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Et la, dit le ministère public, ne s est pas bornée l'association. Les deux journaux ont fini par mettre dans leurs colonnes les souscriptions de tous les autres journaux. V Avenir national a
pourtant arrêté ses listes; le Réveil les a continuées.
C'est une erreur. V Avenir national a si bien commué ses listes que vous l'avez saisi hier encore, et voilà ses listes qui dépassent 10,000 fr. Messieurs, d'autres éléments de manœuvres, il n'y en a pas.
L'article du 29 octobre, la manifestation du 2 novembre, les souscriptions ouvertes par les deux journaux.
Voyons, sérieusement, vous soutenez une pareille prévention? Comment! voilà les manœuvres tendant à troubler la paix publique, à exciter la haine et le mépris contre le gouvernement de l'Empereur!
C'est là, s'écrie le ministère public, ce que la loi de 1858 a voulu punir. Avant elle, l'excitation et le trouble étaient seuls punis. Alors une manœuvre perfide fut habilement ourdie, on ne commettait plus le délit, mais on faisait tout ce qu'il fallait pour le préparer. Il y a deux oppositions, l'une qui discute avec calme, avec modération, avec 1 gique les actes du gouvernement, celle-là, le gouvernement la tolère. Douces paroles répétées dans tous les temps! Mais le calme, la modération, la logique de vos adversaires, c'est toujours pour vous la licence; c'est toujours votre point de vue qu'il faut prendre. Nous, en république, nous entendons autrement la liberté.
Au procureur de la République me demandant s'il faut poursuivre un journal, garde des sceaux, je répondais : «Oui, s'il y a licence; mais pour savoir s il y a licence, c'est-à-dire abus coupable de la liberté, ne jug^z pas à votre point de vue, mais supposez-vous l'aateur de l'article et demandfez-vous si vous ne seriez pas surpris d'une pour-
suite. La liberté doit être entendue largement. Si c'est une attaque imméritée dirigée contre vos fonctionnaires, rappelez-vous r l'empereur romain : passez la main sur votre visage et dites : « Je ne me sens pas blessé. » et maintenant tout vous
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La souscription ! la souscription ! ■ toilà le grand crime. Riais,; prenez garde, ce sont les souscripteurs qu'il faut poursuivre, et en tête les avocats en si grand nombre qui ont envoyé leur patriotique offrande pour élever la tombe au glorieux martyr du droit, J'ai écrit et je dis le mot : Baudin est mort glorieux marîyr du çfroit. Si c'est là ÏÛ mort, grande, héroïque, la souscription est un acte civique, un témojgoage de reconnaissance, un honneur mérité. Eh bien ! j'en conviens, là est le vrai débat. Baudin est-il mort martyr glorieux du droit? Il s'agit ici de juger le 2 décembre, vous l'avez conduit en police correctionnelle; ce n'est pas nous, c'^st vous qui l'y conduisez, jugeons-le.
Messieurs, depuis '1789 jusqu'à ce moment, nous avons eu en France quatre rois expulsés, deux coups d'Etat. Les quatre expulsés, je n'ai pas besoin de les rappeler ; les deijx coups d'Etat sont : le i 8 brumaire et. le. 2 décembre.
Une voix dévouée à l'Empire vient d'avoir le courage insensé d'écrire ces mots : ce Les hommes du 18 brumaire et les hommes du 2 décembre ne se laisseront pas escamoter le pouvoir. »
Eh bien, avant de mettre en cuise lé 2 décembre, racontons le 18 brumaire.
D'abord entre les deux hommes des deux coups d'Etat, point de comparaison possible : le premier était le général de l'armée d'Italie, le général' de l'expédition d'Egypte. Et après le coup d'État, il
AFFAIRE DE LA SOUSCRIPTION BAl'DIN 1 4,N
présentait le Consulat, époque où la gloire extérieure venait de dorer de ses rayons toute cette organisation intérieure dans laquelle nous vivons encore. Vint ensuite cette épopée de 1 Empire, où l'on vit l'homme sorti du néant appeler dans sa couche impériale une archiduchesse d'Autriche, et son plus jeune frère devenir l'époux d une fille de rois, qui a d'ailleurs montré, dans les malheurs de son mari, l'élévation et la dignité du plus noble caractère.
Le 18 brumaire n'était-il donc pas absous par tant de grandeur? Vous parlez de suffrage universel : mais combien de millions de voix proclamèrent le Consulat à vie ? Combien de millions de voix proclamèrent l'Empire ?
Mais le crime ne peut pas s'absoudre, et le plus grand de tous les crimes, c'est la main du soldat portée sur la représentation nationale.
Ecoutez l'histoire, cette grande institutrice du genre humain, écoutez-la, vous qui parlez de l'absolution donnée au 2 décembre. Le général du iS brumaire avait chassé les représentants du peuple en 1799, seize ans plus tard, entendez-vous, seiz^/ ans plus tard, les représentants du peuple chassaient le général du 18 brumaire, devenu empereur des Français. Ils le chassaient avec cette parole de Lafayette à Lucien: « Dites à votre fière qu'il se hâte d'envoyer son abdication, ou nous lui enverrons sa déchéance, » et une heure après la Chambre des représentants recevait Fabrication.
Attendez : qui donc avait soutenu de sa vive parole la trahison du général Bonaparte ? Son frère Lucien, président du Conseil des Cinq Cents. Ecoutez, messieurs, qui vint porter l'abdication de Naroléon, humblement, au président de la Chambre,
en juin 1815 ? Son frère Lucien, prince de l'Empire. Oh ! grandes leçons de l'histoire, comme on vous oublie ! Vous n'êtes pas au bout. Ecoutez encore, messieurs, c'est l'histoire, la grande histoire.
Le mensonge le plus odieux avait entouré cette odieuse entreprise. Le 19 brumaire, soixante membres des Cinq-Cents étaient expulsés par leurs collègues. Et comment les auraient-ils conservés? Dans sa harangue au conseil des anciens, Bonaparte ne s'était— i! pas présenté comme une victime dévouée aux poignards d'Aréna et de ses collègues. Le Moniteur n'annonçait-il pas que ces infâmes représentants avaient, sous leur costume, des poignards et des stylets? Oui, le général avait été blessé au visage, et Thomé, le grenadier Thomé, en tendant le bras, avait reçu, dans la manche de son uniforme, le coup de poignard destiné à son général. Et le soir, dans cette rue de la Victoire, où se célébrait le triomphe contre la Constitution, Thomé, embrassé par toutes les femmes, applaudi par tous les hommes, était livré pour jamais à la postérité. Puis il recevait, pour son courage, une pension de 6,000 fr.
Ah! messieurs, voici le plus beau du 18 brumaire. Nous sommes en 1825, le ministre des finances trouve parmi les donataires du Trésor le nom de Thomé ; il le raye de la liste, et la pension n'est plus payée. Thomé adresse à la Chambre des députés une pétition énergique ; lui qui a reçu le coup destiné au sauveur de la patrie (car il ne faut pas oublier, messieurs, que les faiseurs de coups d'Etat sauvent toujours la patrie), i! est arbitrairement dépouillé.
Messieurs, il me semble voir la grande figure de mon ami vénéré, du vertueux Dupont de l'Eure; îl
se lève de son banc de gauche: « Il est temps, dit-il, que cette indigne comédie, que ce mensonge infâme disparaisse. Non, jamais Bonaparte n'a été menacé du poignard dans la Chambre qu'il avait envahie ; non , ni Aréna ni personne n'a voulu lui donner un coup de poignard. Est-ce que nous avions des style! s ou des poignards sous notre costume? Le coup de poignard à Thomé, fable indigne.
a Je vois sur les bancs opposés au mien deux hommes qui sont l'honneur et la loyauté même, j'ai nommé les deux frères Lameth. Je les adjure de se lever avec moi et de dire comme moi : « Nul de nous n'avait de poignard, et l'uniforme de Thomé percé par un coup de poignard n'est qu'un détestable mensonge.» Et les deux frères se levèrent, et les trois vieillards, si purs, si honnêtes, étendirent tous les trois la main, et le mensonge éclatant à tous les yeux disparut à jamais de l'histoire.
Avouez, messieurs, que cette fin du 18 brumaire est une grande honte. Et vous qui parlez d'absolution du 2 décembre, souvenez-vous que l'auteur du 18 brumaire est mort à Sainte-Hélène. L'histoire! l'histoire ! Il n'y a pas d'absolution pour le crime d'usurpation se traduisant en un coup d'Etat contre la représentation nationale.
Nous voici au 2 décembre.
J'entre dans ce fatal souvenir par quelques paroles de deux ministres qui, d'ailleurs, comme tous les ministres, ignorant la pensée du maître, la nient et la dégradent avant qu'elle apparaisse ; ce ne serait que la preuve d'une conscience honnête, si, à l'exécution de l'odieuse pensée, ils se retiraient loin du crime. Entendons-les.
M, Baroche disait : « Les paroles du président
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qui, lui, a pajlé H pu phvki% cjal, lui, a pieté seul serment à celte tribune, quf, lui, a renouvelé ce serment par son message du 12 novembre 1850, repoussent bien loin de sa périmée et de son cœur toute idée de restauration impériale» N'avez -vous pas encore présentes à la mémoire, messieurs, les dernières phrases du message du 12 novembre 1850, dans lesquelles, dans le langage le plus énergique, dans le langage qui est comme le dit lui-même M. le- président de la République, -celui d'un homme qui n'a pas d'autre pensée que de faire son devoir, rien que son devoir ; d'un homme qui a prêté serment à la Constitution, il vous reconnaît à tous le droit de réviser la Constitution, dans les formes légales? Il vous déclare que, quant à lui, il n'a pas autre chose à faire que de remplir son devoir d'honnête homme, en exécutant cette constitution, en la maintenant contre les adversaires de toute nature qui pourraient vouloir la renverser. (Approbation sur plusieurs bancs de la gauche et de la droite.) M. le président est le seul auquel on ne puisse pas reprocher des pensées de restauration impériale.
( Rires et exclamations.) j e
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« voix à droite. Vous avez dit un mot de trop! -qsi em si jriwaihio l iTup gscalBD aulq sidmedD
« m. le ministre i>e l'intérieur. J'ai dit un mot qui, vous l'avez bien compris, ne rendait pas ma pensée; j'ai voulu dire de restauration de gouvernement d'un seul, de gouvernement qui ne soit pas le gouvernement républicain, voilà ce que j'ai voulu diffe.iol si àlioqqfii lasmàiuâ? 5 snonufi «uoo
« Quanta M. le président^ il a pris cet engagement d'htiiineùr, et il le tiendra, et l'Assemblée peut être certaine que de ce côté il n'y a aucun
AFFAIRE UK LA SOUSCRI t> Tl () \ BAUD1N 149
(langer à craindre pour 1^ République établi 3 par la Constitution de 184§. »oiijjdhi sîteo à imm
gixonf^gf respecterai la loi fondamentale avec scrupule, je désire qu'elle soit respectée et défendue par tous les pouvoirs qui émanent d'elle. Ne craignez {Jonc 'pas du gouvernement actuel ces rêves dont on a prononcé les noms il y a lin instant, ces idées ce coup d'Etat, ces attaques incessantes, continues, contre le pouvoir parlementaire, attaques qui auraient pour but de le ravaler, de l'avilir, de le détruire dans Fopîniôn avant de le détruire dans
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« De pâteilè rêvés seraient complètement insensés, et le pouvoir qui obtiendrait utf pareil triomphe aurait tristement à le regretter, car le lendemain il n'existerait plus. (Très- bien î) »
odo*tçvak} ci9?i£>?ci9*ï b[ liofyoy InsifiTïuoq iup (Cela dit et bien connu, voici le 2 décembre.
Le 2 décembre a trois parties : la premier^, partie du président ; la seconde, partie de la ma]x>rité de la Chambre ; la troisième , partie des représentants dévoués à la République.
Le 1er décembre, au soir, nous sortions de la Chambre plus calmes qu'à l'ordinaire. Je me rappelle que je fus reconduit jusque sur ma porte par Victor Hugo, Pradier, Miot et Napoléon, devenu depuis le prince Napoléon. Nous nous quittâmes avec ces mois : «Cinq mois encore, et nous rentrerons dans l'élection constitutionnelle, jusqu'alors nous aurons assurément rapporté la loi du 3 1 mai. » Le lendemain, à sept heures du matin, If s rues de Paris recevaient en placards la proclamation sui-
v^nte : ^h 9up en relis
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c( Au nom du peuple français,
«. Le Président de la République, t
« Décrète :
« Art. 1er. — L'Assemblée nationale est dissoute.
« Art. 2. — Le suffrage universel est rétabli. La loi du 31 mai est abrogée.
ce Art. 3. — Le peuple français est convoqué dans ses comices à partir du 14 décembre jusqu'au 21 décembre suivant.
« Art. 4. — L'état de siège est décrété dans l'étendue de ]a première division militaire.
c( Art. 5. — Le Conseil d'Etat est dissout.
% Art. 6. — Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent décret.
« Fait au palais de l'Elysée, le 2 décembre 1851.