LE FOND ET LA FOBME
esprit y réclameut pour les formes légales, alors même que l'esprit en a disparu depuis longtemps et qu'elles favorisent des tendances toutes contraires, le même respect, la même sanction divine qui sont dus au droit véritable. De pareilles idées aboutissent à ce légitimisme creux et mensonger qui a produit parmi nous des maux infinis, et qui peut-être a été plus funeste au vrai légitimisme, au respect sérieux du droit, que l'esprit révolutionnaire.
n ne suffît donc point de proclamer de grandes idées exclusives, ni de rendre à une forme légale un culte si exclusif aussi, qu'on semble croire que le salut dépend tout entier de l'existence de cette forme. Ce qui importe, au contraire, c'est de saisir la vraie liaison des idées et des formes ^ afin de se placer à un point de vue qui permette d'apprécier sainement les institutions civiles et politiques. On peut conclure de ce qui précède combien doit devenir périlleuse la position de tous les anciens Etats qui ont un long passé historique, quand les grands principes de justice, qui ont créé leur droit public et privé, ne vivifient plus les formes de leur droit, quand leur droit n'est plus guère qu'une formalité et que cette formalité sert de couverture à l'injustice matérielle. Que de fois cela ne s'est-il pas vu dans le cours de l'histoire 1 Que de fois les formes n'ont-elles pas été un moyen de combattre les idées qui leur servaient autrefois de fondement!
8 l'Allemagne après la guerre de 1866.
Nous savons bien que le droit même purement formel n'en demeure pas moins obligatoire pour les individus, mais nous savons aussi que rien n'ébranle plus profondément les Etats que le conflit des idées éternelles de la justice avec les formes encore subsistantes de la justice.