II
L'inteVvenlion confidentielle du Clergé nu suffirait pas.
On prétend que nous devons nous borner a écrire confidentiellement aux conseillers de la couronne. Mais d'abord il se présente naturellement une réflexion sur laquelle pourtant nous nous abstiendrons d*insister. Ou nos pensées ont quelque valeur ou elles n'en ont aucune. Si elles n'en avaient pas , quel avantage en retirerait le ministère, et pourquoi les demanderait-il? Si elles en ont, pourquoi ne pas en faire profiter également et les Chambres, et la presse, et la société?
Nous apprécions sincèrement, nous respectons profondément l'attention que Ton veut bien avoir de consulter FÉpiscopat sur des questions importantes, diflSciles, et surtout sur certaines questions spéciales. C'est une déférence qui nous honore^ et c'est aussi un moyen de s'éclairer qui fait honneur à la loyauté du ministre qui l'emploie. La théologie ne feisatit plnspartie des études
s^culières, et les affaires du sacerdoce né pou vaut pas être enlièrement soustraites au point de vue ihéologique , un ministre des cultes laïque , quelle que soit l'étendue de son instruction et la portée de son esprit, peut avoir besoin de documents qui le mettent à même de mieux comprendre et de défendre plus efficacement les vrais intérêts de l'Église.
Nous ajouterons même qu'il est dans la Religion des matières trop saintes , ou trop délicates pour qu'on puisse sans graves inconvénients les livrer à des débats publics. La Religion a ses mystères, les uns adorables et saints, parce qu'ils tienn^it aux perfections de Dieu, les autres humiliants et tristes, parce qu'ils viennent des misères de l'homme. Les uns et les autres sont sacrés. Ainsi les articles qui ont paru récemment sur l'enseignement théologique des séminaires, ont dû. éveiller douloureusement l'attention de M. le Ministre des cultes, et nous ne doutons pas qu'il ne se soit mis en mesure de.repousser avec * une énergique assurance les attaques grossières et cyniques dont la plus sainte des sciences a été l'objet, même <lans les ifeuilles sur lesquelles on assure que le gouvernement a quelque empire.
Mais quand il s'agit de quiestions tout-à-fait so«
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jciales et publîque^^ doiit toutes; le» bouches s'entretiennent; donitoules les feuilles dissertefit, et auxquelles tous, et fiitèlesel prêtres, sontintore&sës , nous demandocis pounpioi il serait défendu k un Français quel qu'il soit^ pTélre ou fidèle, qui a ^ir cette matière des eonvictions profondes y arrêtées et IcMOguement réfléchies, qui croit inti« memaat que d'une fatisse détermination en cette matière peuvent résulter d'immenses malheurs; pourquoi il lui serait défendu de foire entendre hautement sa voix en' faveur de ce qu'il croit être juste, bonet 0éce$saîre ? Nous n'attribuerons pas ici au clergé catholique en général des avantages . que d'autres ont bien voulu lui reconnaître ; nous ne deauanderons pas si son habitude du recueillement, la gravité de Bes mœnrs, smi éloignemem des passions qui exaltent, ses rapports, intimes .avec le cceur humain, ne le mettent pas plus que l)ien, d'autres à même de donner sur les hautes questions pratiques die la société, des pensées vérMablement utiles et sages ? Mais m nous fondant sur le simple droit comiBuik, nous deiHandons pourquoi ou vxHudrait que ce qui est permis à tous, fût interdit au prêtre, et pourquoi onvou^ drait faire du ckwgé une caste inerte et ioipuisr santé, pour avoir ensuite fodteux plaisir de lui reprocher ironiquement son impuissance et son inerti<^?i ,. ; '
Saiis doute si les lois dépendaient uniqu^uent du pouvoir royal y aoto ne nous adressericMis ^qu'à lui, comme le faisaient nos .anciens prédé^ cesseurs dans les grandes nécessités de l'Ëglise; nous lui présenterions avec confiance nos réda*mations rei^ciuénses et nos humbles plaoets; msi^^ par la forme dé notre gouvernement, ce sont les Chambres qui font les lois et c'est Topi* nion qui fait les Chambres : c'es^ donc l'opinion qu'il faut éclairer. N'est-^e pas ainsi que sur tous les points se préparent les débats parlementaires, et veut**on nous permettre dVxpliqner notre pen* ;sée par un fait.
Ëst-il vrai qu'il 8''agisse en ce moment d'un traité de commerce international? Si cela est vrai, que font les principaux indiistri(ds, actionnaires, capitalistes, hommes d'affaires? sans doute ils ne manquent pas de communiquer directement leurà observations à leurs Excellences les Ministres du comnn^x^ , des affaires étran^ gères, etc. Mais se bomen^îlsà cette coirrespOfn* dance conikfentielle ? ne se réànisi$etit«ils pas sur divers points de la France (œ qfui n'est pas, ditHim, pérm» aux évêques) pour s'entendre sur la ma-^ nière de défendre leurs inténèts ré^pedtifs , et surtout ne livrent^il» pais à la plàs ^aude publicité possible leurs arguments en faveur de leur
cause ? Ou leur répond par les mêmes voies de publication. Ainsi la question se mûrit^ et qnand arrive le moment solennel^ la discussion est lumi* neuse et la décision au moins bien comprise.
D'où vient donc qu'il en est tout autrement de la liberté d'enseignement? D'où vient que l'on veut étouffer la voix des hommes de conviction qni essaient de parler en sa faveur? et pourquoi semble-t-on vouloir présenter subitement aux Chambres un projet de loi mystérieusement élaboré en évitant que les honorables membres qui doivent se prononcer sur son sort se mettent en élat d'en comprendre la portée. Nous signalons ce fail^ il ne nous appartient pas d'en approfondir les motifs.
L*interTentiou publique du Clergé n*est pas de nature à le compromettre.
On dit qu'on nous invite au silence de crainte d'exciter contre nous des réactions fâcheuses. Maisd^abord qui êtes vous donc, vons, publicistes que ces réactions affligent? N'êtes- vous pas vous*mêmes alors contre nous les plus ardents récuctionnaires? Pouvons-nous croire h votre compassion, quand c'est vous qui chei^chez a nous faire
le pliiftde inal? Pouvoos-iious avoir coufiance en YO0 conseils, quand vous èies en tontes occasions nos plus ardente ad versaii^? nous ne voulons pas dira enneuiis.
Nos paroles provoquent la réaction ! Et coin* ment veut-on qu'il n'en soit pas ainsi? Noos rédaoïons des droits que d'ault^s ont usurpes ; il est naturel que ceux qui en jouissent s'en fâchent £t vous dites qu'il laut pour cela renoncer pal*siblement à nos droits : oui, peut-^ètre, s'il s'agissait de droits qui nous fussent particuliers et personnels. Mais ces droits ne sont pas les ;n6tres : ce sont ceux de l'Église et de la Société, et nous en sommes les défenseurs ; car il s'agit surtout de vérités divines que le monopole par sa nature même tend à détruire et dont il nous a été commandé de garder le dépôt : deposilum cuslodi (Tim. VI, 20). Or ces vérités et ces droits, le prêtre les aloujoure défendus par la parole, et non pas par des paroles confidentielles, mais par des paroles hautes et publiques, par des paroles prononcées sur les toits, selon Fordre qu'il eu a reçu de son divin maltie : quod in aure audUi$ prœdiccUe super tecla {MnUh. X, 27). N'est-^ce pas là ce qu'ont fait les apôtres et tous les saints docleui^ de l'Église dans tous les temps^ malgré les réac**tioos effroyables et des peuples et des priiibes?
— *9 — N'a-t-*on ]>as vu les solitaires eux-mêmes sortir du silence de leur retraite pour signaler aux em-« pereurs les périls de l'Église ^ ? Ils eussent san$ aucun doute pu , comme nous ^ acheter la paix par le silence; mais ils s'en sont bien gardés ; dès« lors qu'ils ont vu le danger, fls l'ont signalé. Ils ont dit et redit aux fidèles ce qu'ils croyaient utile pour les en préserver, et plus les hommes s'irritaient de leurs paroles, plus ils élevaient la voix , afin d'être mieux entendus.
On a voulu jeter du ridicule sur les é vêques qui ont écrit des lettres et composé des 6rocM<res sur les dangers présents de la Religion, sous prétexte que ce moyen de publication n'est pas assez digne. C'est encore une suite du même système. Mais est-ce que ce moyen est nouveau dans TËglise : est-ce qu'il n'y a pas toujours été employé par ses plus illustres organes, toutes les fois que les circonstances exigeaient une défense prompte, précise et, comme on le dit aujourd'hui, toute empreinte d'actualité? Que s<mt la plupart des traités de St. Atfaanasé contre les Ariens, les
^ A la nouvelle des troubles et îles péiilâ de TEglisâ d'Alexandrie, Su Antoine écrivit à Constantin pour lui demander le retour de . St. Athanase, L'empereur lui rebondit avec bonté rt disllnclion.
Méléciens, les Àpollinaristes , les Macédoniens? Que sont plusieurs de ceux de saint Augustin contre les Donatistes, les Pélagiens et autres sectaires , sinon des opuscules et des ripostes vives auxattaquesdu moment, c'est-à-dire précisément ce qu'on appellerait aujourd'hui des brochures? Ces docteurs n'ont-ils pas également publié des lettres nombreuses, uniquement pour combattre Terreur? N'est-ce pas par des lettres que saint Bernard poursuivit dans le dédale de ses subtilités le séduisant Abailard? N'est-ce pas par des lettres que saint Hilaire osa combattre Farianisrae jusqu'entre les mains de l'empereur Constance, le plus ardent défenseur de cette redoutable hérésie ? Quand est-ce donc qu'on a vu les défenseurs de la vérité briser leurs plumes par la crainte de déplaire a quelques hommes puissants? Et sans remonter a des siècles anciens, Bossuet dont le monde catholique reconnaît le génie et que l'Eglise gallicane a révéré comme un docteur, à cette question quelui fit Louis XIV: qu'auriez-^ous fait si faisais donné gain de cause à M. de Cambrai ^ Bossuet n a-t-il pas répondu : Sire y j'aurais crié cent fois plus fmi ?
Quelle est donc cette position nouvelle et vraiment înouie que l'on veut nous faire? quelle est donc celte prudence humaine que l'on prétend ,
après dix-huit siècles d'expérience, substituer tout à coup à la sagesse divine qui nous a élabli$ gardiens sur les murs de la Cité Sainte (Is. LXII, 6), et qui nous ordonne de veiller à ce qui s'y passe , surtout durant la nuiCt (Is-XXI, 11.)
On nous représente que le siècle est mauvais. Est*ce une raison pour que nous Fabandonnions à son sens réprouvé? N'est-ce pîas au contraire un motif de plus pour que nous nous occupions de l'éclairer et de le toucher par la parole? Oui, nous le ss^vons bien, nous ne le savons que trop, on a perverti l'intelligence des peuples, on les a remplis de préventions contre nous. N'est-ce pas pour cela même qu'il faut que nous nous expliquions avec eux ?
Quoi! Nous sommes accusés publiquement et persévéramment de ne faire la guerre au monopole que pour notre propre avantage ; de n'être conduits dans nos réclamations que par une basse jalousie et un insatiable désir d'envahissement! Les organes de publicité qui sont les vôtres, répètent avec audace et persévérance cette odieuse caknnnie! Sous l'influence de cette inculpation mens<Migère, les populations s'inquiètent et s'aigrissent, et vous ne nous recon-