‹ Liber memorialisChapitre 90 sur 336 · MAR · texte numérisé non relu

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hélas ! il eut il peine le temps de se reposer sous son ombrage. 11 était d'une constitution robuste ; mais quoique attaché à la Belgique par les liens les plus étroits et plein d'une ineffable tendresse pour les siens, il avait au cœur une plaie incurable : la nostalgie le minait sourdement. Il pensait sans cesse à la lointainePologne, il ne parlaitque d'elle, il n'était intime qu 'avec sescompatrioies. La dernière semaine de sa vie, il remplit encore à l'Université ses devoirs d'examinateur. Un typhus des plus violents le coucha brusquement sur son lit de mort. Au moment suprême, il fit ouvrir la fenêtre. Dès que l'air frais pénétra jusqu'à lui , il fondit en larmes , et l'on comprit aux paroles délirantes qui lui échappèrent qu'il se croyait transporté dans sa chère Samogitie. Ses derniers motsfurent inintelligibles pour sa femme et pour ses enfants : il parlait la langue maternelle. — Nous avons compris, balbutiait-il , en faisant allusion aux derniers événements... Une poignée de terre apportée de Pologne et arrosée de quelques larmes polonaises a été jetée sur sa tombe; plus tard, ses compatriotes présents en Belgique lui ont érigé un modeste monument. Martynowski avait des droits particuliers à leur reconnaissance : ardent ami de son pays, trèsversé dans les langues et les littératures slaves, il entretenait les souvenirs et les aspirations de ses compagnons d'exil; il était pour les jeunes étudiants polonais un conseiller sûr et dévoué, un maître d'histoire et de poésie nationales, en même temps qu'un guide dans les sentiers de la scienr>e. Avec eux, il se retrouvait en imagination sur la terre natale : on relisait les poètes aimés, on les commentait, on se remémorait toutes les gloires des ancêtres... Martynowski était lui-même poète : il a laissé en manuscrit plusieurs ballades historiques et diverses pièces de vers auxquelles les connaisseurs reconnaissent un vrai mérite. Quelques pièces échappées à sa plume (contes et fables) ont paru dans le Journal littéraire polonais et ont été fort goûtées. Il s'occupait aussi de critique et d^analyse. Il admirait beaucoup Adam Miçkiewicz ; des notes très-étendues sur les œuvres

de ce maître ont été envoyées par lui au vénérable Lelewel, son ami de cœur; elles ont dû être mises sous scellé avec les papiers de ce dernier, décédé quelques mois seulement avant Martynowski ; elles ne seront probablement pas perdues. Martynowski lisait beaucoup et retenait aisément : il affectionnait certains genres , entr'autres l'églogue.

Bohdan /aiewski était son poète favori.

Dès qu'il se rappelait quelque chanson ukrainienne , sa c^lme et triste figure s'animait d'un feu juvénile et un éclair passait dans ses yeux.

Martynowski était affilié à la Société scientifique de Cracovie et à la Société royale des Sciences de Liège. Voici, d'après M. Ulysse Capitaine, la liste de ses ouvrages sur les mathématiques.

1* Leçons sur le chauffage et la conduite des machines (Cours donné à TEcole des arts et manufactures de Liège, in-i"", autographié).

2" Leçons de calcul différentiel et intégral (Id., 2 cahiers in-folio, autograpbiés).

3" Cours spécial de calcul différentiel et intégral, donné par J. Martynowski, professeur agrégé, rédigé et publié avec son autorisation par les élèves de l'Ecole préparatoire des mines. Première année (1855, cahier in-folio, autographié).

\^ Mémoire sur la for mat ion des [missances ordinaires et celle du développement logarithmique d'une fonction explicite d'une seule variable:

Ce M(5moire« adresse en janvier 183T k rAcadémie royale de Belgique, a éié l'objet d'un rapport de MM. Pagani et Gamier, inséré dans les Bultttim de cette Coropagoîe, l. IV, 4837, p. 82.

5* ^ote sur la recherche du coefficient dans le retour des suites.

Rapport des mêmes commissaires, t. (V, 1837, p. t3S des mêmes Bulletins,

(îo Mémoire sur les formes des équations des lignes de second ordre.

Rapport de MH. Timmermans ctQaetelel, l. VIII, ira partie, p. 116 des mêmes Bulletins,

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70 Mémoirf tur la congruence

Mémoire adressé à l'Académie et men- Uonné t . IX, i« série, 1860, p. i 49 des mêmes DulUtins,

8<> Sur les transformées de VéquatUm du second degré à detuc variabks.

Travail inséré dans les Mèmoiret de la Société royale des êciences de Liège, t. I,

9^ Snr la solution des équations numériques.

Mémoire important, inséré 1. 1, 1843, p.

S90; t. Il, 1845, p. 445, et t. VIII, 1853, do même recneil.

10^ De la construction des normales dans les courbes du second degré {Ibid.^ t. IV, 1848, p. 1).

11^ Essai sur la théorie des parallèles (Ibid t. VII. 1852; reproduit dans le Moniteur de renseignement^ t. I, S** série, avec de nouveaux développements).

12° Des combinaisons avec répétition (Ilnd. t. XVI, 1861, p. 55.

Les Mémoires n»* 7 à 12 ont été aussi tirés à part.

15^ Divers articles dans le Moniteur de renseignement (Tournai), sur remploi de rînfini en mathématiques, etc.

(v. Tari. Noël).

14** Notessur Tlntroduction à la philosophie des mathématiques, par Hoëne Wronski.

Ce commentaire considérable, auquel Marlynowski travailla plusieurs années, est resté inédit. Le Ms. a été acquis {k une vente publique) par M. Ulysse Capitaine, en même temps que les n^ suivants.

15* Abrégé d^arilkmétique. — Cours de mathématiquîs pures. — Cours de statique professé en 184G-1847. — Méthode spéciale pour la solution générale des équations, — Addition àîa réforme des wuithématiques» — Résolution du problème universel des mathématiques et son application à la résolution générale des équations de tous les degrés.

Onlre les compositions poétiques cidessus menlionnées , llartynowski a laissé, en manuscrit, une Histoire abrégée de la Pologne,

Sources. Nécrologe liégeois pour 1 861 .

— Extraits des journaux polonais, communiqués par M L. Syroczynski. — Souvenirs personnels.

Meyer (ANTOINE), né à Luxcmbourg le 31 mai 1805, mourut à Liège le 29 avril 1857. Il serait difficile d'imaginer une nature plus complète, un esprit plus sérieux et plus aimable à la fois. Mathématicien de premier ordre, poète par bouffées, peintre s*ll avait voulu l*ètre, et avec cela, aussi versé dans la connaissance de Thistoire et des langues mortes ou vivantes que dans celle des sciences exactes, Meyer avait tout pour lui. sauf les dons de la fortune. Il fut cruellement ballotté par Forage avant d'arriver au port ; et quand il Feut atteint, sa riche organisation était épuisée. Il succomba dans la pleine Jouissance de ses facultés, mais vaincu par les souffrances physiques. Son courage et sagalté naturelle ne Tabandonnèrent cependant pas un instant : aussi bien Texpérience de la vie lui avait coûté assez cher pour qu'il en tirât profit.

Son père, honnête artisan, reconnaissant ses dispositions naturelles, lui avait permis de fréquenter TÂthénée de Luxembourg. Anioine y fit des études brillantes; mais le moment vint de les poursuivre à l'extérieur, et la famille était sans ressources. Un grand nombre de Luxembourgeois fréquentaient alors l'Université de Liège : ils se cotisèrent pour le faire venir auprès d'eux. Il les récompensa en devenant en quelque sorte le centre de leurs reunions, qu'il animait par sa conversation spirituelle et par son talent à improviser, en dialecte de son pays, des vers sur toutes sortes de sujets. Il ne larda pas, du reste, à subvenir par lui-même à ses besoins, en donnant des leçons particulières et en se chargeant de rédiger le catalogue des livres de science de la bibliothèque académique. Le soin qu'il mit à s'acquitter de ce petit travail (la bibliothèque n'élait pas alors ce qu'elle est aujourd'hui) lui valut la confiance des professeurs ; ils le prièrent de leur indiquer un jeune homme capable de dresser le catalogue des livres de droit:

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Meyer désigna M. Fiess, Luxembourgeois comme lui; M. Fiess ne quitta plus la bibliothèque, et Ton sait ce qu*elie est devenue entre ses mains.

Meyer, étudiant et enseignant à la fois, songea à se faire recevoir docteur et k se rendre ensuite à Paris, pour y entendre les mathématiciens les plus célèbres. Il rédigea sa thèse ('), mais ne se présenta pas à Texamen , quoiqu'en aient dit ses biographes (*). Il partit pour la grande ville, ayant tout juste assez d'argent dans sa bourse pour y arriver : là , il fallut vivre , et il vécut , mais à quel prix ? H ne recula pas devant le travail manuel le plus vulgaire : ce fut le corps, cette fois, qui nourrit Tintelligencc. 11 suivit néanmoins avec assiduité les leçons des maîtres, et comme le héros de certain roman anglais, il prit Ihabitude de lire, aux étalages des libraires en plein vent, les livres qu'il n'avait pas le moyen d'acheter. Enfin il rentra dans sa patrie en 1826, pourvu d'une chaire au Collège d'Echternach.

Quelle chaire! Il fallait enseip;ner le latin, le grec, le hollandais, Tallemund, les mathématiques : il est vrai que tout le personnel de l'établissement se composait de deux professeurs. Heureusement, en 1828, il fut nommé professeur de mathématiques à l'École militaire de Breda. Il n'y resta pas plus d'un an : on le retrouve en 1851 professeur au Collège de Louvain, et en 1852 à l'institut Gaggia, consacrant ses moments de liberté à préparer des élèves pour TÉcole militaire, alors dirigée par le colonel Timmerbans. En 1854, cette institution ayant reçu son organisation définitive, Meyer y fut nommé professeur. Mais il n'était pas au bout de ses tribulations, a Son caractère indépen- » dant n'allait pas à certaines positions, D et nous voyons ici éclater au grand » jour la cause véritable des malheurs » de toute sa vie. On avait imposé à » son enseignement une condition con-

» traire à la liberté du professeur, en » exigeant qu'il suivit dans ses leçons » un certain ouvrage. Le savant, père » de famille, avait cédé ; mais un jour » sa fière intelligence se révolta en pré- » sence de l'incapacilé de «te guide » qu'on lui avait imposé, et rejetant au n loin le livre obligatoire , il s'écria » qu'il ne pouvait enseigner de telles » absurdités. L'acte était d'autant plus » grave que l'auteur de ce livre existait » et occupait une haute position dans » un pays voisin. On exigea de Meyer » des excuses : il répondit par sa dé- » mission, et lorsqu'on lui demandait » où il comptait aller après avoir ainsi » renoncé à son seul moyen d'exis- » tencc : sous le ciel bleu^ disait-il ; ce » ne sera pas la première fois » ('). Il resta effectivement sans emploi jusqu'en 1858, date de sa nomination à l'Université de Bruxelles, où on lui confia l'enseignement des hautes mathématiques. Il occupa en même temps l'emploi de calculateur au Ministère de la guerre. En 1859, il profita de la loi du 4 avril pour se rattacher à la famille belge. Dix ans plus tard, il remplaça Lemaire à l'Université de Liège, comme professeur ordinaire, chargé des cours de calcul différentiel et int^ral, d'analyse supérieure et de calcul des probabilités (*). « Placé enfin dans une posi- » tion digne de lui, ditM . Bède,il montra » sur le champ tout ce, qu'il valait. Sa » vie jusqu'alors agitée* et parfois dé- » sordonnée comme celle de tant d'hom- » mes cherchant l'oubli, devint immé- » diatement calme et rangée; son acti- » vite intellectuelle redoubla; toute son » existence fut concentrée dans le cer- » de de son enseignement et de ses » éludes. H he sortait de chez lui que » pour se rendre à TUniversité et par- » fois k la Société des sciences, dont » ses travaux eniichissaient les Mémoi- » res. Il ne voyait ainsi que ses col- » lègues et ses élèves, dont il était

( ' ) Elle a été imprimëe (De maximiê et minimis; Luzemb., Lamort, 1880, in-4«).

( * ) Meyer oe fut reçu docteur que le 16 juin 1832.

('} if. Antoine Meyer ^ Notice par E. Bède (Annales de Venneignement public, t. I, p. 360).

{*) Sa nomination, vivement combattue, fat un acte de courage de M. Rogier, alors au département de rinldrieur. On était aUé jusqu'à dire à rhonorable ministre : M. Heyer est un vaiëtudinaire ; dans un an, vous devrez lui donner sa pension. — Soil, répondit N. Rogier ; il l'aura bien gagnée.

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• profondément aimé. Ses cours d*ana- 0 lyse transcendante étaient d'ailleurs » admirables de tous points ; il m'a été » donné d'entendre d'illustres profes- » seurs de mathématiques, et je puis » aiBrmer sans crainte que je n'en ai » jamais vu d'aussi complets. Sa parole 0 était simpje et précise, élégante sans » affectation ; ses calculs rapides, sûrs, » ordonnés avec une rare perfection ; » son expo>ition d'une lucidité telle, 0 que ceux qui suivaient ses cours dé- 9 claraient n'avoir jamais rencontré de » difficultés sérieuses dans les ques- » lions les plus ardues de la théorie » des nombres ou du calcul des pro- » habilités. » Cependant, comme on Fa dit plus haut, sa santé était gravement compromise. L'intelligence était en pleine vigueur ; mais le corps restait souvent, pendant des mois entiers, cloué sur un lit de martyre. A peine se sentait-il mieux , qu'il ra^ipelait ses élèves et se hâtait , par des leçons plus fréquentes, de regagner le temps perdu. Aux labeurs de l'enseignement il joignit, avec une rare persévérance, les travaux du cabinet. Il se mettait à l'œuvre dès le point du jour, passait sa matinée à faire des mathématiques, et consacrait à des études diverses le reste de la journée et quelquefois des nuits dinsomnie. Il avait prodigieusement lu et non moins retenu : sa mémoire était d'une rare précision. Le dialogue entre la goutte et Franklin lui eût été applicable, si ce n'est qu'il avait flni par être complètement maître de lui-même. C'est ainsi qu'il put en très-poi d'années, malgré ses souffrances, composer un grand nombre d'ouvrages sur les problèmes les plus élevés de la science, a Et cet homme, qui passait sa vie à la • recherche des abstractions mathé- » roatiques, avait conservé toute la sen- 9 sibilité d'une âme ardente et enlhou- » siaste : il savait comprendre le beau, » et il l'aimait au point qu'un jour la 0 vue d'une toile de Raphaël lui arrai> cha des larmes. H ne se borna pas à

» aimer le beau, il le réalisa. On doit à » son pinceau de charmantes produo- » tions, et plus d'une fois son inspira- » tion poétique Gt l'admiration de ses » compatriotes » (*). Meyer était correspondant de l'Académie royale de Belgique depuis le i6 décembre i8i6.

Il a publiée).

1*^ Dans les Bulletins de cette Compagnie savante : a) Recueil de quelques développements peu connus en analyse cmbimtoire (t. XIV, 2' p.); h) Sur la base géodésique que Von mesure actuellement dans les environs de Bonn (Ib.) ; c) Théorèmes sur les polyèdres (t. XV, V p.) ; d) Résolution d^un problème de calcul des probabilités (t. XV, 2« p.); e) Note sur quelques intégrales définies (t. XVI, !'• p.); f) Note sur le théorème inverse de Bernouilli (t. XXIH, 1" p.); g) Différents rapports.

2** Dans les Mémoires de V Académie :

h) Mémoire sur deux fonctions irrationnelles particulières (t. XXI); i) Mémoire sur Vapplication du calcul des probabilités aux opérations du nivellement topographique (Ib.) ; j) Mémoire sur le développement en séries de quatre fonctions (Ib.); k) Mémoire sur Vintégration de Véquation générale aux différences partielles du premier ordre d'un nombre quelconque de variables (t. XXVli).

5^ Diverses communications de Meyer à l'Académie ont été l'objet de rapports plus ou moins étendus. Avec M. Capitaine,nous mentionnerons les suivantes :

Mémoire sur une nouvelle exposition complète du théorème de Taylor (7 août 1847). — - Mémoire sur quelques formules nouvelles de la trigonométries phérique (7oct. 1848).— Note sur Vintégration des différentielles bin&me4t (13 janv. 1849). — Note sur deux intégrales définies d'Enter (5 mars 1849).

— Note sur l'expression du rayon vecteur d'une planète en série suivant les cosinus des multiples de Vanomalie moyenne (2 mars 1850). — Notice sur Vintégration d'un système quelconque dé-

( ' ) Sicrologe liégeois (par M. Ulysse Capilaioe), 1857, p. 68.

( * ) Nous avons mis à profit, pour les renseignemeDls qui suiveot, la ^atice de M.

Capitaine, ploB exacte et plus complète que la bibliographie académique de 1854, ci le discours prononce par M. Trasensler sur la tombe de Meyer.

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quatians linéaires nmuUanées à coëHidents constants, les seconds menUtres étant égaux à zéro (8 nov. iSoi), — Mémoires concernant une proposition géodésique de M. Liagre (5 nov. 4855).

— Dénumstration nouvelle d'un théorème de Bemouilli (1 mars, 5 avril et ii juin 4856). — Mémoire sur une esposition nouvelle de la théorie des probabilités à posteriori (27 mars 1850). — N.-B. Dans la séance du 7 août 1847, Meyer demanda que la Classe des sciences exprimât le vœu qu*il fût procédé à la triangulation du royaume^ la Belgique étant Tun des pays de TEurope le plus arriérés sous ce rapport.

Ce fut à la suite de cette proposition, appuyée par M. Quetelet, que TÂcadémie adressa une demande au Gouvernement {BulL de VAcad, t. XIY, 2« partie, p. 99 et oSO).

En dehors de rAcadémie, Meyer a fait paraître un grand nombre d'ouvrages, savoir :

i^ Quelques développements d'analyse com^ma/oire (Bruxelles, Balleroy, 4838, in-4<^). — L'auteur était alors professeur à rinstilut Gaggia.

5^ Nouveaux éléments de mathématiques pures. T. /. Arithmétique (Brux., Decx], 4844, in-8^).— Cette publicalion ne fut pas continuée , un changement de ministère ayant fait perdre à Meyer Tappui sur lequel il comptait.

6*^ Leçons de trigonométrie rectiligne (Ibid. 4H43,in-8°, avec 2 pi.). — Texte d'un cours fait par Meyer en 4842 au dépôt de la guerre, par ordre du général Joly.

7° Leçons de trigonométrie sphérique (Ibid. 4844, in-S"", avec un tableau). — Texte d'un cours fait au dépôt de la guerre, spécialement pour les officiers d'état-major attachés à la division du colonel Trumper.

8<* Exposé élémentaire de la théorie des intégrales définies (Brux. et Leipzig, Muquardt; Liège, Dessain, 4851, in-8^ de 510 p.). — Ce traité, le seul qui existe sur la matière , est l'œuvre capitale de Meyer, qui eut ainsi l'honneur de combler une lacune dans la science. L'ouvrage atteste une profonde connaissance du sujet et se fait en outre remarquer

par la simplicité des méthodes , par la clarté et l'enchaînement des principes. Il forme le 7* vol. des Mémoires de la Soc. royale des sciencea de Liège.

9*' Nouveaux élétnents de goniométrie (Liège, Dessain, 4854, in-8«). — Autre traité unique dans son genre.

40*^ Manuel d'un cours de calcul différentiel (Ibid. 4855, in-8<>). — C'est uue introduction aux Traité des intégrales définies ; les deux ouvrages sont pour ainsi dire inséparables. Meyer a su, dans une science où il est si difficile d'innover, présenter plusieurs théorèmes importants d'une manière plus simple et plus claire que ses devanciers.

4 4* Nouveaux éléments de calcul des variations (Ib. 4856, in-8<»). — Tiré à part du t. XI des Mém. de la Soc. des sciences (Une bonne analyse de ce travail a été publiée par M. Folie, élève de Meyer , ancien répétiteur aux Écoles spéciales de Liège, dans les Ann. de l'Enseignement public, t. (, p. 342).

42® Détnonstration de deux propositions nouvelles sur le calcul des probabilités, précédée de la réfutation des objections formulées contre elles au sein de l'Académie de Belgique (Liège, Dessain, 4856, in-4°).— Ce travail, destiné à l'Académie, fut retiré par l'auteur à la suite d'une discussion qui prit un caractère d'aigreur et à laquelle une lettre de M. Bienaymé , donnant pleinement raison à Meyer, put seule mettre fin. V. les Ann, de l'enseignement public, t. I, p. 454 et suiv. (Art. de M. Folie).

43^ Examen critique de la notice de M. Liagre sur la probabilité de la cause d^une erreur constante dans une série d'observations insérées dans le t. XXII du Bulletin de l'Académie royale de Bi^/^t^tti; (Liège , Dessain , 4857, in-

44« Diverses notices dans le Journal de Crelle (de Berlin).

45^^ Essai sur une exposition nouvelle de la théorie analytique des probabilitésà posteriori.— Cei ouvrage, digne pendant du Traité des intégrales définies , était sous presse lorsque Meyer fut enlevé à la science. On assure que le manuscrit est complet ; Il serait à désirer que des

us

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mains amies le tirassent de Toubli.

Meyer avait donné à l'élude des probabilités une extension qu'elle n'avait jamais reçue dans les Universités belges ; les succès qu'il obtint dans son cours sont un sûr garant du mérite de son livre. Après le savant mathématicien, après le professeur passionné pour ses fonctions, voici l'aimable poète et le linguiste ingénieux. Les vers de Meyer, pleins d'originalité et d'humour, ne sont malheureusement destinés qu'à un public restreint, le dialecte luxembourgeois offrant des difficultés aux Allemands eux-mêmes. Indifférent à sa propre renommée autant qu'insouciant de l'avenir, Meyerrîma uniquement pour se délasser, et ne s'adressa qu'à ses compatriotes : cependant les curieux qui désireraient apprécier le talent souple et l'esprit pétillant du poète, et s'initier en même temps aux mystères du langage de nos voisins, trouveront, grâce à Me>cr luimême et à son ami M. Gloden, leur tâche considérablement facilitée. Les petits volumes dont nous allons donner la liste renferment, outre des poésies, une série très-intéressante d'observations grammaticales et autres, fort instructives, sur l'idiome luxembourgeois, ainsi que d'utiles vocabulaires.

i6** KSchrek ob de Lezeburger Parnassus (LouMkïny Massart-Meyer, i8â9, in- 12).

1 7** Jong vum Schrek ob de Lezeburger Parnassus (Ibid. i85!2, in-lâ).

. 1 8<» Lmemburgische Gedichte und Fabeln^ von .4. Meyer ; nebsl ciner grammatîsohen Einleitung undeiner Worterklârung der dem Dialekte mehr oder weniger eigenartigen Ausdrûcke, von Gloden (Bruxelles, Delevingne, ^845, in 12). — Bouffonneries , légendes , scènes populaires, apologues, on trouve de tout dans ce charmant recueil, dont plusieurs pièces sont devenues populaires. Meyer accorde sa lyre sur tous les tons. Il a tout chanté, jusqu'à la lettre x.

19* Oilzegt'klàng (Liège, Dessain, 1853, in- 12) — Oiïzegt est le nom luxembourgeois de l'Alzctte : c'est assez

dire que ce recueil est essentiellement consacré à des traditions et à des coutumes locales. La variété des rhythmes est très-remarquable ; le ton est généralement plus élevé que dans le recueil précédent.

20* Regelbttchelchen vum Lezeburger Orthôgraf, en Vress, aïspràv, d*Fraèchen aus dem Hà, a Versen vum A. Meyer (Liège, Dessain, 1854, in-i2).— Meyer essaie de figurer , au moyen de signes particuliers, la prononciation luxembourgeoise , et propose un système complet et raisonné d'orthographe.

Un beau portrait de Meyer, peint par son fils, décore le cabinet du recteur de l'Université de Liège.

Morroii (ChARLES-FRANÇ.-AnTOINE),

né à Gand le 5 mars 1807, mourut à Liège le 17 décembre 1858. A ne considérer que ces dates, sa vie fut courte ; phis courte encore, si l'on songe qu'il faut en décompter trois années d'agonie ; par contre, on serait tenté d'admettre qu'elle dépassa de beaucoup les limites ordinaires, si l'on ne connaissait de Morren que ses travaux. Quelle riche et vigoureuse organisation, quelle variété de talents, quelle activité dévorante, quelle fécondité continuel Mais ce n'est jamais impunément qu'on s'interdit le repos. Dans la légende grecque, Antée est vaincu du moment où Hercule l'a mis en demeure de continuer la lutte sans pouvoir réparer ses forces. Par une étrange illusion, Morren se condamna lui-même à rouler incessamment le rocher de Sisyphe :

il entrevoyait une existence paisiblement studieuse, et à force d'impatience, il ût tout c^ qu'il est possible de faire pour tomber épuisé avant d'atteindre la terre promise. Quand il s'en aperçut, il était trop tard ; la nature allait réclamer ses droits. On ne pense pas sans frémir à l'affreuse douleur qui dut l'étreindre, lorsque dans la fleur de l'âge, dans toute la plénitude de sa vigueur physique, il pressentit qu'un voile allait s'étendre sur sa belle intelligence ( *). Il est mort sans avoir pu couronner

(*) « Une note reofermëe dans son porte- feuille pour 4854, prophétisait avec une poi-

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son édifice; cependant il n'a point brillé seulement d'un éclat passager. Ses pre* niiers travaux, â eux seuls, lui assignent une place distinguée dans Ttiisioiredes sciences naturelles ; son talent de vulgarisateur, son zèle et son esprit d'initiative ont exercé en Belgique et même il l'extérieur une influence qui se fera sentir longtemps encore.

Orphelin dès sa plus tendre enfance, Charles Morren fut élevé à Bruxelles chez un de ses oncles ('). Son premier maître fut Van Brabant, ecclésiastique instruit, ancien professeur de TUniversitéde Louvain. A Técole primaire, lise lia d'amitié avec M. J. Decaisne, qui devint plus tard un savant de premier ordre ("), P. Decaisne, qui se distingua comme médecin, et Paneel, Tex cellent peintre de fleurs. La chasse aux papillons décida de leur carrière à eux quatre : a Les enfants jouent et Dieu règle leur sort sur leurs jeux ! » écrivait Morren vers 1S40. En dessinant et en t^eignant les formes gracieuses et le

coloris si éclatant des papillons et des fleurs, Morren développait à son insu ses facultés d'observation et se préparait à devenir naturaliste. A l'Athénée royal de Bruxelles, ses aptitudes scientifiques parurent si heureuses, que M. Quetelet (M n'bésila pas 21 lui prédire un brillant avenir (*). Dekin, ik qui il dédia en t850, sous le nom de Dekinia, un genre d'animalcules microscopiques qu'il venait de découvrir, fut son premier professeur d'histoire naturelle ; Laisné lui enseigna la chimie (182i);Vanderlinden,lazoologie(t8i4); Kickx, à l'Ecole do médecine, le compta parmi ses auditeurs au cours de botanique. Le 15 août 182i, il remporta dans cette dernière classe le prix de botanique^ consistant en une médaille d'argent offerte par le professeur. Ce prix, décerné à la suite d'un concours où Morren eut à lutter contre 25 émules la plupart plus âgés que lui, préluda aux nombreuses distinctions que lui réservait l'avenir. Le jeune lauréat quitta

gnante vérild , le malheur qui arriva l'annexe suivante , et décrivait , avec la plus terrible exactitude , la cause et les détails de la maladie dont il Tut frappé. » — V. Ed. Morren, Notice sur Ch, Morren, !2«édit., Gand, 1860, in-8», p. 84. Nous avons largement puisé dans cet excellent travail, publié pour la première fois dans Y Annuaire de l'Acad. royale de Belgique^ année 1860, et séparément, in>ll2o, avec un beau portrait. — Voir aussi les discours réunis sous le titre de Document» pour servir à la biographie de Ch, Morren, Gand, Annoot, 1859, in-8*; le Bulletin de la Société botanique de France, t. VII, p. 60; la Botanische Zeitung, 1861, no 4, etc. — Le Nécrologe liégeoi» pour 1858 ne consacre à Ch. Morren qu'une courte notice. — L'art. Morren, dans la Biblioyraphie académique, est Tort incomplet; pour la liste complète des ouvrages de l'émincnl botaniste, c'est à la seconde édition du travail de M. Ed. Morren qu'il faut s'adresser .

(*) La famille Morren est originaire d'Irlande. La branche qui s'établit sur le continent émigra pendant les troubles du règne de Henri VIII. Elle compte plusieurs écrivains qui se sont fait un nom dans les sciences, entr'autres M. Aug. Morren, actuellement doyen de la Faculté de Marseille, et François Morren, auteur de plusieurs ouvrages de médecine et spécialement de thérapeutique.

(*) Professeur au Muséum de Parts.

(') Alors attaché à cet établissement comme professeur de mathématiques , de physique et d'astronomie.

(* ) Van Hulthem s'intéressa également à lui. « J'avais à peine seize ans, écrit Morren dans la notice qu'il a publiée sur cet académicien , et j'étais amoureux de botanique : j'avais lu dans la vie de Linné qu'un de ses écrittf favoris était les institutiones rei herbariœ de Tournefort , ouvrage que je n'avais jamais vu. Je le trouvai un jour en vente publique à Bruxelles; mais, prévoyant qu'il aurait été vendu ^au-delà de la ressource de mes petites épargnes, je copiai avant les enchères quelques caractères do genres. Van Hulthem, que je ne connaissais pas, remarqua ce manège : « Vous étudiex la botanique , mon petit ami, me dit-il en souriant; et connaissez-vous Touruefort ? > Je lui répondis que je connaissais, non Tournefort, mais l'estime qu'avait Linné pour cet ouvrage ; il fut si enchanté de ma réponse qu'il acheta l'ouvrage 35 francs et me força de l'accepter, bien que j'eusse formellement refusé de lui dire mon nom. Deux ans après, je lui fus présenté par M. Quetelet. « Il ajoute quelques lignes plus bas : « Pour ma part, je n'oublierai jamais comment Van Hulthem me recommanda à Guillaume !«', à l'époque où je faisais mus études à l'Université, où il était curateur. • (Ed. Morren, p. 11 et 13.)

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TÂthénée en 4823 avec un certifient obtenu summà cum laude, et se rendit à rUniversité de Gand pour y étudier la philosophie, les sciences et la médecine. En sciences , il eut pour maîtres Garnier, Haufi' et Van Breda ; celui-ci le prit bientôt en affection, Tassocia même à ses travaux, lui apprità se guider dans des voies encore inexplorées et surtout lui fit envisager Tétude de la nature d'un point de vue élevé et philosophique. Quand Morren subit, le i^ août 1826, Texamen de candidat en sciences mathématiques et en philosophie naturelle, il n'était plus un simple élève, il était à la veille de prendre rang dans la science. Son Mémoire sur l histoire naturelle et l\tnatomie du Lombric obtint, le 2 octobre suivant,la palme du concours ouvert par la Faculté des sciences ('). Ce travail remarquable, dont rimpression ne put être achevée quVn i8â9 (un vol. in-4°, accompagné de 52 planches gravées d'après les dessins de rauteun, jeta les fondements de la réputation de Morren. Il mérita d'être cilé par Cuvier, par Miquel, |)ar Carus, par Burdach ; il est resté dans la science. M.Lacordaire, juge compétent, n'hésite pas à déclarer que, selon toutes les apparences, aucun ouvrage de Morren ne vivra j)lus longtemps que relui-ci. Le mémoire est divisé en quatre parties, successivement consacrées à l'histoire naturelle générale du Lombric, à la description et à l'anatomie des parties externes, puis des organes in ternes, des muscles, des nerfs, des organes de la nutrition, de la respiration, de la circulation, de la génération, des sécrétions et des excrétions ; enfin, l'ouvrage se termine par l'examen de quelques particularités remarquables que présente cet annélide(*), lequel est encore aujourd'hui , sur certains points, l'un des problèmes de l'anatomie comparée ('). C'est ainsi que Morren débutait dans la carrière, à 22 ans, par un trait qu'on pourrait presque quali- 6er d'audacieux. Ce premier succès Tenflamma : en 4827, l'Université de

Gand le couronna de nouveau pour son anatomiede VOrchis latifolia, l'un des premiers ouvrages de phytotomie qui aient paru en Belgique ; en 1828, sa Description des polypiers fossiles du royaume des Pays-Bas obtint la médaille d'or décernée par l'Université de Groningue ; en 4829, sa thèse inaugurale Sur ta génération spontanée et sexuelle lui valut le diplôme de docteur avec le premier grade. H est à remarquer, dit o|)portunément le biographe que nous suivons, que Ch. Morren remporta ces quatre victoires scientifiques, chacune dans une branche différente, la zoologie, la botanique, la géologie et l'histoire naturelle générale, ce qui suppose nécessairement les études les plus vastes. « A. cette époque, d'ailleurs, on n'avait pas encore méconnu que les sciences naturelles s'appuient les unes sur les autres ; on ne se spécialisait pas encore en s'asseyant sur les bancs de l'école, et bien loin d'encourager, comme on ne l'a que trop fait depuis, la tendance du jeune homme à négliger, ou à peu près, tout ce qui ne lui semble pas d'une utilité personnelle et immédiate, on s'étudiait au contraire à réunir les éléments variés des diverses sciences naturelles en un seul et même faisceau. On devenait naturaliste alors, qualification que l'on n'entend plus guère prononcer aujourd'hui, et à laquelle on ne sait plus exactement quel sens attacher. »

Les encouragements n'avaient pas manqué à Morren pendant celte |)ériode.

 la suite de son examen de docteur, le gouvernement le mit en mesure de visiter Paris, Gœtlingue et Berlin. 11 partit sans retard ; à |)eine arrivé à Paris , il fut présenté à la Société géologique de France. Il alla écouter les grands maîtres, Cuvier, Brongniart,de Jussieu, Richard, Villemain et Cousin : il eut le bonheur d'être distingué et encouragé par le premier ; il entra aussi en relations avec Redouté, le célèbre peintre de fleurs ardennais. Cependant les événements de septembre le rappelèrent

( ' ) Sept concurreots étaient entrés en lice.

(*) L'ouvrage est complètement épuisé :

les exemplaires d'occasion atteignent en li-

brairie un prix très-élevé. Ed. Morren , p. 36.

( ' } Discours de M. Lacordaire.

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en Belgique, où il troava les Univer> sites désorganisées, par suite du renvoi des professeurs hollandais. Van Breda ayant offert sa démission, Ch. Morren fut chargé, par le Collège des curateurs de rUniversité de Gand, d'occuper la chaire vacante (géologie, zoologie et anatomie comparée) ; mais Tarrêté du 16 décembre, en supprimant brusquement la Faculté des sciences, rendit cette délégation inutile: on lui donna en compensation, le 5 Janvier 1851, le titre de professeur de physique à TErole industrielle de Gand. Sur ces entrefaites, il s'était entendu avec ses amis F.

Mareska et E. Jacquemyns pour constituer, d^s le lendemain du 46 décembre,uneFacultélibredessciences(').

L'École indusiricllefut momentanément annexée à rUniversitévers la fin de mai IS53; lorsqu'elle reçut, le 7 décembre, une nouvelle organisation, Morren resta professeur de physique à la Faculté (arrêté du i 7 du même mois). La science qu'il enseignait, les heures que lui prenait l'accomplissement de diverses missions spéciales (*) n'absorbèrent pas toute son activité : dès cette époque, il prit rhabilude de ne se reposer d'un travail que par un autre. Entre 1850 et 1835, il fournit à différents recueils scientifiques des mémoires et des notes sur la paléontologie, la botanique descriptive, l'horticulture, etc., et publia plusieurs biographies, entres autres celles de G. Cuvier et de Kickx. En 1851, il aborda les études médicales; le 10 juillet 1855, le Sénat académique de Gand le dispensa des derniers examens et le proclama docteur homris causa. Il ne pratiquajamais la médecine : ù partir de 1854, on le voitdiriger plus spécialement ses études vers la botanique. Une dissertation sur le tissu cellulaire des plantes, qu'il avait mise au jour quelques années auparavant, dans un recueil hollandais, fut remarquée par Auguste-Pyrame de Candolle, qui la cita dans son cours et dans sa Phy-

mlogie végétale (t. 1, p. 481). Ce que Morren avait dit de la reproduction des cellules pour expliquer la nutrition des cryptogames fut appliqué par l'illustre botaniste A tout le règne végétal et transformé en une règle générale. La double citation de de Candolle attira sur le jeune savant l'attention de M.

Th. Papejans de Monchoven, homme très-compétent; M. Papejans signala Morren à M. le vicomte Vilain XHII, que M de Theux, ministre de rimérieur, venait de charger, à l'occasion de la réorganisation de l'enseignement supérieur, de chercher pour Liège un professeur de botanique. Morren ne tenait pas à rester k Gand, dont le climat ne convenait pas à sa santé. Le 5 décembre 1855, le Moniteur publia l'arrêté qui le nommait professeur extraordinaire à l'Université de Liège. Une leçon de de Candolle avait ainsi décidé de sa carrière. Deux ans plus tard, le 5 août 1857, il fut promu à l'ordinariat. Â la demande du gouvernement, il remplit pendant quelques mois, jusqu'à l'arrivée de M. Lacordaire (v. ce nom), la chaire de zoologie en même temps que celle de botanique. 11 se consacra ensuite exclusivement k cette dernière science et aux études qui s'y rattachent ; horticulture, agronomie, économie rurale. Nous laissons au successeur de Ch. Morren le soin de l'apprécier comme professeur. « Il suivait dans son enseignement une méthode qui, si elle ne lui est pas personnelle, est au moins rarement pratiquée, méthode élevée et philosophique, toute remplie de souvenirs et de discussions : peu ou point de définitions ; il ne s'arrêtait guère aux lenteurs de l'enseignement élémentaire et didactique.il attachait plus d'importance aux principes qu'aux faits; à propos de chaque question , il remontait à son origine et déroulait les phases par lesquelles elle avait passé, en s'arrêtant avec une prédilection marquée à faire ressortir l'importance des découvertes

(*) Cette Faculté Tut reconnue dès le 29 par le Collège des curateurs , qui mit à sa disposition les locaux et les collections de l'Université. V. la DUc. de la loi sur tinst. supérieure, p. 11 (V. l'art. Lemaue).

;* ) Il fut chargi^ en 1831 , 3S et 33 de la vérification des poids et mesures dans la Flandre Orientale ; en 1831 , il fut nommé inspecteur des machines à vapeur dans la même province.

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qu'il pouvait attribuer à des savants belges. Il exposait les opinions les plus contradictoires qui partagent les naturalistes sur certains points , et souvent ne concluait pas , préférant laisser du doute, là où il y en avait réellement dans la science, plutôt que de voiler à ses auditeurs les hésitations de Tesprit humain. Quand on voit les choses d*en haut , on découvre entre elles des rapprochements, des points de contact, inaperçus et invisibles d'ailleurs. Il tâchait donc d'élever les esprits à ces hauteurs et d'exciter en eux ce besoin d'investigation qui pousse aux progrès scientifiques. Tout en enseignant la doctrine, il apprenait à connaître et à vénérer ceux auquels nous en sommes redevables, hommage dont on ne se soucie guère dans beaucoup de cours.

Ici l'élève étiiit tenu au courant des disfussions qui se débattaient dans le domaine de la science. En un mot, on reconnaissait le disciple de Cuvier et de Rrongniart , qui s'était abreuvé aux sources vives de la science , au génie des Linné, des de Jussieu, des de Candolle et des Goethe, et qui connaissait les œuvres des pères de la botanique.

— Son récit était semé d'anecdotes piquantes appropriées au sujet, et qui, se gravant beaucoup plus facilement dans Tesprit de ses jeunes auditeurs, que les problèmes des hautes sphères scientifiques, servaient à faire retenir ceux-ci. Joignez à cela une élocution facile, élégante, des manières empreintes de chaleur, et la plus grande cordialité, et vous comprendrez le respect et l'affection qui entouraient le professeur de botanique de l'Université de Liège. »

Ces éloges sont mérités : nous avons entendu plus d'une fois d'anciens élèves de Ch. Morren nous tenir le même lan-

gage que son fils, dont on pourrait croire d'abord le Jugement prévenu.

Non seulement à l'Université, mais pendant les herborisations, Morren était l'ami de ses disciples : il s'intéressait à chacun d'eux en particulier , il discernait leurs aptitudes , il les initiait à l'art d'observer les faits et de travailler par eux-mêmes. Il comprenait la poésie de la nature, et, littéralement, il semait de fleurs les sentiers de la science ; il rendait aimable cette sévère maltresse.

Ses publications se succédaient, d'autre part, avec une rapidité qui étonnait tout le monde : physiologie végétale, anatomie, morphologie, botanique descriptive, littérature scientifique, botanique appliquée, il abordait les stijets les plus divers comme en se jouant, et il était toujours à la hauteur de sa tâche. Ses Mémoires sur l'anatomie végétale, ses recherches sur les mouvements des plantes, sur l'organisation et le développement des algues, méritent une mention particulière. L'Académie royale de Belgique reçut communication de ses travaux à partir de 1855; sa nomination de correspondant date du 17 janvier de celte année ; le 7 mai 1858, il devint membre titulaire.

Dès qu'il fut de l'Académie, ce corps savant ne tint pour ainsi dire pas une séance sans que Morren y fit quelque lecture. Son dévouement égalait sa fécondité : Il rédigeait des rapports, s'occupait activement des concours et, à l'occasion, se faisait avec une ardeur jalouse le champion des prérogatives de rinstitulion. Sa réputation s'étendit promptement au dehors; s1l faut juger du mérite d'un savant par le nombre de ses diplômes, Morren fut sans rival ('). Au bout de peu d'années, sa poitrine se trouva en outre constellée de

( ' ) Voici la liste des Sociélda auxquelles Morren fut afillid : Société des sciences d'Utrecht (1829) ; Soc. géologique de France (4830) ; Soc. des se. mëdic. et naturelles de Bruxelles (1830) ; Soc. d'Iiist. nat. de Strasbourg (1831 } ; Soc. des se. phys. eichimiqoes de Paris (1833; ; Soc. de médecine de Gaad (1835); Ae. Ces, Ijtop.-Car, nanirœ curiM, «v^co^ftomnie l'Héritier (1836) ;5oc. des se. nat. de Liëgis (1836) ; Soc. linnéenne de Normandie (1836) ; Meeklemburgische

naturforschende GeseilMchafi (1837) ; Acad. royale de se. nat.de Madrid (1837); Soc. industrietto d'Angers (1838 ; Soc. I. et R. des Ceorgojili de Florence (1838) ; Acad. des se, arts et belles-lettres de Dijon (1838 ; Acad. des Lincei de Rome ^1838; ; Soc. botanique d'Edimt)onrg (1838) ; Soc. royale de boUnique de Dublin (1839); Soc. des naturalistes , k Halle (1839) ; Id.. à Leipzig (1839) ; Soc. des sciences et de médecine de Heidelberg(1840} ; Soc. royale de botanique

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