‹ Liber memorialisChapitre 83 sur 336 · RIN · texte numérisé non relu

RIN

n*étiu pas le cercle videas : U s'ippuie sur sa propre hypotiièse pour la démontrer.

Malgré ces défauts eseeatiels, malgré le ijeo de sympathie que nous éprouvons pour une doctrine qui ne cliercbe Tabsolu que dans les limites de Tentendement humain et ne 8*ooenpe même pas de rendre raison de ces il-* mites ('), nous ne pouvons nous ranger à ravis de M. Van der Wijcfc , qui n'attribue à r^sani aucune importance philosophique sérieusew Nous passons condamnation sur le langage technique de Kinker, hérissé d*expressions, non seulement peu françaises, mais ne rendant pas toujours exactement sa pensée, qu'on ne parvient souvent à dégager qu'après plusieurs lectures. Cependant Touvrage fourmille d'aperçus ingénieux et profonds ; la discussion y est serrée et poursuivie avec la plus grande bonne foi, si bien que les erreurs mêmes de Tauteur font réfléchir et servent ainsi indirectement la cause de la vérité. Rien n>8t plus utile que la critique : Tédifice qu'elle bat en brèche s*ébranle quand elle a raison, et sa chute fait bientôt place à un édifice nouveau , Tesprit recommençant incessammeut son œuvre; et quand tous ses efforts sont impuissants, elle sert encore à raffermir notre confiance dans les vérités étemelles.

Pour connaître la dernière pensée de Kinker, il faudrait avoir sous les yeux le roman philosophique auquel il travailla longuement dans sa retraite studieuse d'Amsterdam, et qu'il a léffué a M. Van Lee pour être achevé et puolié par celuici ,mission qui n*a pas encore été rempile. •— Depuis longtemps déjà il avait songé à exposer ses idées sous cette forme, un peu à la façon du iaeobi. Le dialogue entre un matérialiste et un splritualiste inséré dans le 1. 1 de VEssai, a étéécrtt sous Fempire de cette préoccupation. Grâce à M. Ed. Capitaine, 11

nous sera du moins possible de dire quelques mots du plan de l'ouvrage.

« Deux frères Jumeaux, l'un matérialiste, l'autre spiritualiste, soutiennent chacun leur système. L'un des deux frères a une fille nommée Sophie , très-experte en sténographie. Elle s'est occupée à recueillir les conversations et les discussions de son père et de son oncle.

Les deux frères ne pouvant tomber d'accord, prennent le fiarti de consulter l'amant de Sophie, Jeune homme intelligent, qui a lu beaucoup de livres de philosophie sans adopter aucun système. Notre arbitre se met à lire les pièces du procès ; ensuite, désirant ne déplaire ni au futur beau-père ni à l'oncle futur, il s'efforce de condtier leurs opinions : inutile d'syouter que le système qu'il expose est celui de Kinker. » Dans une lettre du 29 avril 4935, Texprofesseur de Liège rappelle qu'avant de quitter ses élèves (*), il leur parla de la possibilité de résoudre l'antithèse du matérialisme et du spiritualisme, a Si J'ai encore devant moi quelques années de vie, j^ta-t-il, et qu'on ne puisse m'appliquer l'adage his pumsf nés. J'entreprendrai can amore cette tache ardue et J'espère la mener à bonne fin. » Quant à sa thèse fondamentale ou plutôt quant à son hypothèse, elle est légitimée a ses yeux parce qu'elle est la seule base poêsible d'une solution satisfaisante. Mais il s'agit de le faire comprendre à tout le monde : là est la difficulté. Il s'agit d'exprimer comment le dualiKMe se résont en un trwlisme, trias harmonica ; or on se heurte Ici à tout bout de champ contre le même obstacle : la pauvreté des langues. Ce fut l'embarras de Lucrèce, Juste au moment où, matérialiste Jusque là, il se trouva tout d'un coup transporté sur le terrain du spiritualisme :

Nuor, ea qao pacto ioter leM mixU. qoibaiiqBtt Comti aoaû T^aant, r«ti»B«ai reddart «vwitoB AUtnhit invitum patrii Mrmonii egtstu :

S«d Uinvii, utpolero, lummAtiiii attingare taDgam ['}.

(*) C'est la même lacune que les soccesseors de Kaot ont essayé de combler ; ils ont fatalement abouti à Hegel , c'est à-dirt à l'identité de l'être et du néant. Il ne reste que la forme pure , que Hegil ne parvient à considérer comme concrète qu'en supprimant

le principe de contradiction.

(*) Indépendamment de ses leçons officietles, Ktniier ouvrit k Liège des cours privés de pliilofioplite et de droit naturel.

{*) De natura rtrum I. III, v. 989. — On Ut sur le même sujet, dans le JTMse» ill-

KIN

En 1840, Rinker prit U résolutkm d'écrire son ouvrage en français, d'y introdoire un nouveau personnage, un abbé, aumônier des deux frères et partisan déclaré du Hermésianisme, et d'appeler la Jeune fille Rosalie Sophie. Celleci, dans le prologue, se déclare heureuse de voir son amant essayer de mettre d'accord les deux adversaires : tt mais en tons cas, poursuit-elle, Je vous con« seillerais de n'en rien faire avant qu6 d'avoir consulté notre curé, qui se prêtera volontiers à vous procurer l'oc^sioD de réfléchir sur nos sens externes, en vous faisant assister à un entretien de deax fils de l'un de nos fermiers, dont l'an est aveugle-né, l'autre sourd-rouet. Le dernier prouvera à sa manière que rien n'est plus impossible que ce qu'on nomme un son, et que la science qu'on appelle acoustique ne peut ^tre qu'une théorie pleine d'illusions; tandis que Taveugle-né ne trouvera rien de si absurde, que de vouloir soutenir qu'il y a des objets visibles, ouqu'il puisse exister nn fluide (dit lumière) au moyen duquel on puisse recevoir, à une grande distance, l'impression sensible d'objets colorés. Cette dialectique a toujours beaucoup plu à mon oncle le spiritualiste, qui ne voit dans nos cinq sens que cinq portes par où notre âme se plait k sortir» pour ne voir, dans la nature soidisant matérielle, qu'une allégorie du monde immatériel, dont la nature visible est l'image. Au reste il soutient que ce sont surtout les femmes qui se plaisent à voir dans cette allégorie une réalité. » Tout en se préoccupant ainsi des détails de son travail, Kinker songeait aux chances de succès que l'avenir réservait à ses doctrines. Nous vivons dans un temps de bigotisme, disait-il; nous sommes en pleine éclipse, mais des temps meilleurs viendront. « L'autruche dépose tranquillement son oeuf sur le sable ; les pinsons et les passereaux ne sauraient l'écraser ; le bec des sanson-

nets et des oorneWes ne peut l'entamer ni le repousser dans l'ombre ; c'est à l'astre qui dispense la lumière de le faire éclore. n

La doctrine de Kinker reposait sur la séparation radicale de la reûgion et de la philosophie, œqu'ilnefaatpas perdre nn instant de vue quand on lit les ouvrages de ses critiques, o Le domaine de la religion, écrii-il (li décembre i8^5), doit rester pour le philosophe une terra incognita : permis aux théologiens de s'occuper de nos spéculations ; mais nous ne devons, nous ne pouvons accepter d'autre contrôle que celui delà raison humaine. Or, c'est ce qu'on ne comprend plus guère de nos jours, même en Allemagne. » Le pur kantisme, comme on voit, n'a peut-être jamais eu de sectateur plus rigoureux que Kinker ; seulement, îk la différence de Kant, le penseur hollandais croyait à la possibilité d'une métaphysique complète dans les limites posées par son maitre. Il excluait de la discussion protestants et catholiques ; il considérait la morale de l'Evangile, bien comprise, comme parfaitement d'accord avec la doctrine de Kant,etil s'arrêtait là. Parfois H élevait son âme vers le principe éternel et immanent de toutes choses ; le Dieu qu'il invoquait dans ses vers n'était que la raison noumène, le Dieu de la dialectique ; mais ce Dieu, il l'adorait dans la sincérité de son cœur.

Kinker < onsacrait tout son temps à l'étude. Il travailla aussi longtemps qu'il eut un souffle de vie. Il mourut résigné, content de son lot; la dernière fois que M. Ed. Capitaine lui serra la main, Il lui dit seulement: « Ah ! mon véritable ami ! Que ne suis-!e dans l'autre monde ! » C'est la seule plaintequ'it énonça jamais, et elle renferme une pensée consolante.

Sa perte fut vivement sentie: on peut en Juger par le concert d'hommages qui retentit autour de sa tombe ('). M. S. Muller, président de l'Institut des Pays-

manak de 4831, lés quatre vers suivante :

yyvi «oordea zijo er. din «lechb onzin in sicb «laitaci; Ntt-ii in«er gadachten, die geeo woorden klaak ka»

juiten, Fb dit» geeo rlnulijk beeld, g«en teeken «cblerhaiili.

Door dichtar» flaiiw gcvœMtdoor deaker« aooit hê"

[paaldi Joh> KiHKcil.

(M Los restes mortels de Kinker ont été déposés, le âO septembre i845, in de Oude-^ xijdi'Kapel^ k Amsterdam.

KIN

Bas, prononça son éloge dans l'Assemblée générale de la Compagnie et n*bésita pas à le proolamerTun des hommes les plus remarquables de son pays. MM.

Siegenbeek, C. Van der Vijver, respectivement présidents de la Maattclumij van Letterkunde et de la loge ôelaCltOr rite (d'Amsterdam), relevèrent à leur tour ses brillantes qualités. M. Westerman Inscrivit ces vers au bas d'un de ses portraits :

Wat (ioOadiieiJ MiliiUreoU voriiiile en Utere eeaweo

Ji^baardea; ^ , acht hieH

f geboeid ; Wat de eoCile geesilkrat^it «rrocht . do «ebooue kao-

[slen gaardea,

T» weeldriif iu bet breio van KiNKBB saàmgetloeid.

Ueeft wijtthenl rei(t oplor, vernaft op laawerblaileu,

Dan woi'dt dit «cfaraader boofd met kiamteo over-

[laden.

La glorieuse épithèle de génie a été appliquée à Kinker par quelques-uns de ses biographes; en la lui contestant, M. Van der Wijk s'est exposé à toutes les colères de M. Van VIoten ('). Il faut s*entendre sur la portée du terme génie : nous renvoyons le lecteur à rarticle publié par M. Cocheret de la Morinière dans le Recensent ook der Recense»len (1850, n^" 9, p. 571), et dont les conclusions motivées sont favorables au philosophe-poète. Au fond, ces discussions sont oiseuses : ce qu'on ne peut contester k Kinker , c'est une originalité véritable, dans le meilleur sens du mot; un talent des plus distingués, comme orateur et comme écrivain ; infiniment d'esprit et de finesse comme critique ; de l'enthousiasme, trop exclusivement peut-être, pour les idées générales ; enfin un libéralisme certainement loyal d'intentions, à part la légitimité de son idéal. Mais il a cherché A éclairer les hommes bien plus qu'à les loucher; jusqu'en poésie, il a rêvé de ses formules kantiennes : sa i)opularité en a souffert, sinon sa célébrité chez les gens d'élite. On l'admire, mais il n'est ni l'ami du foyer ni l'écho des sentiments les plus profondsde l'homme.

On est séduit par la musique de son langage, mais il fait réfléchir plutôt qu'il n'enlève. Il est le poète d'un système politique, plutôt que le poète na-

tional de la Hollande. Mais ce qa*il est, Il l'est si complètement et d'une façon siparticulière,si individuelle, qu'ondoit certainement voir en lui, de quelque côté qu'on le considère, une des personnalités les plus saillantes de son pays, dans la première moitié de ce siècle.

Comme philosophe, M. Van der Wijck le Juge en polémiste autant qu'en historien; aussi éloigné nous-méroe des idées de Kinker que des principes de l'Ecole d'Utrecht, nous croirions être injuste si nous ne revendiquions pas pour l'auteur de \ Essai une page dans l'histoire de la pensée humaine, à côté de Van Hemert, peut-être même audessus de lui. Il y aurait à procéder au triage de ses écrits, dans Tintérèt même de sa mémoire ; ce triage opéré pieusement et avec soin, la Hollande pourrait être fière de son Kinker devant toute l'Europe.

M. Ed. Capitaine a bien voulu dresser tout exprès pour nous, d'après M.

Van der Aa et d'après ses propres notes, une bibliographie des œuvres de Kinker, beaucoup plus complète que celles de MM. Van Hall et Cocheret de la Morinière. Nous nous empressons de reproduire ce document.

i^ OratieoverdejeugdvanÀlesander den Grooten , in latijnschen verzen.

Amsterdam, 1786.

Cf. le Ckronicon cathoHcon d'Edward Simson.

2" Academie-zangen, Utrecht , i78i,

3* Mijne minderjarige zangster. Ib., i 785, in-8«.

A"* De Eigenbaat, parodie. Ib i785, in-g*».

5<» Janns, \ 787, in-i*" (35 numéros).

G*" Orosmane de kleine of de dood van Zaâre^ moorddadig treurspel. Utrecht, 1787, in-8«.

7^^ Depostvan den Helicon. Ib., 1788, in.8°.

8« Eerstellingen. Ib., 1788, in-8^

9^ Van Ao/9,episodischdraroa. Amst., 1789, in-8«.

{*) Dans le Levembode, V. ci-dessus.

KIN

10« Celia, treurspel. Utr., 4792, ifl-8«».

il'» Morceaux divers dans les recueils suivants: a. De Sler; b. Janus verrezen (4795) ; c. De arche Noachs (4799) ; d. Sem, Cham et Japhel (i80'>) ; e, Maçazijn voor de krilische wijsbeçfeerte (de Van Hemert); f. Zangboek der Yrijraelselaeren (p. 48, 49, 66, 408, 435, 459, 165, 465, 474, 480, 494, 280, 283 el

42* GabrieUe van Fayel, Kallenspel (parodie). Utr., 4799, in-8».

45'>£rtrw, parodie. Ulr. 4799,in-8^

44** Het Eeuwfest bij dm aanvaiig van de ncgeutiende Eeuw, Zinnbeeldige vDorstelling. Utr., 4801, in-8o.

45** Armand en ConaioMce , zanespel.

46** De Menscheid in het LazM'uskuis, bij den aanvang van de negentiende Eeuw. Zinnb. voorsteliiQg. Ulr., 4804, in-8«.

Parodie du a« 44.

47"* Essai d'une exposition iuccincie de k[ Critique de la raison pure de Kant, AiQst., 1801, in-8°.

Trad. en français par J. Lefèvre. — Outre les jugements sur cet ouvrage rapportés plus haat, citons encore un passage de Ch. ViUers (PbUos, de Kant, p. Il, p. 441).

48** Tafereel der jongttie higevallen van Europa , geeindigd door vreede.

Zinnb. voorstelling. Utr., 1802.

\^ De Schepping, geestelijk musiekstnk van J. Haydn, de woorden naar het oorspronkelijk Engeisch en het Hoogduilsi^i gevolgd. Anist., 4803, in-H*».

20* Almauzor en Zehra, (reurspel.

Utr., 4804, în-8*.

24** De Tempelheereu, treurspel, naar het Fransch van Raynouard. Utr., 4805.

in-8*».

22® De Vereeniging van liet verhevene met het schoone, ilnnb. voorstelling, ter reestviering van de 25 verjaring van J. C. Wattier, als tonneelkunstena-

resse van bel Ai»st«rdainsche Schouwburg. Amst. 4805, in-8o.

23» /fc/ beminnelijk Mûlenaars Meisje , opéra. 4806.

24** De Maagdvan Orléans, f reurspel, naar Schiller. Amst., 4807, in-S*».

25* Maria Sluart , treurspel, naar Schiller. Amst. , 4807, in-8».

26» Edipus teKolone, zangspei. Utr., 4807, in-8*.

27* Brieven van Sophie aan Feith.

Amst., 4807, ln-8*.

28* Proeve eencr hoUandsche Prosodie, toegepasi op het Metrvm der Ouden (Mém. de la Mnatseh. voor fr. Kunsten en Wetens,, t I). Amst., 48iO, in-S*.

Page 1