‹ Liberté, autorité, Église considérations sur les grands problèmes de notre époque (volume 2)Chapitre 50 sur 71 · UNITÉ DE L'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

UNITÉ DE L'ALLEMAGNE

qnes se montrer hostiles ou indifférents aux tendances vers Tunité germanique, sous prétexte qu'ik y voient percer un esprit qui demande plutôt Toppression de l'Eglise catholique que l'unité de l'Allemagne. Nous croyons, en effet, malgré les signes nombreux qui attestent de l'hostilité envers leur Eglise, que les catholiques doivent éviter scrupuleusement tout ce qui pourrait faire supposer qu'ils sont étrangers à la question allemande. Nous devons, ici encore, distinguer avec soin la vérité de l'erreur, et ne permettre à personne de nous surpasser en amour de la patrie allemande, de son unité et de-sa grandeur.

Conel«0lon*

Quand on médite sur Thomme et sur son histoire, il est impossible de se figurer que Tétat où nous le rencontrons aux différents âges de la vie soit son terme définitif, sa fin suprême et dernière. De là ces incertitudes, ces agitations, ces mouvements inquiets que nous observons dans les nations et chez les peuples les plus divers ; de là ce bruit sourd et incessant qui, comme le mugissement d*une mer orageuse, retentit à travers toute Thistoire humaine; de là, enfin, cet appel au progrès, tout aveugle et inintelligent qu'il est dans une foule de circonstances. Ce qu'est la gravité pour les corps physiques, le désir d*une vie meilleure et plus heureuse Test pour notre &me, qui y tend par un mouvement spontané et irrésistible.

Cette aspiration mystérieuse de la plus noble partie de nous-mèmey Jésus-Christ nous en a révélé le secret en nous enseignant la véritable sagesse et en nous appre* nant à pénétrer jusqu'à la nature et jusqu'à la substance des choses. C'est la soif de cette sagesse qui inspira cette belle prière à Salomon : « 0 Dieu de nos pères I Seigneur miséricordieux^ qui avez tout fait par votre parole, qui par votre sagesse avez établi l'homme sourverain de toutes les créatures que vous avez faites, afin qu'il gouvernât le monde dans l'équité et dans la justice, donnez-moi la sagesse qui est toujours auprès de votre trône, et ne me rejetez pas du nombre de vos enfants, parce que je suis votre serviteur et le fils de votre servante, un homme faible dont la vie sera de courte durée, et qui est peu capable d'entendre les lois et de bien juger. Car encore que quelqu'un paraisse consommé parmi les enfants des hommes, il sera néanmoins réputé un néant si votre sagesse lui fait défaut... Votre sagesse est avec vous; elle entend tous vos ouvrages; elle était avec. vous quand vous avez fait le monde; eUe savait ce qui vous plaisait et ce qui était droit dans tous vos commandements. Envoyez-la-moi des cieux, du trône sublime où vous êtes assis plein de gloire et de majesté, afin qu'elle soit toujours et travdlle toujours avec moi, et que je connaisse ce qui vous est agréable; car elle sait tout; elle me fera observer une juste modération dans tous mes actes

Qui iK>urra connaître votre pensée, si vous ne donnez

yous-même la sagesse et si vous n'envoyez votre Espritsaint du haut des cieux*? »

Quand Salomon faisait cette prière au Seigneur, on peut dire qu'il parlait au nom de toute rhumanité; aussi Dieu IVt-il pleinement exaucé. Cette sagesse qui environne le trdne de Dieu et qui habite dans les saintes demeures du ciel assise sur un trâne de gloire , cet esprit divin qui descend des hauteurs célestes s'est abaissé vers les hommes dans la personne de Jésos- Christ, qui est venu lui-même nous enseigner la sagesse afin de corriger nos voies corrompues. 11 nous a envoyé le Saint-Esprit pour nous apprendre ce qui est agréable à Dieu, et en nous donnant la sagesse, il nous a. donné en même temps tous les dons qui peuvent contribuer à notre félicité : l'amour divin et Tunité la plus parfaite. Sa sublime mission est exprimée tout entière dans cette parole qu'il adressa à son Père la veille au soir de sa Passion : k Je ne prie pas pour eux seulement (pour les apôtres), mais encore pour ceux qui doivent croire en moi par leur parole, afin qu'ils soient tous un, comme vous , mon Père , êtes en moi et moi en vous. • »

La miséricorde de Dieu envers les hommes pe pouvait pas s'étendre au-delà; car en leur faisant ce don il a comblé la mesure de ses bienfaits. Tous les trésors de la vérité, de l'amour et de la béatitude sont renfermés en Dieu, et en nous unissant à lui, le Christ nous les a commimiqués dans toute leur plénitude.

1 Livre de la Sagesse, ix.

* ETangile de saint Jean^ xvii, 20, 21.

CONCLUSION. sa?

Malheureusement, en quittant le ciel pour venir résider sur la terre , cette vérité et cette sagesse divine n ont point été reçues parmi les hommes, qu'elles devaient affranchir et rendre heureux, avec cet accueil empressé et ces triomphantes acclamations qu'elles mé* ritaient. La plupart, dédaignant ce secours divin, ont préféré les ténèbres à la lumière ^ Ils ont attaché le Christ à une croix, et le génie malfaisant qui a exécuté cet horrible attentat n'a jamais cessé depuis lors de combattre et de persécuter l'Eglise du Rédempteur. Non content de l'empêcher, autant qu'il était en lui , de répandre sur les hommes les riches trésors de l'amour et de la miséricorde divine , il est allé jusqu'à déchirer le sein de la chrétienté et à semer la division parmi les membres du corps de Jésus-Christ.

De là cette rupture malheureuse qui a éclaté entre les Eglises d'orient et d'occident, et qui continue d'entraver, au-delà de tout ce qu'on peut dire , la mission du christianisme.

De là cette scission non moins fâcheuse qui s'est produite dans l'Eglise catholique en occident, qui depuis trois siècles ravage en quelque sorte nos propres entrailles et y cause de si funestes désordres.

De là, dans le protestantisme même, ces déchirements et ces divisions sans nombre qui trouvent à peine une faible barrière dans les obstacles matériels que leur oppose la puissance civile.

^ Jean, m, 19.

De là, enfin, ce nouvel ennemi qui est entré dans le monde avec le déisme, et qui lutte contre le christianisme au sein même de la chrétienté. Il a commencé par nier la révélation surnaturelle, c'est-à-dire tout commerce de Thomme avec Dieu différent de celui qui a son fondement dans la nature et dans la raison abandonnée à ses seules forces. C'était nier tout ensemble la divinité du Christ et la divinité de son œuvre. Le Christ n'a plus été cette sagesse qui habite auprès du trône de Dieu et qui est descendue des cieux pour s'abaisser jusqu'aux hommes. Après avoir nié la révélation divine, le déisme en est venu à la négation de l'ordre surnaturel, pms enfin à la négation d'un Dieu surnaturel. Yoilà l'ennemi qui se dresse aujourd'hui devant nous. Déjà des esprits sérieux, comme le protestant M. Guizot, partagent l'humanité en deux camps : dans l'un sont ceux qui croient en un Dieu personnel, dans l'autre ceux qui nient son existence.

Dans ces tristes conjonctures, et à la vue des divisions qui désolent la chrétienté, tous les cœurs sincèrement chrétiens ressentent une douleur profonde. Ils reconnaissent que l'abomination sans exemple dont nous sommes témoins dix-huit siècles après l'apparition du Fils de Dieu sur la terre, en voyant des insensés oser affirmer, non-seulement dans le secret de leur conscience, mais encore sur les toits et dans les chaires de l'enseignement, que <c Dieu n'existe pas^, r> n'a point

1 Doit inaipieiiB în corde sao : Non est Pçns. Ps. xm, i.

d'antre source que ces dissensions. Cette douleur, les catholiques doivent s'y associer de toutes les puissances de leur âme et la ressentir jusqu'au fond de leur cœur. Quelle di£férence entre le désir que Jésus-Christ exprimait dans cette prière : a Faites qu'ils soient tous un, comme vous, mon Père, êtes en moi et moi en vous, d et l'état où nous voyons aujourd'hui la chrétienté !

C'est donc pour nous un devoir de contribuer, dans la mesure de nos forces, au rétablissement de cette union. Nul catholique ne doit refuser d'y concourir, si peu qu'il lui soit possible de le faire. Les édifices les pins grandioses admettent dans leur construction les matériaux les plus chétifs. Mais il existe surtout, à mon sens 9 deux grands moyens que nous pouvons tous employer. '

Le premier est de demander par la prière la réunion de toutes les confessions chrétiennes. Puisse le cid nous indiquer la voie qu'il faut suivre pour organiser cette prière unanime sur un plan universel, afin qu'elle soit connue de toutes les âmes chrétiennes qui soupirent après la réunion des sociétés religieuses ! Jésus-Christ a joint à cette prière les plus magnifiques promesses, lorsqu'il a dit que a tout ce que nous demanderions à son Père en son nom nous serait accordé^, d Quelle ne serait pas l'efficacité de notre demande, si nous nous unissions tous à Jésus-Christ notre grand pontife pour réciter ensemble la dernière prière qu'il fit à son Père pendant sa carrière terrestre : a Afin que tous ils soient un, comme vous, mon Père, êtes en moi et moi en vous : » Ut omnes unum sini I

^ Jean, xri, SS; Matth.» xzi, tt.

Déjà dans les derniers siècles cette pensée avait fortement remué les esprits : puisse*t-elle s'accréditer de plus en plus et rencontrer une sympathie toujours croissante ! Nous conjurons tous les cœurs vraiment chrétiens qui en trouveront ici Texpression/de s'en faire les apAtres dévoués et de la répandre parmi leurs amis! Quelques hommes éminents ont déjà essayé d'amener ce rapprochement en instituant des conférences. Mais, nous l'avouerons franchement^ tout en nous réjouissant de ces tentatives, nous doutons qu'il soit dans les desseins de Dieu de leur assurer un succès signalé. Ce qoi nous réjouirait davantage, ce serait de voir des hommes appartenant aux diverses confessions chrétiennes délibérer ensemble sur l'organisation d'une prière commune qui serait récitée par tous ceux qui croient encore que Jésus-Christ est vraiment le Fils unique de Dieu, n nous semble que Dieu ne pourrait s'empêcher d'exaucer une prière par laquelle nous lui demanderions tous de ne plus former qu'un seul corps : Vt omnes unum sint.

Le second moyen d'opérer la réunion dépend de nous autres catholiques. Il consiste à éviter toute espèce de scandale, et à refléter dans notre conduite les grandes et surnaturelles vérités du christianisme. Rien ne détourne tant les gens du monde de la profession des vérités catholiques, quand d'ailleurs ils sont bien intentionnés, que de voir ces vérités obscurcies en quelque sorte et cachées aux yeux du monde par les vices des enfants de notre Eglise.

Presque tous les reproches qu'on fait à l'Eglise catholique reposent sur des malentendus, et la source des

malentendus est presque toujours dans les imperfee^ lions et les faiblesses des membres de TEglise.

De nos jours, cependant, il ne suffît pas que nous travaillions avec ardeur à détruire les scandales et à dissiper les malentendus ; nous devons encore aspirer aux plus hautes vertus du christianisme, et, puisque la monde va jusqu'à nier le surnaturel, lui offrir le spec«tacle de ces vertus surhumaines, de cette vie surnaturelle, qui ont toujours été la floraison du christianisme. Cest dans la vie chrétienne développée en ce sens que le christianisme a toujours puisé la force par laquelle il a vaincu le monde. Croire que la justice purement naturelle, la vie journalière la plus commune, pourvu qu'elle soit exempte de grossiers écarts, suffit pour vaincre l'esprit qui règne aujourd'hui dans le monde, c'est oublier complètement l'histoire merveilleuse de l'Eglise. Dans chaque siècle, — à commencer par les martyrs sur les échafauds et les anachorètes dans les déserts, — toutes les grandes victoires que le christianisme a remportées sur le mensonge et l'erreur se sont rattachées à la vie des saints. Ce sont de saints évèques, de saints prêtres, de saints religieux, de saints laïques qui ont vaincu le monde et dilaté le royaume de Jésus- Christ, n en sera de même à l'avenir. Il nous faut donc rompre avec les coutumes faciles de la vie journalière, et nous plier aux grandes habitudes de la vie chrétienne, si nous voulons réaliser les désirs de nos cœurs, étendre le royaume de Dieu et ramener les confessions chrétiennes au centre de l'unité. La pratique de la vie chrétienne est le but spécial de nos institutions religieuses, et si nous réclamons aussi la liberté de fonder

des ordres, c'est uniquement parce qu'ils sont destinés à être les pépinières de la sainteté.

A côté de l'ordre religieux , nous avons surtout l'ordre sacerdotal, qui doit faire briller en lui la lumière surnaturelle afin de remplir la mission qu^il a reçue du Christ. Quelle carrière s'ouvre devant nous ! puissions-nous la bien parcourir! Pour moi, je suis profondément convaincu que la seule condition pour y réussir parfaitement est de propager parmi les prêtres la vie en commun : cette forme de la vie parfaite, surnaturelle et vraiment sacerdotale % est celle que le Saint-Esprit a toujours inspirée à l'Eglise.

Cependant, quel que soit notre désir de voir la réunion de toutes les confessions chrétiennes, nous ne devons pas dissimuler, nous catholiques, que nous n'admettons point d'autre centre d'unité que TEgUse romaine.

L'Eglise cathoUque a pour fondement essentiel deux principes qui la distinguent de toute autre confession, et auxquels les événements contemporains apportent une nouvelle confirmation.

Le premier de ces principes est que nous sonunes unis au Christ par un lieu extérieur, qui consiste dans la succession non interrompue de l'apostolat.

Le vrai caractère du christianisme est de nous mettre en communication réelle et continue avec Jésus-Christ,

^ Voir la Lettre de Mgr. Vévéque d*Orléane au sujet de la vie et det ùpuKules d'BolMhauser, par l'abbé Gaduel. Orléans, 1861, p. i-xxu.

avec sa doctrine et ses grâces : la vie chrétienne est en quelque sorte une vaste et perpétuelle communion avec le Christ. Or, le Christ ne se communique aux hommes ye jg^. rintermédiaJr^ de r^MDAta)at. C'est se tromper complètement de croire que le sacerdoce est le médiateur de Jésus-Christ et des fidèles, et qu'ainsi il n*y a point de rapport direct entre le Christ et chacun des membres du catholicisme. Ce sont les idées que les protestants se font du sacerdoce; mais elles sont fausses et contraires à la doctrine catholique. Quand le prêtre distribue la communion à Tàme fidèle, il n'est point i'intermédiaire du Christ et du chrétien, il est simplement le distributeur des grâces du Rédempteur. L'apostolat qua Jésus-Christ a institué dans l'Eglise et qui s'y continue à travers tous les siècles sous une forme visible n'est autre chose que le canal par lequel le Sauveur nous transmet sa doctrine et ses bienfaits.

Toutes les œuvres de Dieu nous présentent une image de cette constitution de l'Eglise. Pour que les rameaux d'un arbre participent à la vie qui circule au dedoM, il faut qu'ils se rattachent à lui par un lien extérieur; et pourtant ce lien externe n'est point la vie elle-même; car quand la vie a disparu, le tronc et les branches continuent de demeurer unis : il est simplement le canal par où la vie s'épanche au dehors; toute branche qui n'est plus retenue par ce lien extrinsèque n'a plus de part à la vie du centre. Nous en pouvons dire autant du corps humain. Pour que les membres participent à sa vie, il faut qu'ils soient unis entre eux; et cependant cette union n'est pas la vie même du corps.

S34 CX)NGLUSION.

n serait lEicile de constater la même économie dans toutes les associations politiques et sociales que les hommes forment entre eux.

Eh bien! ce qui est vrai partout ailleurs l'est aussi dans TEglise, que saint Paul appelle tantôt le corps de Jésus-Christ % tantôt la société dont le Christ est le chef. L*apostolat, ou le corps des pasteurs établi pa» le Christ et continué sans interruption jusqu'au temps présent, tel est le lien qui unit FEglise à Jésus-Christ et la condition essentielle pour participer à la vie du Sauveur. Nous pouvons exprimer d'un seul mot toute l'importance de l'apostolat dans l'Eglise catholique en disant qu'il est la continuation du ministère dont le Christ a investi ses apôtres. La consécration épiscopale consiste essentiellement en ceci : De marne que le Sauveur a dit aux apôtres : «c Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie ', d Tévèque dit à celui qu'il consacre : La mission que le Christ m'a confiée, je vous la transmets en son nom et par sa vertu.

Ainsi de Tapostolat découlent tous les pouvoirs divins que le Christ a conférés aux apôtres et qui se perpétuent invariablement depuis l'origine de l'Eglise. La vertu intérieure qui se transmet sous cette forme sensible et humaine à tous les membres qui sont unis à l'Eglise, c'est la vie divine et surnaturelle telle qu'elle est en Jésus*Christ même.

La doctrine des sacrements présente les mêmes

> Vos autem estis corpus Christi. / Cor,, xii, S7. Multi onum corpas sumas in Christo. Rom., xii, 5.

* Dieu Va établi chef de toute VEglise, qui est son corps. Ephés,, i, M.

* Jean, zx, 21.

caractères. L'Eglise est elle-même le grand 'sacrement dans lequel se développent les sept autres que Jésus- Ghrist a institués. Gomme le Christ est apparu sons une forme humaine, le christianisme apparaît encore au- JGord'hui sous la forme d'une constitution humaine et extérieure se rattachant immédiatement à la personne du Christ, d'où elle tire son ori^ne. Mais de même aussi que la plénitude de la divinité était cachée sous la forme humaine, de même tous les trésors du christianisme sont renfermés dans l'institution extérieure de l'apostolat. Voilà pourquoi nous attribuons une si haute valeur à la succession continue des évèques depuis Jésus-Christ.

Tertnllien exprimait la même idée lorsqu'il disait en parlant des hérétiques du deuxième siècle, les gnostiqnes : a Qu'ils montrent les origines de leurs églises , l'ordre et la succession de leurs évêques, en sorte qu'elle remonte à un apâtre ou au moins à quelqu'un des hommes apostoliques qui ait persévéré avec eux jusqu'à la fin! Ainsi l'Eglise de Smyme rapporte que Polycarpe j fut établi par Jean; ainsi l'Eglise romaine montre Clément ordonné par Pierre. De même les antres Eglises produisent les noms de ceux que les ^tres ont donnés pour évèques, et c'est d'eux qu'ils ont reçu cette semence apostolique^. y>

Ailleurs, il presse les hérétiques de recourir à ces Eglises apostoliques où l'on voit encore, à leur place, les chaires mêmes des apAtres, et où on lit encore leurs lettres originales, qui suppléent leur voix et leur

* De prœtcript., chap. XXXYI.

t36 GONCLUSION.

présence : « En Achaie, dit-il, vous avez Gorinthe ; en Macédoine, Philippes et Thessalonique; en Afiie, Ephëse; en Italie, vous avez Rome, dont nous reconnaissons aussi rautorité (nous Africains). Qu^elle est heureuse cette Eglise où les ap6tres ont répandu toute leur doctrine avec leur sang! où Pierre a souffert comme le Sauveur, où Paul a été couronné comme Jean-Baptiste, où Tapôtre, après avoir été plongé dans rhuile sans en rien souffrir, a été relégué dans ime

Ue Eh bien! examinons ce qu'ils ont appris, quelle

doctrine ils ont enseignée* ! »

Ailleurs encore, Tertullien, parlant de ces hérétiques qui veulent disputer contre nous sur les Ecritures, quoiqu'ils n'aient point d'Ecritures, et qu'elles ne leur appartiennent pas, disait aux gnostiques : « Qui êtesrvous? Quand et d'où êtes-vous venus? Que fadtes-vous dans notre bien, vous qui n'êtes pas des nôtres? A quel titre, Marcion, coupez-vous ma forêt? Qui vous a permis, Yalentin, de détourner mes canaux? Qui vous autorise, Apelles, à ébranler mes bornes? Comment vous autres osez-vous penser et vivre ici à votre fantaisie? C'est mon bien. J'en suis de temps immémorial en possession; je le possède le premier; je descends des anciens possesseurs et je prouve ma descendance par des titres authentiques. Je suis héritier des ap6tres , et je tiens, conformément aux dispositions de leur testament, au serment que j'ai prêté. Pour vous, ils vous ont déshérités comme des étrangers et des ennemis '. »

Vers la même époque, le grand évêque de Lyon,

* De proicript., chap. xxxvi. — • Ibid.

saint Irénée, dans lequel nous entendons à la fois Torient et Poccident, a exprimé la même vérité dans les termes suivants : « Quand nous exposons la tradition que la très-grande, très-ancienne et très-célèbre Eglise romaine, fondée par les apôtres saint Pierre et saint Paul, a reçue des apôtres, nous confondons tous les hérétiques, parce que c'est avec cette Eglise que toutes les églises et tous les fidèles qui sont par toute la terre doivent s'accorder, à cause de sa principale et excellente principauté, et que c*est en elle que ces mêmes fidèles, répandus par toute la terre, ont conservé la tradition qui vient des apôtres ^ »

L'Elglise catholique ne saurait renoncer à cette glorieuse prérogative. Voyez ce fil de métal; il est de chétive apparence et presque sans valeur ; et pourtant il sert de véhicule à l'étincelle électrique et transporte en un dinni^œil la pensée de l'homme jusqu'aux extrémités de l'univers. Ainsi en est-il de la grande chaîne de l'apostolat.

Dieu a voulu que les évêques, malgré l'infirmité de leur nature, fussent les canaux des grâces du christianisme et servissent d'instruments pour porter à travers les siècles, à toute âme qui devait y participer^ la vie qui est en Jésus-Christ.

Le second principe fondamental de l'Eglise, c'est qu'il existe une autorité enseignante qui, en vertu d'une assistance supérieure, ne saurait se tromper dans l'interprétation de la doctrine de Jésus-Christ. Contrairement au protestantisme, soutenant que nous ne

^ Adv, hœres,, lib. Hl, cap. m.

Or si y comme le prétend le protestantisme , nous n'avons point d^autre autorité que la Bible, il s'ensuit nécessairement que, tout en ayant des formes extérieures contenant des vérités divines qui peuvent faire autorité à nos yeux, nous sommes obligés de chercher dans nos inspirations personnelles un sens spirituel à ces formes susceptibles de plusieurs significations, et nous ignorons dès lors jusqu'à quel point notre interprétation contient des opinions humaines ou des vérités divines. En un mot, le protestant donne pour base à sa foi une forme qui vient de Dieu ; mais dans cette forme, qui ne s'adresse pas directement à son intelligence, et qui ne saurait être le vrai fondement de sa conviction, il introduit une pensée qu'il a conçue lui-même sans le secours d'une autorité supérieure : ce qui le met dans l'impossibilité de décider avec certitude si l'édifice de ses pensées repose sur le sable mouvant des opinions humaines, ou .sur le roc éternel des vérités divines.

Seuls, les contemporains du Christ ont été assez heureux pour édifier leur foi sur sa doctrine vivante comme sur un fondement divin. Quant à nous, qui lui survivons et qui ne possédons que la lettre morte de sa doctrine, nous ne pouvons y faire entrer que des pensées humaines et toutes subjectives. Ce que devient la pa. rôle de Dieu soumise à une telle opération, l'expérience est là pour nous le dire. Il est vraiment affreux de voir comment les ennemis de Dieu et de son Christ abusent de cette forme divine de la Bible pour nier Dieu et son Christ. Est-ce là le dessein que Dieu se proposât? Estce pour nous apporter les formules stériles de la sagesse, ou pour nous en communiquer la substance

féconde qu'il est descendu du ciel? La Bible est avant tout un vase divin. Si le Christ ne nous Tavait transmise que pour nous laisser le soin d'y déposer une doctrine, Tesprit de mensonge y. eût infailliblement versé son poison pour répandre, sous les magnifiques apparences de la parole de Dieu, la mort au lieu de la vie.

Telle n'est pas la persuasion de l'Eglise catholique. C'est dans la parole vivante de Dieu, c'est-à-dire dans le ministère d'enseignement institué par le Christ, ^'elle fait consister son autorité suprême et infaillible. Et non -seulement cette doctrine est confirmée par l'Ecriture, qui parle sans cesse de la promulgation verbale de FEvangile, mais elle est la seule qui donne une base solide et suffisante à une conviction si élevée et qui se dit fondée sur la parole de Dieu. Dans l'Eglise catholique, l'autorité enseignante est d'abord une autorité spirituelle et vivante; en second lieu, elle reçoit de l'assistance du Christ et du Saint-Esprit un caractère surnaturel, qui la distingue de toute œuvre purement humaine. Lorsque Jésus-Christ envoya les apôtres dans le monde, — non pour y écrire des livres, mais pour y annoncer son Evangile, — il leur fit cette promesse : a Et voilà que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des temps ^ » C'est dans la même intention qu'il leur disait encore : a Je prierai mon Père, et il vous donnera un autre consolateur pour

demeurer éternellement avec vous Ce consolateur

vous enseignera toutes choses, et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous aurai dit*. » Enfin, lorsqu'il

1 Matth., xxym, 20. — * Jean, xiy, 16 et S6.

«42 œNCLUSïON.

disait en parlant de l'obligation d'écouter les apôtres : a Qui vous écoute, m'écoute; qui vous méprise, me xnéprise^, d il supposait nécessairement une assistance surnaturelle et divine. C'est aussi dans le même sens qu'il faut entendre ces paroles de saint Paul : « Celui qui invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Mais comment Tinvoqueront-ils s'ils ne croient point en lui? et comment y croiront-ils s'ils n'en ont point entendu parler? et comment en entendront-ils parler si personne ne leur prêche? et comment les hommes leur prêcheront-ils s'ils ne sont pas envoyés? » De tout ce raisonnement TApôtre conclut que « la foi vient de l'entendre, et que l'entendre vient de la prédication de la parole de Dieu*. »

Ainsi, toute la doctrine de FEglise catholique sur l'autorité enseignante repose sur ces deux fondements essentiels : Conserver à jamais le sens et l'esprit de la parole vivante de Dieu, puis, au moyen d'un secours surnaturel, maintenir cette parole dans toute sa pureté et son intégrité. Là où manquent ces deux conditions, la foi ne saurait être qu'une croyance humaine et purement subjective. L'homme n'ouvre le sanctuaire de son âme qu'à ce qui porte un caractère de supériorité. Pour obtenir son assentiment et pour élever sa conviction au-dessus de sa sphère naturelle, il faut lui présenter quelque chose d'intellectuel, une pensée ; car la pensée seule a le don de pénétrer jusqu'au fond de rame : la forme ne franchit pas le seuil de ce sanctuaire. Il faut, de plus, que cette pensée soit marquée

* Luc, X, 16. — « Rom., X, 18, 15, 17.

d'une onction divine, car il n*y a que la pensée divine qui fasse autorité pour la pensée humaine.

Cette doctrine de l'autorité dans l'Eglise catholique répond aux plus profonds besoins de Thumanité. La foi qui est assise sur elle est véritablement un acte théandrique, et Tâme s^ repose comme sur un fondement divin. L'autorité et la liberté s'y unissent dans une parfaite harmonie, et Ton peut appliquer à l'acte de foi catholique ces paroles du poète royal : a La justice et la paix se sont donné le baiser; la vérité a jailli de terre et la justice nous a regardés du haut du ciel; car le Seigneur répand sa bénédiction, et notre terre porte son fruits » Ou il n'existe point d'autorité supérieure chargée de diriger la liberté des hommes, ou cette autorité se trouve dans l'Eglise catholique.

n me reste à répéter ici, afin de prévenir les malentendus, une observation que j'ai déjà faite ailleurs : l'autorité infaillible de l'Eglise enseignante ne s'étend qu'aux vérités annoncées par Jésus-Christ; elle ne réside pas immédiatement dans chaque évèque en particulier, mais seulement dans le corps total de l'épiscopat uni au successeur de saint Pierre. Dès qu'un évêquc se sépare de ce centre, il s'éloigne du fleuve de la vérité vivante, qui sort de Jésus-Christ et se répand dans tout le corps de l'EgUse.

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