LA MARSEILLAISE H
faud, et les derniers accents qu'ils font entendre à l'heure funèbre, ce sont les accents de la Marseillaise. Mme Rolland elle-même laisse exhaler de son âme qui va s'envoler vers les cieux cette Marseillaise, qui devient un chant de séraphin. Et puis, nos armées l'adoptent, notre peuple l'adopte. Ah \ messieurs, on n'aurait pas demandé à des jurés de 1796, de 1800, de 1804: Connaissez-vous la Marseillaise? La nation entière la connaissait. L'Empire l'a proscrite, et notre génération ne la sait plus. Qui donc, parmi les hommes de notre temps, n'a pas entendu les plus effroyables attaques contre la Marseillaise ? Et si l'Empire l'a maudite, quelle malédiction ne doit- elle pas mériter sous les Bourbons, elle qui éclata quand le voile funèbre et sanglant entoura ces illustres victimes qui montèrent miraculeusement de l'échafaud dans les cieux !
Non, non, elle ne se fit pas entendre à ces effrayantes journées; non, non, elle n'interrompit pas le silence glacé de toute une population consternée.., Le sang dont elle voulait que nos sillons fussent abreuvés, c'était le sang de 1 ennemi envahissant notre territoire sacré. Elle se taisait quand le tambour àe Santerre couvrait la voix de Louis XVI. Elle se taisait quand la chute de la hache fatale faisait tomber cette tête si longtemps admirée, si gracieuse dans les jardins de Trianon, si belle dans les magnifiques galeries des palais, jeune encore, hélas ! sous les cheveux blanchis par la plus implacable douleur ! Mais laissons ces lugubres tableaux. Un an s'est écoulé depuis le 9 thermidor ; la Convention fête l'anniversaire de ce jour. Dans ce triomphe, au sein de la représentation nationale, on entend le chant patriotique:
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la Marseillaise. Vous voyez bien qu'elle n'est pas séditieuse. Elle glorifie le 9 thermidor; plus tard, le Directoire, le Consulat et les victoires immortelles de l'Aile mague, de l'Italie, de l'Egypte : voilà ce qu'elle a consacré ! Certes, vous ne dresserez pas contre elle, pour celte période, un acte d'accusation ! Iaconnue sous l'Empire, qui l'a proscrite, elle reparaît de nos jours. Yoyons si son apparition appelle les citoyens à la sédition !
Et d'abord que je vous dise, messieurs, une chose qui vous frappera: La Marseillaise n'a rien qui touche à la politique intérieure; ell ne s'occupe pas du gouvernement, elle est faite contre l'ennemi; pas un mot qui pousse à la révolte. Et contre qui se serait-on révolté lorsqu'elle vint occuper la scène ? Le mot tyrannie, le mot rois ne s'adresse qu'à l'étranger, qu'aux rois coalisés contre la France. Mon Dieu ! voilà que dans un sens contraire, je fais absolument comme le ministère public, je vous parle de la Marseillaise, et je ne la lis pas! Il semble, en vérité, qu'accusateur et avocat s'imaginent que vous la savez par cœur. J'oserai dire pourtant, sans crainte de me tromper beaucoup, qu'aucun de vous ne la sait.
Lisons-la donc. Voici le premier couplet; il est plein de grandeur, de patriotisme, d'ardeur guerrière :
Allons, enfants de la patrie.
Le jour de gloire est arrivé :
Contre nous de la tyrannie L'étendard sanglant est levé.
Entendez- vous dans nos campagne* Mugir ces féroces soldats?
Ils viennent jusque dans nos bras Egogernos fils, nos compagnes...
Aux armes, citoyens î formez vus bataiUony! Marchez, marchons !
Qu'un tang impur abreuve nos sillons !