CHAPITRE PREMIER
9t» «ertifieats «muiBolpaiiz dm moralité*
« U a ]^aru qu'en rëtenranCau naire un lei pouvoir
« d*appréciatioû morale^ ou ne devait pas reodre ce pou- « voir absolu dans tous les cas, et quedès-lora il était juste «c d*ouvrir au candidat un recours devant Tautorité supé- « rîeure.... Beaucoup de personnes pensent qu^un simple « certificat de moralité, délivré quelquefois sané une ap- « préciatiou assez éclairée des devoirs, n*est pas une garan« « tie suffisante. » (Exposé des motifs.)
Âiii$i la délivrance du certificat de moralité appartient au maire seul, sauf recoure, non dftns rintérêt de la morale pour les cas où le maire serait trop facile, parce qu'il ne ferait pas une appréciation assez éclairée des devoirs y mais dans l'intérêt du candidat pour les cas où le magistrat municipal paraîtrait trop sévère au gré de l'impétrant. Examinons les conséquences de cette disposition.
Quand nous réclamons la suppression de toutes les mesures préventives que l'Université
nous propose^ ses partisans crient au scandale, et s'adressent à notre conscience de prêtre ; ils nous demandent avec un air d'émotion com* ment nous, qui sommes établis pour moraliser les peuples, nous pouvons repousser toute exi« gence de garanties morales quand il s^agtt d'hommes à qui] doit être confiée l'innocence si précieuse et si fragUe.de l'enfant.
Cette objection est spécieuse, mais on va voir que c'est la plus vaine de toutes et qu'elle retombe de tout son poids sur ses auteurs.
Pour rendre nos observati<»is plus frappantes et plus utiles, nous les gétiéraliserons èe manière qu'elles s'appliquent également, et aux instituteurs primaires tels qu'ils sont reconnus par la loi du 28 juin 1833 , et à tous ceux qui, d'après le projet de loi que nous combattons, seraient exclusivement désormais cbai^ de l'instruction secondaire.
Loin de ne pas vouloir de garanties morales dans les hommes qui dirigent de l'éducation , nous repoussons le certificat tel que la loi l'exige et s'en contente, préciséonent parce qu'il est des* (ructeur de ces garanties indi^nsables; et pour le prouver, établissonstl'abord, ce qui est ËÛcile, que ce certificat est de sa nature insuffisant et trompeur.
Il est insuffisant» Un maire le donnera tou*^ jours à celui qui n'a été ni poursuivi par la jus*
d'enseignement, parce qu'alors le choix dépendant d'eux seuls, les recherches sur la moralité des chefs d'éducation , seraient remises à leur conscience ; mais quand c'est la loi elle-même qui r^Ie toute vérification sur ce point important, ils s'en rapportent à la loi, parce que tel est en général l'empire d'une loi de passer dans les habitudes des peuples, et de suppléer à leurs réflexions. D'ailleurs, dans l'hypothèse que nous combattons, les pères de famille ne seront pas chargés d'apprécier la valeur de la pièce seule exigée. C'est vous, législateurs ^ qui am*ez dû faire cette évaluation ; car vous êtes leurs man* dataires et c'est à vous qu'ils ont confié le soin et imposé le devoir de leur donner des lois sur lesquelles ils puissent se reposer en paix, et cependant cette pièce que vous aurez adoptée exclusivement et consacrée solennellement par l'autorité des lois comme garantie de moralité , cette pièce sera trompeuse de sa nature, et c'est sur elle que, d'après votre parole, se reposeront les familles, c'est sur son témoignage qu'elles abandonneront l'avenir moral de ce qu'elles ont de plus cher, et vous l'aurez voulu ainsi y et cependant ce témoignage sera vide ou menteur; et c'est vous qui l'aurez donné à la France , c'est vous qui lui aurez dit : Voilà la garantie des précepteurs de vos jeunes générations ; voilà la sauve-garde des moeurs de vos
enfanls : conQez-Tous à la loi. Et cependant il est évident que votre assurance serait un mensonge lëgal. Nous vous le demandons, voulezvous que l'histoire inscrive ce blâme dans ses impérissables archivesT Ainsi nous sommes déjà tout à fait en droit de conclure qu'une telle dispo^tion serait immorale, par cela mênae qu'elle serait trompeuse.
Mais ce n'est pas tout, en même temps qu'elle endormirait les familles dans une sécurité fataie, ne rendrait-elle pas les maîtres eux-mêmes indifférents sur le point le plus essentiel de leur vocation?
En n'exigeant d'eux .qu'une fn<H^lîté légale, ne les portez-vous pas h. n'éviter que les immoralités défendues par les lois humaines. Nous sommes disposés à croire que la plupart ne s'ai tiennent pas là. Mais alors ce n'est pas en vertu de votre loi, c'est au contraire parce qu'ils sont meilleurs que votre hi, parce qu'ils ne tiennent aucun compte de votre loi. Admett<His, au contraire, qu'ik la prennent pour règle de leur conduite, ce que plusieurs d'abord ne manqueroiU pas de faire , ce qne plus tard le grand nomlxe ferait sans doute, car les lois et mrfiout les Ichs de relâchement ne tardait pas à dominer tes mœurs ; su^Kisons dcmc qne tous les cheh à'éducatî<n mutent ki perfection de lenr conduite il ne pas se rendre indignes du c^tifîcat légal
demoralitëy tous ne pourrez pas vous en plaindre^ puisque c'est vous-mêmes qui leur aurez tracé cette règte et fixé cette mesure « Eh bieu^ qu'arriverait-^il alors t on n'ose le dire , et ce^ pendaat cela résulte rigoureusemeat de nos ebserrations ^ ti arriverait que le corps eu-* seignant serait au fond et en vertu de la loi complètement dépourvu de garanties morales.
Étonnez- vous maintenant de ce que nous re« poussons votre certificat : osez dire maintenant que le refus de vos mesures préventives est de notre part indifférence pour Fintérêt des mœurs. Ah I il nous serait bien facile de rétorquer ce rejHTOcbe et de vous montrer ou elle se trouve cette indifférence fatale y c'est dans les règlements mêmes dont le but devrait être de la prévenir. Vous avez tout fait pour la science^ vous n'avez rien fait, absolument rien pour la morale. Pour une erreur de mémoire^ pcnirim défaut de connaissance futile , pour quelques lettres mal tracées^ vous faites refuser à uu caodidat son dtplème ou son brevet, fùt-îl d'ail* leurs sage^ zé^, capable plus que tout autre , il lui manque un iota du programme delasdenoe^ il est repoussé sans ^itié. Au contraire^ »4*il ta. une jeunesse légère ou orageuse ; est-il d'un caractère bouillant et intrateable; e8t41d'iHi tem* pérament paresiseioc et phlegmatiqiie \ est^^ce uu;
homme de bien ou un vil spéculateur, aux termes des règlements, il n'y a pas lieu de s'en inquiéter. Il \o\Jts présente le certificat voulu par la loi , sa mémoire d'ailleurs ne fait défaut à aucune des questions que vous lui adressez, son diplôme ou son brevet lui est acquis, et le voilà dans l'enseignement. Et Ton a l'air de s'étonner de ce que nous nous phignons quand on demande si peu. Mais n'est-ce pas précisément parce qu'on demande trop peu que nous sommes mille fois en droit de nous plaindre.
Quoiy vous empêchez les pères de famille de faire à leur gré le choix des instituteurs qui pourraient leur convenir. Vous vous attribuez exclusivement la désignation de ces hommes si influents, et cette désignation, vous la faites sans avoir pris vos assurances sur le point le plus capital, le plus décisif, et vous livrez ainsi la morale de la France à des directeurs sans caution, et vous voulez que nous ne nous plaignions pas, nous que vous reconnaissez vousmêmes comme chargés et par la religion et par ]ai société de veiller sur la morale publique. Oui, nous nous en plaignons, et parce que nous sentons ce que devra produire ce principe de démoralisation, et parce que nous en voyons déjà les conséquences désastreuses* Des hom*
mes de toutes les opinions les ont signalées et par Ta parole et par la presse^ ; on a dit que la France était généralement sans croyance et sans morale y parce que depuis quarante ans renseignement lui avait été donné sans Fédu^ cation. On a sonumé rUnivershé de s'expliquer sur ce reproche y qu'a*t*elle répondu? a-t-elle fait Toir que les génératicms formées par ses mains étaient plus croyantes que les autres?
Hélas j non t elle a été réduite ( nous ne Fen blâm^t>ns pas, puisqueUe ne pouvait pas mieux foire, mais nous l'en plaindrons amèrement); elle a donc été réduite à répondre , par For* gane d'un de ses chefs ^^ que, dans tous les cas, elle n'aurait pas fait le mal toute seule , à peu près, qu'on nous permette ce triste mot, comme ces grands coupables, qui, dans leur désespoir, cherchent à se consoler en disant qu'il y en a
^ On peut voir sur ce point de remarquables aveux dans l'ouvrage intitulé : De t Education publique dans ses rap-* ports avec fa famille et avec tEtat, par M. Corne. Ce qu'on y trouve exprimé en teimes très-énergiques sur Tabsence de toute éducation morale dans les établissements universitaires est d'autant plus concluant, que Fauteur^ président de ti^ibunal et membre de la chambre des députés, se déclare d'ailleurs admirateur de l'Université sur tous les autres points.
* M. DuboiS) membre du conseil royal de l'instruction publique, dans sa réponse à M. Corne, séance de la chambre des députés du 17 janvier i844*
bien à'mirei comme eux. Il y a , dites-vous^ tant d'institutions privées; comment peut-^on attribuer tout le mal aux écoles universitaires? Il y aurait bien des ré[diques à làira à cette honteuse excuse , car nous avons vu aillant * que ces écoles prétendues privées sont égale» inent votre œuvre ; mais ce qui nous attriste, ce qui nous confond, c'est l'impuissance où l'on a été de nier la démoralk»tion profonde de nos générations modernes; c'est Faveu implicite que l'on est obligé de faire de tout le mal sorti de l'éducation de nos jours, et surtout, c'est l'inconcevable détermination où l'on paraît être de refuser le seul remède possible à ce lamen* table état de choses*
Si vous nous demandez quel est ce remède, nous vous répondrons qu'un maire n'a caractère que pour témoigner sur des faits de police^ mais que hors de là, c'est à l'homme que la religion députe et que la loi reconnaît pour s'occuper par office de la morale des peuples, c'est à lui seul qu'il appartient de donner avec discernement et conscience de véritables certifi- <^ats de moralité. Si ce remède vous répugne au point de mieux aimer mourir que de le prendre pour vous-mêmes, au moins ne vous imposez pas aux peuples comme leur unique médecin ,
* Deuxième Examen ^ pag. iy ei amv.
laiBfiez les communes et les &milles se trailer eUes*mèmes h leur grë ; et si vous êtes asses malheureux pour ne pas vouloir dans votre instruction publique tles garanties de la religion ^, laissez-nous 9 laissez les populations vraiment cbrëjtiennes^ laisses les communes sincèrement religieuses les exiger quand elles le croient utiles ou nécessaires.
Nous repoussons donc^ nous répudions votre condition de certificat municipal ^ parce que, d'après nos Ids^ les fonctions de maire laissant celui qui en est chargé entièrement libre dans ses croyances et ses principes moraux^ ses actes publics ne peuvent^ comme tels, offrir la moin* dre garantie de moralité ; en sorte que déclarer
^ Le monopole nous dira que, par ces paroIeHi nous le calomnions, puisque, d'après le projet, tout enseignement secondaire comprend l* instruction morale et religieuse (article 1 ). Nous lui répondrons que vainement la religion se trouve dans la lettre delà loi, si elle ne se trouve pas dans le cœur et la conduite du maître; nous deman-* derons ensuite comment il se fait que l'école devant être morale et religieuses le maître n'est légalement tenu qu'à une morale sans religion ; nom» demanderons enfin si, en dispensant personnellement le maiti^e de toute garantie religieuse, on ne l'invite pas à penser que la religion peut n'être comptée pour rien dans la morale, si on n'accrédite pas cette opinion impie parmi les peuples , et si ce n'est pas là, en théorie et en pratique, une coupable et désastreuse immoralité.
à la France qu'elle doit légalement se contenter de celte seule pièce de conviction, c'est la tromper jusqu'à rinsulte. Notre refus n'est donc qu'une protestation évidemment fondée contre cette déception et cet outrage.
Vous nous répondez que vous ne pouvez pas eonstitutionnellement exiger un autre certi&;at sous l'empire de la liberté de conscience. Eh bien! en admettant la légitimité de cette réponse, il en résulte donc que vous êtes incapables d'obtenir des cbefs de l'éducation de véritables garanties morales, et c'est précisément ce que nous vous disons. Mais alors, vous-mêmes vous nous forcez de conclure de nouveau que vous êtes incapables de diriger souverainement l'éducation. Ne vous faîtes donc pas les précepteurs exclusifs de la France , et laissez-nous la liberté *.
* Nous demaodous avant tout la libe^^té derenseignemeut privé, dont les droits sont indépendants de tous les règle:ments universitaires ; mais comme il faut une loi sur Finstruction publique , nous demanderons que, pour ce dernier point, la loi fasse une mention expresse du certificat délivré par le chef du culte, au moins comme pouvant être exigé par les autorités préposées à Tadmission des maîtres. Sans cette clause, nous maintiendrions tous nos raisonnements', et malheureusement Tavenir ne tarderait pas à les sanctionner.
CHAHTRE II.
« Ce ne sont pas les pères de famille que gène réelle-
• ment une telle loi, ce sont les spécuiations partîcullèi*es,
• quelque titre qu'elles prennent» celui de congi*ëgalion« « ou tout autre. » (M. VUlemain » Discours à la chambre des députés, a4 janvier i8440
Il faut quelque courage pour oser dire à la France qu'une loi de monopole sur tout l'enrsdgnement ne gène pas les pères de famille , mais il n'en faut pas moins dans le chef d'un système qui n'est que spéculalion de tout genre pour soulever contre la liberté le fantôme des spéculations particulières. En cela, du reste, l'orateur a fait preuve d'à-propos; îl a caressé un préjugé que l'esprit de mensonge a fort ac-» crédité depuis quelque temps ^ même auprès d'hommes estimables d'ailleurs et réfléchis. On craint donc, ou du moins on parait craindre assez communément que l'enseignement^ de* venu libre, ne tombe dans le domaine des industriels et ne soit plus alors qu'un vil métier.
Certes, s'il devait en être génëralement ainsi, nous ravonerons, la liberté d'enseignement aurait contre elle un préjugé légitime; et si, d'autre part, le monoi^ole était, au contraire, généralement exempt de cette tache, il pourrait réclamer en sa &veuF un avantage réel.
La fonction d'élever l'enfance ou la jeunesse, n'importe à quel ùtra^ n'est pas, en efiet, un métier, mais un ministère. Pour y réussir, il faut y entrer, il faut y demeurer, moins pour soi-^même que pour ceux dont on doit être chargé. Si le désir du gain, ^)o , ce qui revient au même pour le résultat, si le désir de s'élever, de s'avancer, est le motif dominant du maître dans l'exercice de sa charge, il n'est plus le représentant de la famille, c'est un mercenaire, c'est un spéculateur. Dès-lors il est à présumer qu'il ne s'occupera des intérêts de ses élèves que jusqu'à concurrence de ses propres intérêts ; et toutes les fois qu'il faudra sacrifier ceux-là pour sauver ou pour ménager ceux-ci, on peut être moralement sûr que le bien des enfants sera sacrifié. Un tel homme est indigne de la confiance publique. Voyons donc si c'est squs le régime de la liberté ou dans le système du mo-* nopole que ces spécidateurs devront être le plus nombreux et le plus à craindre.
. Pour être fondé à dire que la liberté d'ettseignement doit faire sortir de terre une nuée
d^industriels qui^ pour nous sertir d'une locu* lion- vulgairei ne feront plus de rinsiruciion priTéé que 'mëtier et marchandise 9 il faudrait d'abord pouvoir prouver que partout où l'en<^ teighement a été libre en France, les spécula^ leurs Font dév^oré comme une proie. Mais, sans reipoBter encore à des époques reculées dont nous parlerons bientôt,^ et dont on a déna<tmé les souvenirs , de nos jours , et sous nos yeux , renseignement primaire des garçons et toute réducation des filles n'ont-ils pas vécu, m fddtj dans une liberté presque sans limites^ Tun jusqu'à la loi plus- que impériale du 28 juin 1833 S l'autre jusqu^à Tordonnance extra-légale du 33 juin 1836 ""7 II aurait dA y
* On Ut dans le Rapport : f instruction primaire fut trop /i^gUgéepar l'Empire. Ce qui signifie : nous avons AA^pour accompi'r h vceu de !u charte âur la liberté d'enteignement^ étendre la domination absolu^ du monopole sur les 4o,doo écoles primaires que le despotisme impérial avait laissées dans une liberté complète !
^ Le décret du i'' mai i8oa laissait aux maires la nomination des instituteurs communaux. La liberté des écoles pHmaires resta complète Jusqu*à Tordonnance du 29 février i8i6 qui, pour la première fois, parla d*nn examen à subir devant dn fonctionnaire de Tinstruction -publique. Les écoles de filles, demeurées parfeitement li- -bres sous TËmpire, furent placées, par l'ordonnance du 3 avril 1 8ao, sous la surveillance des préfets. Le 8 avril 1 824 parut une autre ordonnance qui exigeait une auio*
avoir akurs dans oea deax carrières des spéculateurs d'autant j^us nomlMieux, que le inadheur des temps ayant r^ulu j^us d'existaices précaires, beaucoup de persMmes sans ressources auraient pu, pour édiapper à la détresse, se jetçr dans cette carrière ouverte à tous, sans aucune condiU<m gênante. Mais d'où vient donc que, pendant ces trente ans et plus, <a ne signale aucune trace de ces spéculateurs a^Eunés et indignes dont vous nous fiâtes un épou vantail? D'où vient donc que vousHOiénies vous ne trouvez dans cette époque de liberté aucune preuve de fait en votre faveur? D'où vient que cette armée d'industriels qui, d'après vos assertions, aurait dû alors envahir la France, s'est réduite tout au plus à quelques pauvres petites écoles obscures et inaperçues dans la foule des établissements florissants et consciencieux.
Mais il y a plus : qui oserait dire que, durant les trente-six premières années de ce siècle, l'é-
rîsaiioQ spéciale d'exercer déllyréé par Tévéque; enfin vint Tordonnance du 31 avril i8a8, qui» attribuant au recteur seul le droit de délivrer et le brevet de capadtéi et rautorisatiooy commence à sentir fortement le monopole. G^pendant Texécution en fut si timide et si incomplète , surtout pour les écoles de filles, que la liberté défait n*en souffrait presque pas, ce qui suffit pour que nos raisonnements s'appliquent avec plus ou moins de rigueur à toutes les années que nous y avons comprises.
ducation des filles n'a pas pris^ sans secousse et sans effiortS) un magnifique développement, du côté de la science et des talents, en même temps qu'elle s'est fortifiée sous le rapport de la religion et des Tertus solides? Et cependant cela s'est &it sous l'empire de la liberté. Qui oserait dire qu'avant la loi si follement vantée ot si réellement désastreuse de 1833, les instituteurs pri-* maires n'ont pas été incomparablement plus modestes, plus soumis, plus rangés et plus véritablement zélés qu'ils ne le sont aujourd'hui 7 et cependant ils avaient été jusque-là presque entièrement libres des entraves universitaires. Vous aurez donc beau vous épuiser en déclamations et en vaines conjectures, l'expérience est là pour nous démontrer qu'il n'est pas dans la nature de la liberté d'enseignement d'empoisonner les villes et les campagnes de spéculateurs tels que nous les avons définis; mais il est un autre principe qui produit nécessairement, inévitablement, ce déplorable effet : ce principe, c'est celui-là même dont vous êtes le patron, le tuteur, l'apolc^ste, c'est le monopole. Nous ne vous aurions pas conduit sur ce terrain glissant, si vous ne nous y aviez pas appelés vous-même ; mais puisque vous nous y attaquez par des suppositions vides de sens, nous allons vous répondre par des raisonnements positifs et des faits matériels*
N'eslHl pas d^abord mGontestabli& que le monopole tout entier n'est qu'une vaste spécula* tioa organisée^ tarifée/ inëvitaUe^ dont l'argent est la conditîoa fM^miëre 'et dont Tambition est Tunique moteur ? N'estril pas vrai que jamais^ en aucun lieu du monde^ on n'a frappé de plus d'impôts la circulation do la science à tous les dc^és que dans le régîmô universitaire ? N'estnil pas vrai qu'aujourd'hui y même dans les pre«. miers éléments ^ la science ne peut devenir la propriété légale de celui qui l'acquiert, et ne peut surtout arriver à l'état spdal qu^autant qu'elle aura été vendue et revendue, une première fois par la taxe universitaire, une seconde fois, pour les élèves externes, par la rétribution scolaii^ S une Uoisièmé fois pw les droits d'examen, une quatrième fois par le paiement des diplômes , et cela toujours sans préjudice de la part que i^pporlent les familles dans le somptueux budget de l'instruction publique, et sans compter ensuite d^s exactions de., détail que nous rougirions d'exposer. Quoi! vous êtes le chef d'un tel corps, et c'est vous qui parlez
*^ A Pom, UD exlerne paie io5 fr. par an aucoUége royal^ unir|ueiDent poiu' éli'e admis à en suivre les cours. Sur cette somme^ 45 fr. sontconsacrds à la rétribution universitaire, et Go fr. sont verse's dans la caisse spéciale du col-' lége. D*?tprès le Rapport présenté au roi en 1 843, la somme de ces deux impôts sur la science fr'cléte annueikineBl à.
contre les spéculateurs ! vous présidez à iin tel état de choses, et vous insistez pour qu'on le conserve intact, afin, dites-vous, de préserver la France de spéculations honteuses! Nous nous sommes fait une loi de ne pas attaquer les per-* sonnes, et nécessairement notredélicatesse nous ôte ici de puissants moyens de preuve ; mais, en généralisant nos pensées, pouvons -nous croire que ce vice humiliant du corps ne se communique pas aux membres? Mais quel est donc le mobile, le seul mobile que vous propo-^ sez à ceux qui enseignent sous vos ordres f n'est-ce pas uniquement l'espoir de l'avancement et la perspective d'un traitement plus élevé, c'est-à-dire précisément ce qui constitue le spéculateur, l'ambition et la cupidité? Loin d'attacher à ces motifs la moindre idéede blâme^ ne mettez-vous pas vous-même tous vos soins à les ^utenir et à les renouveler dans tous ceux que vous chargez de diriger l'instructicNni publi-
9,892,380 fr., dont les deux tiers au moins sont payés par les plus pauvres écoliein. 11 est bon de dire ici, par forme de contraste, qu'autrefois renseignement était donné san9 rétiibuûon dans beaucoup de coUéges, spécialement danfl tous les collèges de Paris, depuis 1719, et que le norabi^ des élèves externes qui fréquentaient à ce tlu^e les anciens collèges à Paris et dans diverses provinces est évalué à trente mille ; c*est M. Villemain lui-même qui le reconnaît dans son même Rapport de i843«
que? Un de vos prédécesseors^ ne se plaignait-il pas de ce que « l'ambition, ex fringife oémébedx qui fait la force des autres hiérarchies, n'existait plus dans les rangs élevés de runiversiié? » et, en parlant des professeurs qui vouent leur enseignement à une froide routine , n'ajoutait-il pas ces paroles, qui peuvent faire honneur à la franchise de celui qui les a prononcées, mais qui sont la honte éternelle dé tout le système : « Cette disposition est la plaie de V université] on n'T PORTERA REMÈDE gu'en relevant toutes les situations supérieures, en créant un grand intérêt A l'avancement. Je demande, non pour faire cesser cet état de choses, mais pour toai" mencer à r atténuer, que les traitements des professeurs de soient portés de 3,000 francs à
4,000 francs... » Ainsi on reconnaît qu'il existe un grand mal , on désespère de le faire cesser, on veut seulement commencer à l'atténuer, et pour cela on n'invoque ni l'intérêt des élèves, ni les sacrifices des familles , ni la conscience des professeurs , ni même l'honneur du corps ; on suscite un principe généreux, V ambition; on crée un grand intérêt, V argent : on ne peut porter remède à la plaie de l'université que par ces deux moyens !
Or, ne sont-ce pas précisément les deux élé-
* M. Salvandj; 1839.
~ 49 — ments conslituiifs de ces spéculations dont vous avez flétri jusqu'au fantôme? Êtes -vous donc bien coupable de ne proposer pour encouragement à vos professeurs que des considérations aussi peu honorables? Hélas! non, car vous ne pouvez offrir que celles que vous avez ; et un monopole sans croyance et sans entrailles no saurait vous en fournir de meilleures. Mais au moins vous êtes bien malheureux; mais au moins il est bien coupable lui-même ce systcjne dont la nature est de dessécher tous les cœurs et de matérialiser toutes les œuvres ; mais au moins vous êtes vous-même bien imprudent lorsque, dans la position toute mercantile et toute égoïste que le monopole vous a faite à tous, vous osez non-seulement accuser en public les chefs d'institutions privées d'être des spéculateurs, mais comprendre spécialement et nommément dans cette accusation flétrissante les congrégations livrées à l'enseignement. Vraiment il faut bien mettre entre les mains de Dieu son âme de chrétien pour ne pas s'échapper devant des insinuations semblables.
Les membres des congrégations religieuse^ sont des spéculateurs! Mais savez- vous bien ce que c'est qu'un membre d'une telle congrégation? (Pour éviter tout prétexte d'irritation, nous ne parlerons que dès congrégations . de femmes autorisées par les lois : on sait que les
règles des congrégations d'hommes sont les mêmes au fonc^. ) Savez-yous que la première condition pour 5: être incorporé c'est précisément de renoncer absolument et sans réserve aux deux spéculations si basses et si contraires au vrçii dévouement qui Sront votre unique ressource? Sayez-vous que la faculté, que la pensée même de s'enrichir est impossible à toute personne entrée en religion t Savez-vous que^ pow feire mourir en elle jus-^ qu'a\i moindre germe d -ambiition, on ne J'y reçoit qu'à la condition expresse qu'elle pourra être placée et dépbcée, élevée ou abaissée, nadse aux positions les plus élevées et puis au i:ang le plus inCimeî Savez-vous qVen. effet, dans les congrégations religieuses, il en est ainsi tous les joursî Savez-vous qu'ojtt y purifie les âmes de tous les sentiments qui tiennent à l'égoïsme, précisément pour les remplir de tous ceux qui viennent d'une charilé pure, vraie et désintéressée? Savez-vous enÇn, qu'une religieuse enseignante se regarderait comme çoijpahle,, comme indigne de sa, vocation, si elle »p cherchait pas à, tenir auprès dç ses, élèves la place de leur mèrç, pai: cet amoiir^énére^x qui fait que l'on s'oublie entièrement soi-même, et que toutes.les pas3ioQSLde l'âme sont absoH)ées par la vue exclusive du bpftljieuj; d^ sçs ç^J(ai>t$î De,gi;âcç^ m^ntrez-nou^ donc quelque chQ^de^seaibla)>I|&^^
qudqiia chose de tant soit peu comparable dans tous Yos systèmes ùniTersitaires !
Les eongr^tions enseignantes des spécula-' tioasl £t vous mèz dit cela devant plusieui^ centaines de pères de familles dont les filles ont été «levées dans Ga^maJSOI)s saintes 1 Mais est-ce que Fott ne vous a jamais dit que la plupart de eellês quB en fioot partie^ loiiitd'y entrer comme oii entre dans votre unyversité, povr s'y faire un ^t^ ont quitté des positions assurées ou même avantageuses^ ou méma brillanftes et très-brilkmtes, dans le mo»de, pour s'y faire volontaifement pauvres^ et pour que, étant pauvres* volontaires^ et par cela même détachées de toutes les affectic»is profanes (M trop naturelles y elles n'eussent plus qu'un dé^^ qu'un bonheur^, qu'un but, celui d'aimer^ de soigner^ de former au li4@iiv la jeune famille que la divine Providence leur coiàfierait. Et ce sont là les personnes que vous voulez flétrir !........ Nous ne révélerons pas les noms illustres qui sont allés ^ en France, se voiler et s'enfouir danà ces asiles de sublime dévouement; mais nous vous dirons que y dans un- Ëtat étranger ^ , uous avons visité une communauté enseignante française, QÙ^ sur moins de trente novices destinées à l'en-seignement des pauvres comme des riches, se
* Â Roine, au mois de juin i849.
trouvaient la fille d'un milord anglais, la fille d'un grand de Russie, la fille d'un prince polonais, enfin la fille d'un roiS la nièce de notre empereur. Apparemment qu'elles étaient là par spéculation !
Comprenez-le donc, une des gloires de notre siècle , c'est l'éducation complète et solide par laquelle le sexe le plus faible a conquis une haute influence sodale ; et si la France , malgré la léthargie irréligieuse que lui a communiquée d'ailleurs le monopole , conserve encore quelque vie morale, c'est seulement de ce côté, c'està-^ire dans la portion de la société qui a été élevée par le dévouement, sous le régime de la liberté, tandis qu'elle se meurt à vue d'œil faute de croyance , et par cela même , faute de conscience, dans cette autre portion que le monopole a formée, dans cette portion Virile d'où lui devraient venir sa gloire et sa force , et d'où lui viennent , au contraire , sa honte et ses dangers.
Maintenant, nous le demandons, de quel côté se trouvent les spéculateurs? est-ce dans le parti de la liberté ou dans le système du monopole? .
Avec la liberté, des dévouements certains, nombreux, admirables*, mêlés peut-être çà et
* La princesse Constance^ fille de Lucien Bonaparte.
• Nous i/avons conside'ré ce dévouement que dans les
là dé quelques iadustriels obscurs dont ropiuion fait bientôt justice^ et auxquels^ dans tous les eaS; il est facile à chacun de se soustraire. Avec lé monopole , le dévouement étouffé ^,
coDjgrdgaiions religieuses , pai*ce qu6 Tattaque que nous repoucrsons concentrait nos réflexions sur cet unique point; mais U en est indépendant. Il se trouve dans les simples fidèles comme dans les religieux et les preuves ; il est partout le fruit naturel de la charité chrétienne^ et il ne sera nulle part le produit d*uu égoïsme cupide ou am« bitieiix. '
*■ Nous avons dit ( Deuxième examen^ page» 3y et suiv.) que Tobligation d*un diplôme ou d^un brevet universitaire privait renseignement du concours précieux d*une muUi* tude innombrable de dévouements spontanés. On en aurait bientôt une preuve éclatante si, par impossible, on osait tenter de mettre à exécution l'inconcevable article i4 de Tordonnance extra-légale du 23 juin i83G. N*est41 pas évident qu€ | par Tapplication de cette monstrueuse me« sure, tant de femmes bien nées, qui se consacrent par pur dévouement à renseignement supérieur, seraient obligées d'y renoncer? Pcnse-t-on que dfes jeunes personnes, si modestes et si timides qu'elles s'enfoncent dans le cloître précisément pour fuir les regards du monde , consentiraien t jamais à sortir de leur retraite sacrée pour aller subir un examen public en présence d'un comité d'hommes? Ne comprend-on pas que c'est là une épreuve horriblement pénible, même pour une personne du monde, et qu'on ne s'y détermine que quand on est y contraint par une absolue nécessité? Nous connaissons maintenant même des personnes de bonne famille à qui de grands malheurs n'ont laissé d'autre ressource que la carrière de l'éduca-
la speculatioti organisée en grande ^systématisée) inévitable ; 'l'éducation réduite à la condition d'un grand négoce public, dont la science sera la marchandise , et dont toutes les générations adolescentes seront l'enjeu. Que la France choisisse.
lion, et pour t}ui la peitipective de cette coàiparttUoii de* vaut un jury est un supplice i Mais, hors de cet impériêuï besoin de vlrre, quelle mère voudrait livrer la considém* lion de sa fille aux hasards d'un examen public? Ainsi serait perdue pour toujours cette noble consolation des familles les plus distinguées de pouvoir confia Uûvb enfants à des maîtresses qui, même sous le rapport de la naissancei sont dignes de les représenter. Ainsi, pour l'éducation des filles comme pour Tinstruction primaire, coinme pour tout renseignement, les premières garanties du mérite seraieDt la hardiesse et la mémoire ; Tamour du bien serait étouffé dans son germe par des conditions effrayantes, et le dé* vouement serait supplanté par fa spéculation.