L'ÉGLISE ET L'ÉCOLE
La troisième condition d'un heureux avenir pour r Allemagne, c'est d'établir la bonne harmonie entre l'Eglise et l'école, c'est de créer une position qui introduise la paix entre l'Eglise et l'Etat.
Examinons d'abord la position de l'Eglise. Aucun fait n'est mieux attesté par l'histoire d'Allemagne que l'influence fâcheuse des luttes religieuses sur le terrain de la politique. Ce sont elles qui ont porté à notre existence nationale tout entière les plus profondes blessures. Comme la religion est ce qu'il y a de plus intime dans l'homme, ce qui est le plus enraciné dans son âme, rien ne consolide plus la vie intérieure d'un Etat que la paix entre lui et l'Eglise^ comme aussi toute perturbation de cette paix remue
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les esprits de fond en comble. Tous les pays où cette paix a été altérée attestent que ces sortes de lottes ont toujours les mêmes effets déplorables. On ne demanderait pas mieux que de l'oublier dans bien des endroits; mais on aura beau fodre , la religion aura toujours la même puissance sur les coeurs 9 et dans les affaires du peuple allemand les questions religieuses seront toujours en première ligne. En Allemagne, et notamment dans les pays du nord et du centre, la solution pacifique de ce problème sera toujours, pour des raisons particulières, la première condition d'un progrès intérieur calme et paisible. D'abord, on trouverait à peine un pays où il y eût un pareil amalgame de confessions religieuses. Troubler la paix, ce serait susciter dans toutes les coucbes de la société et dans tontes les parties du pays des divisions infinies. Ajoutez que des doctrines dangereuses sont répandues dans ces pays sur les rapports de l'Eglise et de l'Etat, et que ces doctrines, si elles avaient quelque influence sur la nouvelle organisation de l'AUemagne, provoqueraient une lutte intérieure désastreuse. Déjà, il y a quelques années, les partisans de ces doctrines ont profondément divisé les esprits par de déplorables menées. Ces doctrines sont un mélange d'idées absolutistes gouvernementales , de réminiscences empruntées à l'ancien droit ecclésiastique civil inventé par le joséphisme, et d'idées
protestantes : tous ces éléments sont conciliés par le fanatisme antireligieux né des sarcasmes et des blasphèmes des voltairiens et des encyclopédistes. Hostiles à toute religion, c'est l'Eglise catholique qu'elles détestent par dessus tout. Pour disamnler leurs attaques, elles qualifient d'ultramontanisme, de jésuitisme, etc., tous les enseignements, toutes les institutions, tous les usages catholiques. Et c'est ainsi qu'elles attaquent l'Eglise et le christianisme non-seulement par la presse, mais encore et principalement sur le terrain politique, dans les chambres, et par l'influence qu'elles tâchent d'exercer sur la législation. Quand l'Eglise catholique réclame un droit, on lui répond par des injures; quand elle demande d'être traitée avec justice, sans lois d'exception et selon l'esprit des lois nouvelles, une clameur générale sur l'excès des exigences jésuitiques et hiérarchiques étouffe toute représentation légitime. Ce parti-là ne veut point que les rapports de l'Eglise et de l'Etat soient réglés d'une façon équitable, car il n'obéit qu'à ce principe : Ecrasez r infâme; il n'entend point que l'Etat soit juste, mais il entend ge servir de l'autorité et des lois de l'Etat pour asservir l'Eglise catholique et le christianisme en général. Nous croyons que ce parti est pour la paix intérieure de TAllemagne le plus redoutable des dangers, et que, s'il acquérait de Tinfluence, nous devrions nous attendre à de grandes
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lattes religieuses et à toutes les suites lamentables qu'elles entraînent.
Aussi la manière dont les rapports de TËglise et de l'Etat seront réglés, sera d'une importance décisive pour l'avenir de l'Allemagne. Trouvera-t-on le vrai moyen d'empêcher que les divergences religieuses n'affectent plus immédiatement la vie civile et politique? Trouvera-t-on des articles de lois qui permettront aux membres des diverses confessions religieuses légalement reconnues de vivre en paix sur le terrain civil et politique^ sans rien sacrifier de leurs convictions religieuses et sans renoncer à combattre, dans la sphère intellectuelle, en faveur de ces convictions. Voilà la question capitale, et c'est à l'examiner que tous les Allemands dévoués de cœur à leur patrie doivent s'appliquer avec le plus grand soin. Le grand parti de l'incrédulité se flatte de nous procurer la paix religieuse par l'indifférentissime religieux, qu'il voudrait ériger en loi fondementale de l'Etat et formuler dans le recueil des lois, déclarant intolérant, perturbateur de la paix, et punissant comme tel quiconque refuserait de le reconnaître. Il ne voiy>as ou ne veut pas voir que le comble de l'intolérance est de ne vouloir plus, en vertu d'une sM-disant tolérance , tolérer aucune conviction religieuse, et que c'est insulter à l'esprit humain que de lui suggérer de renoncer à la vérité en matière religieuse. Voilà le trait dis-
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tmctif de cette prétendue civilisation affublée du manteau de la tolérance : elle ne veut rien tolérer que TindifiEérence religieuse^ Tirréligion. Ce n'est pas ainsi que la question religieuse sera résolue. La plus noble partie de la nature humaine s'armerait de toutes les forces du christianisme pour combattre jusqu'à la mort une pareille législation, et dans ce combat nous serions aussi certainement victorieux que nous sommes sûrs que la vérité triomphera et que l'erreur sera terrassée, bllùt-il que dans ce combat notre patrie allemande descendit jusqu'aux frontières de la mort. Cette solution ne serait ni juste ni raisonnable ; ce serût la scdution de rindifférentisme antichrétien et antireligieux. Nous demandons que le problème des rapports entre l'Eglise et l'Etat reçoive une autre solution, une solution qui respecte les convictions religieuses sans troubler la paix civile, sans restreindre les droits de ceux qui ne partagent pas nos sentiments religieux. Nous demandons si cette réglementation légfide est possible.
Quel est le meilleur système, le système idéal des relations de l'Eglise et de l'Etat? Cette question, difficile en théorie et en abstraction, difficile surtout dans certaines conditions historiques et légales, nous parait facile à résoudre en ce qui concerne la confédération du Nord et les Etats qui pourront s'y rattacher. Nous croyons véritablement qu'il existe
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un moyen de satisfaire aîix besoins essentiels d'une vie chrétienne et croyante, tout en sauvegardant la paix civile entre les différentes confessions chrétiennesy et ce moyen, nous estimons qu'il nous est fourni dans une mesure suffisante par les articles de la constitution prussienne. Il y a vingt ans déjà qae nous étudions ce problème avec toute Fattention dont nous sommes capable, observant toutes les situations que le temps a créées, et excité par les besoins de notre position personnelle, soit comme député à l'assemblée nationale de Francfort en 1848, soit comme prêtre investi de ÎEbnctions ecclésiastiques, en Prusse d'abord, et ensuite pendant seize ans dans le centre de l'Allemagne, au milieu des controverses les plus compliquées. Or nous nous sommes de plus en plus convaincu que dans la situation particulière des Etats d'Allemagne, c'est là le moyen le plus convenable de régler les rapports de l'Eglise et de l'Etat. Il offre surtout trois avantages : l*" il fournit à l'Eglise, pour Taccomplissement de sa mission, la mesure de liberté qui lui est absolument nécessaire; 2*" il éloigne de l'Etat tous les embarras qui naissent de son intervention dans la vie ecclésiastique, et 3' il favorise la paix eivile entre les diverses confessions religieuses. Lorsque, tl y a plus de dix ans, nous eûmes Thonneur, sur la demande de l'arcbevêque de Fribourg, d'entretenir Sa Majesté royale le grand-duc de
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Baden, qui alors n'était encore que prince régent, sur le règlement des a£hires ecclésiastiques, nous lui exprimâmes la conviction que le roi de Prusse, en insérant ces articles dans la constitution, avait exercé un grand acte de justice envers ses sujets, qu'il avait assuré en Prusse la paix religieuse, avec toutes ses heureuses conséquences, que si ces articles étaient loyalement observés, tout conflit entre TEglise et TEtat était désormais impossible, que plus on les observerait longtemps, plus le peuple chrétien serait reconnaissant au roi d'un tel présent. Après cette déclaration, nous demandions que cette loi de paix fût aussi donnée au pays de Baden, convaincu qu'aucun acte n'était plus propre que celui-là à attacher à la famille du duc tous les cœurs religieux par les liens de la reconnaissance. Que de maux on eût évités en exauçant cette prière I A nos yeux, les articles de la constitution prussienne sont véritablement la grande charte de la paix religieuse pour une Allemagne dont les cultes sont si mélangés, et nous croyons que tous ceux qui désirent la pacification religieuse de ce pays travailleront à les conserver et à les répandre dans les autres pays auxquels ils s'appliquent.
On a dit que les catholiques de la Prusse ne devaient aucune reconnaissance pour ces articles de la constitution, attendu que les pays catholiques ne sont pas hors du droit, qu'ils ont été unis à la Prusse
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en réservant le libre exercice de leur religion^ et que ces articles n'étant qu'une reconnaissance de ce droit) on ne devait aucune reconnaissance à qui voulait bien n'être pas injuste. Gela n'est vrai qu'en un sens. Depuis la sécularisation, l'Eglise catholique a été traitée en Allemagne avec une si criante injustice, elle est encore si maltraitée de nos jours dans quelques pays, que nous avons vraiment lieu d^ètre reconnaissants envers un prince qui s'est préservé de cet esprit d'injustice si répandu aujourd'hui, et qui a su être juste même envers l'Eglise catholique. On a dit en outre que les articles de la constitution ne sont point encore pleinement appliqués partout et dans toutes leurs parties, que la Prusse elle-même n'est pas encore sur le pied d'une égalité parfaite. Nous ne le nions point; mais il faut avouer aussi que les relations qui se sont développées dans les pays protestants de l'AUemagne ne rendaient pas facile à un gouvernement l'application du principe de la justice dans toutes ses conséquences. En Prusse, l'égalité complète rencontre tant d'obstacles dans les habitudes de l'administration, qu'il est impossible, avec la meilleure volonté du monde, de l'introduire de suite et partout. Mais en général, et sans méconnaître certaines exceptions affligeantes, nous croyons que sous le gouvernement du roi actuel on a maintenu l'esprit de justice qui avait dicté à son royal frère les articles de la
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constitution. On a rappelé enfin qu'il y avait, même en Prusse, un parti puissant qui visait à anéantir cette grande charte de la paix rdigieuse, et que peut-être il n'était pas loin de triompher. Nous n'oublions ni l'existence de ce péril, ni sa gravité. Chaque mouvement qui se produit dans la vie chrétienne du peuple réveille la haine des partis dont nous avons parlé, et on trouve, même dans les^ cercles influents, des hommes qui ne veulent point entendre parler de la liberté de l'Eglise, parce qu'ils ne veulent point de TEglise catholique. Mais ils sont nombreux aussi ceux qui admettent pleinement les articles de la constitution^ et la seule tentative de les supprimer produirait une grande fermentation dans les esprits. La violation de ces articles serait le triomphe de la couleur noire en Prusse, et vraiment ce triomphe-là ne fortifierait point la Prusse. Les nombreuses et graves questions intérieures se compliqueraient d'une difficulté nouvelle, qui serait la plus difficile de toutes. Supprimer les articles de la constitution, ce serait jeter sur la Prusse et l'Allemagne un brandon qui pourrait devenir un incendie formidable. Nous espérons que la Providence nous préservera de cette calamité nationale.
Abordons maintenant la question des écoles.
Il n'est pas besoin de prouver combien la réglementation juste, légale, définitive de cette question importe à la paix intérieure et au pacifique déve-
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loppement de notre vie politique. A ce point de vue, la question scolaire est au même niveau que la question ecclésiastique, car elle pénètre aussi avant que celle-ci dans les intérêts vitaux du peuple; et ce qui lui donne pour le présent et pour Tavenir immédiat une importance exceptionnelle, c'est qu'elle prime, à peu près partout, toutes les questions contemporaines. Malheureusement la question scolaire est devenue, elle aussi, une question de partis. Les principes, les situations légales d'où dépend sa solution n'offrent point, en soi, de grandes di£Bicultés; il en est de même des conditions à remplir pour satisfaire les vrais intérêts de l'éducation populaire : elles sont très-aisées à découvrir. On en trouvera déjà les rudiments dans toutes les lois et constitutions, dans l'histoire et dans les faits existants. Qu'on adopte cette marche, qu'on ait égard aux besoins du peuple, aux situations historiques et légales, et on arrivera facilement à réglementer cette question d'une manière satisfaisante. Dans l'aflEEÛre des écoles, la difficulté et le péril viennent de la position que prend vis-à-vis d'elle le parti antichrétien, ce parti qui ne veut point de justice pour l'Eglise. Ce qui est en soi bon et juste lui importe peu ; la question des écoles lui est un nouveau moyen d'atteindre ses fins, et une fois qu'il a établi ses systèmes doctrinaires, il les poursuit à outrance. L'influence de ce parti constitue
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tout le danger de la question des écoles^ et ce danger pourrait devenir fort grave pour la paix intérieure, si ce parti parvenait à exécuter ses plans.
Entrons dans quelques détails. Voyons d'une part combien il est facile de réglementer cette question si Ton se place au point de vue des faits et des droits existants; et d'autre part comment rinfluence du parti libéral peut amener les plas grandes dissensions intérieures.
Gomme ces sortes de divergences ont déjà éclaté plus d'une fois en Prusse et ont excité une lutte violente, nous allons rattacher nos observations aux discussions qui ont eu lieu et qui se reproduisent partout de la même manière ^ Dans la période de Tère nouvelle, ce parti réclamait avec instance une loi sur les écoles, et chaque année les discussions du budget lui fournisssdent roocasion d'insister sur cette demande. Son but était d'arriver à un système gouvernemental qui fit peser sur les écoles toutes les conséquences de l'absolutisme gouvernemental, qui aboutît à les séparer de l'Eglise. Cette querelle n'a été ajournée que par les débats sur la constitution. Nous avons donc
1 Nous recommandons surtoat les discussions qui ont eu lien à la chambre des délégués prussiens, les 3 et 4 mars 1863. M. Reichensperger, avec un petit nombre de ses collègues^ défendait alors, avec beaucoup de tact, le point de vue du droit, qui était aussi le point de vue religieux. Ces débats sont encore maintenant fort instructifs.
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daDS ces débats une image fidèle de Tétat où se trouve la question scolaire avec toutes les tendances actuelles qui s'y rattachent. Examinons d'abord, en prenant pour guide la loi et les faits existants, les moyens de la résoudre. L'article 15 de la constitution prussienne est ainsi conçu : « L'Eglise évangélique et l'Eglise romaine catholique, ainsi que tout autre société religieuse, règlent et administrent librement leurs affaires ; elles restent en possession et en jouissance des institutions, des fondations et des fonds destinés aux objets de leur culte, de leur enseignement et de leurs établissements de bienfaisance. » n est clair que la seconde partie de cet article garantit aux confessions religieuses nonseulement les fondations créées en vue de leurs établissements d'instruction, mais encore l'avenir de ces établissements dans leurs relations historiques avec les confessions religieuses, tel que ces relations se sont développées jusqu'ici, ainsi que les secours qu'elles recevaient ordinairement de l'Etat; ces secours, du reste, au moins en ce qui concerne les établissements catholiques, reposent presque toujours sur un titre légal. La constitution reconnaît encore qu'il doit y avoir, à l'usage de chaque confession, des établissements d'instruction, et non pas seulement des écoles primaires ' ; qu'il y a des
* Les récentes discossioDS de la chambre prusaienne noua ont rappelé combien il importe que la question scolaire soit traitée
fonds à Tosage de ces écoles confessionnelles. Tons ces points renferment des éléments très-importants pour la réglementation légale et satisfaisante des intérêts scolaires. L'article suivant (14) peut aussi ûder eflEicacement à atteindre ce but : « La religion chrétienne est adoptée comme la base des institutions de TEtat qui touchent à Fexercice de la réligiouy sans préjudice de la liberté religieuse garantie par Tarticle 12. )» Or, dans notre façon de comprendre les choses, il ne peut être douteux que les écoles instituées pour des enfants chrétiens font partie « des institutions de l'Etat » qui touchent à l'exercice de la religion, et par conséquent qu*en faisant une loi pour les écoles on doit, suivant la constitution, avoir égard aux principes du christianisme. Les articles 20-26 traitent principalement de la science et des écoles. Ces articles, rapprochés de ce qui précède, offrent également un point d'appui suffisant pour arriver à une réglementation
à ravenir, comme elle Va été dans le passé , par des jurisconsultes compétents da parti catholique, et non par des hommes abandonnés à leurs seules ressources personnelles et trop peu versés dans les questions de droit. C'est ainsi qa'an prêtre catholique n'a pas hésité à sacrifier le caractère toûî»sionnel de toutes les écoles, excepté des écoles primaires ; il est probable qu'une des raisons pour lesquelles il l'a fait, c'est qu'il manquait de notions précises sur les matières du droit Les excellents jurisconsultes qui ont défendu si yictorieusement les droits constitutionnels de l'Eglise n'auraient pas, certainement) agi de la sorte.
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convenable des affieûres scolaires. L'article 20 énonce ce principe général que « la science et son enseignement sont libres. j> L'article 22 détermine la sphère où devra se mouvoir cette liberté : «c Est libre de distribuer l'instruction, de fonder et de diriger des établissements d'instruction, quiconque a prouvé aux autorités compétentes de l'Etat qu'il possédait les aptitudes morales, scientifiques et techniques. » La seconde partie de cet article implique sans doute la possibilité d'anéantir soit Tarticle 20 sur la liberté de la science, s(Ht la première partie de cet article sur la liberté d^enseigner et de fonder des établissements d'instruction. Mais une pareille interprétation serait évidemment contraire à l'esprit et au texte de la loi. A prendre cette restriction dans sa véritable portée, on ne peut nier qu'elle soit légitime. Un Etat qui pratique l'égalité des cultes, qui ne reconnaît point, comme tel, de religion d'Etat, doit réclamer un certain contrôle afin de pouvoir empêcher les abus de la liberté d'enseignement. Vouloir que l'Etat renonce complètement à ce contrôle vis-à-vis de l'Eglise catholique, c'est trop exiger d*un Etat qui admet l'égalité, c'est supposer qu'il se rattache à quelque confession. Tout dépend donc de la manière dont on pratiquera cette restriction de la liberté d'enseignement et des garanties qu'on demandera à ceux qui apprécieront les <& aptitudes morales, scientifiques et techniques, n)
Pour constater les aptitudes techniques, il faudrait instituer des commissions d'examen mixtes , afin d*étre sûr qu'on jugera uniquement sur des raisons techniques et non sur les intérêts scolaires deTEtat. En fait d'aptitudes morales, l'Etat ne devrait exiger des anciennes confessions chrétiennes, auxquelles appartiennent la plupart de ses sujets, que cette garantie unique : c'est qu'elles ont établi et qu'elles dirigent un établissement. Tout ce qui irait au delà ne serait plus fondé sur la nature des choses, mais sur les préjugés antireligieux du temps. L'article 23 : a Tous les établissements publics d'instruction et d'éducation privées sont placés sous la surveillance des autorités nommées par l'Etat. » Cet article permet également de soumettre les affaires scolaires à une législation équitable, surtout si on le réunit aux articles précédents ; il ne rep\)usse pas la cosurveillance de l'Eglise, et ne conteste pas aux parents le droit d'établir des écoles qui satisfassent leur conscience. Du reste, l'article 24 dit positivement que « dans l'institution des écoles publiques destinées au peuple, on aura égard autant que possible aux intérêts confessionnels. » L'article ajoute, il est vrai, que a l'instruction religieuse, dans les écoles du peuple^ sera dirigée par les confessions religieuses que cela concerne; » mais il ne s'ensuit nullement que les rapports de l'Eglise avec l'école seront restreints à cet enseignement religieux; il
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s'ensuit plutôt que renseignement religieux sera placé exclusivement sous la surveillance de TEglise, et que Técole populaire étant une école confessionnelle, on devra autant que possible, dans rétablissement d'une pareille école, avoir égard aux principes de la confession intéressée. Eh bien I nous n'hésitons pas à soutenir que si ces principes fondamentaux sont loyalement appliqués dans le futur projet de loi sur l'enseignement, s'ils sont interprétés avec bienveillance, sans préjugé ni esprit de parti, on pourra aisément poser les bases d'une paix durable en ce qui concerne la question des écoles:
Ce n'est pas là ne que demande le parti dont nous parlons. Il ne veut point d'une loi scolaire conforme à la justice et à la loi, à la conscience et aux besoins du peuple ; ce qu'il lui faut, c'est une loi qui lui permette, au mépris de tous les droits divins et humains, de séparer l'école de la religion^ du christianisme, de FEglise, çt de s'en servir pour déchristianiser le peuple. Les débats qui ont eu lieu dans la période de l'ère nouvelle nous apprennent ce que nous pouvons attendre de lui; ils sont éminemment instructifs : c'est une véritaMe profession de foi. M. Sybel a été son premier avocat, et l'opinion de ce professeur était alors à peu près celle de toute l'assemblée. Quoique la constitution n'eût été publiée que peu d'années avant ces discussions, et
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quoique ce itiX précisément ca même parti qui se glorifiait le plus de sa fidélité à la coostitution^ il ne fut pas possible aux excellents catholiques qui prenaient part à ces débats de faire descendre leurs adversaires des hauteurs vertigineuses de leurs spéculations scolaires sur le terrain des faits, du droit et desTurticles de la constitution. C'était un intéressant spectacle de voir avec quelle force de logique les premiers ramenaient sans cesse leurs adversaires sur le terrain de la loi, et comment ceux-ci, emportés dans les espaces vides par une puissance mystérieuse, rentraient constamment dans le torrent de leur phraséologie doctrinaire. Le dieu de cette théorie d'enseignement, c'est l'Etat et la puissance de l'Etat; ce dieu-là possède, aux yeux de ces messieurs, tous les attributs que les chrétiens reconnaissent au Dieu véritable; il est Tunique docteur et l'unique propriétaire des écoles; lui seul confère aux autres le droit d'enseigner et d'avoir des écoles publiques. Que la science ait pour objet la vérité, et par conséquent que le pouvoir, qui n'est au fond que le représentant de tous les ayantdroits, doive d'abord être lui-même en pleine possession de la vérité tout entière et avoir un corps enseignant véritablement infaillible; qu'il n'y ait point en général d'Etat enseignant, mais seulement un pouvoir public exercé par des hommes soumisr eux-mêmes à l'erreur ; que les écoles ne soient nul-
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lement la propriété d'un ministre directeur^ mais des institutions qui, étant entretenues par l'argent du peuple chrétien, sont destinées à ses enfants et doivent être formées selon sa conscience, tout cela, ce parti ne veut point l'admettre. Pour lui, l'école est un établissement de parti voué à la culture des idées de parti et de l'incrédulité dont lui-même est imbu. C'est afin de pouvoir ainsi traiter l'école qu'il a imaginé son système d'enseignement exclusif par TEtat : ce lui serait une machine commode pour répandre ce qu'il appelle la civilisation^ Pour comprendre la gravité du péril qui nous menace de ce côté, il suffit de se rappeler que toutes les propositions que ce parti a faites pendant la période de l'ère nouvelle à la chambre des députés, notamment celle d'enlever à tous les établissements d'instruction supérieure leur caractère confessionnel, ont été accueillies par une grande majorité. Si ce parti devait acquérir, en Prusse ou dans les autres Etats d'Allemagne, quelque influence sur la législation, et atteindre son but en fondant des écoles sans religion, en instituant l'enseignement de l'incrédulité, l'Etat commencerait avec la conscience des parents et du peuple «hrétien une lutte désespérée. Ce serait violer le sanctuaire le plus intime de la conscience, ce serait essayer d'arracher violemment le christianisme au peuple au moyen d'institutions gouvernementales. Si cette tentative
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n*avait pas été interrompue par les disputes constitutionnelles, elle aurait reparu dans chaque séance des députés et dans la discussion de chacun des articles du budget qui s^ rapportent : tant ce parti a la conscience de lui-même, tant il poursuit méthodiquement son but. n est fort à craindre qu^il ne recommence bientôt.
L'avenir dépendra donc essentieUement de la manière dont la question ecclésiastique et scolaire sera traitée. C'est là proprement le champ de bataille du grand parti libéral, du parti progressiste et des loges ; et il faut bien Tavouer, malheut*ensement, il y a là des hommes qui ne veulent point de la paix intérieure pour l'Allemagne, car ils ne trouvent de garanties pour leurs intérêts que dans la confusion des luttes intérieures. Puissions-nous être préservés de l'influence de ces perturbateurs systématiques de la paix I Ds sont les ennemis intérieurs de FAllemagne.