‹ Liberté, autorité, Église considérations sur les grands problèmes de notre époque (volume 2)Chapitre 18 sur 71 · LÀ LIBERTÉ MORALE · texte numérisé non relu

LÀ LIBERTÉ MORALE

quelle rhomme se constitue pour ainsi dire juge de luimême et du monde entier, et remplit, mais d*une façon incomparablement plus haute et plus générale, le même office que les tribuDau2^ J^umains dans une sphère plus restreinte, TEglise lui attribue une telle indépendance, qu'elle intime à Tenfant lui-même ce précepte divin : Tout ce que vous faites contre votre conscience, qu'il vienne du dehors ou d'ailleurs, est un péché, et vous devez être prêt à mourir plutôt que d'agir jamais contre ses inspirations.

L'Eglise reconnaît sans doute qu'il peut y avoir une conscience erronée; elle a soin surtout de nous rappeler les conséquences fâcheuses qu'entraîne une erreur coupable de la conscience, et le compte terrible que Dieu fera rendre à Thomme lorsqu'il évoquera à son tribunal étemel les actes du tribunal humain, et les jugera selon les lois de son inviolable justice.

Liberté 4e eonvletion*

L'Eglise ne se borne pas à reconnaître la liberté morale et à enseigner que a tout ce qui est contraire à la conscience est un péché ; » elle admet aussi la liberté rationnelle^ et proclame avec saint Panl que Tobéissance de la foi doit être conforme à la raison, rationabile obsequium. Cette nouvelle liberté de l'esprit humain occupe la seconde des grandes régions de la vie btellectuelle, celle de* la connaissance de la vérité. Non-seulement FEglise catholique croit que la liberté du choix est une condition^essentielle du bien moral, mais elle exige que Tadhésion à la vérité, pour être digne à» l'homme, émane du libre assentiment de la raison. Il ne suffit pas que les motifs du bien moral et de la vérité rationnelle, que les éléments qui constitaeut la moralité d^un acte et sont nécessaires à la connaissance du vrai, existent hors de l'homme; il faut

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encore qa*ils naissent de son fond intime et personnel. De même qa*on ne saurait bâtir sa maison sor le terrain d'antnii, on ne sanrait fcmder la vraie moralité humaine sur une volonté étrangère, ni la vraie conviction personnelle sor la pensée d^antmi.

Quelqne bonne qae soit la volonté d'antmi, quelque vraie qae soit sa pensée, il &nt qu'elles deviennent la volonté et la pensée de notre âme avant d'être la base morale et raisonnable de notre volonté et de notre pensée individuelles. Ce droit immense et vraiment terrible, où se révèle avec la dignité de Fhoaune le péril de sa condition. Dieu nous Ta acccordé envers lui-même, à plus forte raison vis-è-vis de nos semblables.

L'Eglise applique absolument les mêmes principes aux vérités surnaturelles. Saint Thomas, traitant du fondement de la foi, disait :

a Deux choses sont requises pour la foi : un objet digne de créance, et l'adhésion à cet objet. Pour donner son assentiment, il ne suffit pas d'avoir un motif extérieur, par exemple, de voir un miracle ou de céder à la persuasion d'un honune qui nous exhorte à croire ; il faut encore une cause intérieure qui nous excite andedans de nous-même à donner notre adhésion. Voilà le vrai et principal motif de la foi.

» Cette cause (intérieure), les pélagiens la faisaient consister uniquement dans le libre arbitre; mais ils se trompaient. •

D La foi est sans doute un acte de la volonté, mms il faut qu'auparavant la volonté ait été préparée par la grâce divine. Et voilà pourquoi le consentement, qui

LIBERTIË DE CONVICTION. 19

est Tacte principal de la foi^ dépend de Dieu qui excite les cœurs par sa grâce^ »

n nous est aisé maintenant d'expliquer le vrai caractère de la foi chrétienne : c'est Fassentiment de la volonté et de la raison, aidées de la grâce divine, aux vérités révélées de Dieu. La foi est un don divin, en ce qu'elle a pour objet des vérités que Dieu nous a manifestées d'abord par les prophètes de l'Ancien Testament, puis par son propre Fib, et en ce que l'adhésion à la foi est accompagnée de l'intervention paternelle de Dieu, qui éclaire, excite et fortifie l'esprit humain. Ce qu'un médecin fait pour l'œil du corps, Dieu le fait dans son amour pour l'œil obscurci et troublé de la raison : il le guérit, le fortifie et l'édaire afin qu'elle puisse connaître les vérités révélées et y donner son assentiment. Telle est la part de l'influence divine dans Tadhésion à la foi. Â cette action divine doit correspondre le libre travail de l'homme; il faut que l'âme humaine, quand Dieu se révèle à elle, se donne à lui de toutes ses forces, avec toute la joie et l'allégresse dont elle est capable, et qu'elle lui rende d'infinies

^ Ad fldem duo requimninr, quorom unum est ut credibilla proponantur; aliud est aasensuB ad ea.

Quantum Yero ad aasensum..., causa exteriua in^cena, sicut miraculum Tisum^ Tel persuasio hominia inducentis ad fldem non est

suiBeiena causa Et ideo oportet ponere aliam causam interiorem,

qos moTet hominem interins ad assentiendum... et est princ4>aUs et propria causa fidei. Hanc autem causam Pelagi&ni ponebant solum liberum ui)itriam; sed hoc est fàlsnm. Credere quidem in voluntate credeniitim camiitit, sed oportet quod voluntas pneparetur Deo per gratiam. Et ideo fides, quantum ad assensum, qui est principalis actns fidei ^ est a Deo interius movente per gratiam. Secund secund., qnffist. VI» art i.

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