PARIS
6ADME FRÈRES ET J. DDPRET, LIBRAIRES-ÉDITEDR8
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PRÉFACE
Le puai etrareiiir notts comiq|uideikt d'émêttré notre opinion 4Qr les éyénements qui viennent de 8*aeconiplir, de nooe expliquer sur notre situation présente, sur nos désirs, im espérances et nos craintes pour l'avenir.
Noos le devons à nous-méme, à ceux de nos frères d'Allemagne qui sont séparés de nous par leurs convictions politiques et religieuses, à notre commune patrie. Nous le devons à nous-mème, car c'est le devoir d'un chrétien d'avoir une opinion , et une opinion aussi juste que possible, sur les derniers événements contemporains , qui intéreBsent à un haut degré la vie chrétienne tout entière. Nous le devons à nos frères allemands qui ne partagent pas nos convictions religieuse» et poli-^ tiques, afin qu'ils nous apprécient équitablement et mùê préjugés. Nous le devons à notre commune patrie, dont la prospérité, au milieu des chai^;»m6f0 aippiértés dafts un si grand nombre de situa-
VI PRÉFACE
tiom , réside dans le choix des voies droites. Nous voyons devant nous un chemin qui conduit à des luttes intestines innombrables , h la honte et à la ruine de notre patrie y et nous apercevons aussi des voies qui peuvent nous sauver. Il faut que nous les démêlions.
C'est à atteindre ce but et à prévenir les dangers qui pèsent sur nous, qu'est destiné cet écrit. En déposant la plume ^ il y a deux choses seulement dont je puis répondre : la première, c'est que j'ai parlé sans réticence ni arrière-pensée , que je me suis exprimé sur tous les sujets que j'aborde avec la plus entière franchise ; la seconde, c'est que je suis convaincu que la vérité seule peut être utile à notre patrie, mais aussi que la vérité affranchit toujours. L'amour de la vérité et l'amour de l'Allemagne sont les deux seules pensées qui ont inspiré cet écrit.
J'ai émis cette opinion que pour éviter une nouvelle et horrible guerre fratricide (et cette guerre je ne puis ni l'appeler de mes vœux ni la considérer comme un moyen d'organisation future pour l'Allemagne), l'adhésion, sous certaines réserves, des Etats du Sud à la confédération du Nord, semblait presque le seul parti possible, si nous ne voulions point courir le risque de périr dans une prochaine
PRÉFACE. Vn
catastrophe, ou, ce qni revient au même pour nous, de devenir Français avec la rive gauche du Rhin. Mais, qu*on ne Toublie point, la première de ces réserves est l'assentiment de l'Autriche, c'est une alliance fraternelle, et satisfaisante pour l'Autriche, entre les deux parties alors existantes de l'Allemagne. Ce qui rend surtout la situation extrêmement pénible, c'est le silence de l'Autriche sur ses dispositions, sur ses exigences relativement aux questions générales de l'Allemagne. Nous reconnaissons parfaitement à l'Autriche , malgré Nikolsbourg et Prague , le droit de manifester son avis , d'élever ses prétentions sur tout ce qui se fera au delà de la frontière du Meîn ; mais nous ne pou-i vous pas attendre , au risque de sacrifier peut-être son existence, que l'Autriche ait parlé. Si, à raison de ses complications intérieures, habilement provoquées par le concours de toutes les révolutions européennes, elle se croyait tenue à s'enfermer encore dans un long silence, nous serions bien obligés, à la garde de Dieu, de nous organiser comme nous pourrions, tout en ne cessant de lui tendre les bras. Si l'Autriche , comme nous en avons le ferme espoir, sort ensuite de ses luttes intestines avec un redoublement de forces ; si elle parvient à institue^
VIII PRiFACK.
une vie QOQstitutioaaeUe aaine et vigoureuse , le. jour Qe maoquera pas de veoir où le reste de TAlleioague s'unira plus étroiteiueut à elle et lui d^ mandera peut-être assistance et protection. C'est à ces développements pacifiques que doivent tendre tous, nos efforts, Nous ne devons avoir qu'un déâr, c'est qu^ l'AUemague retrouve ce qu'elle a perdu par la vérité et la justice i nous ne devons parler de Favenir qu'auimés de ces sentiments pacifiques. Si nous couvions toutes les races allemandes à combattre les ennemis du dedans ^ à résister à ces tendances d'en liaut et d*en bas qui ébranlent tous les fondements de Tordre politique ^ c'est parce que nous leur portons à toutes un égal amour, — sans oublier toutefois que si l'homme propose^ c'^t Dieu qui dispose*
J'ai exprimé dans cet ouvrage , outre des vues politiques,^ des principes chrétiens qui sont l'étemel fondement de l'ordre social H va sans dire que je n'attribue aux premières d'autre valeur que celle qu'elles empruntent des raisons sur lesquelles elles s'appuient.
Mayence, janvier 1867.
L'ALLEMAGNE
'Le fond et la forme.
Si Ton veut porter un jugement équitable sur Tensemble des œuvres et des institutions humaines, il est nécessaire avant toutes choses de saisir nettement le rapport qui existe entre les idées et les formes qui les réalisent. Il faut qu'il y ait entre les UDes et les autres une juste correspondance, pour que tout se développe d*une manière conforme à sa vraie destination.
2 l'Allemagne après la guerre de 1866.
Les idées sont ce qu'il y a de plus élevé dans rhomme. C'est dans la manière dont elles naissent et dont elles sont comprises que l'âme se montre sous cette face supérieure par laquelle elle est tournée vers Dieu et éclairée de la lumière incréée. Les idées sont cette force qui élève l'homme audessus de lui-même et le foit aspirer vers une perfection morale et une félicité plus parfaites. Tout ce qu*il y a de grand et de sublime dans Thomme vient de ses idées. Si absorbé qu'il soit dans les choses terrestres et matérielles, il porte dans son âme une puissance idéale qui ne lui laisse point de repos dans son abaissement ; toujours elle le ressaisit et le reporte vers les hautes régions. Depuis ce vague et sourd pressentiment de la vérité, de la vertu y de la beauté, de la félicité qui est inné dans la nature humaine , l'esprit qui développe harmonieusement sa faculté de conn^tre et de comprendre, arrive à des idées de plus en plus claires et élevées. Cependant, quelques progrès qu'il ait faits en ce monde, il n'y trouve jamais une complète satisfaction ; il aspire à une connais^ sauce, à une perfection morale, à une félicité plus hautes. Plus un homme est avancé dans la sagesse et la vertu, plus il tourne ses regards avides vers une autre région, où il lui sera donné d'atteindre de plus près à l'idéal de son âme. Ces idétô de vérité, de bonté, de justice, de beauté, de félicité.