LE LIBÉRALISME ET L*ENGTCUQCE. 14S
témoins tontes ses déclarations et celles de l'Eglise catholique, que cette Eglise est et demeure dans tous les ietû^ patrona et alirix, selon ses belles expressions, a la patrone et la nourricière d de la vraie civilisation. Mais il existe aussi un système mensonger qui s'appelle progrès, afin de combattre tout progrès moral ; qui s'appelle libéralisme, afin d'empêcher la liberté du bien et de favoriser la liberté du mal; qui s'appelle civilisation, afin de supplanter la religion chrétienne et de nous ramener aux horreurs du paganisme : ce système, voilà ce que le Saint-Père a voulu désigner et proscrire par la proposition du Syllabus, afin que les catholiques sachent quel abus déplorable on fait des mots et combien il est nécessaire de démêler en toutes choses le sens des termes qui circulent dans le monde, si l'on ne veut pas être victime de l'esprit de mensonge et en proie à toutes les illusions. Nous croyons donc avoir sufiisamment justifié l'insertion du mot soi-disant dans notre traduction.
Nous terminerons l'examen des propositions relatives à notre sujet par la proposition suivante :
« n faut séparer l'Eglise de l'Etat, et l'Etat de l'Eglise ^»
,, D n'y a pas d'équivoque possible sur la portée de cette proposition. Le pape rejette la doctrine qui
> LV. Ecclesia a statu statusque ab Eccleaia sejungendus est (Alloc. AcerbUsimum, 27 septemb. 185i).
iA6 i/aixehagne apbès la gubrrs de 4866.
tend à une séparation totale de l'Eglise et de TEtat. n énonce ici, par rapport à TEtat, la pensée qui domine dans Fensemble de son allocution du 8 décembre 1864; son principal but est de démontrer que toutes les affaires de la vie, que la vie humaine tout entière^ avec ses œuvres multiples, doivent être unies à la religion et soutenues par elle. Pie IX est convaincu que la religion doit être mêlée à toutes les actions humaines^ depuis la pensée purement individuelle jusqu'aux plus hautes relations sociales. Ce principe s'applique à FEtat tel qu'il est formulé dans le Syllabus. Comparons-le cependant avec d'autres maximes émises dans l'encyclique du 8 décembre 1864. Le Saint-Père repousse comme absurde et impie cette assertion que la meilleure forme de gouvernement et le progrès civil demandent mpérieusement que la société humaine soit constituée et gouvernée sans aucun égard pour la religion, absolument comme si elle n existait pas, ou du moins sans faire aucune différence entre la vraie religion et les fausses religions ^.
Ici le Saint-Père rejette purement et simplement ce qui est énoncé plus haut dans la proposition du
1 Optimam societatiB publiées ratioDem civUemqae progreasum onmino reqoirere, ut humana societas consUtuatur et gobernetur nullo habito ad religionem respectu, ac si ea non existeret, vel saltem nullo facto veram inter falaasque religiones discrimiae.
LE UBÉRAUSME KT l'eNCTCLTQUS. 44?
Syilabus, à savoir, la séparation complète de la société civile et de la reUgion, e'est-à-dire FEtat sans religion ; ou, pour être pins exact encore, il se contente de condamner directement et immédiatement Topinion selon laquelle un Etat sans religion est la meiileure forme de gouvernement, celle qui répond le mieux à la nature d'un Etat et par conséquent celle qu*il fout adopter partout.
A cet ordre d'idées se rattache la proposition suivante que Pie IX condamne également comme entachée d'erreur : <c L'Etat le mieux constitué est celui où le pouvoir n*est pas obligé de réprimer par des peines légales ceux qui blessent la religion catholique, sinon lorsque la tranquillité publique le demande*. »
Ici encore, on donnerait pleine carrière à l'arbitraire et Ton sacrifierait le sens naturel des mots en prétendant que le Saint-Père réclame pour l'Eglise, de la part de tous les gouvernements, une protection appuyée sur la force publique, comme cela s'est vu peut-être dans les pays où la religion catholique était reconnue pour la seule religion d'Etat, à l'exclusion de tout autre culte. Pie IX condamne encore ceux qui disent que l'Eglise n'a pas besoin, comme telle, de la protection générale de l'Etat, et que
< Optimam esse conditionem societatis, in qua imperio non agnoscitnr officium coercendi sancitis poenis violatores catholic» religionis, niai qaatenos pax publica postolet.
148 L'ALLEBCàGNE APftÈS tX GUERRE DE 1866.
eette privation de tout droit infligé à TE^se en tant qu^Eglise, — car une protection en vue de la paix publique n'est point une protection légale de l'Eglise, mais seulement une protection des habitants contre les perturbateurs de la paix, — est la meilleure forme de gouvernement et appartient à l'essence d'un Etat idéal. Cette erreur est une conséquence du système qui veut que l'Etat n'ait aucune religion, système qui peut bien hanter les esprits de quelques fanatiques d'impiété, mais qui n'a encore rien à voir dans l'état actuel des sociétés.
Nous voici arrivé au dernier des passages de l'encyclique relatifs à notre question. Pie IX, se référant à la bulle de Grégoire XYI, condamne la doctrine suivante : a La liberté de conscience et la liberté des cultes sont le droit propre de chaque homme, et ce droit, dans tout Etat bien ordonné, doit être reconnu et garanti par une loi; chaque citoyen a la liberté absolue, liberté qui ne doit être restreinte par aucune autorité ecclésiastique ou civile, de manifester et de répandre oralement, par la presse ou de tout autre manière, ses pensées, quelles qu'eUes soient^. »
1 Libertatem conscientis et cultuam esse propriom cojiu^ camque hominis jus, quod \ege proclamari et asseri débet in omni recte constituta societate^ et jus civibus iuesse ad omnimodam libertatem, nuUa vel ecclesiasUca vel cmli auctoAtate eoarctandam, quo suos conceptus quoscumque sive voce, sive