LA FIN SANCTIFIE LES MOYENS
Nons avons examiné les causes de la guerre ; il nous reste à étudier par quels moyens elle a été faite. Nous n'oublions point ici dans quelle mesure la valeur de Farrnée prussienne^ Thabileté des chefs, la perfection des armes, et, ce qui importe surtout à nos yeux, le sentiment énergique du devoir qui animait la plupart des soldats de Tarmée prussienne, y ont coopéré. Mais plus nous sommes disposé à reconnaître pleinement et partout les aptitudes du gouvernement prussien, Texcellence de sa constitution militaire, plus nous sommes affligé de découvrir des éléments d'une tout autre nature. Seule, la bravoure de Tarmée n'explique pas le succès si prodigieusement rapide de cette guerre; la
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gloire de Tannée prussienne a été, sans qu'il y eût de sa faute, ternie par d'autres moyens employés pour assurer cette victoire; elle Ta été surtout par les confédérés qu'on n'a pas rougi de s'allier.
Si les nécessités fondées sur la nature sont légitimes, toutes les conditions, tous les moyens nécessaires pour les réaliser le sont également. Un théoricien, un doctrinaire qui croit que les fantômes de son imagination sont basés sur une nécessité de nature doit tenir pour licites tous les moyens qui conduisent à son but nécessaire. Si l'annexion fondée sur la nature des choses est dans la mission de la Prusse, tout moyen lui sera bon qui pourra l'aider à accomplir cette annexion. Cette théorie, si radicalement absurde qu'elle soit, n'en existe pas moins ; elle est répandue au loin, quoique la notion en soit plus ou moins confuse. Elle seule explique ce qui s'est passé sous nos yeux, et comment il a été possible que la Prusse ait profité des embarras extrêmes que la politique habile de Napoléon avait suscités à l'Autriche en Italie, pour accabler, de concert avec la révolution italienne et hongroise, cet ancien confédéré allemand. Voilà pourtant ce qui est arrivé.
Combien la position était différente il y a un demi-siècle à peine ! Si les trois princes unis à cette époque abaissent du sein de l'éternité leurs regards sur nous, que doivent-ils penser de ces nouvelles alliances de la Prusse? Le roi de Prusse était alors
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un des membres influents de la Sainte-Alliance, qui était certainement tout le contraire de Talliance dans laquelle nous venons de voir combattre la vaillante armée prussienne. C'est sous les yeux de ces trois princes que fut livré, près de Leipsig, le combat des nations, où les peuples de TEurope luttèrent contre Napoléon; c'est avec les torrents de sang qui conlèrent alors pour abattre la domination de Napoléon, que fut cimentée cette alliance. Napoléon anssi remplissait une mision ; lui aussi voulait être l'exécuteur des suprêmes desseins ^e la Providence.
Napoléon est convaincu, toutes ses déclarations l'attestent, que sa mission est fondée sur une nécessité de nature. Il a répété à diverses reprises qu'un des moyens de la remplir était d'abolir tout ce que les vainqueurs de son oncle avaient édifié. Mais il a été assez prudent pour appliquer aussi à la haute diplomatie cette doctrine qu'il est facile de dissoudre une alliance en gagnant un à un les membres qui la composent. Dans les dix dernières années, c'est
U l'au^ehagne après la gubbbe de 1866.
rAutricbe, Tun des membres de cette alliance de Leipsig cimentée par le sang, qui a été prise à partie. Pendant cette période. Napoléon a nui à TAutriche par toutes les ressources ^une diplomatie fertile en expédients. Les obstacles qui rendaient presque impossible à T Autriche Tarrangement de ses affaires intérieures, à cause de 1 état de la Hongrie, de même que toute la lutte de l'Italie contre TAutriche, sont en grande partie son ouvrage, ou du moins, c'est par lui seul qu'ils ont été possibles. Une fois l'Autriche attaquée par la Révolution entière, profondément affaiblie et paralysée, la Prusse, appuyée par le neveu du vieil oncle qui avait été battu à Leipsig par le roi de Prusse uni à l'Autriche, aidée par la révolution italienne et même par la révolution hongroise, la Prusse n'a pas hésité à profiter de cet embarras pour chasser l'Autriche de l'Allemagne, pour déchirer l'Allemagne elle-même et accomplir ainsi sa prétendue mission.
Attaquée d'une part par la révolution italienne, de l'autre par les armées prussiennes, menacée enfin d'une révolution fomentée en Hongrie par la Prusse, à Tarrière plan et au sommet Napoléon, qui voulaient briser ce dernier membre de l'alhance de Leipsig, l'Autriche, si profondément a&iblie au dedans, devait nécessairement succomber.
Là est la cause de notre douleur. Nous sommes tenté de nous voiler la face et de pleurer sur notre