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par ceux qui la soignent , et surtout vous êtes donc bien sûr des hommes qui en sont chargés ; vous êtes sûr que ces hommes ont toute Fexpë^ rience, toute la maturité ^ tout le zèle, tout Vascendant nécessaire pour cette partie de Yé* ducation incomparablement plus difficile et plus délicate que renseignement? Vous n'avez pu proclamer Tafifirmation que nous venons de citer sans être parfaitement sûr de tout cela.
Mais, monsieur Thiers, ces hommes qui veillent le plus souvent sur la conduite de vos élèves, ce sont les maîtres d'étude ! Les maîtres d'étude, dont la déconsidération est telle, même dans le corps universitaire, que nul n'ose en prendre la défense ; pour lesquels vous-même vous êtes réduit à demander une réforme ; qui sont tellement tombés , même dans votre opinion , que vous cherchez un moyen de les relever, dans l'espoir qu'on relèvera la jeunesse en les relevant eux-mêmes. Les maîtres d'étude, envers qui les dédains , les dérisions, les familiarités irrespectueuses sont comme héréditaires dans toutes les générations de vos élèves internes : voilà les hommes sur la garantie desquels vous affirmez que la moraiité est suffisamment soignée dans vos établissements! et cependant, vous Favouez, ces hommes ne vous inspirent aucune confiance!
Gomment ! monsieur, vous avouez que les maî*
— Titres charges de la surveillance sont incapables de l'exeroer efficacement, et vous démentez hardi* ment ceux qui vous disent que cette surveillonce est mal faite 1 Vous reconnaissez que ces maîtres^ malgré le mérite personnel de quelques-uns^ sont; par le fait, impuissants à diriger le moral da ces multitudes de jeunes gens dans lesquels les passions bouillonnent, et cependant vous sou^ tenez que ce moral est suffisamment saigné I Mais, vraiment, n'y aurait-il pas dans ces contradic* tioAs choquantes d'un esprit supérieur, quelque accomplissement de ces paroles de la sainte Ëcri^ ture : Hœe cogitaverunt et erravemnt; excœca^ vit enim illos malitia eorum ( Sap. n, 21 ) ?
^insi, monsieur le rapporteur, voici déjà un premier pas de fait dans l'enquête que \ùùi proposez. Les mœurs de vos élèves doivent être mauvaises, en raison directe de l'impuissance où se trouvait les maîtres qui sont chargés de les maintenir bonnes. Or, de votre aveu , dé l'aveu de tous , cette impuissance est lamen-*
table. Veuillez conclure Vous vous consolea
en exprimant l'espoir qu'avec quelques cen^ taines de francs de plus dans le traitement an«^ nuel des maîtres d'étude laïques, on obtiendra d'aussi bons résultais qu'avec les jeunes prêtres qui se givrent à la surveillance dans les établissements ecelésiofitiques f lesquels ont^ sous ce
rapport, un aornUage qu'il faut recomutitre.
Ainsi, TOUS espérez £ûre de la morale avec de Fargeat !....Si tous ne croyez pas à cet espoir, Tons êtes blâmable de TaYoir exprimé ; mais , si TOUS y croyez , voos êtes encore mille fois plus à plaindre.
2* REUcaoN. A[Nres s*étre fait cette objection très-sériense , qu'il faut des maîtres croyants pour faire des croyants , M. Thiers y répond ou croit y répcmdre par ces paroles : <( Oui, ces « hommes ( les membres de l'Université ) font « partie du siècle, et Ini ressemblent, mais dans « ce qu'il y a de meilleur. Ils respectentpro/bn- « dément la religion y secondent de tous leurs « efforts le ministre du culte. » Il eût fallu ajouter : « et donnent eux-mêmes l'exemple des « pratiques religieuses. » Autrement les prétendus efforts qu'ils font pour seconder le ministre du culte sont dérisoires. Mais, malgré tout son courage, l'honorable rapporteur n'a pas osé aller jusqu'à cette flatterie. Il est obligé de reconnaître qu'en fait de pratique les memr bres du corps enseignant ne peuvent généralement pas être regardés comme religieux. Il n'y a donc plus d'enquête à faire sur ce point : la supériorité nous est donc ici facilement acquise.
Mais, nous dit-on , ces maîtres , quoique négligents dans la pratique, respectent toutefois
profondément la religion. D'abord, c'est encore là un pitoyable sophisme , dont nous croyons devoir faire justice en passant* Quand on appartient à une religion et qu'on la respecte pro^ fondement y on lui obéit.
Dans un homme sérieux et libre , le respect pour son culte est inséparable de l'accomplissement des devoirs qu'il impose. S'il y manque quelquefois, par un effet de la faiblesse humaine , au moins il se le reproche y et ce reproche qu'il s'adresse est en effet encore un hommage rendu à sa religion ; mais oser dire qu'on respecte profondément des obligations sacrées quand on les viole froidement, persévéramment, avec l'intention de les violer indéfiniment, c'est être envers elle doublement coupable : c*est ajouter l'hypocrisie à la prévarication. Des enfants catholiques, élevés par de tels instituteurs , diront un jour à leur mère qu'ils respectent profondément l'Eglise, mais qu'ils ne veulent pas faire leur première communion. Il est temps, enfin, surtout pour les hommes chargés de l'éducation , de déposer le masque et de déclarer ce qu'ils sont. Aut muta mores, aut muta nomen. Nous le dirons nettement : tout universitaire catholique qui ne remplit pas son devoir pascal et qui enfreint habituellement les lois de l'Eglise est pour nous
un h<Hiune irréligieux. Nous ne croyons pas au profond respect que M. Thiers lui attribue.
Mais nous avons bien d'autres raisons pour conclure que le corps uniTersitaire, coUectiT^* ment pris , n'est ni profondément^ ni même su^ perficiellement respectueux pour la religion.
Malgré les abus et les mensonges de k presse périodique , on ne peut nier qu'elle ne réfléchisse les mœurs publiques en même temps qu'elle les influence. Aujourd'hui plus que jamais^ les journaux sont partagés en deiix camps parfaitement distincts, qui représentent incontestablement le double état de la société. Les uns attaquent la religion, les autres la dé^ fendent. Nécessairement chaque parti enrôle sous sa bannière ceux qui lui sont favorables : Il se peut que dans cette classification l'on com-* mette quelques erreurs individuelles, mais il est impossible qu'on se méprenne sur l'esprit de tout un corps; si donc l'Université se trouve collectivement dans l'une ou l'autre des deux fractions de la presse périodique, c'est aussi dans cette fraction que se trouve son esprit : si ce sont les feuilles religieuses qui la défendent, c'est que, comme l'a dit M. Thiers, elle est respectueuse pour la religion ; mais si ce sont les feuilles irréligieuses qui la soutiennent , c'est qu'évidemment elle ne l'est pas; autrement
~ ÏB —
ces feuilles combattraient contre ellefl-mèmes* Maintenant, comme il 6st notoire et parfiûte* ment incontestable que tous les journaux hoe^ tiles à l'EgUse catholique sont , dans la lutte actuelle , détoués à la défense de TUniversitë ^ nous invitons M. Tbiers à nom donner Fexpli* (iation de cette sympathie; nous le prions de nous dire c<»nment des écrivains qui font pro* fession d'attaquer^ d'insulter, de blasphémer le catholicisme, peuvent se trouver les protecteurs et les amis d'un corps qui le respecterait pro* fondement.
Répondrez-vous que ce concours des hommes irréligieux voils est venu contre votre gré, que vous déplorez et désavouez cette al-»
liancet Oserez-vous répondre cela, quand il est notoire encore que ces journaux impies vous ont pour auxiliaires? Quoi I vous respectez pro* fondement la religion, et vous appelez à vos frais au sein de vos collèges, et vous communiquez à ceux qui vous entourent, les publications qui l'affligent et qui l'insultent le plus I Et ces publications vous sont tellement familières que vos élèves ne peuvent pénétrer dans vos cabinets d'études sans les y rencontrer I.Mais, que di&ge? ne coopérez-vous pas quelquefois directement à la rédaction de ces feuilles impies ? N'est-ce pas là un fait qu'il est tçmps , puisqu'on nous y
force, de divulguer? N'est-il pas vrai que les journaux irréligieux les plus ardents, les plus en vogue , les plus puissamment armés contre le catholicisme , comptent parmi leurs rédacteurs des hommes de l'Université? N'est-il pas vrai que ces feuilles où Ton étale des mystères infâmes capables d'étonner les mauvais lieux, où le cynisme du crime vient habituellement en aide aux fureurs de l'impiété , où Von exhume, et, au besoin, où l'on invente tout ce qu'il est possible de trouver de scandales en tout genre, ont pour auxiliaires des hommes de l'Université ? Nous direz-vous que ce sont là des actes privés , sur lesquels ces écrivains sont parfaitement libres? Nous voulons bien ne pas contester cette liberté privée à des hommes publics; mais, dès qu'ils en usent de la sorte, nous vous contestons à vous le droit de nous dire que ce sont là des hommes profondément respectueux pour la religion. Que l'on juge maintenant si vous avez réfuté l'objection que vous vous êtes faite à vous-même , qu'îY faut des maîtres croyants pour faire des croyants; des instituteurs religieux pour former des générations religieuses.
Peut-être nous direz-vous que , sous le règne du libre examen, le gouvernement ne peut pas s'opposer à ce que , en dehors de leur classe ,
des professeurs manifestent leurs opinions. Eh bien ! si le gouvernement ne peut pas empêcher que les chefs de l'Université ne s'associent ouvertement à des œuvres antireligieuses , nous demanderons^ pour la millième fois, comment il peut vouloir que nous acceptions ces mêmes hommes ou comme inspecteurs de nos écoles y ou comme examinateurs de nos élèves, ou comme rédacteurs de leur programme d^examen, ou comme directeurs, à quelque titre que ce soit, de l'éducation donnée à notre jeunesse catholique.
§ 2. Faits.
Mais , dites-vous , ce ne sont là que des présomptions ; or , c'est le résultat qu'il faut voir , ce sont les élèves des (Uvers établissements qu'il faudrait étudier, et pendant le cours de leur éducation , et après leur entrée dans le monde. Voilà l'objet spécial de Venquête que nous demandons.
Voilà ce que vous demandez? Eh bien , j'ose vous répondre que M. le ministre de l'instruction publique ne vous a pas autorisé à provoquer cette mesure : il sait très-bien qu'elle lui apporterait de redoutables embarras. Il ignore cependant une grande partie des faits dont la révélation compromettrait l'honneur de ses établissements;
il en oonnait moins qne nous qui écrivons ce6 lignes ; mais quelque impar£ûts que soient les FenseignementSy quelque flatteurs que soient les rapports qu'on lui adresse , il en sait asses pour être sur qu'^i mettant à nu tout œ qui s'est fait de bien et <te mal dans les collèges depuis quarante années ^ il y aurait de quoi in*quiéter la France. Les cfa^ de ce grand corps cachent dans un silence profond, comme des peines de famille , ces tristes et douloureuses plaies. Qui pourrait les en blâmer? Nous-m^ne nous nous garderons bien de déchira ce vmle de prudence. Nous aimons mieux laisser à nos avertissements un vague qui les affaiblit et peutêtre les discrédite , que de publier , en les spécifiant, des £aits qui pourraient faire pleurer la religion et la nature; et, tout en nous rappelant qu'il nous est commandé de prévenir les âmes et surtout les jeunes cœurs des graves dangers qui les menacent en certains lieux, nous voulons remplir ce rigoureux devoir, sanâ nous faire ^ au tribunal de l'c^tiDion, les dénonciateurs de nos enfaifts et de nos frères , nous dont la mission est, avant tout, de récon^ dlier et de bénir.
Nous pous çontenteroiv^ d'adresser à M. Tbiers trois questions très-simples : Pouve&-vous alBrmer qu il oe se trouve mdle p^rt dans les collèges,
l"" Un prosélytisme ardent et puissamment organisé de démoralisation ;
â** Une tyrannie de respect humain, qui, dans les hautes classes surtout , va jusqu'au refiis insurmontable de l'accompiissement des deyoinf religieux ^ ;
3"" Un £smatisme d'impiété poussé jusqu'à la persécution des élèves qui se montrent chrétiens y et quelquefois juscpi'à des sacrilèges plus horribles encore que ceux dont Timprudent récit fit frémir la France en 1823^?
Certes , nous sommes bien sûr que rien de semblable ne se passe dans nos maisons ecclér siastiques ; si, de votre côté, vous êtes également certain que ces trois désordres n^ont pas Ueu dans les collèges de l'Université , vous avez pu , jusqu'à un certain point, proposer votre enquête. Pour nous, à votre place, avec ce que nous savons, nous ne l'eussions pas osé. Vah qu'il nous suffise de vous avoir, dans l'intérêt de
* Si M. Thiers persiste à dire que « l'élève qui accomplit ses « devoii's religieux ne trouve plus chez les compagnons de son M âge cette raillerie oppressive qui , dans des temps antérieurs, « aurait pu gêner la liberté des enfants , et en retenir un grand « nombre, m nous le prions de faire appel au témoignage des aumâniers, et nous sommes siïr quHls affirmeront presque unanimement le contraire.
» Lettre de M. LaMennais à Mgr de Frayssinous, du 22 aodt
la société, indiqué les recherches principales qu'alors vous auriez à faire.
Encore une fois nous ne révélerons aucun fait particulier , mais nous en signalerons un général qui suffira pour faire apprécier la similitude établie entre les collèges et les maisons ecclésiastiques sous le rapport moral et religieux. Ce fait est facile à vérifier , il s'exprime en peu de mots j le voici :
Les collèges universitaires renferment un très-^and nombre d'élèves chassés de nos maisons pour cause d'irréligion ou d'immoralité. Au contraire, nous n'avons jamais entendu dire qu'aucun établissement ecclésiastique ait reçu quelque élève expulsé d'un collège pour des motifs semblables.
Nous demandons si ce fait n'est pas significatif, et si tout seul il ne vaut pas une démon-* Stration.
RÉACTION REUGŒUSE.
N'espérez pas échapper à la rigueur de ces preuves en nous objectant ce mouvement de foi renaissante qui se fait aujourd'hui sentir dans
les entrailles de la société. Certes, oui, c'est bien là un fait constant , consolant , plein de force et d'avenir , mais ne serait-ce pas le comble de Faudace de vous Tattribuerî
« Les hommes du siècle présent , dites-vous , ce sont plus pieux que ceux du siècle dernier. »
D'abord, si par les hommes vous entendez les masses , vous êtes tombé , monsieur , dans une énorme méprise. Pour bien des raisons, les prêtres doivent être plus à même que vous de suivre les progrès de la piété : eh bien ^ nous sommes très-sûr d'être l'oi^ane de tout le clergé en vous répondant :
Non, les masses ne sont pas pieuses; elles le sont moins, beaucoup moins qu'au siècle précédent, car elles ont perdu même ces habitudes religieuses qui sont, parmi les peuples, les derniers symptômes de la piété. Or, ces masses, c'est votre monopole qui les a formées.
Si, au contraire, par les hommes vous entendez le petit nombre de chrétiens qui console en France l'Église éplorée, c'est vrai, ils sont plus fervents qu'autrefois. Mais oserez-vous bien dire qu'ils sont votre ouvrage? Alors veuillez nous montrer des jeunes gens pieux qui attribuent leur piété à vos collèges, qui disent avec reconnaissance et amour à votre Université, que c'est grâce à son monopole qu'ils ont le
bonheur deconnaître^ d'aimer etde servir Dieu! Non , vous n'en montrerez pas. La jeunesse religieuse , dont vous prétendez vous faire un argument, est, après la grâce divine, l'œuvre ou de ces jésuites que vous proscrivez, ou de ces petits séminaires dont vous voulez com{rfëter l'esclavage : et si quelques-uns de Vos ëZèves sont aujourd'hui des chrétiens fervents^ nous redirons ici ce que déjà nous avons dit ailleurs^ : Ils ne sont devenus pieux qu'en vous désa^ vouant, en se sq;)arant de vous; hélas I en maudissant vos leçons ! Quelle honte pour l'U-^ nîversité , surtout au point de vue de la foi , de n'avoir pas de plus ardents adversaires que ceux qui l'ont le mieux connue et qui sont aujourd'hui l'édification de la France !
Si maintenant vous nous demandez comment il se peut faire que les chrétiens soient plus fervents dans un siècle plus mauvais, nous vous répondrons simplement que vous n'auriez aucune intelligence du cœur de l'homoie, et surtout du cœur du fidèle, si vous ne compreniez pas qu'il en doit être ainsi. Jamais il n'y eut de chré* tiens plus purs, plus incorruptiUes et plus occupés du ciel, que dansce vieux monde païen qoî, trop semblable à notre société actuelle, se lai&-
A Troisièûie laltre à M. lo d«c de Brogtie.
— savait, ma^éson Inxe^ son orgueil et sa puissance^ dévorer par un matérialisme abject ^ comme un cadavre qui tombe en dissolution sous des habits de fête. Quand le monde conserve des dehors de foi 9 le chrétien peut se laisser séduire à ces apparences et partager son cœur; mais quand le monde est devenu manifestement, selcm le langage de TÊcriture , cet homme ammal qui met toute sa gloire et tout son plaisir à satis&ire toutes ses cupidités terrestres , alors Tâme qui veut vivre de la foi y ne trouvant plus où reposer le pied hors de l'arche^ se réfugie et se main*tient dans le sein de Dieu seuL Demandez aux prêtres les plus versés dans l'exercice du saint ministère si les âmes les plus éminentes en vertu ne se trouvent pas souvent dans les plus mauvsdses paroisses.
Sachez-le donc, plus vous aurez réussi à cor* rompre le monde en lui retirant le principe vivifiant de la foi , et plus les hommes de foi p c'est-à-dire ceux qui sont éminemment des honmaes de bien, auront horreur du monde, et de vous surtout qui l'aurez perdu. Plus vous afficherez d'irréligion ; et plus nous aurons l'espoir de ramener dans nos rangs un plus grand nombred'âmes honnêtes; tandisque les hommes sans mœurs et sans frein se rapprocheront toujours de plus en plus de vous* Et c'est là ce qui
s'opère déjà dans la société : s'il est quelque part des hommes que la dégradation morale rendent naturellement ennemis de la vérité, et qu'ils viennent à s'occuper de la question présente, vous pouvez vous flatter qu'ils seront pour votre cause* Quand, au contraire, il se rencontre des hommes désintéressés et calmes , ayant le cœur pur et l'esprit élevé, nous sommes sûrs que plus ils se rendent attentifs, et plus ils s'attachent intimement et inséparablement à nous.
Voilà donc le partage qui se fait; voilà la division profonde qui se creuse dans la société : d'un côté , une démoralisation toujours plus effrayante à mesure que vous aurez éloigné la religion , de l'autre , une foi toujours plus ardente et plus robuste à mesure que le monde avec ses illusions s'en sera séparé. Cette scission allant toujours en croissant , les antipathies devenant toujours plus inconciliables , il est impossible que ces deux forces contraires ne se heurtent pas violemment un jour. Vous ne voulez pas être persécuteurs, vous l'avez dit : M. Guizot Fa déclaré ^ ; mais si vous continuez à soulever les passions publiques, elles vous y forceront, précisément parce que les hommes^ c'est-à-dire les vrais chrétiens du
i Discussion à la Chambre des pairs. — 1\ mai.
siècle présent sont plus pieux, c'est-à-dire plus incorruptibles que ceux du siècle dernier. Vous serez persécuteurs , et , à partir de ce jour-là , tout sera compromis.
Voilà, monsieur le rapporteur, à quoi se réduit, pour rUniversité, ce qu'on appelle aujourd'hui la réaction religieuse. Cette réaction n'est aucunement son ouvrage , mais elle résulte indirectement, comme on vient de le voir, de la dépravation repoussante des générations formées sous l'empire du monopole. Cette réaction est réelle, elle grandira même par l'effet des résistances. Si l'Etat s'y associe prudemment, non par le privilège , mais par la liberté , il en recueillera les fruits. Mais s'il voulait par des moyens violents arrêter son cours, il provoquerait des catastrophes et amoncellerait des ruines.
Que maintenant on ait l'intention très-formelle de faire la guerre non-seulement à la piété, mais à l'Eglise elle-même , c'est ce que l'on va voir dans le chapitre suivant.
BÉn ET BLASPHÈME.
« L'Eglise est une grande, une haute, une « auguste puissance , mais elle n^est pas dispen- « sée d'avoir le bon droit pour elle^ Elle a trîom- « phé de la persécution à des époques anté- « rieures , et cela devait être pour l'honneur de « l'humanité ; e//a ne triomphera pas de la raison « calme , respectueuse , mms inflexible. »
Nous avouerons que nous n'avons pas pu lire , sans un dur serrement de cœur , ces paroles impies par lesquelles finit le rapport. Si notre confiance n'était pas placée en Dieu , à l'abri de toutes les atteintes humaines , il faudrait désespérer d'un pays où de tels outrages à la religion de la majorité auraient reçu, selon le Moniteur^, de la part de nos représentants, des marques générales et très-vives d'approbation. Nous allons tâcher d'y répondre avec la modération que
^ Malgré Fautorité de la feuille officielle , nous avons des raisons pour révoquer en doute VuniversaUtéde ces approbations.
doivent toujours conserver nos paroles, malgré les émotions bien légitimes de notre âjne*
Il est clair, d'abord, que ce n'est plus aux néo^irthoHques , ni à la fraction imprudente du clergé , ni même à l'épiscopat français que Ton prétend s'attaquer; mais à l'Eglise elle-même , à l'Eglise catholique, à cette Eglise de Dieu, que l'on daigne appeler une grande, une hautç^ une auguste puissance*
Cette Eglise, que l'Esprit de Dieu assiste toujours immédiatement, avec laquelle le Fils de Dieu doit être sans interruption jusqu'à la fin des siècles, M. Thiers la cite au tribunal de sa raison, et lui dit qu'elle n'est pas dispensée d'avoir le bon droit pour elle. C'est dire assez que cette Eglise fondée sur la vérité divine , avec des promesses divines d'infaillibilité, est cependant sujette à n'avoir pas le bon droit pour elle ; c'ept dire surtout qu'aujourd'hui encore elle pourrait bien , si des sages comme M. Thiers ne la retenaient, s'écarter de la justice et prendre parti pour l'iniquité! Et cette insulte est sortie d'une bouche qui venait de faire l'éloge de la sage Eglise romaine.
Mais quel est donc précisément ce bon droit dont on somme ainsi publiquement notre sainte et immortelle Eglise de ne pas s'écarter T Nous ne pouvons avoir sur cela le plus léger doute
puisque ces paroles sont la conclusion du raprport : ce droit, c'est celui de l'Université, c'est le droit de l'enseignement donné sous la direction inévitable , sous V action toute-puissante de l'Etat. L'Eglise, selon M. Thiers, n'aura le bon droit pour elle qu'autant qu'elle sera soumise à cet enseignement.
Mais cet enseignement quel est-ilî C'est , dit l'honorable rapporteur, l'enseignement donné par nos pareils , par des Icuques animés de nos sentiments.
Que ce soient des laïques ou des prêtres , cela ne change rien à la question ; les Hersan et les RoUin , nous inspirent autant de confiance que les abbé Lhomond et les P. Porée; mais ce qui importe essentiellement à l'Eglise, c'est de savoir si les sentiments de ceux que vous appelez vos pareils y sont pour le moment et seront pour l'avenir certainement et purement orthodoxes.
Vous nous répondez que ces hommes font partie du siècle et lui ressemblent. Mais le siècle se compose de croyants et d'impies, de catholiques et de dissidents , de chrétiens et de juifs : l'enseignement donné par des hommes pris indistinctement dans le siècle , peut subir toutes ces phases. Cet enseignement peut donc être incroyant ou plein de foi , orthodoxe ou hérétique. Comment veut-on que l'Eglise, qui est
la dépositaire et la gardienne de l'immuable vérité divine, puisse 9 sans nuinquer à sa mission suprême , consentir à se soumettre à un ensei-gnement sans principes et sans garanties^? -^ Elle le doit , dites-vous , sous peine de ne plus
* En -ce qui regarde les collèges, on a d*abord répondu que l'en* seignement religieux étant confié aux aumôniers , les autres maîtres n'avaient pas à s'en occuper ; mais il a été facile de faire voir combien cette réponse est vaine.
4* Il y a en philosophie , en histoire, et même quelquefois en littérature, des leçons qui se rattachent aux vérités fondamen* taies du dogme chrétien.
2* Les aumôniers ne sont pas chargés de la conduite morale des élèves , et la morale repose sur le dogme, ou elle ne repose sur rien ; ils ne dirigent pas Yéducation proprement dite, et c'est par Tédacation que l'on fait des honomes religieux ou des indifférents et des impies.
3* Ce qui vient tout récemment de se passer dans les collèges de Beaune et de Poitiers force les moins clair\'oyants de voir <]ue l'Université prétend régler l'enseignement de l'aumônier tout aussi bien que celui des autres professeurs.
4* Au reste , il ne s'agit plus maintenant de ces menus détails. Depuis ces premiers débats , la question s'est posée beaucoup plus hardiment. On sait maintenant, d'après M. Guizot (Chambre des pairs, séance du 9 mai), que pour être admis dans l'enseigne* ment même privé, il faudra professer la doctrine du libre examen dans le sens des protestants et des déistes ; on sait, par M. Thiers (Chambre des dép., 2* bureau, 47 juin), que le gouvernement ne veut posséder l'unité d'éducation que pour mettre aussi dans sa main l'unité morale et religieuse : ainsi , nos débats sur l'enseignement aboutissent nécessairement à cette énorme question :
LA FRANCE RESTERA-T-ELLE CVTHOLIQUE , OD BIEN LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS DEVIENDRA-T-IL LE SOUVERAIN PONTIFE D'UNE RELIGION NA- TIONALE désignée maintenant sous le nom spécieux d'unité en toutes choses? M. Thiers affirme que si l'Église ne consent pas à la seconde de ces propositions, eUe n'aura pas k bon droit pour eUel
aoùtr le htm droit pour elle. — Comment!
TEglise ne peut avoir le bon droit pour elle qu'autant qu'elle livrera le dépôt inaltérable de sa foi à tous les hasards d'une action, c'est-à* dire d'une direction arbitraire , contradictoire et sceptique ! mais vous voulez donc qu'en fait de doctrine elle reconnaisse un droit supérieur J( celui qu'elle a reçu de Dieu? vous voulez donc qu'elle pactise avec l'erreur , et consente ainsi k sa propre ruine ? — Vous aurez beau ai&rmer que voua ne voulez^ en quelque chose que ce soit, ébranler V empire de la religion parmi les hommes ^ : -~ ou vous ne vous comprenez pas vous^ même , ou nous sommes en droit de ne pas vous croire. Est-ce que la religion ne tient pas essen* tiellement à la doctrine , et la doctrine à l'enseignement , et l'enseignement aux principes de
^ Les esprits superficiels se rassurent sur quelqties formules ^o respect, quelques recommandations générales insérées en faveur de la religion dans les lois et ordonnances. Une seule citation, entre beaucoup d'autres, suffira pour montrer combien ces gar ranties sont illusoires. L'art. 4 3 de l'ordonnance du 27 février 48ît, contresignée par M. de Corbière, était ainsi conçu : « Les ))ases « de l'éducation des collèges sont la Religion, la Monarchie, la « Légitimité et la Charte. » Eh bien t n'est-ce pas précisément à ces quatre bases que s'est attaquée avec fureur, en 4830, la jeunesse formée sous l'empire de cette disposition ? Et cependant il y a cette différence majeure, que M. de Corbière était au moins de bonne foi. Il se gardait bien de proposer, à côté de son \ ordonnance , le libre examen , ou l'unité sceptique , comme
l'entendent MM. Guizot et Thiers.
ceux qui ont sur lui une action souveraine?
Comment séparer ces idées, qui sont invincible* ment enchaînées les unes aux autres? Si donc vous n'avez ni principes ni doctrines, est-il possible que la religion, qui a des enseignements éternels, consente à vous les subordonner, n'importe en quelle manière , sans laisser ébranler son empire parmi les hommes?
Sachons donc bien à quoi se réduit la première partie de la phrase coupable à laquelle nous répondons. Le voici : « L'Eglise est une « grande, une haute, une auguste puissance, « elle règne sur les âmes par la vérité pure « qu'elle leur enseigne. Cependant elle n'est pas c< dispensée d'enseigner toujours comme le vou- « dra l'Etat, quoique l'Etat ne puisse dire, ni ce « qu'il voudra , ni même précisément ce qu'il « veut enseigner. En sorte que si l'Eglise ne se u soumet pas à cette tutelle de toutes les erreurs « possibles, nous déclarons qu'elle cesse d'avoir u le bon droit pour elle. »
Ce qui doit, ô Eglise de Dieu, vous consoler de ces insultes , c'est que vos blasphémateurs sont encore moins audacieux qu'insensés !
Cependant le souvenir des triomphes perpétuels de cette même Eglise vient troubler l'assurance de l'homme d'Etat : il se souvient qu-elle a triomphé de la persécution à des
époques antérieures ; mais il se rassure par la pensée que les anciens persécuteurs ne lui ont opposé que des obstacles qu'elle devait franchir pour r honneur de Vhumanité.
Ainsi y les combats des martyrs, leur patience angélique , leur sainte joie au milieu des tortures, leurs réponses inspirées, n'étaient que des phénomènes naturels qui font honneur seulement à l'humanité; Faction divine n'y est pour rien ! D'ailleurs, M. Thiers se charge d'apprendre aux tyrans de tous les siècles la vraie science des persécutions. lia trouvé une épreuve avec laquelle il peut défier la grâce la plus efficace, et dont t Eglise ne triomphera pas. C'est la raison calme , respectueuse, mais inflexible.
Votre mémoire vous fait défaut , monsieur, notre Eglise connaît depuis longtemps ce genre de combats, et elle y a triomphé aussi bien que dans les autres. Dans tous les siècles, il y a eu des sages selon le monde qui ont regardé dédaigneusement le christianisme de toute la hauteur de leur prétendue raison; il y en a même eu sur le trône qui ont prétendu, comme vous, arriver à la ruine de l'Eglise , non plus par la violence du glaive , mais par le calms et Yinrflexibilité des lois. Les Trajan, les Marc-Aurèle, les Julien^ surtout, que le monde met parmi
^ ^ Nous pensons que l'on sera curieux de Toir comment l'em-
"^* ses grands philosophes , ont été , comme vous , ^•'- soutenus dans ces projets redoutables par les ^^ acclamations du sénatet du peuple. L'Eglise les a vus sans se troubler, et en les voyant, elle a ré- ^ pété ces paroles divines : Dicentes se esse sapien- ^^ tes y stulti facli sunt [Rom. I, 22). Car ce que l'Eglise combat ne peut être la raison : Non est sapienlia conlra Dominum {Prov. XXI, 30). Ils ont passé, laissant sur leurs traces, malgré leur philanthropie, du sang et des ruines, et l'Eglise est demeurée debout toute entière, triomphant
pereur Jalien TApostat comprenait le monopole de Tensegnement. Certainement, la lettre suivantel, dans laquelle il exprime sur cela toutes ses intentions , est incomparablement plus libérale que le moins mauvais de nos projets de loi.
Imp. Julianus Aug. ad Archiatros.
Magistros studlorum doctoresque excellere oportet moribus primum, deinde facundia; sed quia singulis civitatibus adesse ipse nonpossum, jubeo quisque docere vult, non repente nec • temere prosiliat ad hoc munus , sed judicio ordinis probatus decretum curialium mereatur, optimorum conspirante consensu. Hoc enim decretum ad me tractandum referetur, ut altiore quodam honore nostro judicio studiis civitatum accédât. Datum XV Kalend. Jul. ace. IV Kal. August. Spoletio , Mamertino et Ne- Yîtta (Coss.)
M. de La Bletterie a tiré cette lettre du Code Théodosien, livre xin , tit. 3, de Medicis et Professorihus. Elle n*y est qu'en langue latine, ayant été sans doute traduite du grec , pour être expédiée dans les provinces de Tempire où le grec n'était pas entendu, et notamment à Spolète, d'où le préfet ou tout autre magistrat accuse la réception de l'édit.
. Il n'est question, dans ce décret, ni d'examens , ni, de baccalau*réat) nide licence , ni de certificats d'études, etc.
sans effort de la prétendue raison calme, respectueuse, inflexible^ comme elle avait triomphé des échafauds.
Malgré vos superbes défis^ aujourd'hui comme alors l'Eglise triomphera. Sera-ce immédiatement? non, peut-être, mais qu'importe, puisque son royaume n'a point de fin : elle saii attendre, et en attendant, elle priera, elle réclamera. Ouï, elle réclamera , et ses réclamations que vous dédaignez, que vous ne lisez peut-être pas, seront comprises un jour.
Quand Origène publia son Traité contre Celse, quand TertulUen donna aux nations s<m Àpdo* gétîque , les courtisans et les sénateurs s'occupaient peu de ces écrits; malgré les droits incontestables du christianisme , malgré la logique irréfutable de ses défenseurs, ils se riaient de ces attaques , et, tout occupés de leur politique, ils flattaient les volontés tyranniques des Maxlmin et des Sévère.
Mais, quelques années plus tard, les plaidoyers des Pères apologistes triomphaient de toutes les persécutions de la sagesse humaine, ils la omvainquaient de folie , et ils sont venus jusqu'à nous p(Mir nous apprendre qu'il y eut aJon^ comme plus lard, des pouvoirs oppresseurs, des sages insensés, des villes corrompues, des périples insouciants, et des chrétiens invin-
cibles. Voilà ^ monsieur, l'histoire de notre
Eglise.
Nous terminons ici nos rép(»i8es directes au rapport de M. Thiers , quoique nous n'ayons si«gnalë qu'un très-petit nombre des innombrables sophismes dont il est tissu. Nous en avons dit assez pour faire voir que ce long travail, qui roule tout entier sur le faux, n'a qu'un but : Tasservissement de la France en toutes choses; et que nous, en le combattant, nous n'avons fait que continuer une œuvre à laquelle l'Ëpiscopat s'est montré fidèle dans tous les siècles <^rëtiens : la défense de la liberté des peuples contre les prétentions excessives des puissanoeB de la terre»
Cependant, il est une question sur laquelle nous éprouvons le besoin de nous expliquer , quoiqu'elle ne se rapporte que très^-imparfoîtement à notre point de viie constituticmnel , c'est le rétablissement proposé des bourses créées en faveur des petits séminaires , par l'ordonnance du 16 juin 1828. Voici sur cela notre réponse : tant que la liberté d'enseignement ne nous sera pas accordée pour tous, il nous est impossible d'accepter le bienfait de ces boui^es, parce que nous ne voulons pas encourir le reproche d'avoir vendu une des li-
bertés publiques au bénéfice de nos établissements particuliers \
Les quatre derniers chapitres de cet Examen^ sans être étrangers au rapport, rentrent dans la question générale. Nous les recommandons à l'attention des hommes sincèrement amis de la vérité.
DEYOOIS DU CLERGÉ.
Si, au lieu d'un gouvernement constitutionnel, nous avions un roi tout à fait absolu, et que ce roi fût protestant, croyez -vous que les évèques catholiques pourraient, sans prévarication , lui reconnaître le droit d'une action souveraine sur l'éducation des trente millions de fidèles dont ils sont responsables devant Dieu et devant les hommes? Assurément, personne n'oserait le dire , surtout si ce monarque était animé d'un zèle ardent de prosélytisme pour les intérêts de sa croyance.
^ A ceux qui seraient surpris de ce que nous refusions ces avantages malgré notre pamTeté , nous rappellerons que saint Ambroise ayant vendu les vases de Téglise pour racheter des chrétiens captifs , et les ariens le lui ayant reproché, le saint évéque leur répondit : Il vaut mieux conserver à Dieu des âmes que de l'or.
Maintenant 9 si, au lieu d'être protestant, ce qui suppose encore de la foi , ce prince absolu était formellement sceptique; s'il faisait profession de tout admettre, et, par conséquent, de ne croire absolument à rien , et s'il était connu pour avoir une disposition très-prononcée, une intention très-ferme d'amener ses peuples à cette négation de toute doctrine révélée ; lorsque ce despote voudrait s'arroger le droit de diriger seul tout le système auquel seraient soumis et l'examen des maîtres , et la rédaction des programmes , et la nomination des examinateurs, dans ce danger commun, les évêques catholiques, et même les ministres de tpus les cultes, ne seraient-ils pas rigoureusement obligés par leur conscience de détourner cette domination fatale, et s'il restait dans les constitutions du pays quelques droits ou quelques franchises en leur faveur, ne devraient-ils pas les invoquer et s'en servir comme d'un rempart pour protéger les consciences de leurs coreligionnaires contre les empiétements d'un pouvoir sans croyance ? Ici encore la réponse sera certainement unanime : Oui , ce serait un devoir pour tous les chefe de culte d'opposer cette résistance.
Mais cependant, c'est là, c'est uniquement là ce que nous faiscms. Qu'importe que le pouvoir
public repose sur une seule lête, ou qu'il réside dans le concours d'un ministère et de deux Chambres, si^ dans la réalité, ce pouvoir, collectivement pris, représente précisément et rigoureusement un despote sans croyance.
Nous ne nous faisons pas illusion sur le gouvernement constijtutionnel : on peut avec lui faire de la tyrannie tout aussi bien qu'avec V absolutisme; çt c'est sans doute pour cela que M. Thiers comprend dans un même sentiment d'amour la Convention et TEmpire. Maintenant, sao3 examiner si, en fait, la plupart des hommes qui participent à notre gouvernement ne sont pas, soujs le rapport de la religion, personnellement portés à rindifférence et même au - scepticisme, pou vez-vous dire que, en fait comme en droit, le gouvernement qui chez nous se compose des trois pouvoirs, ait une croyance? N'avon^nous pas cent fois et surabondamment prouvé que non? Mais alors, conunent voulez-vou$ donc nous obliger à dire à ce pouvoir essentiellement incroyant que nous conseqtons sans inquiétude à ce qu'il ait une actim souveraine sur l'éducation de toutes nos générations catholiques?
Et remarquez bien ce que nous venons de dire : c'est que l'incroyance ou le défaut de croyance est cssenliol à^iotre gouvernement con-
stitutionnel ; il en est inséparable. Un despote, tout impie qu'on le suppose , pourrait plus tard ouvrir les yeux à la vérité et lui devenir favorable. Il pourrait redevenir croyant et pratiquant sans perdre aucun de ses droits, tandis que l'Etat, tel que l'a constitué la Charte de 1830, ne pourrait adopter une religion sans se renverser lui-même.
Après cela, que signifient toutes ces représentations que Ton prétend tirer des bonnes dispositions et du prince et de ses ministres * ? Nous pouvons défier le roi le plus sincèrement catholique, les ministres les plus dévoués aux intérêts de la religion, d'empêcher que le système exposé dans les projets de loi que nous combattons^ n'amène des chocs violents et désastreux entre l'Eglise et l'Etat. La Couronne ne peut et ne doit pas être piélée h de semblables discussions. Les ministres passent, et le mouvement que leur volonté personnelle imprime aux affaires a toujours peu de durée ; mais le système reste, et c'est lui, surtout quand il est associé aux mœurs publiques, qui prépare les
^ Nous qous permettons de donner plus loin notre jugement sur la conduite du ministère dans la question qui nous occupe.
2 Malgré les nuances assez prononcées qui se trouvent entre le projet du ministère, celui de M. de 3roglie , celui de la Chambre des pairs et celui de M. Tliiers , nous y voyons absolument au fond le même système, et bous les coinbattons tous quatre par les moitiés motifs.
destinées de la France. Or, les mœurs publiques, parmi les hommes qui entrent dans le jeu de notre gouvernement électif, sont en majorité affranchies des croyances religieuses presque autant que le système lui-même. Le résultat de cette combinaison dans les quatre projets de loi proposés serait donc toujours f asservissemenl de la foi à l'esprit de doute, c'est-à-dire, avant tout, la ruine du catholicisme. Cela posé, nous ne croyons pas qu'un évêque pourrait, sans se rendre grièvement coupable, consentir, même indirectement, à un pareil système.