‹ Liber memorialisChapitre 82 sur 336 · KIK · texte numérisé non relu

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eurent bientôt conquis des partisans.

11 recevait volontiers chez lui les Jeunes gens dont les dispositions Pavaient frappé ; le charme de sa conversation, éloi^ée de tonte pédanterie , aussi amusante qu'instructive, leur faisait désirer d'y retourner le plus souvent possible (*). Le but de Kinker, en groupant autour de lui l'élite de ses élèves, était d'aider à cimenter l'union des provinces wallonnes avec la Hollande»

par le rapprochement des traditions des deux pays et par la propagation insensible de la langue hollandaise dans nos contrées. Les entretiens du maître et des disciples finirent par devenir hebdomadaires : une Société régulière fut constituée (4822) sous le nom de Tandem (par allusion aux espérances du fondateur, qui comptait bien pouvoir dire un Jour : Tandem fit circuivs arbor). L'étude de la langue et de la littérature néerlandaises, le progrès des lumières, le développement du sentiment national , tel fut le programme inscrit à Fart. \ du règlement. Nous laissons la parole à M. Ed. Capitaine (') : « La Société Tandem se composait de dix membres effectifs et d'un nombre indéterminé de membres honoraires. Pour être membre effectif, il fallait être élève de TUniversilé, posséder assez le hollandais pour |>ouvoir s'exprimer dans cette langue, être ami du progrès et de l'ordre des choses existant à cette époque dans les Pays- Bas. En quittant l'Université, les membres effectifs devenaient membres honoraires. On se réunissait chez le professeur Kinker tous les lundis, de 5 i/a à 8 i/s h. du soir. Pendant les réunions, il n'était permis de parler qu'en hol-

landais. Chaque membre, à tour de rôle, devait produire une composition sur tel sujet qu'il trouvait convenable. Ce travail était remis à un autre membre qui, dans la séance suivante, devait en rendre compte et y noter toutes les fautes de langue. Après la lecture de cette revue, chacun émettait son opinion ; parfois la discussion se prolongeait et s'animait. Le professeur revoyait en dernier lieu toutes les compositions et notait les fautes. Si le membre chargé de la première correction avait laissé échapper quelque faute, il avait à expier sa négligence. Chaque faute était frappée d'une amende, une l'on déposait dans la boetekas qui se trouvait sur la table. On lisait aussi des écrivains hollandais, etc.— Les réunions étaient ordinaires et extraordinaires. Aux réunions ordinaires, Kinker offrait du thé ; aux réunions extraordinaires, du vin : c'étaient celles où l'on célébrait les fêtes nationales. A la fin de l'année académique, soit dans un hôtel de Liège . soit à Chaudfontaine , on dinait ensemble aux dépens de la boite aux amendes. Quand celle-ci n'é* tait pas assez bien fournie, ce qui arrivait presque chaque année, Kinker supl)onait le reste des frais. Dans ces petites solennités, les membres qui allaient quitter Liège ou TUniversité faisaient leurs adieux et recevaient leur diplôme de membre honoraire. »

L'intime conviction de Kinker était que l'union des 10 provinces ne |>ouvait éire que grandement avantageuse aux uns et aux autres, et rien ne lui paraissait plus propre à cimenter cette union, que l'introduction en Belgique de la langue dont se servait le souve-

( * ) Nous citerons parmi les disciples de Kinker, outre M. Ed. Capitaine , dont il fit plus tard on ami intime, MM. i.-B. Nothomb (aujourd'hui minisire de Belgique è Berlin) ; i.-F-X. WQrth (v. ce nom), qui lui dédia ses Leçons de littérature koiiandaise ; le lieute> nant d'artillerie Van Eichslorir, qui iraduisit en allemand quelques-unes de ses poésies ; le poète Weustenraad ; Stedman (membre de l'Assemblée de Francfort en 1848 et 1849); le conseiller Stas, et enfin l'avocat Jottrand, de Bruxelles, qui rendit un pieux hommage à la mémoire de son maUre dans le Hotter-

damsche courant , le 46 février 48S0.

;'.M. Ed. Capitaine fut, ainsi que son beau-frère M. Stas, l'un des membres les plus zélés de la Société Tandem, A différentes époques , MM. Wûrtb, Paquet, Jottrand, Weustenraad, Beving, G.-L.-J. Heuschling, A. Nicoiaï (de Bruxelles), Strens, aujourd'hui procureur-général & Maestrichi, Putzeys (secr. -général du dép. de la justice), Hermans (juge de paix à Liège), Verduchène (avocat à Maestrichi), Van Affefden, Fr. Behr, etc., firent, eotr'autres, partie de ce Cercle.

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rain Iw-mème. Pour se mieax initier à Tesprit des popalalioos wallonnes, qu*il avait à coeur de convertir ^ ses idées. Il étudia leur pittoresque idiome et finit même par le parler couramment. 11 y reconnaissait beaucoup d'éléments germaniques et se disait que c'était autant de pris sor Tennemi. Son zèle s*atte8te par quelques vers wallons insérés dans sa boutade originale M^n afscheid aan ket IJ en den Amstel^ composée en 1848:

Gimn *o mmi eitU po n'fé rin / Lige, ma dtuaetmt |wlr#i«/ / Fb b*n kig' kuirt on paslin ( * }.

Help mij, daar, <le doizend kUnken

Vaa nw moederspraak, Hretry I Yormtn^ Imf m* «r «Bgf on : — Li konr

Mi r'montt jusqu'à ffoxy !

Ureng mij daar bet Anuliafh-Keltisch-

Prankaehe oeérduitwk vaor 't Mboor.

Laat mij, i»\{9, de hout-ti-plouêche

Dorpsproak kitllen in bet oori (*}.

Le caractère des Liégeois plaisait k Kinker : il aimait leur esprit vif, leur gaité franche, leur hospitalité courtoise. Sans la RévoUition, il ne nous auraitjamais quittés ('). Il s'intéressa non-seulement à notre dialecte populaire, mais encore à notre histoire ; impossible de ne point lui pardonner sa qualité de Hollandais. Mais les chefs des patriotes liégeois, en 1850, ne pensaient pas comme Tes jeunes gens qui avaient vécu dans son intimité, o Kinker, nous écrit M. Stas, fut arrêté comme otage au mois de septembre ; on voulait ob< tenir ainsi Télargissement de M. Behr, pris à S'^-'Walburge. L'échange des prisonniers fut négocié par M. Ed. Capitaine, qui fit alors de fréquents voyages entre Liège et Maestricht. De mou côté, J*activai l'affaire auprès des autorités hollandaises de cette dernière ville.

Après sa libération (*), Kinker passa

par Maestricht, où il vint m'embrasser : je le conduisis à la barque de Hollande. Je fus ainsi le dernier élève et ami qui lui serra la main au moment où il quitta la Belgique, qu'il ne devait plus revoir, bien qu'il Faimât sincèrement. »

Tous les anciens élèves de Kinker s'accordent à faire le plus grand éloge de son talent de professeur. «Jamais je n'oublierai, dit encore M. Stas, les leçons que je lui ai entendu donner sur Vondcl, entr'aulres sur le Lucifer. n On ne savait ce que l'on devait le plus admirer, de son éloquence ou de sa science à la fois profonde et variée. Nous avons rappelé qu'il était grand latiniste. « Un livre dont il recommandait la lecture aux jeuhes gens, dans son cours de littérature, était le De OraLore de Cicéron. 11 préférait cet ouvrage à la plupart des autres traités de rhétorique : d'abord, parce que Cicéron s'y place à un point de vue élevé et pbitosophique, qu'il y considère l'éloquence dans ses rapports avec l'ensemble des connaissances humaines et en fait un peu l'encyclopédie ; ensuite, parce qu'il y joint l'exemple au précepte ("). » Kinker pratiquait luimême les conseils du grand maître , et à son tour pouvait servir de modèle à ses disciples.

Les soins du professorat ne ralentirent point son activité littéraire. De son séjour à Liège datent quelques-uns de ses travaux les plus importants. Il ne se laissa point oublier en Hollande ; en 1819, il y publia ses poésies (Amsterdam, 5 V. in %"")', en 1820, il développa ses théories philosophiques et ses aspirations dans une Ode à l'empereur Alexandre de Russie, qui fut autant remarquée par ses hardiesses que par son grand style; les Mémoires de l'In-

(M âtc. Nous respectons l'orthogniphe de l'atttear.

(•) Gediekien, i. III, p. 493 et 494.

(') Au moment où la séparation allait devenir un fait accompli, il dit même k Vnn de ses amis qui lai maDiresiait rintenlion de s'établir dans les proviaoes du Nord : — Y serez^vDus mieux qu'à Liège ? Les pommes de terre sont-elles moins tonnes ici que làbas ? — Le patriote était, comme on voit, doublé d'un cosmopolite.

(*) Belges et HoUandais se rencontrèrent

à Tongres, où M. F. Capitaine, qui avait été chargé d'escorter la voiture de Kinker, fut fort étonné, en arrivant è rhôtel-de-ville, de voir apparaître son propre frère en compagnie du prisonnier. L'affiiire arrangée , Kinker demanda aux envoyés belges s'il pouvait aller où il voulait. « Sans doute. — En ce «as, je vous accompagne k Liège. » Il ne nous quitta, en elfet, que tors de la suppression de la Faculté des lettres.-^ M. Ed. Capitaino le conduisit jusque Bois-le* Duc.

(") Extrait d'une leUre de M. SUIS.

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stitoi des Pays*Bas,le MuzefhÀlmanak restèrent çn outre les confidents de ses études ou de ses inspirations nouvelles. Le$ Leçons de littérature hollandaise de U. Wûrtb renferment plusieurs morceaqx de la même époque ; d*autres n*ont paru que plus tard, entr'autres une belle traduction dq Chant de la Cloche , de Schiller. Il eut aussi Foccasion de s*ocçuper d'instruction publique, à propos de la métbode de Jacotot (v. les art.

Dk Rkiffskderg et Wû&th), sur laquelle le roi Guillaume avait ordonné une enquête. Son rapport, où les avantages et les inconvénients de VEnseignemenl universel étaient discutés sans rélicences, n*eut pas la chance de plaire au Fondai€ur^ qui adressa même au roi un mémoire en réponse à Kinker. Cette pièce a été imprimée : le professeur de Liège y est qualifié de « philosophe érudlt.

qui a raisonné sur des expériences qu'il n'a point faites». Kinker écrivit ^ M.

Jottrand : « Notre homme pourrait bien avoir raison. Je crains seulement qu'en exagérant ce qu'il y a de bon dans celle méthode, on ne la rende plus nuisible qu'utile (M.»

A cette période se rattachent encore un mémoire, accueilli par l'Instilut (*), Sur VutUité^ pour la haute philosophie, de la connaissance empirique de la linguistique générale^ et des Lettres sur le droit naturel, un des principaux ouvrages de Kinker. Ces lettres, adressées à P. Yan Hemert, virent le jour à Amsterdam en 1825. Écrites à l'occasion d'un travail de Bilderdijk sur le même sujet ('), elles furent le premier brandon de discorde jeté entre les deux anciens amis, la querelle grammaticale dont nous avons parlé ne remontant qu'à I83D. Kinker commence par déclarer que les erreurs de Bilderdijk ne mériteraient peut-être pas une réfutation, si elles n'étaient d'autant plus dangereuses quelles se présentaient sous le couvert d'un nom respecté. Au nom de la science, d'autre part, il ne croit pas pouvoir transiger. Bilderdyk soutient que le droit repose sur le besoin : or

les besoins de l'homme sont infinis, d'où il résulte que ses droits, pris en euxmêmes, le sont aussi; nous voilà en état de guerre. C'est la doctrine de Hobbes. dit Kinker : bellum omnium contra omnes. Il y a pourtant cette dilTérence que, selon Hobbes, l'état de guerre est notre état naturel, et que, selon Bilderdijk, c*est précisément le contraire. Les hommes ne naissent pas égaux : il y a partout, et nécessairement, une autorité, à commencer par celle du père: c'est là le correctif.— Fondez donc sur de telles bases la morale et le droit ! reprend notre impitoyable critique : la patria potestas elle-même émane de la société civile. Vous mettez en péril ridée du devoir en même temps que celle du droit. Le mot droit signifie deux choses : une faculté et une règle. Dans le premier sens, il s'agit de ce qu'on peut faire ; dans le second sens , de ce qu'on doit faire : le droit est la loi elle-même. Quel est le contenu de la loi ? Voilà la vraie question. Appartient-il à la volonté de commander ou de se soumettre ? C'est la ra»<m qui est souveraine et qui seule peut justifier le droit. — L'idéal de Kinker est lelui de Kant, un rigorisme trè^iogique, mais qui malheureusement ne descend pas des hauteurs de l'abstraction. On a rangé parmi les utopies son projet de législation universelle et l'on n'a pas eu tort : sa réfutation de Bilderdijk n'en est pas moins fondée. Cependant le droit naturel a des racines plus profondes que les deux adversaires ne Tout supposé : l'homme n'a pas seulement des besoins, mais des affections; l'amour est un lien social plus puissant que l'autorité, et la froide raison ne peut justifier que le droit strict. L'œuvre de Kinker honore son auteur; mais elle n'a plus, en somme , qu'une importance historique.

Nous trouvons très-naturel qu'un kantien, surtout nn poète , ait fait une excursion dans le domaine de l'esthétique. Dans lets over het schoone, mémoire académique publié en 4826.

Kinker soutient que la beauté est

(M Van Hall, p. 88. ( ') Korte ontwikketing der gronda van

('jSurle rapport de Schroeder et Cla- k$( natuurre^t, risse.

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objective. Notre goût la reconnaît et la proclame, mais n'en est point le Créateur. Théorfe opposée à celle de Voltaire, pour qui le t6 yuûJb^ n*est pas plus le même partout , que la mode de Paris n*est semblable à celle de Pékin. Il s*agit, bien entendu, de la beauté sensible : la beauté morale, au contraire, frappe tout le monde : il n'y aura jamais qu'une voix sur le dévouement de Codrus, par exemple. Voltaire confond le beau avec Vagrénble : la beauté proprement dite, ainsi que Kant Ta fait remarquer, nous procure, à vous comme à mol, une satisfaction désintéresHée.

Mais en quoi réside-t-elle?« La beauté, dit encore Kant , est comme la forme sous laquelle nous saisissons dans la nature une conformité â des fins (Zwcckmàssigkeit) , mais sans nous représenter ces fins elles-mêmes ( on ne comprend pas la beauté,on la sent), nGrande vérité , reprend Kinker ; mais ce n>sl pas tout. Une autre condition est nécessaire : il n'y a véritablement beauté qu'en raison de la corrélation analogique des formes sensibles avec une idée. D'après cela , selon notre philosophe, la beauté est mystique ou aUégotique. Mystique , elle rapporte à un but le monde matériel ; allé^'orique , elle est l'incarnation du monde spirituel. Nous n'aborderons pas la discussion de cette thèse, dont la proposition fondamentale rapproche Kinker de l'école de Schelling , que cependant il n'aimait guère ; disons seulement avec M. Van derWijck qu'une esthétique essentiellement basée sur le principe de l'analogie mérite à bon droit l'épithète û'exclusive {*),

Le même critique nous parait en revanche pousser la sévérité à l'excès , lorsqu'il déclare (p. 45) bon 2k jeter au

feu le dernier ouvrage philosophique de Kinker, VEssai sur le dualisme de k raison humaine ('), écrit en français... très-peu français, il est vrai; mais le style est ici chose secondaire. Avant tout , notons qu'ù partir de ses IMtres sur le droit naturel , Kinker a cessé d'être un pur kantien : « Il répudie aujourd'hui ce nom, dit M. Roorda;il n'accepte que le titre de philosophe eriiique ( ' ). » Son but avoué, dans Y Essai, est de perfectionner le criticisme au point de vue de la raison pure, et de le compléter au point de vue de la raison pratique. Kant a soutenu que les catégories ne s'appliquent qu'aux objets de IVxpérience externe ; il n'a pas vu, dit Kinker, qu elles s'appliquent tout aussi bien à l'expérience interne, c'est-àdire aux phénomènes perçus par le sens intime. La critique Kantienne est donc trop étroite ; de plus, le philosophe de Kœnigsberg n'a pas même essayé de justifier son affirmation. Les deux seuls passages de la Critique de In raison pure (*) où il conteste que les catégories interviennent dans le domaine du sens intime ne prouvent nullement ce qu'il avance. Or, la critique ne comprendra réellement les principes de toutes les sciences accessibles à l'esprit humain , que lorsqu'elle aura pris pied sur le terrain de la morale, en appliquant les catégories aux phénomènes de notre vie intérieure. Kant n'a cjoûstruit qu'une des deux ailes de l'édifice ; sa critique de la raison pratique n'est au fond qu'un véritable dogmatisme, qui s'arcorde mal avec la théorie de la connaissance objective : il s'y égare tout d'un coup dans l'inconnu; Il y franchit les limites que lui-même a tracées, inconséquence qui a donné lieu aux systèmes de Fichte, de Schelling et de

(M Van derWijck, p. 98-i 16.

(') Kinker n'eut pas le temps de le publier lui-même ; il légua cette mission à sun ami M. Cocheret de la Moriniëre ( ancien pasteur à Liège et à l'église wallonne de Boisle-Duc), qui s'en acquitta avec un soin pieux. L'ouvrage forme 2 vol. in-8« de S70 et 371 pages (v. ci-après la bibliogr ). Il est pn^tédd d'une notice sur Kinker et accompagné d'un beau portrait (reproduction de celui qui parut fP 1925, au rrontispicedulfttZ€R-44/manaAr),

qu'on nous dit être plus ressemblant que celui dont la notice de H. C. Van Hall est ornée.

(') Frûher ein eifriger Kantianer^ vtrschmàht Herr Kinker jetsl diesen Namen, da er niir krilischer Philosoph su heissen verlamjt. P. 145.

(*) EtemetifarL H» partie, sect. I, liv. II, ch. II, paragr 3: Syatemaiische Vorxt. aller sytH^. Grunds., p. 29i (5« éd.) , et /JCrifi* der spekul. Théologie, p. 710, II,

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Hegel. Appliquons les lois de la pensée aux données subjectives , k la volonté humaine : nous aurons encore un dualisme; la raison humaine se trouvera encore en présence d'une antinomie; mais ce ne sera plus simplement entre des notions objectives , ni entre les deux sections de la critique prises séparément , ni entre c^^rtaines propositions prises dans chacune d'elles et considérées abstraction faite de leur liaison : Tanti thèse s'établira entre les deux tendances de la cosmologie et de la psychologie, entre des vérités analogiques mais diamétralement opposées , dont Tune est la proclamation du fatalisme et du matérialisme absolu^ tandis que l'autre est l'attestation de la liberté et du spiritualisme absolu (*). Or, ces vérités étant relatives, on est naturellemont conduit ik les concilier en s'éle- ^ant à la considération d'une vérité absolue, supérieure à l'expérience et n'admettant rien au-dessus d'elle (').

Ce n'est point là, ajoute Kinicer, un système nouveau; c'est le système de Kant perfectionné, achevé. S'il fallait abandonner le criticisme , le seul dogmatisme rationnel serait celui de Hegel ; mais il ne s'agit point d'en venir là. Les tentatives du pasteur J.-J. Le Roy (v. cidessus) n'eurent jamais aucune chance, on le voit, de trouver grâce devant son compatriote.

Qu'on partage ou non les idées de Kinker en philosophie et en politique, on doit reconnaître en lui un esprit supérieur et, ce qui vaut mieux encore, un penseur consciencieux et sincère.

Quant au fond de son système, il serait diflicile de n'y point reconnaître une sorte de panthéisme logique : sa déclaration à propos de Hegel nous semble assez explicite à cet égard. A ses yeux, le moi est un fait-acte (daad); sur ce point, il se rencontre avecFichte. Mais il ne considère pas le monde, à l'instar de ce dernier philosophe, comme un produit de l'activité du moi ; il ne nie pas non plus Texistence nounié-

oale. Il proclame avec Scbelling l'identité du sujet et de l'objet; mais, tandis que Scbelling puise sa certitude dans l'intuition intellectuelle , et place conséquemment son principe au-dessus de toute démonstration, Kinker envisage l'identité absolue comme la vérité scientifique par excellence, comme impliquée au fond du dualisme de la raison. Telle qu'il la conçoit, elle n'est que le milieu indifférent où s'évanouissent toutes les contradictions phénoménales, même celle du bien et du mal. La nature nouménale n'est pour lui que la toutepuissance, la volonté absolue (aurait dit Schopenhauer), qui s'incarne sans cesse dans une double série de manifestations inconciliables au point de vue phénoménal. Que ce ne soit pas là le Dieu qui parle à notre conscience, il est inutile de le dire ; il est permis d'admettre aussi que Kinker s'est laissé dominer par l'idée fixe de rompre absolument en visière avec la théologie chrétienne, qui l'obsède comme un fantôme. Il ne peut pardonner à Scbelling d'avoir voulu introduire le contenn de la foi dans le domaine de la science. 11 est critique jusqu'au bout, critique sincère autant que radical : conséquent avec lui-même, il aboutit à la confusion de l'abstrait et du concret. Il accorde à la nature nouménale , il est vrai , une tendance intentionnelle; mais cela s'accorde difficilement avec sa parfaite indifférence : c'est une simple échappatoire. Son Dieu ne peut être que celui de Schopenhauer : der Wille an sick okne Eitiskht, selon la remarque judicieuse de M. Van der W'ijck. Et encore, si l'on voulait le presser, nous ne savons pas comment il s'y prendrait pour expliquer non seulement la volonté intentionnelle, mais simplement la puissance divine. Les catégories entendues au sens de Kant, même rapportées au monde moral, ne nous apprennent absolument rien là-dessus. Evidemment il n'y a ni causalité ni activité, là où il n'y à qu'absolue indifférence. Kinker

( ' } Il eût ëtd plus exact de dire VidéatUme, Kinker en convient dans une lettre à H. Capitaine. « Ce teryne doit 6tre entendu , di(-il« dans le sens qu'on lui donne quand on

l'applique à l'École d'Elée. » Parfaitement juste.

(*)Roorda, p. 446>i 47. — Essai, i. I, p. 956.

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