‹ Libéraux et conservateurs [microforme]Chapitre 2 sur 6 · UE AE) EL ES · texte numérisé non relu

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| LIBÉRAUX ET CONSERVATEURS. 3 cun L’essence du conservatisme, c’est le statu quo. Gouverner le vez- peuple en suivant les sentiers tracés, voilà l'idéal de la politique 1ves des conservateurs. Ils craignent les innovations, fuient les, cipe changements, manquent d'initiative et restent immobiles plutôt ltats que d'avancer. Ils ne remuent pas quand tout s’agite et se translieu forme autour d'eux. Aujourd’hui, il n’y a pas de phénomène ifier plus manifeste que l'invasion du principe démocratique dans tort toutes les sociétés modernes ; le dogme de légalité civile et arité politique saisit tous les esprits, pénètre dans toutes les classes de la nation. Le mouvement qu’il imprime est constant et unitirer, versel. Il s’agite et transforme. Aux yeux des conservateurs | at le tout changement, toute modification apportée aux lois existantes ntes, est un mal politique. Ils vont chercher leurs sympathies dans | phy- le passé ; ils craignent l'avenir, et comme l’aveugle, ils n’osent | , qu’il hazarder un pas en avant de peur de se heurter à un obstacle ncu ; imaginaire. Toute l'ambition de ces hommes est de maintenir FE , que fermes et intactes les institutions du pays. C’est beaucoup ! —. | nous Mais encore faut-il vouloir améliorer la machine quand elle ne | >stionl va plus, simplifier le rouage quand il se -omplique, ou bien en ars, Si | substituer un nouveau lorsque l’ancien menace ruine. Les conâture, servateurs dépensent tant d'amour à sauvegarder ce qui existe, royez qu’ils entreprennent la défense de privilèges exorbitants et prorie ne tègent Les abus les plus criants. Nous n’en voulons pas d’autre } zoïistes exemple que la question de l’abolition de la tenure seigneuriale fi | istoire repoussée deux fois par l'élément conservateur dans le conseil | | 1e des législatif. Même hésitation, même antipathie à séculariser les | Ë ngage. réserves du clergé protestant. Il s'agissait de privilèges con- ! sidérables consacrés par les lois et d'anciennes coutumes, il ne ï | fallait pas les attaquer. Faire disparaître d’un coup des usages ‘ fi aussi anciens, un état dé choses si profondément enraciné dans R version . nos mœurs, n’était-ce pas pousser le vaïrsseau de PEtat sur les à

eaux incertaines d’une mer agitée ?

Spectacle étonrant! si vous condamnez l’inertie des conservateurs, leur immobilité, leur manque d'initiative, ils vous traiteront de révolutionnaires et vous considèreront comme des ennemis de la constitution. Vous avez tort de mettre au service de la société une raison plus saine, un jugement plus mûr. Vous êtes coupables de vouloir déserter les chemins baitus. Tout citoyen doit demeurer stationnaire dans les sentiers tracés : staré super antiquas vias, semblables à ces statues de pierre qui garnissent les routes publiques.

Le génie du parti conservateur ressemble au génie de l'antique Egypte avec sa civilisation pétr'fiée et son culte des momies, L'idée conservatrice mise au service des sociétés modernes ne rappelle-t-elle pas le Sphynx d’airain de l'antiquité ? Elle frappe d'inertie tout ce qu’elle touche ; elle rappelle ces colôsses assis, aux têtes de lion et d’épervier, ces momies de quadrupèdes ou d'oiseaux monstres, vestiges anciens de la civilisation dans le Haut-Orient. Get art peut en imposer par ses proportions, mais la souplesse, la vivacité, l’élan intellectuel, le mens divinior n’est pas là. Le génie conservateur est sec et roide comme une borne; il se dresse comme un obélisque, et, en travail d’enfantement, il élève une pyramide dans un désert. Il habite encore ces temples antiques recouverts de lettres de granit et d’hyérogliphes, signes qui ne parlent pas aux peuples modernes; ou bien, il plane, morne et silencieux, au milieu des nécropoles qui s'étendent du Deltà à :a Nubie. Cest vieux ! très vieux !

Ce qui manque au parti conservateur c’est l'esprit d'initiative et de progrès : ces qualités font le mérite du parti libéral. Le génie libéral rappelle l’art grec avec ses mille enjolivures, ses

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hardiesses de conception, sa mobilité, sa vivacité, sa souplesse, la variété de ses tons +t la grâce de son fini; il est grand sans efforts. C’est la liberté de la nature même relevée par l’intelligence ; ce n’est pas’ l’immobilité, mais bien la vie mêlée de nectôr et d’ambroisie. L'art grec éclate aux regards des créatures vivantes ; il se détache du haut des collines, se confond avec l’azur du ciel, des golfes et des cimes lointaines. Athênes toute mutilée sourit encore dans les métopes du Parthènon. Le soleil levant orne la nature pour les jeux olympiques ; il redore les chapiteaux de Nemée, les parvis de la Cella et les bas-reliefs des temples de Thésée. Le génie libéral c’est la Grèce antique sorpant de l’abîime du passé parée de toute sa beauté comme sa Venus sortant nubile du sein des eaux. A l'instar des chœurs dans les tragédies grecques il représente la conscience vivante du genre humain pendant que les événements passent au milieu des violences de la scène. L'idée libérale, n’est-ce pas le génie de la Grèce elle-même qui avide de Ja beauté infinie la cherche, la poursuit sans jamais y renoncer, de science en science, dans la pierre, dans l’airain, dans les trésors de l’éloquence, et allant ainsi sans s'arrêter du culte du beu physique au culte du beau moral! Le libéral va en avant; le front assuré il s’avance au milieu des fantômes de l’opinion publique comme Ené avec le rameau d’or au milieu des ombres du styx ; il les brave, ïüi les disperse. Ce parti projette dans le passé des racines puissantes qui vont se perdre dans les âges. Tous les bons esprits se sont ralliés à lui. De tout temps il y eu une école indépendante préchant l'amour de la liberté. Parfois ces hommes ont payé de leur sang l'audace de leurs opinions, généreux martyrs qui jetaient sur le chemin de la vie, au sein des sociétés, la semence féconde du patriotisme et de l'amour du vrai.

Quant a nous, libéraux du Canada, nous descendons en droite

ligne du parti libéral anglais. Or écoutez ce qu’en pense May dans son Listoire constitutionnelle d'Angleterre : (1)

& Ils résistèrent, dit-il, à l'influence dangereuse de la couronne et à l'extension presque aussi dangereuse des priviléges du parlement : ils opposèrent l'impôt des taxes sur l'Amérique, favorisèrent la publication des débatset la liberté de la presse, exposèrent et dénoncèrent la corruption parlementaire ; leur force et leur caractère comme parti furent amoindris par les jalousies et les dissentions de familles rivales. Les Pelham, les Rockingham, les Bedford, les Grenville, et les partisans de M. Pitt perdirent trop souvent de vue la cause populaire dans leur lutte pour la domination. Mais, dans l’ensemble, les critiques les moins favorables des Whigs ne s’aventurèrent que difficilement à nier les services qu’ils ont rendus à la cause de la liberté depuis le commencement du règne de Georges III jusqu’à la mort de Lord Rockingham : telle était la vigueur de leur opposition et tels étaient le génie et l’éloquence de leur che, lord Chatham, M. Fox, lord Camden, M. Burke, et M. Sheridan, qu'ils exercèren une forte influence sur l'opinion publique et réussirent à con trôler et à modérer l'esprit arbitraire du parti de la Cour. Les prétentions hautaines à l’irresponsabilité qui distinguêrent les premiers ministres de ce règne s’abaissèrent considérablement durant les dernières années de l’administration de lord North La discussion libre prévalut sur les doctrines opposées à la liberté.”

Dans tous les pays le libéralisme a marché à la conquête des libertés civiles et publiques. Or ce n’est pas la liberté qui est mauvaise ; elle est bonne en soi. Ce qui est déplorable sont les excès que des peuples peu préparés à la recevoir ont commis en son auguste nom. Mais avec notre régime constitutionnel, de

(1) Vol. IL. p. 15.

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tels excès sont impossibles. Personne, aucun citoyen, aucune classe dans la société, aucune des races qui composent la nation, aucune des croyances qui y sont pratiquées ne seront molestés dans l’exercise de leurs droits. Le principe libéral dit: droits égaux et justice égale pour tous. Et aussi lonptemps qu'aucune caste en particulier n’enfreindra cette règle, elle pourra compter sur la justice souveraine du peuple qui protége tout le monde

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On à dit ‘quelque part que le parti libéral canadien était antipathique au clergé catholique ; que les libéraux voulaient priver les prêtres de leurs droits de citoyen. Ce reproche n’est pas fondé. Il vaut mieux assurément que le prêtre, qui a mission de conduire les âmes au ciel, ne descende pas dans le ‘terre à terre des passions humaines. Mais pas un libéral ne voudra l’en empêcher. Par quel raisonnement arriverait-on a lui refuser ce droit? Seulement, si le prêtre intervient dans les affaires publiques, sil abandonne la chaire pour le husting, il ne s'étonnera pas si sonadversaire politique lui rétorque. Dans la chaire le prêtre peut donner les conseils qu’il juge à propos afin d’assurer la moralité de l'élection. Peut-il renverser la constitution, prêcher la révolte, intimider la conscience de l’électeur et mettre au service d’une cause politique l’ascendant qu'il peut exercer comme ministre du culte? Peut-il prêter son caractère sacré aux intrigues d’un parti politique ? Je ne le crois pas. Ce ne serait plus le gouvernement constitutionnel, ce serait le gouvernement théocratique. L'autorité ne prendrait plus son origine et sa sanction dans le peuple, mais dans une classe du peuple, gouvernant la nation au nom du droit divin. Ce serait retourner en arrière de cinq siècles, pénétrer dans l’obscure nuit du moyen âge et mettre à la place d’un droit positif, bâse

des sociétés modernes, un droit arbitraire et prétentieux tiré des

vraies et des fausses décrétales. Il n’est pas plus permis à un

ecclésiastique de violer la loi, même dans le but de faire mieux que la loi, qu’à l'électeur le plus obscur qui veut arriver à la même fin par un autre moyen. , Mais autres choses sont les moyens de persuation ordinaires; ceux-là sont acceptables et n’offusquent personne. Ils établissent l'égalité entre celui qui attaque et celui qui se défend. La raison reste juge, le plateau de la balance va du côté de la preuve et de la vérité. L'opinion de l’électeur n’est pas molestée ; elle est librement exprimée, et

le grand principe constitutionnel de l'indépendance et de la

pureté du vote reste intact.

Voilà la liberté que nous réclamons, “elle que nous concédons au clergé. Tous les bons esprits dans le parti conservateur partagent cette opinion. Dans plusieurs occasions, l'Hon. M. Masson, entre autres, s’est élevé contre l'intervention indue du clergé dans les élections. Il a formellement approuvé le rapport du comité chargé de s’enquérir de la validité de l’élection du comté de Bagot en 1868. On sait que ce rapport déclarait que l'élection eut été annulée si l'influence indue du clergé eut été prouvée. Des juges nommés par le parti conservateur ont décidé dans le même sens, et c’est maintenant une question réglée, fort heureusement pour la tranquillité des consciences dans ce pays.

Je ne suis pas partisan de la démocratie poussée à son extrême limite. Par conséquent je n’approuve pas le principe électif généralisé dans tous les cas où il y a une nomination à faire ou un titulaire à choisir. Le choix des juges et de quelques autres fonctionnaires publics doit plutôt dépendre de la Couronne que

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parait défectueux. Cependant, avec tous ceux qui admettent le * principe fécond et rationel de la souveraineté du peuple, il ya dans le parti libéral une tendance à favoriser la décentralisation du pouvoir. Delà une différence notable entre les libéraux et les conservateurs. Pendant que les premiers cherchent à investir le peuple de l'autorité en la dégageant petit à petit du moteur principal, les seconds s'efforcent de l’amener au centre d’action et, si possible, réunir dans une seule main. toutes les rênes du pouvoir. De là, dans la pratique, des tendances diverses, des résultats différents, des conséquences contraires. Sur ce point il y a une divergence [d'opinions fermement manifestée. Le sentiment conservateur va d’un côté, l’idée libérale tourne de l’autre ; le point de départ de ces deux écoles est aux antipodes. Par conséquent, dans l'application, loin de se rapprocher, de se rejoindre, de se comprendre, les partisans de ces deux systèmes exclusifs s’éloigneront de plus en plus.

Croyez-vous que tout libéral sincère ne s’opposerait pas à une législation qui permettrait au gouverneur en conseil de nommer les maires dans les municipalités ou les commissaires d’écoles dans les paroisses ? Si un libéral s’avisait de mettre devant la chambre un projet de loi soumettant au peuple le choix des jurés, ne pensez-vous pas que le parti conservateur, jaloux des prérogatives du souverain, partisan zélé du régime personnel et autoritaire, ne le combattrait pas de toutes ses forces ?

Voilà donc un criterium par où l’on peut distinguer facilement les deux écoles. Et remarquez que ces opinions, ces tendances peuvent être observées dans une foule de cas et de nuances, Il faut ouvrir les statuts, parcourir la législation, analyser chaque clause pour y déterminer l’esprit de la majorité qui a voté ces lois. Ainsi, on sait bien ‘que c’est grâce à une influence libérale si nous avons le procès par jury, si l’Habeas corpus est passé dans nos lois et si la contrainte par corps, telle que lordonnance

de 1667 nous la donnait, a été restreinte un petit nombre de cas d'utilité publique. Personne n’ignore que le système qui nous fait remettre nos destinées et jusqu’à la sanction de notre législation coloniale au bon vouloir de la métropole est tout à fait conservateur. Et lorsque, dans l’ancienne chambre d’assem” blée, tout un parti déniait à la législature le contrôle exclusif des deniers publics et le vote des subsides ne reconnaissez-vons pas là l'influence du conservatisme ? Quels sont ceux qui à diverses reprises, en Angleterre et en Canada, nièrent au gouvernement colonial le droit de faire des lois jugés nécessaires pour la gouverne et l'administration de nos affaires locales ? Comment appellerez-vous ceux qui sous l’Union créèrent l'institution des Grands-Voyers, officiels nommés par la Couronne avec mission secrète de nullifier l’action des conseil municipaux ? N'est-ce pas à une influence toute libérale que nous devons l'indépendance des juges et leur isolement de la politique, la responsabilité des fonctionnaires publics, le contrôle du peuple dans les institutions municipales, enfin le véritable gouvernement responsable. Ne sont-ce pas là des œuvres libérales sous quelques dénominations que se classent les ouvrier qui les ont accomplies ?

Le parti libéral a toujours été en faveur de l'indépendance du parlement ; les conservateurs ont voulu le contraire. On les vit, en 1866, voter comme un seul homme contre une proposition de l’'Hon. M. Dorion décrétant que les membres du Conseil législatif ne pourraient, soit à Ottawa, soit dans les législatures locales, recevoir directement ou indirectement aucun salaire, rénumération ou indemnité résultant d’un emploi quelconque pendant le temps qu’ils occuperaient un siége en chambre. C'est encore le même parti qui, en 1869, approuva le gouvernement d’avoir payé $20,000 au Colonel Gray, membre de la chambre, et nommé par le gouvernement pour travailler à l’assimilation

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des lois provinciales. C’est ce même parti qui votait, en 1871, contre la proposition suivante: “qu’il est expédient qu'aucun membre de la chambre soit à Pavenir engagé au service du gouvernement du Canada dans aucun emploi lucratif” Enfin, c’est ce même parti qui en 1872 combattait à outrance, à Québec, le projet de loi de l'opposition libérale tendant à assurer d’une manière compléte l'indépendance de la chambre locale.

Vous savez qu’une des maximes élémentaires du droit constitutionnel veut que le choix des ministres soit approuvé par le peuple en subissant l'épreuve d’une réélection. Dans le parle-

** ment de 1854 M. Morrisson, ministre conservateur du Haut-

Canada, conserva son portefeuille pendant deux sessions après avoir été vaincu trois fois devant le peuple. Ce sont les hommes qui se proclament les défenseurs naturels de la constitution et du gouvernement responsable qui laissèrent perpétrer ce scandale au grand jour. Quel contraste avec la conduite du ministère McDonald-Dorion qui, en 1863 et en 1864, obligea deux de ses membres, MM. Drummond et sa) à se retirer après leur défaite devant le peuple !

Ces faits ont leur éloquence ; car ici il s’agit de principes essentiels au fonctionnement du gouvernement constitutionnel Les adversaires de ces principes sont donc les ennemis de la constitution. Leur conduite a donc été subversive de l’ordre établi. Elle n’est que le corollaire de leurs idées et de leur tendance, car telles ont été les idées et la tendance des tories dans l’ancienne chambre. Les bureaucrates ont enfanté les conservateurs sous l’Union des deux Canadas. Leur image est la même. Permettez-moi de vous le démontrer. Avant 1840 ils contestaient à la chambre-basse le contrôle exclusif des deniers publics et le vote du subside ; en 1859 le cabinet Taché- McDonald avançait $100,000.00 des deniers publics au Grand Tronc, sans l'autorisation ’du parlement. En 1865, Ils faisaient

voter en bloc, contrairement aux usages parlementaires, une somme de ? millions de piastres, justement comme on procédait aux mauvais jours qui ont précédé 1837. Avant 1840, le grand parti national, le parti des patriotes, avait réussi à éloigner les juges de la politique; le parti conservateur, poussé par ses mauvais instincts, représentant la contre-révolution en permanence, violait en 1872 l'indépendance du Banc dans le cas du juge Johnson, payé à la fois comme juge et comme employé public à Manitoba.

En 1872 M. Blake fit adopter par la législature d'Ontario l’acte des pétitions de droit. Cette mesure passa dans la législature fédérale en 1875. Elle assimile la Couronne aux particuliers pour les poursuites instituées contre elle. Avant cet acte c'était un problème que de traiter une affaire litigieuse avec le gouvernement. Maintenant le pouvoir public est placé sur un pied d'égalité avec le citoyen ; il devient simple partie à une cause portée devant les tribunaux ordinaires. Cette sage mesure, ainsi que celle qui défère au pouvoir judiciaire les contestations d'élection, sont le complément de l'indépendance des juges et la

sanction de leur isolement de la politique. D'où l’on voit que |

tout s’enchaine dans la démocratie. Cette mesure libérale depuis longtemps passée dans la législation anglaise, en force dans la Province d’Ontorio et dans la Puissance du Canada, n’a pas encore atteint le seuil du parlement de Québec. Mais soyez sans crainte, M. Joly, plus prévoyant que ses prédécesseurs, saura l’accueillir avec bienveillance s’il n’en fait pas de lui-même une mesure de gouvernement. à

Vous le voyez, en toute chose, dans les détails, comme dans les graves questions de principe, l'esprit qui anime un conservateur n’est pas celui qui anime un libéral. Au lieu de se rapprocher ils se repoussent. C’est pourquoi, aussi longtemps que le sens commun jouera un rôle sur la scène politique on

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reconnaîtra l’inutilité de tout effort destiné i: réunir des éléments aussi disparates.

Il y a donc une loi des partis, loi qu’ils ne peuvent éviter, loi qui les entraîne soit au succès soit à la défaite: libéraux et conservateurs sont tenus d’être conséquents avec leurs principes. Et de quel droit, je le demande, abandonnerait-on ainsi la logique de ses opinions ? Par quel raisonnement arriverait-on à échapper à la philosophie de son parti, des idées politiques émises dans des programmes et débattues chaque jour dans l’un et l’autre camp ? Je le sais bien, on a dit : “ la politique vit de compromis.” Oui, mais avouons que chaque concession coûte à la conscience du partisan l’aveu d’une défaite ou la honte d’un scandale. Les intriguants, pour se maintenir au pouvoir où pour y arriver, sont toujours disposés à pallier cette conduite, mais la portion saine de la nation méprise ces moyens de combat. Toute bonne lutte doit se faire sur le terrain des principes.

Si les exemples que j'ai cité pour démontrer la tendance du parti conservateur ne suffisent pas, je puis indiquer de nouveaux faits. Que pensez-vous de cette disposition du code municipal en vertu de laquelle les maires et les conseillers municipaux sont nommés par le lieutenant gouverneur en conseil en l'absence d’une élection laissée à l’initiative des électeurs. Il est bien vrai que ceux qui sont si peu soucieux de leurs droits ne méritent guère de les exercer. Cependant, il ne faut pas méconnaître la nature humaine et ignorer les négligences du peuple. Ge qui a pu être l'effet d’un simple oubli, quelquefois d’un malentendu, ne devrait pas lui attirer une punition si sévère. Il aurait donc été plus en rapport avec les données constitutionnelles et l'esprit de notre époque de fournir aux intéressés une occasion nouvelle

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de faire lélection, en convoquant par avis les électeurs municipaux.

Ces remarques peuvent s'appliquer également aux mêmes dispositions arbitraires contenues dans la loi concernant l’instruction publique dans la Province de Québec. On sent que les conseillers de son Excellence le lieutenant gouverneur sont très empressés de rappeler à eux l’exercise de droits que des statuts confèrent au peuple. Encore là, pas la moindre opportunité n’est laissée aux contribuables en défaut de choisir les commissaires d'écoles. Ce serait peut-être ici le temps et le lieu de parler du menopole exorbitant exercé dans le département de l'éducation, mais je passe à un nouvel ordre de faits.

En 1866 on discutait en chambre l’acte constitutionnel de 1867. Le gouvernement proposait que le président du conseil législatif de Québec fut nommé par la Couronne. Les libéraux sy opposèrent; ils voulaient qu'il fut choisi par les conseillers eux-mêmes. On comprend qu’ils ne pouvaient être supportés par les conservateurs, trop jaloux des prérogatives de la Couronne et de la contralisation du pouvoir.

Ai-je besoin de rappeler ici les actes récents que le Cabinet de Boucherville a voulu faire passer dans la législation ? Vous connaissez l'esprit de ces lois. Ne tendaient-elles pas à enlever aux municipalités des fonctions que le droit commun et l’antique sanction de l’usage leur conféraient sans conteste ? On alla plus loin ; on voulait méconnaître l’action des tribunaux ordinaires en enlevant au pouvoir judiciaire sa juridiction pour contraliser au sein de l'exécutif les trois pouvoirs de l’état. Je n’exagère rien puisque le peuple, comprenant le danger qui menaçait nos institations a renversé du pouvoir ceux qui voulaient ainsi porter une main sacrilége sur ses droits.

Le plus grand reproche que les amis de la liberté en Canada sont en droit d'adresser aux conservateurs, est le refus de ces

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derniers de soumettre au peuple les changements constitutionnels et organiques qu’ils preparèrent de connivence âvec la métropole. C’est là une atteinte profonde au droit public et aux franchises politiques de l'électeur. Sur ce point ils n’ont pas varié depuis 1840. Le temps ne leur a pas enseigné la sagesse. Les fautes de l’Union n’ont pas été un enseignement pour les fondateurs de la Confédération. On sait que l’Union des deux Canadas s’est opérée sans consulter l: Bas-Canada. Cette union s’est faite en exécution du plan proposé par Lord Durham qui conseilla ce projet sans l'intermédiaire de l’appel au peuple. Cependant, ce qui n’était pas bon pour le Bas-Canada était jugé convenable pour les provinces maritimes. Quant à elles, il fallait soumettre la question au peuple; pour le Bas-Canada, c'était différent ; l’Union devait se faire sans son consentement. Belle justice ! Les conservateurs qui ont fait la Confédération ont marché sur les brisées de Lord Durham. Le Bas-Canada, la seule province qui eût à perdre au nouveau régime, n’a pas été consulté. L'opposition libérale a proposé à cinq ou six reprises, en chambre, de soumettre la question au peuple. La majorité conservatrice s’y est toujours refusée. Cependant, en saine justice, en droit constitutionnel, n’était-ce pas raisonnable ? Comment des députés, élus sous l'empire d’une chartre, pouvaient-ils voter l’anéantissement de cette chartre sans consulter leurs commettants? Le mandataire allait évidemment au delà des limites de son mandat. C'étzit un criant abus de pouvoir, et cette fois c'était la chambre

qui se faisait arbitraire et tyrannique. Ce n’est pas tout. En’ 1869 la Puissance du Canada s’annexait de la même manière le territoire de Manitoba, sans consulter la population annexée.

Quel mépris du droit public, du droit naturel! Aussi, on sait les

conséquences. Ce fut la révolte, et nos conservateurs ont failli

amonceler sur notre pays des malheurs incalculables. Une

mauvaise politique conduit toujours là ; elle engendre la révolte,

parcequ’elle appelle la violence ; elle froisse des droits sacrés et fait primer la foïce sur la loi. Napoléon II, tout autucrate qu’il {ut, trouvait bon de soumettre ses décrets au suffrage du peuple, quitte à frauder le vote afin de légaliser ses coups d'Etat. Les conservateurs ne prennent pas même la précaution élémenaire de se donner les dehors de la légalité.

C’est ainsi que le parti conservateur s’est attaché à miner petit, à petit avec une persistance digne d’une meilleure cause, les bases du gouvernement constitutionnel qui nousfrégit. Dieu sait où serait allée cette rage insensée si le parti libéral ne l’eut arrêté dans son œuvre de destruction. Aurions nous le gouvernement responsable ? Les réformes obtenues ne seraient-elles pas à l’état embryonnaire ? Tout le pays ne respirerait que l’haleine enfiévrée de la servitude et du marasme. Nous donnerions l'exemple d’un véritable dépérissement social. Hélas! quel soufle animerait cette société sans vie, incapable de se remuer, plutôt morte que vivante ! La décentralisation ne serait nulle part, et les gens en place seraient de petits tyrans qui nous enlaceraient dans un cercle de fer. Mais, par bonheur, le parti libéral à crée une opinion publique dans ce pays : il a élevé la voix en faveur des droits de la nation ; il a parlé au nom des principes, et en dépit de calomnies sans nombre, il nous a donné ce que nous avons de meilleur dans notre législation. Pendant vingt ans, c’est l'opposition, c’est-à-dire la minorité, qui a gouverné la saine opinion publique dans ce pays. Le secret de cette puissance dans cette faiblesse, comme dirait Victor Hugo ? Le voici : c’est qu’une personne avec une croyance est une force sociale égale à quatre-vingt-dix-neuf autres personnes qui n’ont que des intérêts; peñsée profonde et qu’un grand publiciste anglais, Stuart Mill, élevait à la hauteur d’un théorème.

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héorème.

Je veux maintenant attirer votre attention sur une autre tendance du parti libéral dans ce pays. Depuis longtemps on nous accuse de déloyauté envers la métropole ; on nous appelle des annexionistes. A part le mouvement annexioniste de 1849 je ne sache pas que le parti libéral ait jamais rien fait qui

pôt donner prise à cette accusation. Or la manifestation de 1849:

fut le résultat d’un état de choses exceptionnel, amené par la crise commerciale, l'acte d’indemnité et les désordres qui en furent la suite. L'adresse au gouvernement anglais s’exprimait clairement ; elle disait que sans le consentement de la métropole cette séparation n’était ni praticable ni désirable. On peut citer plusieurs noms connus dans le parti conservateur, des chefs même, qui signèrent ce manifeste. Cette expression d'opinion a été indépendante des partis politiques. Aussi, nos adversaires ont-ils laissé de côté cette arme rouillée pour une autre plus moderne. On nous accuse maintenant de favoriser l’indépendance du Canada et préparer petit à petit la rupture du lien colonial. Je ne sache pas que le parti libéral, comme corps, ait jamais décidé de faire de cette grave question un article de son programme. Mais je pense que la grande majorité des libéraux sont prêts à appuyer tout projet de loi qui nous mènerait insensiblement à l'indépendance du Canada. En thèse générale, je puis le dire sans vouloir parler au nom de mon parti (je n’exprime qu’une opinion idividuelle), il y a une tendance chez nous à favoriser cette situation politique. On peut beaucoup différer sur l'opportunité de cette mesure, mais en regardant dans le lointain on se convinct que la patrie s’appartiendra un jour et qu’elle sera maîtresse de ses propres destinées. Il est même de l’esscace du parti libéral de favoriser cette tendance aussitôt que nous nous ou dans des conditions économiques qui nous per-

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mettront de nous passer de l'Angleterre. En attendant il est sage de favoriser toute législation capable d’affaiblir les sentiments qui peuvent encore nous rattacher à la mère patrie. l'en coutera moins ensuite au grand jour de la séparation. Et c’est probablement ce que le parti libéral avait en vue, outre

| ll l'intérêt immédiat que le pays en retirait, lorsqu'il pourvûüt à la : | création de la cour suprême, loi qui abolit virtuellement les : fl appels en Angleterre. Je comprends bien que les conservateurs, F {ll qui sont fort attachés à la Couronne anglaise, aient fait de à | | | l'opposition à cette loi et soient attristés de la oir en vigueur. M | | Il Ils comprenaient que nous portions un rude coup au lien B ] Il colonial. Les conservateurs semblent s’indigner chaque fois : ( ll que la patrie prend la liberté grande de se donner les dehors de 5 | {ll la majorité et de se passer d’une tutelle que la mère-patrie ne ro 1 tient pas d'exercer. C’est ainsi qu’ils s'opposent à toute tentative pr {] favorable à notre indépendance commerciale. Car c’est un autre - "

| ‘pas à faire, et après celui-là, l'indépendance politique sera un ll fait accompli. Que l'Angleterre nous laisse la liberté de régler,

[ll sans son intervention, nos relations commerciales et le lien le tà plus fort qui nous rattache à elle aura disparu. (1) è se

1} | (1) Le 29 novembre 1878 la Minerve, animée d’un saint enthnusiasme, jt | disait que l’arrivée du marquis de Lorne et de la princesse Louise était un po | événement très significatif. L'’organe du parti conservateur considère que d'a

|! | le choix du nouveau gouverneur général ‘“ est une réponse aussi ferme l | qu'éloquente aux politiques de l’école utilitaire qui prêchent l'abandon des {ll colonies par la mère patrie et le démembrement de l'empire britannique.” q L'organe conservateur, agréablement émerveillé de la pompe des mani- M festations publiques qui ont marqué le passage de leurs Excellences à

Montréal, s’écrie: ‘ quelle est donc cette force qui agit ‘sur le peuple ? C'est

lc | Il le sentiment monarchique, c’est le respect qu’inspire aux populations que la da (l il démocratie n’a pas atteinte, la royauté, et ce qu’elle représente,” L'écrivain pai qu LL constate avec plaisir que la population canadienne française ne reste pas lib | isolée dans ce consert d'enthousiasme, et il ajoute que ‘“ notre éducation prd | intellectuelle et morale nous porte à voir dans les institutions monarchiques ce Il | un gage de sécurité pour les droits et les libertés du peuple et de stabilité lég

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Le dévouement des chefs conservateurs devait trouver une récompense en Angleterre. La Couronne ne pouvait rester indifférente à tant de loyauté. Il fallait décorer la pléiade tory, lui conférer des titres, lui décerner des honneurs. Ils ont tous reçu quelque chose en pâture, depuis John A. McDonald, George E. Cartier, Pascal E. Taché, Francis Hinck, A. 7. Galt, et jusqu’à M. Langevin. Les uns sont devenus des Sirs, les autres des Baronets, les moins ambitieux ont été fait Chevaliers LS ‘Compagnons de l’ordre du Bain. Tous ils ont incliné le, ga devant la main royale qui daignait redorer le blasoï. è roturiers.. Et fiers de ces horipaux ils se dandinaient gdlatie avec leur habit de cour dans les grands salons du chaté Windsor. La récompense allait bien avec leur service, comme l’armure qu’ils portaient allait à leur taille. Ceux qui avaient sacrifié en plusieurs occasions les droits de leurs compatriotes canadiens français pouvaient avec raison se vanter devant la morgue britannique qu'ils étaient des anglais parlant le français.

Ces hommes ont passé et les libéraux ont tenu les rênes du pouvoir pendant cinq années. Eux aussi peuvent se vanter d’avoir rendu quelques services à leur pays. L’Angleterre veut le reconnaître et ajouter à leur mérite personnel l'honneur factice que quelques hommes attachent à un bout de ruban. L’Hon. M. McKenzie, l’'Hon. M. Blake, L'Hon. M. Brown et d’autres

dans nos institutions.” Voilà une déclaration de principe faite au nom du parti conservateur. Je ne pense pas me tromper en affirmant que le parti libéral en général, ne partage pas ces idées monarchiques rêvées par la presse conservatrice. Nous ne voyons dans la personne du gouverneur que

ce que la constitution du pays l’en fait; à savoir une des branches de la législature,

encore sont invités à entrer dans la noble confrérie (4). Que font-ils ? ils refusent poliment leur souveraine, ne voulant

ni Cet excès d'honneur, ni cette indignité.

Pourquoi ? C'est qu'ils savent que dans ce pays, sur ce continent d'Amérique, les distinctions sociales sont un hors d'œuvre, qu'il ne peut y avoir d'autre aristocratie que celle de la vertu et du talent, deux forces auxquelles !a nature à remis la direction de la société et qu’elle a répandue d’une main égale dansjiqutes les conditions. Ils ont voulu prouver par leur refus que le citoyen n’a pas besoin de vains titres pour faire son devoir er son pays; qu'il trouve dans sa conscience une ample

à âgation à son dévouement.

éCevoir des dignités de la métropole c’est implicitement suborner la colonie à un acte de reconnaissance ; c’est resserrer en quelque sorte les liens qui nous unissent à la mère-patrie. Que le Canada trouve bon de récompenser ses enf: ts illustres en les enrégimentant dans une milice nationale, à cela nius n’objectons pas. Il peut bien y avoir une légion d’honreur dans la granüe armée civique.

Tout ceci pourra bien vous paraître un détail, mais comme la paille qui indique la direction du vent, ce fait de peu d’importance en lui-même démontre la tendance respective des deux

partis

(1) Si nous exceptons l’Hor. A. A. Dorion, aucun libéral de la Province de Québec n’a accepté uu titre de l’Angleterre. Mais on sait que cet honorable monsieur avait, depuis quelques années, abandonné la politique active pour remplir la fonction de juge eu chef de la Cour d'Appel, Jorsqu’il fut ainsi décoré per sa souveraine,

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Maintenant jetons un rapide coup d'œil en arrière ; interrogeons l'impartiale histoire et rendons à César ce qui appartient à César.

La constitution de 1791 fut un présent de l'Angleterre au Canada. Après 27 années d'attente la métropole réalisait une promesse qu’elle avait faite en prenant possession de la colonie.

Cette charte faite à l’image de la constitution anglaise présentait dans la pratique des difficultés que nos pères, peu habitués au système représentatif, n'avaient pas prévues ; ils l'acceptèrent cependant avec un vif sentiment de joie. Ils comptaient sur l'avenir pour améliorer la position qui leur était faite, L’Angleterre n'avait octroyé qu’une demie liberté constitutionnelle. Le nouveau système politique qu’on voulait appliquer à la colonie était loin d’être parfait. Le gouverneur était investi de presque tous les pouvoirs du souverain. Il choisissait un conseil dont les membres n’étaïent responsables qu’à lui-même ; il créait un conseil législatif composé de membres nommés à vie et choisis par la Couronne. Le peuple pouvait élire ses députés à la chambre d’assemblée. La sanction des lois appartenait à ces deux chambres et au roi ou son représentant avec droit de veto. L’Angleterre renonçait au droit de taxer la colonie autrement que pour les fins de commerce, Cette constitution fut en vigueur sans interruption jusqu'à 1841, excepté une période de dix-huit mois, à l’époque des troubles de

Un certain parti dans le Bas-Canada, parti plutôt anglais que canadien mais animé assurément d’un esprit conservateur, voulut appliquer cette charte de la manière la moins libérale possible, Au lieu de s’en rapporter à la coutume parlementaire de l’An-

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gleterre, il s’en éloignait avec obstination afin de mieux servir la cause de ses intérêts.

Ce qui frappe d’abord lorsqu'on ouvre les annales de cette époque, est la grande lutte entreprise par le conseil légis):tif contre la chambre d’assemblée, Les mésures proposées par la chambre rencontraient une opposition obstinée dans le conseil qui, joint à l'influence du gouverneur, faisaient avorter les projets de lois votées par la majoritée dans la chambre basse, Cette lutte fut surtout caractéristique à propos de la question des subsides. Dès la première session du premier parlement la chambre adopta une résolution qui assimilait ses priviléges à ceux des communes anglaises en déclarant solennellement son droit de donner des subsides à sa Majesté ? C'était renversèr d’un seul coup les espérances du conseil, car ce dernier prétendait exercer le contrôle des deniers publics. Sa prétention allait plus loin, il voulait obliger la chambre à voter les subsides en soumettant les députés récalcitrants à des peines pécuniaires. Le mode de voter les subsides était défectueux ; on se contentait de mettre devant la Chambre un état d’une partie des dépenses faites sans son suffrage. Le parti libéral prétendait qu’il fallait soumettre à chaque session un estimé des dépenses probables à encourir et demander à la chambre l’argent nécessaires pour les payer. Une discussion vive s’engagea ; la question fut déférée au gouvernement anglais. Le cabinet de St, James, composé de conservateurs, se contenta de répondre au gouverneurSherbrooke qu’il eut à veiller à ce que la chambre n’assumât pas le pouvoir de disposer des deniers publics sans le concours de toutes les branches de la législature. ‘“ Le concours de toutes les bran. ches de la législature, disait la dépêche de Lord Batheurst, est nécessaire pour valider un octrois d'argent, et d’ailleurs c’est le seul frein solide à opposer aux actes de la chambre” On comprend que ces instructions étaient en violation directe avec

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l'esprit de la constitution qui nous avait été octroyée. Cette charte était modelée sur la constitution anglaise où tout don pour les dépenses de l'Etat est du ressort absolu des communes. Le conseil et le gouvernement prétendaient encore que la liste civile devait être votée en bloc pour le mentant réclamé et permanemment pendant la vie du roi. Les libéraux, plus conformes à l'esprit constitutionnel, voulaient entrer dans le détail des appropriations, au moins par chapitres ou divisions départementales. Ils refusèrent aussi de voter pour une péricde plus longue qu’une année. Ce ne fut qu’en 1831 que l’on reconnut d’une manière positive et certaine (tout en y apposant la condition d’une liste civile à laquelle la chambre ne voulut pas accéder) ce droit qu’en Angleterre un roi ne se serait jamais avisé de contester aux communes. Ces Gifficultés financières ont agité le pays pendant plus de vingt ans. Jugez maintenant des prétentions respecuives des conservateurs et des libéraux ; voyez de quel côté se trouvent les amis du peuple et les partisans sincères de la liherté constitutionnelle. Les commentaires sont inutiles.

Nous n'avons eu le gouvernement responsable qu’à partir de 1841. Jusqu'à cette date la Couronne avait le pouvoir exorbitant de nommer à tous les emplois sans consulter la chambre et le pays. Les ministres eux-mêmes étaient irresponsables. Ils restaient en place suivant bon plaisir du gouverneur. Ils n'avaient pas à s'occuper de la confiance de la chambré puisqu'ils ne dépendaient pas d’elle. Chaque fois que l’occasion s’en présenta les libéraux élevèrent la voix en faveur d’un changement. Cette réforme était réclamée dans les 92 résolutions. On demandait aussi dans cet éloquent réquisitoire l’inamovibilité des juges et leur isolement de la politique. Spectable étonnant! ces hommes revêtus de l’hermine, appelés par la nature de leurs fonctions à une position qui devait les rendre étrangers aux passions de la

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