il s'agissait de le faire avec assez de distinction pour retenir les auditeurs par le seul attrait de la science : les leçons de droit commercial n'étaient pas obligatoires. Godet réussit au-delà de toute espérance : non seulement les étudiants se pressèrent autour de sa chaire, mais des personnes étrangères à l'Université voulurent profiter de son enseignement. — Godet n'était pas seulement un bon professeur : il était né écrivain. Ses principales publications se rapportent à l'époque de sa vie où nous sommes parvenus. Au commencement de 1855, il s'était formé à Liège une xKssociation
l'UniversUëdeLiége.M. Ai*8ène Deschamps, docteur en philosophie et lettres, momentanément à Paris pour ses études. H. Deschamps a bien voulu s'adresser pour nous à M. Alexandre Gibon, oncle du professeur de Liège, et au P. Gibon (de l'Oratoire), cité plus haut. L'un et l'autre ont mis le plus gracieux empressement à nous renseigner;
M. Dcscbamps, de son c6lë, s'est donné U peine de transcrire à notre usage quelques documents intéressants , entre autres la lettre de M. de Raigecourl. Nous prions ces MM. de ne pas voir une indiscrétion dans le témoignage public de notre vive reeoa*
(*} V. l'art. FR. KUPFFBRSCHLASCEB.
KIN
nationakpour rencouragementet le développement de la littérature en Belgique.
Accueillie avec faveur dans tout le pays, elle fonda la Revue belge^ avec le concours de presque tous les publicistes de nos neuf provinces (V. Part. Polain). Non seulement Godet ne resta pas en arrière, mais il fut Tun des membres les plus actif du Comité de rédaction, et il y exerça une influence féconde. Le mérite de ses propres articles donne une idée de ce qu'on pouvait attendre de lui, sMI eût vécu, ou si seulement il eût été moins réservé, moins ennemi du bruit. On remarqua notamment un Aperçu sur lea éléments d'une histoire du commerce, magnifique programme qui ne lui fut pas donné d'exécuter, pas plus qu'il ne put reprendre les études chéries de sa jeunesse. Dans une autre étude. Sur la théorie du fermage en lui-même et dans ses rapports avec les profils des capitana:^ Godet exposa, de la manière la plus claire et la plus précise, les grands principes de l'économie politique sur la distribution des richesses sociales; il examina, en s'appuyanl sur les recherches desAnglais, si les causes du paupérisme sont purement accidentelles, ou si elles tiennent à l'essence même de la société. En iS37, dans un article qui fut aussi publié à part, il se préoccupa des abus de l'association, caractérisa nettement les différentes espèces de sociétés , et démontra que la voie où Ton s'engageait alors aveuglément devait conduire fatalement au développement de l'esprit d^agiotage et à la ruine de la plupart des bailleurs de fonds. Nous si;:::alerons encore une dissertation Sur la proitriété littéraire et la contrefaçon^ œuvre sage et siîrieuse, réponse aux déclamations l>assioBnées de quelques écrivains français , et un article Sur le régime des prisons en Belgique, où l'auteur conteste la légalité de certaines mesures récemment prises par simple arrêté royal.
Godet publia encore, en 1858 (à Bruxelles), une nouvelle édition annotée des Insiilutes de droit commercial de Delt'inrottr/, ouvrage qui avait besoin d'être remis au courant des progrès de la science». Toutes ses productions sont remarquables au triple point de vue du style, de la logique et de rélévnlîon des
idées. Il semble que Godet, malheureusement, ne fut jamais libre de pénétrer aussi loin qu'il l'aurait voulu dans les divers domaines où son activité s'exerça: à chaque pas qu'il fit en avant , il lui fallut donner à son esprit une direction nouvelle. Nommé professeur extraordinaire le i septembre 1859, il fut chargé de l'enseignement du droit civil élémentaire, conçu remment avec le droit commercial. Il dut résigner ses fonctions à l'Ecole de commerce et se consacrer entièrement à Taccomplissement de sa nouvelle tâche. 11 y apporta ses éminentes qualités ; il sut vivifier par sa parole toujours nette, précise et élégante, par l'intérêt qu'il savait attacher à tout c^ qu'il disait, un enseignement quelque peu aride de sa nature. Sa dignité naturelle, la pureté de sa vie, sa douceur et son obligeance jamais lassée le firent respecter et chérir; elles laissèrent d amers regrets à ses élèves, lorsqu'ils apprirent la fatale nouvelle de sa mort presque subite. Il s'était plaint d'un mal de gorge qui n'avait inspiré aucune inquiétude : deux jours plus tard, il se sentit assez bien pour préparer sa leçon du lendemain ; ce lendemain , il ne le vit pas. Il n'avait pas 59 ans ! — Godet se rendit utile autant qu'il en trouva l'occasion, même en dehors de rUniversilé. Il fut pendant plusieurs années secrétaire du Collège des régents des prisons et membre du Conseil d'administration de la Société d*encouragement pour Vinstruction élémentaire dans la province de Liège, — M. Nypels a publié dans la Revue de Liège (et aussi ik part: Liège, Ondart, 1844, in-S*") une intéressante biographie de Godet ; la présente notice n'en est pour ainsi dire que le résumé.
E^Enkei* (Jean) , né à Meilust sous Nieuw-Amstel , près d'Amsterdam, le 1" janvier 1764 , mourut en cette dernière ville le 16 septembre 1845. C'était un vrai Hollandais de la vieille roche, c'est-à-dire un des caractères les plus indépendants qu'il se puisse rencontrer, toujours prêt à répéter avec Cicéron :
ratio plus apud me valet quàm opinio multitudinis. Il y avait en lui de l'E-
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rfisme et sartom dn Yoltârire ; il tié s'infëodftit à rien ni S personne , pensait à sa guise , aimait l'iiumanité en cosmopolite et , au nom même de sa ptiilanthropie, partageait les haines vigoureuses du penseur de Ferney. Parfois enttiousiaste , plus souvent sceptique , toujours logicien implacable , esprit encyclopédique et cufleux de toutes choses, il forçait chacun de compter avec lui , et ses flèches de Parthe n'étaient pas moins redoutables que les coups de lance de son érudition. Ecrivain politique, il a exercé une influence réelle ; il a marqué en philosophie (*); comme poète, il a brillé d'un éclat non emprunté; son savoir philologique s*est fait admirer dans le pays des Vossius et des Wyttembach ; ses écrits sur les beaux- arts n'y sont pas plus oubliés que ses études littéraires : avec tout cela, en dehors de la Hollande , c'est à peine si l'on connaît aujourd'hui son nom. Ce fait s'explique par la circonstance que la langue hollandaise est conflnée dans des limites assez étroites : il est très-difficile à nos voisins du Nord , si distingués qu'ils soient, d'arriver à une notoriété en rapport avec la valeur de leurs œuvres.
Van Liml)urg Brouwer (v. ce nom) et Kinker paraissent avoir reconnu cet inconvénient, puisqu'ils se sont quelquefois hasardés à se servir de notre
langue ; mais nous lie somntes plus au temps où les impressions d'Amsterdam ou de La Haye faisaient plus aisément le tour du monde que celles de Paris.
Leurs productions hollandaises n'ont trouvé, par la force des choses, qu'un cercle restreint de lecteurs t les Mtres, faute de moyens de publicité , ne soht guère allées plus loin Jusqu'à présent. Il serait temps qu'on franchit cette muraille de la Chine ; déjà plusieurs écrivains français ont proclamé bien haut que les Hollandais ont amassé des richesses intellectuelles aussi bien que des tonnes de ducats ; mais les explorateurs sont rares et le seront peut-être longtemps encore. Puisse cette notice sommaire sur un esprit éminent c^n-^ tribuer à en augmenter le nombre !
Jean Kinker éuit encore en bas-âge lorsqu'il perdit son père , fabricant à Meilust. M«« Kinker était en mesure de ne rien négliger pour Téducation de l'orphelfn : elle l'envoya d'abord à l'école latine de Weesp , dont le recteur, Van Achter, Jouissait à bon droit d'une réputation d'érudit. Jean s'y distingua, si l'on peut voir une preuve de cette assertion dans un discours en vers latins sur Jajeunegse d'Alexandre ^ qu'if prononça coram populo^ suivant Tusage, en guise d'adieux au Collège. M. Van Hall (*) dit qu'on y pouvait déjà pressentir quelques-unes des qualités du
(') De Cérando, Destutt-Tracy fiVém. </« VAead. des se. mor. et polit., t. IV) et Cousin <^De Cinstruction publ, en Hollande , éd. l)elg:e, in-18o, l. 1. p. 95) ont signale ses mérites à leurs compatriotes (v. aussi le Dict. philos, de Franck); M. Roorda {Zeitschr. fur Philos, de J.-H. Fichte. Tub. 1843, in-8^ l. X, p. 145 et suiv.) l'a fait connaître en Allemagne comme penseur, etc. Nous nous expliquons difficilement que les derniers historiens de la philosophie moderne, MM. Erdmann et Ueberweg, ne lui aient môme pas accordé l'honneur d'une mention. — En Hollande, surtout depuis sa mort, on l'a élevé sur un piédestal. Nous ne saurions voir sans doute qu'un zèle indiscret dans certain article du Nederland, intitulé : Aristote, Kant et Kinker, les trois plus grands philosophes du monde ; mais la Hollandsche Maatschappij van fraije kunsten en wetenschappen n'a fait que rendre justice à la mé-
moire d*un penseur d'élite, en mettant au concours une étude sur ses travaux spéculatifs. La médaille d'or a été décernée k M. Van der Wijck, professeur à l'Université de Groningue (M^ Johannes Kinker, S* édition, Gron. 1864, un vol. de 305 p. in-8<»). Il sera question plus loin de cet ouvrage, écrit avec talent, mais dans des idées toutes différentes de celles de Kinker, et qui a provoqué de la part de M. Van Yloten une assez verte réponse (/. Kinker misduid). Notre philosophe a trouvé, d'autre part, des admirateurs sans réserve, notamment en M. Cocherel de la Moriniôre, l'éditeur de ses ûMvres posthumes. Ces discussions mériteraient d'ètro plus connues de l'Europe savante.
{*) M^ Johannes Kinker, Bijdragen lot zijn leven, karakter en schriften^ door M. C. Van Hall. Amsterdam, 1850, un vol. in-8«, I. VI et 152 p. — Etude pleine d*intérël, écrite con amore : on ne se douterait pas
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futur poète. « Mon premier péché, disail plus tard Kinker ; mais quoi ! mon maître lui-même s*était fait mon complice! » L'école de Weesp lui laissa des souvenirs d*un autre genre : obligé de tenir tête à ses camarades» qui le harcelaient de plaisanteries sur son air engoncé et presque grotesque (*), il avait eu cent occasions d*exercer sa causticité naturelle. Légitime défense à coup sûr ; mais ces escarmouches eurent aussi l'avantage de le préparer à des luttes plus sérieuses.
De Weesp, il passa en 4781 à FUniversité d'Uirecht, avec l'intention d'éludicr la médecine. La Société Dulces antè omnia Musœ lui prit bientôt une bonne partie de son temps : sans rompre avec les sciences, il enfourcha Pégase le plus souvent possible. Rau , Carp , Utenhove , Clarisse et surtout Bellamij devinrent ses familiers ; n'oublions pas M. C. Van Hall. En i782, sept jeunes poètes, tous membres de la Société, convinrent d'organiser entre eux une sorte de concours sur un sujet donné : rOrage. Bellamij l'emporta : Kinker, l'un des concurrents , fut le premier à lui adjuger la palme (*). Vers la même époque, l'aimable et savant Hinlopen('), qui faisait aussi partie de la confrérie, réunissait chez lui, de temps à autre, quelques amis des lettres ; il ne parait pas que Kinker ait été admis dans ce i-ercle, dont la fréquentation aurait
probablement détourné le cours de ses idées. On y discutait les plus hautes questions d*esthélique; on s'y passionnait surtout pour la littérature idéaliste de l'Allemagne, dont Klopstock était alors le coryphée. Resté en dehors de ce milieu, Kinker, que Schiller devait compter plus tard parmi ses admirateurs les plus fervents, suivit son penchant pour l'ironie et la satire et encensa le dieu du jour. Voltaire. 11 alla jusqu'à traduire en vers libres des fragments de la Pucelle , mais il eut le bon sens de garder |)Our lui son manuscrit, qui n'a point été retrouvé (*). 11 fut moins prudent en mettant au jour, en 1786, un premier recueil de poésies, Myne mindcrjarige zangrier (litt. Ma muse mineure). La critique se montra si sévère envers Tauteut*, au nom des mœurs, que Kinker, croyant avoir à se justitier personnellement, cita devant les tribunaux l'éditeur du Hecensent, Bien qu'il eût Bilderdijk pour avocat, l'aiTaire ne tourna pas à son avantage : Bilderdijk essaya de le consoler en lui dédiant une pièce de vers (■).
La muse du jeune Kinker était ici plus ricaneuse que folâtre; elle manquait d'abandon jusque dans ses égarements. Quatre morceaux ont passé du Minderjatige Zangster dans la Poste de rHélicon; ils ne méritaient guère d'être conservés.
que c'est un oelAgënairc qui a tenu la plume. M. C. Vao HaU, après avoir pris les armes en 1813 pour secouer le joug de la France et commandé un bataillon de la Landsturm, a été l'un des avocats les plus éloquents du barreau d'Amsterdam. Les hautes fonctions dont il a été investi à diverses reprises ne l'ont jamais détourné du culte des lettres ; ses écr'iiê en prose et en vers lu! ont valu le titre de membre de r Institut des Pays Bas. On ne doit pas te confondre avec son flis aîné, qui a repris son étude et a fait plusieurs fois partie du cabinet. Deux autres de ses Dis ont été professeurs, l'un à VAthenœnm illuêtre d'Amsterdam, l'autre k l'Université d'Utrecht. — Nul n*était plus i même que M. C. Van Hall d'apprécier dignement Kinlier, son ami intime pendant soixante ans. {*) Sans ressembler précisément à Esope,
Kinker avait, comme on dit, le cou dans les épaules.
(*) Cette pièce, publiée plus tard, est considérée comme une des meilleures de Bellamij. Een' der tchoomte van de zeven Dondersiagen, répétait volontiers Kinker.
('} Le même qui accepta plus tarJ des fonctions publiques sous Louis Bonaparte.
{*] On a eu tort d'attribuer à Kinker la traduction hollandaise qui existe de ce poème : elle n'est positivement pas, elle ne sau< rait être de lui.
( "; Cette charmante bluettc a trouvé sa place dans les œuvres do Bilderdijk (Harlem , Kruseman, 1858, in-8o], t. X, p. 60. Elle répondait à une politesse de Kinker, qui avait lui-même dédié à son ami une petite pièce badine, où il appelait les baisers les voyelles de la langue des amours.
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Ajoutons que l*auteur , quelques années après , n'hésita pas à se reconnaître en faute.
A son séjour à Ulrecht se rattachent encore quelques satires politiques {Academie-zangen , de Eigenbaaty parodie, etc.), où il prend à partie les utopies révolutionnaires et les discordes civiles qu'avaient suscitées la guerre avec VAngleterre. Au fond , Kinker était un homme d'ordre ; mais son âpreté à la controverse induisit l'opinion publique en erreur sur son compte.
M était moins assidu aux cours qu'aux séances de promotions; ici, en revanche, il se Jetait à corps perdu dans la discussion, et comme il parlait le latin avec facilité, comme en outre il avait toujours en réserve quelque thèse originale, sinon quelque paradoxe, les professeurs eux-mêmes finirent par le voir d'un mauvais œil. Il entrait en lice aussi volontiers chez les théologiens que chez les médecins, ne leur épargnait pas plus qu'à ceux-ci les attaques à fond , et surtout ne manquait pas d'égayer l'auditoire par ses saillies spirituelles. 11 en résulta qu'on le fit passer pour impie, pour athée même. Sa vie et ses écrits protestent contre cette imputation, qu'il ne daigna même pas démentir. Ce qu'il y a de vrai, c'est que Kinker n'accepta jamais ses croyances d'une source étrangère : kantien rigide jusqu'au bout, on peut dire kantien outré, il ne rendit jamais les armes qu'à la raison pure (*).
Les études médicales mettaient chaque jour à l'épreuve sa sensibilité très-délicate ; il les abandonna pour s'occuper de droit. Sans cesser de charmer ses loisirs par la musique et la poésie, il se mit au travail avec tant d'ardeur, que le diplôme de docteur tUriuaque juris put lui être délivré dès le 18 juin 1787. Il se rendit alors à La Haye, où Yander Linden et Bilderdijk se chargèrent de l'initier à la pratique
des affaires. De fait, soit quil se défiât de son physique, soit plutôt qu'il ne pût résister à ses goûts dominants, Thémis eut à se plaindre de sa froideur. La politique et la littérature l'absorbèrent tour à tour. Son esprit railleur se donna carrière dans le Janus (1787) et dans le Janus verrezen (ressuscité), qui parut jusqu'en 1798; il prit également une certaine part à la rédaction de Y Arche de Noé et de Sem, Cliam et Japhet, recueils humoristiques où les sottises et les extravagances du jour étaient tantôt simplement tournées en ridicule, tantôt impitoyablement fustigées. La Poste de VHélicon parut à Utrecht en 1783 ; on y trouve quelques morceaux de Bilderdijk et un plus grand nombre d'élucubrations de Kinker, qui en était à la fois le fondateur, l'éditeur et le rédacteur principal. Vers la même époque, il commença aussi à travailler pour le théâtre.
Sur la fin de l'année 1795, il quitU le barreau de La Haye pour celui d'Amsterdam. En rappelant ses rares plaidoyers, M. G. Van Hall a l'occasion de relever des traits qui font honneur à ses sentiments d'humanité et à la noblesse de son caractère. Par centre, les adversaires qui lui tombaient sous la main étaient serrés comme dans un étau. Comme il les tenait bien, et comme les étincelles brûlantes de son esprit tombaient dru sur q.ux ! Un jour Schimmelpenninck lui-même , le futur grand-pensionnaire (*), ne sachant plus où donner tête, ne put se tirer d'embarras qu'en citant le mot d'Horace :
Pictoiibas atqae {loëtiB Qaidlibot andcndi ««mper fait cqaa potestas.
Mais, comme nous l'avons dit, les goûts de Kinker l'entraînaient ailleurs. Il cultiva plus que jamais les muses ; seulement, à partir de 1798, sa lyre prit un ton de plus en plus sérieux.
L'influence des études philosophiques, auxquelles il se livra tout d'un coup
[*) C'est siosi, et noo dans le sens d'une complète indifférence, que nous interprétons sa réponse bien connue au baron de Broich (curateur de l'Université de Liège), qui lui demandait un jour, à Chaudfontaine : « Mais voyons, H. Kinker, oui ou non, êtes-
vous catholique? — Non. — Êtes-vous protestant? — Non! — Qu'êtes- vous donc ? — Je suis Kinker. » (V. ci-après).
{*)y, La Cour de Hollande êoug LouiS' Bonaparte, par un auditeur. Paris, 18S7, in-8<>, p. 408 et suiv.
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avec passion «y fui poarone bonne part; son admiration poar SchiUer fit le reste. Il en vint à définir la poésie : la phikh Mophiê rendue sentikle; si de ce Jour il ne dépouilla pas le vieil hoimne, M fit du moins le premier pas dans un domaine dont il n'avait point paru jusque-là soupçonner Texistenoe. Il parcourut à son tour les cliamps sans bornes de l'idéal ; une voix intérieure lui cria : SmreUm carda. Seulement la réaction fut trop forte : il s'exposa à tomber dans la séclieresse en s'exaltant pour des abstractions, écueil dan* gereux que Scliiller lui-même côtoya de très-près dans la seconde période de sa carrière, mais pour y échapper glorieusement, témoin son GuUlaiime TelL Mélange d'enthousiasme et de ré* flexion, & la fois inspirées et presque didactiques, les pièces de Kinker intitulées God en Vr(jheid, Wib-Krackt en Deugd , Gedackten MJ het graf vom Kanî (') , se distinguent d'ailleurs par des pensées justes et profondes et par une élégante dignité de style, qui assignent à leur auteur une place marquante dans la galerie littéraire de nos voisins. Le drame allégorique Het Eeuwfest rentre encore dans la catégorie de ses compositions purement philosophiques. 11 y salue en beaax vers l'avénement du XIX* siècle, formule à ce propos toute une théorie des devoirs de I homme et montre comment nos diverses facultés sont appelées à concourir à notre perfectionnement moral.
Pour affronter la scène avec un tel
sujet, sans individualiser ses person-^ nages, le poète devait être bien sûr de lui-même : il n*en faut pas moins admirer le tempérament spécial et la puissance d'attention du public hollandais, qui redemanda quatorze fois de suite la représentation de l'œuvre de Kinker, au théâtre d'Amsterdam (*).
Kinker s'était ouvertement rangé sous la bannière du kantisme. Les écrits du chef de l'école critique loi avaient d'abord semblé obscurs; il dut faire aussi un grand effort pour se placer à un point de vue entièrement en désaccord avec ses premières habitudes intellectuelles.
Deux fois il relut les œuvres complètes du philosophe deKoenigsberg, avant de se déclarer satisfait: il recommença, poussé par un instinct secret qui lui faisait entrevoir dans la nouvelle doctrine la solution des incertitudes dont son propre esprit était assailli ; cette dernière tentative lui réussit pleinementé Alors il fut possédé d'un zèle d'apôtre; il voulut contribuer, avec Paul van Hemert, l'éditeur du Magaz^n van krUùh cke Wijsbegeerie en hare Geschiedenis , à propager en Hollande la philosophie de Kant. Il publia d'abord dans ce recueil , sur les philosophes anciens et modernes, une série d'articles qui furent très-remarques, et qu'on n*aurait certes pas attendus de sa plume légère (*).
Abordant ensuite le sujet qu'il se proposait de traiter spécialement, il mit au jour une dissertation intitulée : Prœve van eene Opheldering van de KrUiek der zuivere Rede^ dont le retentissement
( ' ) RéÎBprioiëes dans les Ctdichten, 1. 1, p. S6-t9d (Anst., 4819, m>8o]. — Cf. Vanderwijck, p. 70-90.
J * ) Elle eat, eo tout, plus de ceoi reprëseotalions. — Un caprice qui peint bien l'homme inspira k Kinker, en 4801, l'Idée de parodier l'ouvrage qui lui avait valu ce succès. De MÊenachheidin '/ Lcoaruthui* bij den aanvang der negemiendë eemw^ dans la pensée de Faoïeitr, devait servir de commentaire au premier poème. Poar mieox éclairer an ta^* bleau, ditril, il tuai en renforcer les ombres; et enfin... le XIX* siècle s'oavre pour lesfoos aussi bien que pour les sages. —^ Les curieux trouveront une analyse (Mtaillée des deux poèmes dans Van der Wijck, p. 44-70. M. Van der Wyck cherche à disculper Kinker de
Taccusation d'impiété, en lui appliquant le mot de Schleiermacher : t La religion n'est
> ni dans le dogme ni dans les pratiques ex-
> térieures, mais dans une certaine dispos!- » t on de t'Ame. » Et notre écrivain «joute : quelles que fussent les idées de Kinker sur la personnalité divine, il avait foi dans la Providence ; ses plaisanteries cachent toiyours un sens p^fond. — 11 n'est pas inutile de faire remarquer que M. Van der Wijck est un disciple die M. Opzoomer, professeur de philo* Sophie à Utrecbt, et que les idées de M. Opzoomer se rattachent à ceUes de Comte et de M. John Stnart MIM (v. aoa livre Oie Méthode der WiBUfUckafi, Utrechi, 48S9, in-8«).
(*) Les critiques le qaaliiSranl de Ge- Uerdê vmt génie (v. ci-après).
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fut considérable. J. Lefèvre en donna (en 4801) une bonne traduction française (*)» <!"» servit de texte au rapport présenté à ïlnstUui national de France par Destull-Tracy, sur la métaphysique de Kant (•). M. Van der WijcJt fait peu de cas, en général, du jugement des Français en matière de philosophie allemande (M; en plus d'un endroit de son livre, Rinker lui-môme n^est pas ménagé. Ici, cependant, il n'hésite pas à s'associer aux éloges qui furent decernés de loutes parts à r initiateur.
Kinker n'a pas seulement étudié à fond la théorie de Rant, dit-il : elle est devenue en quelque sorte sa propre façon de concevoir, le moule de sa pensée ; k ses yeux, elle est absolument indiscutable. Delà, bien que certains passages de Y Essai soient sujets à caution, ceux qui, n'ayant pas le temps de lire Rant, sont cependant désireux de le bien connaître, peuvent en toute confiance s'adresser à Rinker.
Les Beginzelen der Kantiaansche Wijsgeerte, de Van Hemert, le discours de Chaudoir (prof, à Franekcr) De momentis philosophiœ Kantianœ, les artic4es publiés dans le Magazijn par le D' phil. Heumann, par le médecin Servaas de Delfshaven, par Schrœder, par les médecins Deiman et Dornik, etc., conconrurent,avec YEssai^ik naturaliser en Hollande la nouvelle philosophie.
Feith, Van Alphen, Nieuhoif, Van de V^'jjnperse, Wijttenbach furent mis de côté, comme en Allemagne Herder, Wieland et Nicolai ( *). Le progrès des idées de la révolution favorisa puissamment ce résultat. Rant se tenait « résolument campé devant l'entrée du paradis perdu des dogmatiques, menaçant de l'épée flamboyante de sa critique les vaincus assez audacieux pour essayer d'y rentrer ; » on lui sut gré de cette at-
titude qui, dans le domaine politique, était point pour point celle des adversaires de l'ancien régime. Lecriticisme devint la grosse question du moment :
Onze lUeratmr, dit M. Van der Wijck, werd in eeu slagveld herschapen.
Dans le cours de celte période, Rinker eut à soutenir plusieurs polémiques, notamment contre Nieuhofl et Feith . Le premier réduisait d un seul problème toute la philosophie morale : « Que dois-je faire pour être heureux?» Rinker enseignait au contraire, avec Rant , que le devoir exclut la recherche de tout avanuge personnel. Une action est d'autant meilleure, disait-il , qu elle est plus désintéressée.- Point de bonheur en dehors de la vertu , répondait Nieuhoif. - S'il faut identifier le bon^ heur et la vertu, répliquait Rmker, je ne vois pas pourquoi le voluptueux et l'avare ne céderaient pas ù Tenlrainement de leurs passions, puisqu elles leur procurent la satisfaction qu ils recherchent. — Il y avait malentendu :
Rinker forçait les conclusions de son adversaire, et celui-ci ne comprenait pas Rant, bien qu'il se flattât de professer sa pure doctrine. Nieuhoff jouait ici le rôle de l'ami imprudent dont on dit volontiers : Non tali auxilio. Tout autre fut l'attitude de Feith, radicalement hostile au kantisme ;
. . . . Een antal atcplioRcn Dat on* Kaot'aonU-acheid aUgod-prak up wil dringen.
Qui reconnaîtrait ici cette muse tendre de M Rhynvis Feith , toujours prête à fondre en larmes, ajoute M. \an der Wijck ? C'est dans les Lettres a Sophte que Feith nous révèle le motif de son irritation : introduire la philosophie de Rant dans les Universités, c'était, selon lui, travailler à déchristianiser la jeunesse. Rant , fit observer Rinker, s est contenté d'accepter ce qu'il y a d esscn-
(*) Essai d'une Exposition suceincU de ta critique de la raison pure de Kant. Amsterdam, 180i, in-80. — J. Lefèvre était Liégeois.
( • ) L'ouvrage de Kiûker, dit le rapporteur; ce est fait avec une méthode qui montre bien tout i'enchatnemeûl des idées ; el il exprime les opinions du philosophe dont il expose le système avec une précision et une netteté
qui ne laissait place à aucune incertitude, et qui font voir avec assurance que là où il se rencontre quelque obscurité , elle est dans les idées elles-mêmes, et non dans la manière dont elles sont présentées. » ,
{■)MM. H. Taino elEdm. Scherer trouvent
seuls grùce devant lui.
(*)VanderWijck,p. 47.