‹ Liberté!Chapitre 29 sur 34 · SUR L INSTRUCTION PUBLIQUE 2&S · texte numérisé non relu

SUR L INSTRUCTION PUBLIQUE 2&S

parle de la religion catholique, parce qu'elle avait dans nos collèges la part qu'elle devait y avoir. Elle y était presque universelle de mon temps ; car., de mon temps, dans le lycée impérial, à Paris, il n'y avait qu'une seule famille juive, c'était ma famille ; frères et cousins, nous étions six, il n'y avait pas d'autres israélites ; il est évident que nous ne pouvions pour ainsi dire pas compter au milieu de la masse des catholiques. Les protestants étaient en nombre infiniment petit ; je crois qu'ils n'étaient pas plus que nous. Voilà comment nous étions au lycée impérial : six juifs, à peu près autant de protestants, tout le reste catholique, et vous vous figurez que, dans le lycée, les catholiques n'avaient pas l'éducation morale et religieuse !

Voilà la situation. Ce que je vous dis Jà est certain, est incontestable, et jamais, dans l'Université, on n'a songé à expulser la morale religieuse, la religion de l'éducation, jamais !

Maintenant, qu'arrivait il en philosophie? Remarquez bien que nos professeurs ne nous avaient pas dit un mot de la religion dans nos classes ; je le crois bien, nous étions là pour travailler aux sciences profanes et non pour nous enquérir de la morale religieuse qui était donnée à part.

Quand nous arrivions en philosophie, est-ce que vous vous figurez que nous discutions les religions? Est-ce que nous nous mettions à prendre la religion catholique, la religion protestante ou la religion juive, et à les discuter avec les philosophies pour savoir quelle était la meilleure et quelle était la plus mauvaise?

On nous apprenait la philosophie ; c'était à nous à prendre ce que nous jugions le plus utile par le raisonnement. On formait notre raisonnement,

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nos idées, et il armait ceci : c'est que les uns adoptaient telle ou telle philosophie, les autres telle ou telle autre, et dans le monde, vous aviez ces belles discussions qui ont occupé pendant quinze ou vingt ans les esprits les plus élevés, les plus éminents, les plus distingués, et vous avez vu, au milieu de ces esprits distingués, un homme que mon honorable ami M, Pascal Duprat a vivement attaqué à cette tribune l'autre jour; homme éminent, considérable, qui a soutenu la science philosophique avec un magnifique talent, qui en a fait un vaste enseignement, abstraction faite de la religion ; car, si on accusait ce philosophe d'irréligion, je vous renverrais à ses commentaires sur Pascal, et vous verriez là si, sur la religion, et notamment sur la religion catholique, il n'y a pas des pages d'une foi brûlante, comme tout ce qu'écrit M. Cousin. [Mouvement.)

Yoilà, messieurs, pour la religion dans l'éducation.

Maintenant, un mot sur ce qui a été dit de cette révolutiou de 89-et de 93, qui aurait produit des résultats si désastreux.

A ce reproche, si incroyable, que l'irréligion aurait fait la Révolution, la réponse a toujours été facile.

Si vous voulez nous dire que la révolution de 1830 a été faite par la génération de 1796, je pourrais l'admettre, je l'admettrais; mais par qui a été faite la révolution de 1789 ?

Expliquons-nous bien. C'est déjà si vieux pour M. de Montalembert qu'il n'y a pas de possibilité de s'entendre avec lui. Je désire m'entendre avec l'Assemblée. Il disait hier qu'il parlait à la majo-

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rite. Je parle à tout la monde, mais plus spécialement à la majorité.

Qu'est-ce qui existait en 1789711 y avait encore l'Université de Paris, il y avait les congrégations religieuses, il y avait l'éducation des familles, il n'y avait pas autre chose.

Est-' ce l'Université de Paris qui avait formé ces scélérats grandioses dont nous aurons à vous parler tout à l'heure? {Mouvement.)

Est-ce l'Université de Paris? Mais prenez garde, vous avez déclaré ici que l'Université de Paris était religieuse, qu'elle était catholique; elle devait donc faire (et j'entre ici dans vos idées), elle devait donc faire des hommes religieux et des catholiques. Etaient-ce les congrégations religieuses? Oh î vous ne commettrez pas ce blasphème. Les congrégations religieuses étaient éminemment catholiques : elles devaient faire des hommes religieux et des catholiques. Etait-ce enfin l'éducation de famille? Eh! qu'est-ce qui la recevait, l'éducation de famille? C'étaient les gens riches, ce n'étaient pas ceux que vous appelez bourgeois aujourd'hui, qu'on appelait piteusement et dédaigneusement alors : les gens du tiers état; c'étaient les gens riches, qui avaient l'éducation de famille : s'ils n'étaient pas religieux, à qui la faute? s'ils étaient religieux, vous retombez toujours dans le même cercle.

Voilà l'éducation religieuse de l'Université de Paris ; voilà l'éducation religieuse des congrégations ; "voilà l'éducation religieuse de la famille avant 1789, par conséquent avant 1793 ; mais si les hommes qui ont été formés par lUniversité do Paris catholique, par les congrégations religieuses catholiques, par l'éducation de famille catholique, ont fait 1789 et 1793, prenez donc garde : vous

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pouvez nous ramener à 1793, si vous voulez remettre l'éducation dans les mains où elle était alors. (Rires approbatifs à gauche.) Cela est incontestable ; voici pourquoi : c'est que l'éducation a été donnée religieusement jusqu'à 1789, par conséquent, comme je le disais, jusqu'à la Révolution : or, c'est la révolution de 1789, et plus encore celle de 1793 que vous attaquez,

Eh bien, les hommes qui, en 1793, ont attaché leurs noms à la Convention, étaient des hommes très-instruits, très-éclairés, très-savants. La plupart d'entre eux avaient, fait leurs études, soit dans l'Université de Paris, soit dans des congrégations célèbres. Savez-vous ce qui est arrivé? ce qu'aucune religion ne peut empêcher ; pourquoi? parce que c'est Dieu qui le veut. Or, comme votre religion, comme toutes les autres religions, c'est Dieu, aucune religion ne peut empêcher ce que Dieu veut, et ce que Dieu veut, c'est le progrès du temps. Dieu a dit à. L'homme. : Marche ! crée sur terre par ton intelligence !

Il vous a dit, à vous qui représentez les apôtres : 7te, et docete peromnes génies.

Oui, l'instruction est nécessaire, indispensable pour l'œuvre même de l'homme sur la terre. Et vous prétendez que l'instruction enlève la foi religieuse I

Si l'instruction enlève la foi religieuse, que parlez-vous d'instruction? Ecrivez sur la porte -de cette assemblée, et ce sera un grand jour que celui où vous l'écrirez : Il n'y a plus d'instruction; la religion seule éclairera les citoyens; car le jour où l'instruction arrive, la* religion fuit; et comme nous préférons la religion à l'instruction, c'est la religion qui la donnera. (Réclamations à droite.)

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