‹ Liberté!Chapitre 2 sur 34 · LA MARSEILLAISE · texte numérisé non relu

LA MARSEILLAISE

est délivré, un magnifique chant de triomphe s'élève en l'honneur du libérateur de la patrie. Ainsi la Grèce ancienne a conservé jusque dans ses derniers jours l'hymne patriotique célébrant Harmodius et Àristogiton :

« Je porterai mon épée couverte de feuilles de <i myrte, comme firent Harmodius et Aristogiton, « quand ils tuèrent le tyran et qu'ils établirent « dans Athènes l'égalité des lois. Cher Harmodius, « vous n'êtes point mort! Yous êtes dans les îles ce des bienheureux, où sont Achille aux pieds lé- « gers et Diomède, ce vaillant fils de Tydée. Que « votre gloire soit éternelle, cher Harmodius, cher ce Aristogiton, parce que vous avez tué le tyran et « établi dans Athènes l'égalité des lois! »

S'il s'agit de la patrie perdue , les exilés ont leurs douloureuses complaintes. Les Hébreux ont exha!é leur sublime douleur dans ceite touchante et délicieuse poésie : Super flumina Babylonis ; les Grecs nous ont laissé les Me>séniennes, dont mon ami Casimir Delavigne réveilla si noblement le souvenir après nos derniers désastres. Les Messéniennes ! laissez-moi vous en citer quelques passages : ce Bannis de la Grèce, étrangers aux autres peuples, <x nous ne tenions aux hommes que par la stérile <(. pitié qu'ils daignaient quelquefois accorder à nos « malheurs. Après avoir longtemps erré sur les (( flots, nous voici dans une contrée que la nature « et la paix enrichissent de leurs dons précieux. « Les habitants de ces belles retraites, attendris « sur nos maux, nous ont généreusement offert un o asile. Cependant la douleur consume nos jours, « et nos faibles plaisirs rendent nos regrets plus « amers. Hélas! combien de fois, errant dans ces

ij vergers délicieux, j'ai senti mes larmes couler au - souvenir de la Messénie! 0 bords fortunés du * Pamisus, temples augustes, bois sacrés, campa- « gne si souvent abreuvée du sang de nos aïeux! .« non, je ne saurais vous oublier! Et vous, féroces « Spartiates, je vous jure, au nom de cinquante «; mille Messénieiîs que vous avez dispersés sur la v< terre, une haine aussi implacable que votre ç cruauté; je vous là jure au nom de leurs descen- ^ dants, au nom des généreux cœurs de tous les .v temps et de tous les lieux. »

Il faudrait tout citer, je m'arrête.

Rapprochons-nous de nos contrées. Ecoutez un chant de nos pères, les Francs, marchant à la bataille :

« Pharamond! Pharamond! nous avons comte battu avec l'épée, nous avons lancé la francisque «c'a deux tranchants ; la sueur tombait du front « des guerriers et ruisselait le long de leurs bras ; « les aigles et les oiseaux aux pieds jaunes pous- « saient des cris de joie; le corbeau nageait dans « le sang des morts; tout l'Océan n'était qu'une « plaie : les vierges ont pleuré longtemps!

« Pharamond ! Pharamond ! nous avons combattu « avec l'épée. »

C'est vieux, Pharamond! Franchissons les siècles et arrivons à la Révolution. Seulement, laissezmoi vous dire, avant d'en venir à la Marseillaise, un chant qui se trouve avoir avec la Marseillaise une grande ressemblance. C'est la Grèce moderne* qui s'est réveillée naguère, et qui a tenté une lutte/ bêlas ! lutte fatale, contre ses conquérants. Elle a marché au combat avec ion hymne national. Le voici :

J.A MAKSEILLAISK

« Levez-vous, enfants de la Grèce i Le jour de « gloire est arrivé ! Montrez-vous dignes de vos ilcrfctres ancêtres!

« Enfants delà Grèce, courons aux armés, et que « le sang abhorre de nos ennemis coule en torrent .ri nos pieds! Secouons le joug de nos tyrans! Que « l'insurrection éclate ; elle brisera toutes les chaî- < nés. Ombres magnanimes des héros et des sages, « venez assister à nos combats! Grecs des âgés (( passés, revenez à la vie ; réveillez-vous au son de « nos trompette?, joignez-vous à nos bataillons ; « combattez avec nous jusqu'à ce que nous ayons « conquis la liberté !

«Enfants de la Grèce, courons aux armes, et a que le sang abhorré de nos ennemis coule en u torrent à nos pieds ! » jfc,

Je ne poursuis pas, mais j'appelle votre attention sur le refrain: ce Enfants de la Grèce, courons aux armes ! »

Nous savons tous le cri^ armes, citoyens! »

La Grèce moderne s'écrie : « Que le sang abhorré -de nos ennemis coule en torrent à nos pieds! »

Nous savons tous ce vers de la Marseillaise : a Marchons, qu'un sang impur abreuve nos sillons! »

Et maintenant, occupons-nous de la Marseillaise.

Vous avez dû être bien surpris, messieurs, d'eii^ tendre le ministère public accuser si vivement les prévenus d'avoir proféré un chant séditieux, sans que le véritable accusé, c'est-à-dire la Marseillaise elle-même, ait été produite devant vous. Condamner sans entendre ! J^âtteste, s'écrie Mv l'avocat général, quQ la Marseillaise est séditieuse au premier de-

gré. J'atteste, dirai-je à mon tour, qu'elle n'a pas le moindre caractère de sédition. Comment lé savoir? Par les déplorables souvenirs qu'elle rappelle, par les affreuses scènes qui l'ont déshonorée, parles horribles passions qu'elle excitait, dont elle était le coupable provocateur. C'est le ministère public qui parle ainsi. Les souvenirs qu'elle rappelle ! L'écrivain que je vous citais tout à l'heure les a inscrits dans deux phrases : ce Elle soutenait les « marches périlleuses, elle, servait de signal à tous g nos triomphes. La terreur de nos ennemis s'en <( souvient encore comme notre propre orgueil, et ce n'en garantit pas moins l'immortalité. » Mais venons à la Marseillaise elle-même. D'abord pourquoi ce chant, qui n'avait rien de commun avec Marseille, dont l'auteur était Rouget de Lille, qui ne fut connu dans notre Midi qu'après que Paris, le Nord, l'avaient si souvent répété, pourquoi l'appelle-t-on la Marseillaise? Parce que, dans la soirée du 3 août 1792, dans un banquet donné aux fédérés de Marseille, à Paris, dans la salle des sections du Théâtre-Français, la composition de Rouget de Lisle fut exécutée pour la première fois. On a prétendu que les Marseillais avaient porté leur hymne terrible à Paris, c'est Paris qui leur a dédié l'hymne sublime qui s'est ainsi répandu sous leur nom.

Mais vous ne la signalerez pas dans les vengeances populaires, tandis que vous la trouverez soutenant le patriotisme et le courage des grands condamnés. Les Girondins viennent d'entendre leur arrêt de mort. Valazé s'est frappé du poignard libérateur, les autres retournent à ia Conciergerie et font retentir ses sombres corridors de l'hymne marseillais. Cinq charrettes4es conduisent à l'écha-

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