‹ Liber memorialisChapitre 86 sur 336 · LEM · texte numérisé non relu

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lutta contre Tadversité avec un courage exemplaire, pour écarter de sa famille Jusqu à la conscience de la position pénible où elle se trouvait ; il employa ses journées à donner des leçons , ses nuits à étudier, et malgré les entraves de tout genre qui paralysaient son zèle, subit avec distinction, en i 8i 8, Texamen de candidat en sciences physiques et mathématiques. Ses efforts furent récompensés par un arrêté ministériel du 5 décembre de la même année, qui le nomma régent de la seconde classe de mathématiques au Collège royal de Gand. H ne tard^ pas à remplacer dans la première classe M. Queteiet, appelé à 1 Athénée royal de Bruxelles.

Le 14 avril 1821, l*Université de Gand lui décerna le diplôme de docteur en sciences mathématiques et en philosophie naturelle; sa thèse inaugurale traitait des solutions singulières, des équations différentielles, et en présentait un exposé net et méthodique, d*après les travaux de Lagrange et des écrivains qui, après lui, s'étaient ajipliqués in rattacher ces formules longtemps inexpliquées aux équations intégrales ordinaires, et sVn étaient servis pour résoudre directement une foule de problèmes difficiles. Le 7 août suivant, Lemaire passa du Collège de Gand à TAthénée de Toumay, comme professeur de mathématiques supérieures; Tannée suivantejl fut en outre chargé d*une partie des cours destinés aux commençants. Il se dévoua entièrement â ses devoirs de profes seur et obtint des succès réels ; on peut rappeler en passant qu'il introduisit avec avantage, dans l'enseignement élémentaire, la considération des projections stéréométriques. Son mérite ne resta point méconnu : le 1^ août 1826, un arrêté royal le nomma professeur extraordinaire à TUniversité de Gand , avec mission d'enseigner la géométrie appliquée aux arts et à la mécanique industrielle (*) En i827,il fit un cours

spécial à Tusage des ouvriers, et le résuma dans un petit tr«iitéintitulé,comme sa chaire : De Meetkunst op de Kunêten en amhachten toegepast (Gand, 1828, \n-S^ de 170 p. et 3 pi., dédié à H. A.-J. Ewyck). Il eut ainsi Tbonneor d'être l'un des premiers, dans nos provinces, à contribuer au développement de rinstruction technologique, qui devait plus lard y devenir si importante.

Il ne négligea rien pour sinitier aux procédés industriels : on le rencontre k Seraing, en Angleterre, partout où il a la chance d'enrichir ses connaissances pratiques. La Faculté des sciences ayant été supprimée à Gand le lendemain de la révolution, Lemaire fut désigné pour l>asser à l'Université de Liège, et chargé des cours d'introduction aux mathématiques supérieures et de calcul différentiel et intégral. Promu à l'ordinariat en 1835, il devint titulaire des cours d'analyse et de mécanique analytique.

Un arrêté royal du 3 septembre 183S l'éleva au rectorat pour l'année académique suivante; le 14 décembre, il ajouta aux Insignes de sa dignité la Croix de l'Ordre de Léopold. La même année, il reçut le titre d'inspecteur de l'Ecole préparatoire des mines; en 1812, il fut investi des fonctions de secrétaire du Conseil de perfectionnement des écoles spéciales. Lemaire, malgré une corpulence excessive qui finit par compromettre sa santé, était très-actif: à ses occupations académiques, il ajouta plusieurs missions ayant trait à rinstruction primaire, et ses rares loisirs étaient régulièrement absorbés par l'étude dès chefs d*œuvre littéraires, tant anciens que modernes. Il possédait bien le grec et le latin ; les principales langues vivantes de l'Europe lui étaient également hniilières. La littérature italienne surtout avait le privilège de le passionner : en 18iG, il ne put résister au désir d'aller saluer la patrie du Dante et de Michel- Ange. Il s'était fait illusion sur sa force

( * ) Lemaire fol oommë, k proprement parier, professeur k. l'Ecole iodustrieUe.qui était une section de ta Faculté des sciences de rUniversité de Gand. 11 y eut pour collègue le Hollandais van Breda, qui reçut sa démission après les événements de 1830. La Fa-

cullë des sciences fut en môme temps supprimée k Gand ; mais le Gouvernemeol, ne voulant pas laisser tomt)er rKcoleindustrielle, remplaça Lemaire et Van Breda par Ed. Jacquemyns et Ch. Norren (v. ce nom).

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physique : le voyage s'accomplit beurenseroent, mais au retour, Leinatre fut retenu à AIbi (Tarn) par une fièvre violente qui prit bientôt de telles proportions, qu1l se vit forcé de demander sa retraite, il put revoir sa patrie; mais son corps était épuisé et bientôt ses facultés subirent un affaissement général.

Déclaré émérite par arrêté royal du 45 mars 4847 , il alla vivre à Bruxelles chez un frère qui lui prodigua les soins les plus tendres ; il ferma les yeux à Grammont , où il s'était rendu pour se soumettre au traitement hydrothérapique. — Lemaire a peu écrit : les Annales •de rUniversité de Gand (1848- 1849) contiennent de lui un Mémoire académique couronné, en réponse à une question de botanique (ExposUio commodomm methodi naturalis plantarum tant in scUntià botanicà ipsâ, quàm m ejus applicationibus) ; la dissertation citée sur les équations différentielles (4821) et un discours inaugural (1826) sur le dessin linéaire et sur le rapport des arts mécaniques avec les arts libéraux. Quelques discours insérés dans les Annales des Universités de Belgique , quelques travaux statistiques dans la Correspondance mathématique de M. Quetelet complètent à peu près son bilan. Lemaire était avant tout un excellent professeur, un homme instruit et d'un commerce agréable; peulétre se serait-il élevé plus haut s'il lui avait été donné de suivre sa vocation.

Sources : Notice sur J. F. Lemaire , par A. G. De Gnyper. Liège, 4855, in- 8*. — Nécrologe liégeois pour 4862 (par U.Gapitaine),p. 50-55.

i^ero»' (Joseph-Antoine) naquit à Anvers le 25 mars 4800 et mourut à Liège le 9 janvier 4859. Son père, docteur en médecine, était ptofesseur d>natomie et de chirurgie à l'ancienne école de chirurgie d'Anvers. L'instruction secondaire étant assez négligée en cette ville, à l'époque de la domination impériale, le jeune Leroy fut envoyé au lyeée de Bruxelles, où il fit des progrès rapides. En 4849, il se rendit à l'Université de Louvain pour y étudier les sciences médicales. Il y arriva pénétré

de la conviction qu'aucune branche des connaissances humaines , pour ainsi dire, ne doit res^jBr entièrement étrangère au médecin : la philologie, la botanique, la physique, la chimie, les mathématiques l'occupèrent tour à tour; il voulait asseoir son édifice sur les bases les plus solides. Son examen de candidat en sciences fut des plus brillants. Kn 4824, la Faculté de Louvain mit au concours la question suivante :

Quels sont les principaux: phénomènes chimiques qui peuvent être interprétés physiquement de deux manièi'es différentes ? Il s'agissait , non seulement d'énumérer ces phénomènes, mais de décrire les circonstances dans lesquels ils ont lieu, et les procédés à employer pour les produire. Le Mémoire du jeune Leroy, d'une étendue de 456 p. in-4», obtint la palme le 40 octobre 4822.

L'auteur y défendait les idées de son professeur Ynn Mons, qui regardait l'hydrogène comme le corps le plus simple ou pour mieux dire comme le seul corps simple, et le prenait pour l'unité de la théorie atomique, tandis que les autres chimistes adof)taient l'oxygène. S'appuyant sur cette hypothèse, Leroy traita son sujet in extenso et fit preuve d'une érudition chimique trèsremarquable pour son âge. Ce travail ardu ne l'empêcha pas, au temps voulu, de subir avec la plus grande distinction l'examen de candidat en médecine. Infatigable et, de plus,animé |)ar le succès, il rentra presque aussitôt en lice, et obtint en 4824 la médaille d'or, pour un mémoire sur remploi du forceps et sur Vusage du levier, « Dans tout accouchement et dans toutes ses périodes , soit que la tète vienne la première, soit que ce soient les pieds, les plus petits diamètres de la tète doivent toujours correspondre aux plus favorables du bassin. » Telle était la doctrine enseignée à Louvain par Van Solingen, et exposée par cet habile professeur, dans un livre estimé : HH werktuiglykc der verlossing verklaerd, betoogd , en Iwrleidt tôt een algemeen grondbeginsel (Leiden , Honkcop, 4799, in-8^ de 288 p.). Leroy suivit l'opinion de son maitre et démontra que le diamètre le plus favorable est le diamètre oblique, qui s'étend d'une

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éninence ilio-pectinée il^un côté, à la symphyse sacro-Iliaque opposée. Dans la première partie de son Mémoire , il itétermina les huit positions dans lesquelles il convient, en général , d*avoir recours au forceps , d'après Tavis des auteurs les plus recommandables ; dans la seconde, il soutint que Tinstrument de Palfyn (dont Leroy attribue par erreur Tinvention à Chamberlayne) n'est pas applicable toutes les fois que la tête est trop grosse pour traverser la filière du baFsin; dans la troisième, il indiqua les positions dans lesquelles le levier doit être préféré ; dans la quatrième, il passa en revue toutes les contre-indications de cet instrument; enfin, dans la cinquième, il détermina le but précis de chacun des deux procédés, et formula des conclusions nettes sur Topportunité de leur emploi respectif. — Ce mémoire important fut suivi d'une dissertation Inaugurale sur rhématose :

Leroy fut reçu docteur en médecine avec la plus grande distinction te 1 décembre i8St4. Le jeune savant, par ses premiers travaux, s'était fait remarquer surtout comme un excellent élève ; son étude sur Vhématosele plaça plus haut : il y hasardait quelques opinions personnelles. Vkématose y est définie : la formation du sang aux dépens des éléments puisés tant au dehors qu'au dedans de l'individu chez lequel ce phénomène a lieu. Cette formation est une opération de chimie vitale; la différence de couleur qui caractérise le sang artériel et le sang veineux est due au plus ou moins d'oxydation du fer qui entre dans la composition de cette substance.

L'hématose ne commence pas au moment où les éléments du sang se rencontrent, mais seulement alors qu'ils arrivent dans les jioumons, où ils reçoivent le contact de l'air atmosphérique. L'air expiré renferme la même quantité d'atote que l'air inspiré; mais il a |>erdu une partie de son oxygène. Qu'est devenu cet oxygène ! 11 s'est combiné partie avec le carbone, partie avec l'hydrogène, selon Lavoisier ; avec le carbone seulement, selon Ellis. Mais le carbone ne se combine avec l'oxygène qu'à la chaleur rouge, dit Leroy; on ne peut, pour iiivalider cette objection, invoquer la

chimie vitale, puisque d'abord racide carbonique se trouve tout formé dans le sang, et qu'ensuite il* est probable que les matériaux de la perspiration pulmonaire proviennent des artères bronchites : il en résulterait, en somme, que l'acide carbonique expiré ne résulie pas de la combinaison de l'oxygène avec le carbone du sang veineux Avec quoi donc se combine I oxygène absorbé? Avec le fer de la matière colorante. Leroy cite à l'appui de sa théorie une expérience qu'il a instituée (Dis», inaug, p. 31). Il ne conclut pas, toutefois, que l'hématose consiste uniquement dans la suroxydation du fer : d'autres modifications ont lieu également; mais elles tombent moins sous les sens. Les poumons ne sont point passifs dans l'acte de l'hématose, comme le prouvent les expériences de Dnpuytren et d'autres physiologistes. — Etabli comme praticien à Anvers, Leroy ne renonça pas à ses habitudes studieuses. Le célèbre accoucheur Capuron ayant attaqué avec aigreur, dans les Annaks de médecine physiologiques de Broussais (nov. i8S3) la théorie de Van Solingen , celui ci se défendit par une brochure publiée à Louvain en 1821. Caporon revint à la charge l'année suivante et se servit du nom de Leroy pour essayer de ternir la réputation scientifique de son adversaire. L'élève de Van Solingen crue de son devoir de prendre lui-même la plume : il démontra péremptoirement que le principe adopté par Van Solingen n'avait point été formulé par Solayres et Baudelûcque , ainsi que l'aOïrroait Capuron.et qu'il ne résultait mème|>oint de l'ensemble de leur doctrine; il convainquit en outre d'erreur le polémiste français, qui soutenait que les plus petits diamètres de la tête doivent correspondre avec les plus grandes dimensions du bassin, tandis que Van Solingen, avec raison, veut qu'ils coïncident avec les dimensions les plus favorables au passage de la tête. La réplique se terminait par des réflexions sur one lettre de Baudelocque, approuvant le princifie de Van Solingen. La querelle en resta \k ; elle eut seulement |)Our effet d'attirer Fattention du gouvernement sur le docteur Leroy, qui fut nommé lecieur à

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rUoiversité de Lonvain, le i 7 «efHenibre 1826. Il y enseignattde tout cœur et de toute âme'» la pathologie générale et ia physiologie humaine et comparée. Il reçut le titre de professeur eiLtraordinsire le 28 juin 4828. La révolution ayant amené la suppression de la Faculté des sciences et par suite une notable diminution du nombre des aspirants à la médecine, Leroy prêta son concours à ceux de ses collègues qui avaient jugé utile de fonder une FacuHé libre. Tout en conservant ses cours en médecine, il enseigna la phy- ^qoe et sut s'attirer, par son talent d*expo8ition, un auditoire nombreux et flfiéle. En 1855, Leroy fut appelé à rUniversitéde Liège comme professeur de physiologie humaine et comparée.

Le 14 décembre 1858, le roi le nomma chevalier de son ordre. Dans sa nouvelle résidence, il se distingua par toutes les qualités qui léi avaieut valu ses premiers succès : mais il était d'une constitution frêle, et ses travaux assidus Tavaient graduellement épuisée. Il Ait inopinément frappé à son poste, qvand lotit semblait lui promettre un brillant avenir. Comme Godet, il n'avait pas 59 ans ! — Outre les dissertations citées, on connaît de Leroy une observation (en coll. avec M. le D* Lanthier) de Phltgnum à la marge de l'anus^ soumise au jugement de la Sociéié tkmédecitteûe Louvain,dont il fut un des membres les

plus zélés, pendant son séjour en cette ville (v. les Annales de cette compagnie). — Une notice très bien faite sur la vie et les travaux de A.-J. Leroy a été lue par M. le docteur P. Broeck à la 27« séance solennelle de la Société de médecine d'Anvers, et publiée séparément (Anvers , Buschmann , 18G2 , in-S** de 28 p., avec portrait).

Le»br€f a»Mii-i (PHiupP£),né à Gaud le 25 mars 1781, mourut à Ixelles le 4 mars 1855. Comme citoyen, comme écrivain et comme professeur , Lesbroussart a laissé un nom cher aux patriotes belges, à la république des lettres et à l'Université de Liège. Son père était lui-même un littérateur distingué, aussi recommandable par ses qualités privées que par son talent (*); le jeune Philippe n'eut jamais sous les yeux que de saines traditions et de bons exemples, et il sut les mettre à prottt. Cependant les études qu'il avait commencées au collège Thérésien de Bruxelles se trouvèrent forcement interrompues, et les circonstances l'éloignèrent pour un temps de la carrière vers laquelle le portaient ses goûts et son éducation. Il fut mis en réquisition (on disait ainsi) en l'an ill, pour senir comme expéditionnaire dans l'un des bureaux provisoires qu'avaient organisés les représentants alors en mission

{*) Jean-Baptiste Lesbroussart, nt^ à OUy- Si-Georges, en Picardie, le 2i juin 1747, ttournt en Belgique te 10 décembre 1818. Il était arrivé dans notre pays en 1778, avec le titre de professear de poésie aaColh^e de Gand. 11 passa pins lard, en qualité de professeur de rtiéleriqiie, au Collège Tbérésien. 8«8 publieatioDS lui ouvrirent, en 1790, les portes de rancienne Académie de Bruxelles. Il fut compris, en 4816, au nombre des nouveaux membres de celte Compagnie réorganisée. Il eut, d'un premier mariage,notre Philippe et ttée fille (M"«Leboeof, mère du diredeitr du jardin xoologique de Bruxelles); Tutoe de ses trois filles du second lit épousa H L. Alvin, ancien directeur de rinstruction ÏNiblique au ministère de l'intérieur^ aujoordlivi conservateur de la Bibliothèque royale de Bruxelles. Voici, d'après M. Uuetelet, qui tious Mti Ici encore de guide Annuaire de tÀcad. nyak de ùelçi^ue, 1864, p. tOO),

Ja liste des principaux ouvrages de J.-B. lesbroussart : i^ Etoye du prince Chnrlen de Lorraine. Bruxelles, 4781 ; ^Education littéraire ou réflexions iur le plan d'études adopté par S. M, f Empereur pour les Collèges des Pays-Bas autrichiens, ln-1â, 178«3 (v. l'art. Rouillé*; 3^ Eloge de Jeande Carondelet, iB-8«,1786; 4» Atmales de Flandre, par P. d'Oudegherst, avec un discours préliminaire, des notes, chartes, dipl6me8,etc., S vol.in-8<», 4 786 ; 6<» Différents Mémoires dansles publications de l'Académie ; huit ont paru daas le t. I des yout^eaux Mémoires, en 4890. — H. Ad. Mathieu nous apprend, dans une note de son ëpilre Sur la tombe de hh. Lesbroussart ^ que la Bibliothèque de Bourgogne conserve deux manuscrits de Lesbroussart père : 4« Ou Belgium primitif, in-fol., a» 4 11(83; 99 Viiœ et gestorum Brabantiœ ducum brève ampendium (4 64 K- 4 740}, Ma. autographe. Bo 45766.

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il Braxelles {*), « Lors de la création de VÀdminûtration centrale de la Beïr giquCj il fut attaché au secrétariat général ; et plus tard, au cabinet particulier du citoyen Lambrechts* commissaire du gouvernement, depuis ministre de la Justice et enfin Pair de France ('). La Belgique ayant été divisée en départements, Ph. Lesbroussart fut employé dans Fadmlnistration départementale de la Dyle, successivement en qualité de commis de première classe, puis de sous-chef dans Tadministration des contributions directes. Après le i8 brumaire an VllI , les i.dministrations départementales ayant été remplacées par des préfectures, il fut placé par M. Doulcet de Pontécoulant, préfet de la Dyle, comme chef de bureau, dans la division qui avait pour directeur N.

Jouy. » Le futur auteur de Sylla^ des paroles de la VestalCy de YHermite de la chaussée d'Anltn ne pouvait manquer de s'intéresser à un jeune homme qui partageait ses goûts personnels.

Lesbroussart put consacrer une partie de son temps à compléter ses études :

il fréquenta, entr'autres, à TEcole centrale du département, les cours des professeurs Wyns(l^islatlon) et Rouillé (littérature française}. Jouy le prit décidément en aift^ction ; et il est probable, dit M. Qnetelet. que les muses eurent à s'applaudir de ce rapprochement, bien plus que Fadministration à laquelle ils appartenaient. C'est à Ttnfluence de nos deux hommes de lettres que Ton doit la création et la pros|)érité de la Société littéraire de Bruxelles,

qui continua ses utiles travaux pendant près d'un quart de siècle (').

En 1804, Lesbroussart donna sa démission pour aller rejoindre son père, alors directeur de l'école secondaire d'Âlost. Il y débuta dans l'enseipement, comme professeur de troisième latine. Confiné dans une petite ville, il n'en entretint pas moins des relations littéraires avec la plupart des écrivains belges, et donna signe de vie en composant quelques pièces de société, restées d'ailleurs inédiles {*). 11 fit paraître à Paris, en 1807, ta traduction d'un roman anglais (*); la censure interdit la publication dun autre ouvrage, Adolphe et Maurice, dont il avait remis le manuscrit à son libraire.

A Gand, où le grand-maitre de l'Université l'envoya pour remplir, au lycée, la chaire de seconde année d'humanités, il rencontra des gens distingués :

Cornelissen, llVallez, Roelants, Ferraris, Couret de Villeneuve, Kluyskens, Benans, Malengreau, le préfet Faipont et son secrétaire Liégeard, spirituel chansonnier, le savant chanoine de Bast et un autre chanoine, De Graeve, bien connu par sa République des Champs Elysées, sorte de mystification involontaire dont l'auteur Ait la première dupe (*). Tous ces hommes d'aptitudes et de goûts si divers vivaient en parfaite harmonie, voués qu'ils étaient tous au culte des choses de l'esprit; les uns sacrifiaient aux Muses et aux Grâces, les autres se livraient à des études sérieuses ; Lesbroussart se mêlait à tous et prêtait au besoin sa plume

{*) Les détails qui suiveotsoot empraotés k UDe note de Lesbroussart, communiquée par M. Th. Juste k M. Queielel.

(* ) Y. les Vies de quelques Beiges , par M. Van Hulst. Liège, 184S, in-8«.

( ') Les membres de cette Société se réunissaient régulièrement, le dimanche matin, pour se communiquer leurs productions. A la fin de chaque année,on publiait un Almanach poétique, et de temps à autre on banquetait, sans manquer jamais de chanter ou de lire des vers au dessert, le plus souvent sur des sujets indiqués d'avance. Outre Jouy et Lesbroussart, nous citerons, parmi les hahilués du cénacle, les barons de Stassart et de Reiffenberg, Raoul, Baron, Cornelissen, MM.

Alvin, LeGlay,etc. (v.Qubtblet, iVorict «Kr

ie baron de Siassart , dans V Annuaire précité, p. i1S-il3>.

( * } A l'exemple de Molière, de Boursault, de Picard, il était à la fois auteur et acteur (Quetelet, Notice sur Ph. Lesbroussart , dans V Annuaire précité, p. SOI).

(*) Fanny Seymour, 3 vol. in-1S.

( * ) Quetelet, p. S09. — La République des Champs Elysées, renouvelée des rêves de Goropius Bccanus, a été écrite pour prouver que la scène de TOdyssée se passe en Belgique. Viissingen ou Ulissingen est la ville d'Ulysse ; Minerve aux yeux bleus est évidemment une Flamande ; les trois gueules de Cerbère sont les tria ostia Bheni; la Bollande a donné son nom à mellespont ; le Brabant est la Propontide, etc., etc.

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à des confrères plus érudits qu'habiles à tourner la phrase. On avait recours à lui dans toutes sortes de circonstances: c'est ainsi qu'à Toccaslon d'une cérémonie publique, il se chargea de faire, à lui seul, tous les discours qui devaient y être prononcés (*).

Lesbroussart versifiait avec la plus grande facilité : on peut dire qu'il rima dès quil sut tenir une plume. On cite de lui une pièce de vers sur h mort et Marie-Aniotnette, publiée dans les Journaux en i 794 : il n'avait alors que treize ans. il ne songeait guère, du reste, ft mettre au Jour ses élucubrations ; indulgent envers les autres, il était pour luimême d*une sévérité excessive : Il attachait si peu de prix ft ses poésies légères, qu1l n'en gardait pas copie. II se décida pourtant , en 1810, à prendre part au concours de poésie ouvert par la Société des Catherinistes d'Âlost : son poème des Belges fut couronné et lui valut dans tout le pays d'unanimes applaudissements (*). Cette œuvre remarquable, la plus importante peut-être de l^esbroussart, comprend à la fois une description de la Belgique , une brillante revue de ses annales et un tableau des progrès des sciences, des lettres, des arts, du commerce et de l'industrie dans notre pays. Ce plan était en quelque sorte imposé aux concurrents ; le principal mérite du lauréat devait donc consister dans l'exécution.Or, Lesbroussart possédait la langue française comme l'un des Quarante : familier avec les grands maîtres du style, il avait surpris tous leurs secrets; son oreille délicate ne pouvait souffrir la moindre discordance ; la tournure la plus heureuse, la plus harmonieuse se présentait à lui naturellement , et cette élégance innée, ce purisme sans effort n'enlevaient à sa phrase ni la fermeté ni la dignité. L'influence de Delllle se fait sentir dans ses compositions du genre

descriptif; cependant il savait trouver de mâles accents, lorsque sa fibre patriotique était touchée. Le poème des Belges présente les plus saisissants contrastes et atteste à la fois la flexibilité du talent de l'auteur , l'élévation et la générosité de ses sentiments. Le facU indignatio versum pourrait s'appliquer à son tableau du règne de Philippe H; en revanche , il ne comprit pas Ârtevelde. A cette époque, nos annales n'avaient guère encore jfail l'objet d'une étude sérieuse ; d'incroyables préjugés règnai«*nt au sujet des séditions communales du moyen-âge, et tout en reconnaissant â la nation belg[e un caractère et des aspirations sui geneiis, on en était venu, â la suite des révolutions, et peut-être Lesbroussart tout le premier, â considérer son existence indépendante â peu près comme un rêve irréalisable ('). Si Lesbroussart prévoit de meilleurs Jours, c'est en pressentant une renaissance des lettres et des arts; son idéal dans le passé , c'est le règne d'Albert et d'Isabelle. Rappeler ce règne, c'est immédiatement évoquer les souvenirs glorieux de l'École flamande de peinture des Bubens, des Van Dyck, des Jordaens et des Ténîers Par parenthèse, Lesbroussart s'est plu à réhabiliter le peintre des kermesses flamandes, et la postérité lui a donné raison. Nous suivrons l'exemple de M. Quetelet, en citant les vers pleins de grâce et de fraîcheur que les charmants tableaux de l'artiste méconnu par Louis XIV {*) ont inspirés â Tauteur des Belges :

Qn0 j*aiino d» Ténieit Im peintnros ehftinpétfM I LA, ce soat Hm boTean aocronpis aoiu dM hêtres ; \jB pUiflir est empreint tor leur front bonrgeonné : D*un cAté celui-ri, sur 1« taille incliné, SaîYent da coin île rail U létère fumée Ou*ezli«le dans le« airs sa pipe bien-aimée ; Celai-lA, saToorant sa dealiie vulapté, Son verre devant lui, m belle à sou côté, rt Pentourant d^an bras, sur sa fraîche maltresne Hse de» jenz brillants <le vin et lie tendresse ; l'Ioj loin, MU» eet ormeao tourne un cercle j«yenf ,

( * } ExeeUent moyea d'éviter les redites, ajoate M. Qoetelet ; de plus, on pouvait être sAr que les orateure ne m eonlredirtient pas les uns les autres.

(*) François de Neafchâteau, juge du concours, après SYoir consulté quelques-uns de ses confrères de F Académie rrançaise, déclara qu'il s'y avait qu'une voix pour adjuger

le prix ft Lesbroussart. Un second prix fut décerné k M. Lemayeur, et un accessit à M. Benau, de Gand.

(>)Y. Quetelet, p. 918.

{*) m Qu'on enlève ces magots! » s'écria le grand roi lorsqu'on lui présenta des tableaux de Téniers.

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Qai, «^agiUnt a« sain d*nn loorbillon poudreux,

A U franche galté saeriflaat U f(ràre,

Ihi terrain »ar «et pat fait trembler hi surface ;

Taadu ^ue da sommet d'un énorme tonneau,

Cn rustique ampliion, lo charme du hameau,

IPunr guider les élans de la foule brujrante.

Joint son archet criard A sa Toix Kiapiasaute.

Le :>ol(;ueur du canton, dans «on fauteuil & bran

GraTement étendu, préside à leurs ébats.

Hais que font dana ce coin ces auatre solitaire»?

Ce sontde vieux fermiers, enlr<H:Iioqu^nt leuré Terres;

Lear mçard e^t hnmide : un heureux vermillon

De «ee vives oonleurs enlnmine lenr front ;

Ils parlent : je croîs presoue euteudre leur langage;

Le rire épanoui sur leur large visage

Par son aspect joyeux excite ma fii^Hé,

Rt je souris moi-méuie à leur félicité.

Le poème des Belges renferme , dans nn genre plus élevé, des beautés de premier ordre. On Ta mis en parallèle avec Foeuvre célèbre de Helmers : De Hollandsche natte; cependant il faut reconnaître dans celte-cj plus d*éclat et de vigiiear. LesbroussaK , ne Toublions pas, écrivait à une époque où la littérature française ne se distinguait pas précisément par ces qualités. — En iKiS, la rhétorique du Lycée de Gand lui fut confiée. Il ne l'occupa qirune année : des avantages considérables le déterminèrent il entreprendre , en 1815, avec un jeune homme dont il dirigeait Téducation , un voyage dans les contrées méridionales de l'Europe .

Il venait de se marier ( * ) : le moment du départ fut pénible ; mais il se dédommagea de Télolgnement par une active correspondance. Si Lesbrous- Bart avait les lumières et le cœur d'un Mentor, ajoute son biographe, il n*en avait, ce semble, pas toujours la prudence : c'est ainsi qu'à Lausanne il provoqua en duel un officier suisse, qui l'avait traité avec brusquerie. Le combat eut lieu à l'épée , bien que notre voyageur fût myope au plus haut degré : Tofficier eut le bras traversé, puis on reprit tranquillement le chemin de la

ville , ainsi que la conversation un moment interrompue {*) Après un séjour d'environ deux ans en France , en Savoie et en Suisse, Lesbroussart dut rentrer à Gand sans avoir visité l'Italie : son élève venait d'être désigné pour faire partie de la garde d'honneur. Les événements se précipitèrent : l'empire de Napoléon s'écroula dans nos plaines.

Pendant qu'on saluait avec transport le retour de la paix, la Société des beauxarts de Gand mit au concours une cantate sur la bataille de Waterloo. Lesbroussart conquit une nouvelle palme ; cependant ce second triomphe eut moins d'éclat que le premier. « La pièce couronnée, remarquable comme OBUvre littéraire, laissait à désirer peut-être sous le rapport lyrique : les opinions d'ailleurs étaient encore fort partagées , même parmi les Belges, sur l'événement politique, objet du concours » (')

Lesbroussart ne rentra dans l'enseignement qu'en 4817, comme professeur de poésie à l'Athénée royal de Bruxelles; son père étant venu à mourir en 1818 , il lui succéda en rhétorique, et occupa cette chaire jusqu'en 1850. Ses connaissances étendues, sa mémoire littéraire vraiment prodigieuse, ses qualités personnelles , surtout sa bonté proverbiale et l'affection qu'il portail aux jeunes gens lui assurèrent un succès complet , résultat d'autant plus remarquable que « le professeur, par suite de son extrême myopie, était à peu près dans l'impossibilité de voir ce qui se passait dans sa classe, et devait maintes fois s'en rapporter aux bons sentiments de ses élèves » (*).

La création du royaume des Pays- Bas avait été accueillie par Lesbroussart avec enthousiasme : « A ses yeux, les

( * ) Avec M"»« V« Giron , née Dewaele. Lesbroastart devint ainsi le beau-père de M. Aug. Giron, qui s'est fait également un nom dans les lettres (Quetelel, p. S04).

(*) Q«etelet, p. 305. — Lesbroussart laissa des traces de son excursion dans les Alpes. A Chamounix, il inscnvit, sur un registre d'iiMel, à propos des faiseurs d'enthousiasme à froid, une boutade qui a été recueillie dans VHermUe de ta Guyane (t. U) ei reproduite, avec quelques corrections, daiis le volume de poésies publié en 1827. A Genève,

il fit imprimer une réponse à l'écrit de Chateaubriand intitulé : De Bonaparte et des Bourbon»,

(*) Quetelel, p. 207. ~ La canUte de iSIft n'a pa.s été comprise par Tauteor dans ses œuvres liitéraires ; il la regardait saos doute comme une simple œuvre de circonstance, ei il est permis d'admettre aussi que ses idées se modiAèrent plus lard. La fin du poème des Belges est également un peu trop empreinte de la couleur de l'époque (Ibid,).

V*) Ibid,, p. 208.

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anciennes fermes républicaines et les libertés communales, dont nos voisins du nord avaient mieux que nous conservé les traditions, allaient faire revivre notre histoire nationale et y ajouter quelques pages glorieuses. » Il voulut témoigner ses sympathies au gouver> nement, en prenant part a la rédaction du journal officiel et en composant, en 1816, à Toecasion dumariagedu prince d'Orange avec la grande duchesse de Russie, un opéra-comique intitulé le Fermier belge (*), qui fut représenté au théâtre du Parc. Ses généreuses illusions furent de courte durée. Le salon de Lesbroussart était le rendez-vous des exilés français et de tout v^ que Bruxelles renfermait de gens de lettres : là se rencontraient Arnauld, Bory de St- Vinceut, Cauchois - Lemaire , Tissot, Pocholle, Juilian, Baron, de Potier, Vautier,de Reiffenberg('), Raoul, etc On y parlait littérature et bo»ux-arts ; insensiblement on y parla politique.

Les tendances du roi Guillaume commençaient à se manifester: à la paisible Société de littérature de Bruxelles avait succédé la Concordia, instituée pour faire |>erdre du terrain à la langue fran-

çaise au* profit du flamand ou plutôt da hollandais ('). Une sourde opposition se formait: la Société des Dciize (^), fondée en apparence dans un but littéraire et point de mire des attaques de ia presse gouvernementale, à cause de Tobsiurité même dont elle s*entourait, n'y était probablement pas étrangère.

Lesbroussart fut un instant suspect.

Il prenait part à la rédaction ûnCourrier des Pays-Bas; un article de cette feuille, intitulé Fond de valise, fut incriminé.

On constata qu'il en avait revu les épreuves; on y trouva même quelques corrections de sa main : bref, il fut appréhendé par la gendarmerie et jeté en prison, oùil resta un mois, jusqu'à son acquittement ("). Le gouvernement ne fut pas fâché de lui témoigner, quelques temps après, que cet incident ne lui avait pas fait perdre sa confiance : Lesbroussart fat nommé professeur d'histoire générale au Musée de Bruxelles (*). il se laissa faire et ne montra pas de rancune; en 1850, on le vit un des premiers se mêlera la foule insurgée, non pour exciter les passions, mais pour maintenir fordre public ( ' >. Cependant il appartenait de tout cœur au parti révolutionnaire. La

(*) Masique de M. Mees.

( *) C'est avee ces deux derniers qae LesbrOQSsart fonda, en tSIT, le Mercure beige, — Un article de Raoul contre une tragédie nouvelle d'Arnauld donna lieu à une polémique asseï vive que les deux collaborateurs s'empressèrent d'éteindre : le Mercure vécut alors paisiblement pendant plusieurs années. Lesbroussart y publia surtout des analyses littéraires. — V. ta notice do M. Oueteiet sur Raoul, dans V Annuaire de l'Académie de Bruxeile* , année 4849.

(*) Lesbroussart en faisait partie : quand arriva son tour de porter la parole , il trancha la difficulté en prononçant un discours laiin sur la lutte des classiques et des ro* mantiques. — ^uetclet, p. S09.

(*) Ainsi nommée u cause du nombre de ses membres, qui étaient MM. baron, de Doncicer, L. de Fotter, Drapiez , L. Gruyer, L. Jollrand , Lesbroussart , Odevaere , Quetelet , Ed. Smits , TieJemans et S. Van de Weyer.

(') L'auleur de l'article, qui s't^tait fait coanatlre, fut seul condamné à 6 mois d'emprisonnement et 500 fr. d'amende.

(* ) V. l'art. BAR6N et ia notice de M. Quetelel sur Lesbroussart, p. SIO et suiv.

('') Son attitude est expliquée dans une note rédigée par lui-même pour M. Jnste, auteur d'une notice sur la vie de Lesbrons* sart (Album national, 1845] : « Après l'incendie de l'hôtel Van Maanen, Ph. Lesbroussart fut du nombre des six ou sept personnes qui, dans la matinée du lendemain, se rendirent près de la Régence, à l'eRet de proposer la formation d'une garde urbaine pour la protection des personnes et des propriétés. Ce corps ayant été iamédiatement organisé et armé , Fh. Lesbroussart , accompagné de quelques citoyens détachés d'une patrouille commandos par le général Plelinckx, ftit assez heureux pour négocier, avec l'officier commandant la caserne des Anncuiciades, l'évacuation de ce local par la troape et sa remise à la bourgeoisie. Il eut également le bonheor de faire cesser les hostilités qui coaMDençaient à s'engager sur le Grand- Sablon, après quelques instants de conférence avec le major sous les ordres duquel était placé le délachoment qui occupait ce point. Nommé membre du Conseil de la garde urbaine» Lesbroussart prit part, en cotte qualilé,à toutes les délibérations qui eurent lien à l' hôtel-de-vil le, et fut du aoaibre de ceux qui ae rendirent au pahiis du prince

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faiblesse de sa vue ne rempècha même pas de circuler armé dans Bnixelles pendant les journées deseptembre^au risque de se trouver en présence d*adversaires qu*il ne distinguait pas: c'est ainsi qu'il faillit être tué à rentrée de la rue Notre- Dame-aux-Neiges (*).

Le gouvernement provisoire, voulant récompenser son lèle, le nomma, dès le mois d'octobre 1830, administrateurgénéral de rinstruction publique. Il remplit ces hautes fonctions jusqu'en 1835, date de sa nomination à TUniverslté de Liège. Le lendemain de la révolution, il se trouva en présence de difficultés de toute sorte : on demandait à grands cris la réouverture des Universités, dont les cours n'avaient pu recommencer, comme d'habitude, vers la fin de septembre. Le gouvernement ne put donner suite aux réclamations que vers la fin de l'année; les trois Universités de l'Etat furent maintenues par un premier arrêté du 12 octobre, et provisoirement réorganisées par un second arrêté du 16 décembre. Des mesures définitives ne pouvaient être prises, dans l'opinion des hommes du pouvoir, qu'en présence d'un concours de circonstances qui ne se présenterait que plus tard, et d'autre part une interruption plus longue pourrait devenir préjudiciable aux intérêts de la

Jeunesse : on se contentait donc de pourvoir au plus pressé. Mais l'arrêté du 16 décembre alla plus loin, en supprimant d'jin trait de plume cinq Facultés : à Gand, la philosophie et les êei£nce9;^ Louvain, le droit et les sdeneeê ; à Liège, la vhilosophie. Sur les vives réclamations de la Régence et des habitants de Louvain, la Faculté de droit fot rétablie en cette ville, mais avec un personnel insuffisant (*). C'est alors, comme nous l'avons dit ailleurs, que des Facultés libres s'éublirent dans les Universités mutilées. 11 s'ensuivit des complications et des embarras. Etranger aux mesures décrétées par l'autorité, Lesbroussart ne devait pas moins en être l'exécuteur : l'opinion publique lai sut mauvais gré de son intervention.

Les professeurs des Facultés supprimées se trouvaient tout d*un coup sans emploi , et parmi eux se trouvaient quelques amis de l'administrateur-général , entr'autrcs Raoul. On disait de Lesbroussart « qu'il administrait l'Instruction publique comme on administre un malade ; on se plaignait partout de la décadence des études et des rigueurs officielles; cependant, quand à ce dernier point, on sait aujourd'hui qu'il fit tout le possible en faveur des professeurs lésés. Au commencement de 1831, il présenta au gouvememeni

d'Orange lorsque celui-ci , par uoe détermination honorable pour son caractère, mais infructneuM dans ses résultais , fut entré à Bruxelles avec ses aides de camp. Le Si septembre, la garde se trouvant à peu près dissoute, par suite d'incidents asses connus , il se rendit avec M. l'avocat Plaisant , depuis administrateur de la sûreté publique , dans le Hainaut, d'où ils revinrent, le Si, avec une assez fone compagnie de braves villageois des communes de Fayt , Labutre et Morlanwelz, à laquelle se joignirent sur la route des volontaires de Charleroy. Pendant les deux dernières journées de la lutte dont la capitale était devenue le théâtre, il se trouvait auprès de don Juan van Halen , qui l'avait, dès ce moment , attaché à son étatmigor, et dont le quartier-général était alors établi è l'bôtel de Ghimay , d'où ii fut, dans la soirée du S5, transféré à l'hôtel de Tirlemont. Les seules personnes qui, pendant la nuit suivante, se trouvèrent auprès du général, étaient MM. Michaux (de Limbourg) ,

Palmaert atné et Ph. Lesbroussart. Après le départ des Hollandais , ce dernier assista, pendant quelques semaines , avec voix simplement consultative , aux séances du goovemement provisoire, qui le nomma , conjointement avec MM. Nicolay et Vautier, membre de la Commission d'enseignement, et pins tard administrateur-général de rinstruction pubUque. »

( *) « Cet excellent homme, qui n'a jamais fait le moindre mal à personne , qui n'en a pas même eu la pensée, avait parfois, cooune tant d'autres , la manie de paraître terrible. Ainsi, pendant les premiers jours de la révolution , il avait laissé croître sa tiarbe et traînait un grand sabre. Quù generum meum huic gladio aliigavU f disait Cicéron, en voyant son gendre dans le même appareil belliqueux. * (Quetelet, p. SiS).

(') Etai de VinstrmctioH tupérieure em Belgique (Rapport de M. Notbomb), Bruxelles, 1844, in-a«, 1. 1, p. GIV.

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OD rapport général sur la sHuation ; le i5 juin, il fut chargé de rédiger un projet de loi organique. Le 30 août, le ministre de rintérleur ad intérim Teichmann, nomma une Commission ( * ) chargée de discuter ce projet, qui nit achevé le 20 septembre suivant. Lesbroussart demandait une Université unique» dont les Facultés auraient été disséminées dans le pays : la Faculté des lettres à Louvain, celle des sciences à Liège, celle de droit à Gand et celle de médecine k Bruxelles. Â ces deux dernières auraient été annexées des sections préparatoires (lettres et sciences). L'établissement d'une Ecole militaire dans une localité à déterminer, d'une Ecole de navigation à Anvers ou à Ostende, d'une Ecole des mines à Namur, d'une Ecole des arts et métiers à Li^e ou à Bruxelles, enfin d'une Ecole vétérinaire à Tervueren était en outre prévu par le projet. Quant aux diplômes académiques, ils devaient être délivrés par une Commission centrale, produit de l'élection ('). La Commission se prononça pour la centralisation de toutes les Facultés dans une seule ville et pour ta création d'une Ecole polytechnique; quatre Commissions spéciales, nommées par le Roi et répondant aux quatre Facultés, auraient eu mission, selon elle, de délivrer les diplômes académiques. Elle réclamait en outre rinstitution d'un Conseil général de perfectionnement. Le gouvernement reçut ce projet le 20 mars 1852, mais ne crut pas devoir le soumettre à la législature. Le projet qui fut présenté aux Chambres le 31 juillet iS3l, et discuté l'année suivante pour aboutir à la loi du 27 septembre 1835, est l'œuvre d'une seconde Commission, nommée le 18 novembre 1833. Lesbroussart ne donna signe de vie, dans la dernière période de son administration, que par ses rapports sur l'instruction publique, qui témoignent d'ailleurs des vues élevées et du zèle de cet honorable fonctionnaire.

Quand la réorganisation fut un fait accompli, il résolut de redevenir professeur, au prix d'un grand sacrifice pécu-

niaire : la chaire de littérature française de l'Université de Liège lui fut confiée, et ce fut une bonne fortune pour la jeunesse. Il joignit à son cours principal un cours d'histoire littéraire comparée, qui a laissé des souvenirs. Il était aussi versé dans la connaissance de la plupart des langues modernes de l'Europe que dans les langues anciennes; il puisait partout à son gré « sans dépendre des traductions imprimées, ce qui donnait à son enseignement l'attrait piquant de la nouveauté , bien qu'il eût soin de proportionner ses leçons de manière k mettre surtout en relief les chefsd'œuvre les plus connus. Son cours de littérature française était remarquable par la délicatesse des analyses et par le choix heureux des rapprochements; en outre,le charme de sa diction suspendait les auditeurs k ses lèvres. Nous empruntons à M. Quetelet le portrait suivant, qui est d'une ressemblance frappante : « Ph. Lesbroussart n'avait rien qui annonçât son mérite, rien qui fixât l'attention ; il était maigre et de taille moyenne ; son regard distrait (*) manquait en outre d'expression, par suite de son extrême myopie ; ses cheveux blonds étaient clair-semés, et ses joues sillonnées de rides présentaient, avant l'âge , la plupart des caractères de la vieillesse. Sans avoir rien d'embarrassé, sa tenue était simple et modeste, surtout quand il gardait le silence ; mais dès qu'il parlait , sa physionomie , habituellement grave et pâle , s'animait d'un sourire de bienveillance, sa voix vibrait d'une manière sympathique, et ses phrases, d'une pureté irréprochable, se déroulaient sans effort, toujours pleines et élégantes, nettes et précises: on eût pu les imprimer sans avoir un mot k y changer. »

Il a été fait allusion plus haut k ses dispositions bienveillantes : elles se révélèrent dans sa jeunesse, alors surtout qu'il faisait partie du Comité des théâtres royaux de Bruxelles. « Il n'y avait pas de si mauvaise pièce où II ne trouvât des scènes k faire valoir, des vers k citer avec éloge. A l'en croire, tous les ouvrages

(*i V. l'art. J.-G.-J. Ernst.

(•} NoUiomb, p. CXIV etCXLII.

(*) Les dittractioos da Leabroossart ont éié proverbialaa à Liège.

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Hé

qu*on représentah étalent exceUents ou lout an moins admîssibtes. Philinte ne montre pas plus dlndulgence dans son appréciation du sonnet d'Oronte ( * ). » Mais c'est surtout dans les Jurys d'exa^ men que Lesbroussart se trouvait soumis à de rudes épreuves : « en voyant les embarras et les angoisses des récipiendaires, il oubliait à tout Instant son rôled*exaroinateHr,et, soufflant officieusement les réponses , il fiiisait sourire Pauditoire et compromettait parfois la gravité du jury (•) »• A Liège, lorsqu'il devint président du Comité de rédaction de \2i Reloue be1^e{*) y Use montra également d'une indulgence excessive envers les jeunes écrivains qui lui soumettaient leurs essais : disposition louable en un sens, mais parfois dangereuse. Il faut cependant dire qu*en général il a exercé une influence favorable sur ia Jeunesse. Ses encouragements ne devaient être pris au sérieux qu'à moitié ; mais on avait fini par savoir à quoi s'en tenir. En revanche, avait-on besoin d'un bon conseil , on était sûr , en s'adressant à lui, d'en recevoir deux pour un, et des plus utiles. Quant à lui-même, nous avons dit qu'il ne se contentait pas aisément ; joutons que sa modestie naturelle l'empêchait deviser à la célébrité. La plupart de ses écrits ne furent popularisés que par extraits qu'on lu! empruntait pour en enrichir des revues

liltér»lres ( ^ ). Si Tun 4e sesamis n*avait pas eu soin de garder copie de ses poésies , le recueil qui en fut publié en 18^7 n'aurait jamais vu le jour ; et encore eut-on toute la peine du moùée à lui arracher l'autorisation de le mettre sous presse : il supprima lout ce qu'il put supprimer, si bien <yu11 ne resta qu'un assez mince in-iS. 11 a été question plus haut du poè8i« des Belgeê :

VAH de conter ne mérite pas moins de vivre. Lesbroussart était un cbannant oauseur : il savait par expérience com^ ment on intéresse un cerde , comment on soutient l'attention; il avait du sel attaque et même une pointe de malice, avec toute sa bonhomie; ses anecdotes étaient toujours de bon goût et venaient à propos, bien qu'il ne fit jamais d'allusion directe à des personnes. Jamais il ne blessa qui que ce soit ; jamais il ne médit des absents. Avec ces dispositions , Lesbroussart était on ne peut plus compétent pour tracer les préceptes de cet art qu'il est si difficile de pratiquer sans être ennuyeux. Ces préceptes forment la seconde partie de son poème : la première est une sorte d'histoire de la conversation , parsemée de traits ingénieux. On entre agréabi«ne«it au cœur du sujet :

Maotlit 9oit te boarrean dont U loqaaeîté D«puû» tui0 h«ttre, «a moinn, m'enciMlae à km c6té I A-t-il awez de foU, brisant ma pttience, Aox rot^a fatif;nès cmnmuniléle aUenee,

(M Quelelet, p. 343.

(') Dans une sëance présidée par M.

l'abbé de Ram, Lesbroussart se livrait aux élaos de sa bienveiUaace habituelle. Cette fois, le récipiendaire était du dernier médiocre. On venait de lui demander le nom du vainqueur des Sarrasins à la bataille de Poitiers : après avoir erré dans toute la salle, ses regards inquiets s'étaient arrêtés sur Lesbroussart; celui-ci , eo regardant «ne prise qu'il froissait entre ses doigts, murmura le nom de Charles Martel ; le récipiendaire aussitôt de répéter : Charles Martel, et l'auditoire de sourire. Une seconde question demandait le nom du chef des Sarrasins. Lesbroussart, interrogé du regard, prononça encore à demi-voix le nom d'Abdérame :

< l'abbé de Ram ! • répondit vivement le récipiendaire. Pour le coup , l'hilarité fut à son comble ; Lesbroussart lui-môme ne put s'empêcher d'y prendre part • (^uételet, p.

(') La Hevuê belge était, comme on sait, l'organe de la Société pour t encouragement de la littérature nationale. Cette Société devait avoir des Comités dans toutes les villes importantes du royaume : eelui de Liège a seul existé. Il a été présidé par M. Polaia jusqu'après la publication du t. XIII ^v. le Rapport du secrétaire-général, 1. 1, p. 33^ et la séance du i^ décembre 1839, t. XIII, p. 334). Les premiers collaborateurs de la Revue ont été MM. Polain, Weustenraad, Borgnet, Ch. Faider, de Decker, van Hulst, Godet, Demarteau, Visschcrs, Bovy, F. Lebrun, J. Lebeaa, Ducpétiaux, L. Labarre, deSt-Genots et Grandgagnage. Lesbroussart n'y écrivit qu'à partir de 4888 : sa collaboration ne fut jamais très-acttve ; mais il présida le Comité après la retraite volontaire des fondateurs. La Revue belge a vécu jusquen 4844 (v. l'avis inséré t. XXV, p. 307, et les art. PoLAUf et van Hulst).

(*) Quetelet, p. tU,

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