‹ Liberté d'enseignement: Examen de la question au point de vue constitutionnel et socialChapitre 7 sur 26 · CINQUIEME QUESTION · texte numérisé non relu

CINQUIEME QUESTION

99n»qû0ê «YOBf •nous dKt <pi« le ai^M^pol» aftaniteMi Hgaîfii Mît l« O w t i*e H ptéMfcraîl U Hiiitt«t

Si nous parions de guerre, hélas I ce n'est pas que nous l'appellîons, car elle est toujours affligeante pour l'Eglise^ et ici elle serait désastreuse pour l'Etat. Mais elle existe^ et nous disons qu'a* veç le monopole elle est inévitable y qu'avec loi elle serait perpétudle. Guarre entre les ecm^ sciences et le pouvoir, d'un côté les consdences qui sont comme le sanctuaire de la liberté que Dieu a donnée à l'homme, qui échappent, par leur nature, à toute puissance purement humaine, qui ne vivent que de croyances et de vérités; de l'autre un pouvoir dont il est impossible de c(hinaitre les croyances, puisqti'il n'en adopte aucune et qui, sans égard pour les conviction» personnelles, veut sounieltre tontes les consâetÈce» à

une senle formule d^ëducation dont les éléments ccMniMnés se réduisent au scepticisme absolu. Yœlà la guerre d<mt nous parlons^ et pour quiconque Teut réfléchir, il est évident qu'on ne peut y échaf^r qu'en se réfugiant dans la liberté complète de l'enseignement.

La foi, (fe^i la foi, a dit M. de Lamartine, c'est-à-dire; c'est quelque chose d'arrêté, d'unmuable, d'inyinciMe et d'ess^itidlement int<Aérant non pas à l'égard des autres, car Dieu yeot qu'on supporte la présence de l'ivraie parmi le bon grain , mais à l'égard do soi-même , en ce sens que l'homme qui croit se sent blessé dans sa substance, dès-lors que vous lui imposez qudque chose de contraire à sa foi. Il ne peut se l'assimiler sans une intolérable souffrance , et humainement parlant , cela est également et rigoureusement vrai de la foi du juif et du {htolestant, comme de celle du catholique. Or, quand TEtat se chaîne exclusivementde l'éducation d'un peuple où les cultes sont libres , il est impossible qu'il ne blesse pas la foi, car il est obligé, en vertu même du principe qu'il a posé , de rester absolument en dehors des croyances. Mais enseigner sans s'inquiéter des croyances , n'est-ce pas vouloir infailliblement les blesser, puisqu el^

les entrent toujours pwir qudque chose dans V&h

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seignement y surtout dans l'enseignement su[)ë-' rieur. Pour que les professeurs universitaires fussent toujours d'accord avec la foi, il faudrait que le gouvernement, qui les emploie, pût exiger qu'ils fussent tous croyants et orthodoxes; mais, malgré ses bonnes intentions , le gouvernement ne le pourra jamais ; car quelle orthodoxie pourrait-il exiger, puisqu'à ses yeux il y en a et il doit y en avoir plusieurs également libres^ ayant droit à la même protection^ et toutefois incompa^ tibles entre elles. S'il en exige une, voilà une religion de l'État, et s'il n'en exige pas, voilà tous les cultes en même temps en péril dans leur foi. Veut-on que le clergé voie cela sans inquiétude et sans réclamation ? Mais ce serait vouloir qu'il cessât d'être lui-même. Or, s'il réclame , s'il se plaint, s'il se croit obligé d'avertir les fidèles du péril , et de frapper de ses anathêmes l'enseignement auquel l'Etat astreint les fidèles, voilà la guerre : guerre légitime, inévitable, consciencieuse , sous le règne du monopole.

Ainsi le ministre de l'instruction publique en-^ voie un professeur de philosophie protestant dans un collège tout catholiqiie ; on s'écrie : cela est monstrueux. Oui, sans doute, cela est répréhensible aux yeux de la foi ; mais au point de vue constitutionnel ce n'est que légal. Et si ce professeur

niérile de l'avancement el qu'il n'y ait que celte chaire de vacante, le ministre fait un acte de justice et remplit un devoir d'administration en la lui donnant. Si les parents catholiques sont libres de choisir tout de suite pour leurs enfants un autre msutre sans déplacement et sans doubles frais, ils n'ont aucun droit de se plaindre, et c'est là que nous en serons avec la liberté d'enseignement ; mais s'ils ne le peuvent pas , si vous les empêchez violemment de le faire, il y a de votre part oppression pour leurs consciences, et alors il y aura de leur part murmure légitime, réaction invincible c.ontre vous : il y aura donc la guerre et ce sera le fait du seul monopole.

Croit-on nous répondre par ce fameux projet de fusion avec lequel on endort les hommes irréfléchis, et que l'on noitô monti^ dans les nuages de l'avenir comme un nouveau mystère de paix! Fondre toutes les croyances en une seule, et cela en laissant à chacun la sienne! Faire que le juif soit chrétien sans cesser d'être juif, et que le catholique se fasse protestant sans rien quitter de son catholicisme ! Faire en sorte que le oui et le non, le pour et le contre, le jour et la nuit s'accordent parfaitement, vivent unis ensemble merveilleusement bien , sans se repousser, sans se gêner el sans que ni Tun ni l'autre perde rien de

sa nature ; et nous annoncer ce curieux pbéno* mène connue l'heinrense et inÊdllîhle destinée de nos sociétés modernes, et comme Tadmirable résultat du pn^rès delà raison! En vérité n'estr* ce pas là insulter au bon sens public? Mais non, théwiciens coupables, tous le sayes Im^i, cette fusion ne peut s'opérer que dans Tindifféreiice uniyerselte, c'est-à-dire dans la destruction de tontes les croyances, c'est^-ànlire que tous voulez que le juif, le protestant et le catholique s'accordent avec vous pour regarder leurs dogmes comme de pures opinions, en sorte que ni les uns ni les autres, «n réalité, n'aurai^at plus de religion; et, dans cette hypothèse, vous nous annoncez comme une grande découverte que quand il n'y aura {dus rien tout sera nivelé !•••. Mais ce rêve afireux de votre irréligion, n'est*ce pas la plus épouvantable anarchie ; et n'est-ce pas précisément contre cette destructicm gêné» raie des croyances que tous les hommes de foi lutiKont jusqu'à la mort 7 Or, y a-4-il au monde une guerre plus sérieuse 7

Ainsi que l'on place à la tète de rinstruction puUique qui l'on voudra, im{He ou croyant, Israélite ou chi*étîen, esprit conciliant ou exclusif, si on l'oblige à gouverner avec le monopole, il lui est est impossible de ne pas susciter des mé^

contements nombreux et légitimes, dans tous les partis, de ne pas créer, malgré lui, beaucoup d'ennemis au pouvoir. Quand on nommerait pour grand-maltre un évèque qui fàt à la fois un homme de génie et un saint ; et quand ce personnage respectable à tous les titrer serait en même temps dévoué consciencieusement à l'ordre de choses actuel, le-monopcde étant maintenu, le résultat serait le même, parce qu'il est inévitable, parce qu'il tient non pas aux hommes mais au système ; or, ce résultat , n'est-ce pas la guerre ? Et quelle guerre ! une guerre intestine qui se livre contre ce qu'un peuple a de plus sensible, de plus essentiel et de plus vital , contre les plus chères affections de la nature, l'amour paternel , contre les plus intimes convictions de la conscience^ la foi. Oh ! oui , nous l'avons dit et nous le répétons avec émotion, une telle guerre amène la ruiîie des états.

C'est une vérité d'expérience en même temps qu'une parole d'Evangile que tout royaume divisé contre lui-même tombera en ruine ^ Un royaume est divisé contre lui-même quand il se trouve dans sa constitution des principes essentiels qui

* Omne rcgnutn in seipsum (Hi'isum desolabùur,

(Luc. XI, 17).

se détruisent, parce que chacun de ces principes devenant, tôt ou tard, le drapeau d'un parti, le gouTernement qui veut et qui doit les satisfoire tous, se trouve précisément dans l'impossibilité de plaire à l'un sans déplaire à l'autre ; et que voulant [4aire aux deux, ce sont les deux qu'il finît par tourner contre lui-même. Nous en chercherons la preuve dans notre propre histoire, nous oserons pour cela remuer des cendres encore brûlantes; et nous avons l'espoir qu'on verra dans ce rapprochement si délicat, mais si concluant, que nous nous résignons à faire, la marque de la pureté de nos institutions.

Il n'est pas néce^aire d'être un homme d'éiat bien profond pour savoir que la contradiction introduite dans la charte de 1814 parles articles 6 et 6 , a été pour, la Restauration une source d'embarras inextricables qui sont devenus bientôt des difficultés terribles auxquelles elle a fmi par succomber.

Par l'article S la charte mettait , comme aujourd'hui, tous les cultes absolument au même rang aux yeux de l'Etat : chacun professe sa religion avec «né égale liberté et obtient pour son culte la même protection; et par l'article 6 elle attribuait à l'Etat une religion qui lui devenait

personnelle: cependant la religion ûatholique, apostolique et romaine est la religion de VBtat. Ainsi d'une part l'Etat j comme pouvoir gouvernanty ne tenait pas plus à une religion qu'à une autre : il devait vivre également étranger à toutes^ en dehors de tontes , pour les protéger toutes également ; de l'autre, comme personne morale chargée de gouverner, TEtat devait avoir sa religion, c'est-à-dire sa foi, sa conscience, ses principes arrêtés et par cela même exclusifs. De là deux exigences également légitimes, mais directement contradictoires. De là, deux partis qu'il était évidemment unpossîble de contentera la fois. L'Etat ayant une religion , devait la professer, l'honorer , la préférer aux autres et lui donner partout quelque suprématie : il pouvait tolérer encore les autres cultes, mais il ne pouvait plus les protéger également *. Tout ce que fit la restauration dans ce sens , était louable assu-*

II est de rcflsence de la Religion dominante, disait alors un auteur, de jouir de prérogatives particulières^ à Texclusion des religions toléi*ées dont le culte doit être renfermé dans Tintéiûeur de leurs temples* Seule elle a drdit d*ètt*e salariée par le gouvernement, seule elle doit jouir, sous la protection des lois ; et il faut en conséquence que toutes les autres soient maintenues de manière i ne pas rivaliser avec elle. (Tabaûaud, De timportance d'une religion de tEtat^

rément, non paft i^eulemeni en ce qu'il s'y trou«vait de conforme à la piété personnelle des princes, mais en ce que c'était In conséquence nécessaire et constitutionnelle de Tarticle 6. La religion catholiguey apostolique et romaine est la religion de l'Etat.

Mais d'un antre côté , que se passait-il dans k fraction de la société connue alors sons le nom de parti libéral? Fièrement appuyée sur la promesse garantie par l'article 5 d'une égale liberté et de la même liberté pour tous les cultes, les adversaires se récriaient contre une inégalité choquante qu'ils représentaient comme un moyen indirect d'exercer à leur égard une odieuse persécution. I^ gouvernement ne changea pas sa marche à leurs cris ; il ne le pouvait pas, l'article 5 le lui défendait; mais pour satisfaire en quelque manière à leurs exigences, il les laissa se dédommager par la presse de ce qu'ils disaient leur être ravi du côté du pouvoir. Ils purent dépasser presque sans frein les limites d'une liberté alors encore restreinte , et ils inondèrent la France de tous les ouvrages les plus subversifs de toute autorité. Ils se dédommagèrent par la guerre contre les principes de celle qu'ils ne pouvaient efficacement faire anx personnes. Ils crurent que flétrir les uns , ce serait en quelque sorte rabaisser Jes

autres ; et comme ils se voyaient obligés de laisser, en dépit de l'article 6, la religion catholique resplendir seule sur le trône, en tant que religion de l'Etat , ils l'en punirent en la traînant par leurs récriminations et leurs accusations dans la dernière ignominie. Alors la couronne qui devait emprunter un nouvel éclat de la religion sainte qu'elle s'était associée, reçut au contraire le rejaillissement de tous les opprobres dont on s'efforçait de couvrir le clei^é. Elle devint solidaire de toutes les haines suscitées contre l'Eglise par des faveurs éminemment respectables , mais qui avaient le grand tort de paraître inconstitutionnelles sur un seul point. Et cependant il s'en fallait bien que les catholiques fussent satisfaits de leur côté. Us réclamaient hautement avec indignation contre ce déluge de mensonges , de calomnies et d'invectives auxquels étaient publiquement livrés et leurs prêtres et leurs pontifes, et les objets les plus saints de leur culte. Tantôt leurs réclamations étaient accueillies avec une bienveillance efficace , et alors redoublait la fureur de leurs adversaires , tantôt , selon l'esprit des ministères ou Tempire des circonstances , elles étaient repoussées , et alors on demandait au prince lui-même compte de son titre de roi très-chrétien. Les uns donc reprochaient au pouvoir de se laisser trop dominer par les im-.

~73~ pies y et les autres l'accusaient de se livrer au parti-prètre ; et comme pour justifier ce double reproche, la même main signa les ordonnances du 16 juin 1828 et du 26 juillet 1830. Hélas! dans la pensée du pouvoir c'était une double satisÊiction ; mais, dans la pensée des peuples où chacun ne regardait qu'à son point de vue, ce fut un double outrage. Alors le mécontentement de* vint génial et la crise terrible. D'un côté l'ap* pui moral manqua par découragement et par impuissance, d'un autre côté les attaques redou-blèrent et rien ne fut plus sacré. Tout fut terminé en trois jours, tant l'édifice était miné ; et ce qui l'avait miné, c'était le travail incessant d'une contradiction désastreuse introduite dans la loi fondamentale qui lui servait de base , et dont l'application développée avait fini par rendre tout pouvoir impossible. Omne regnum in seipmm divisum desolabitur et domus suprà domum cadet.

Pour les peuples et pour les gouvernements plus encore que pour les particuliers , le passé est la leçon du présent. L'^le protection des cul* tes était inconciliable avec une religion de l'Etat; mais le monopole est encore plus incompatible avec la liberté des opinions et des consciences, car le monopole , production du despotisme , est lui-même le despotisme le plus redoutable. La

cansëqiience n^est-elle pM effinyaote de clarté, et tout ce qui se passe aujourd'hui mèoDie ne rend-ii pas témoigoage à nos sévères avertie sements T Poui^quoi d'un côté ces cris d'alarmes du clergé et ces sourds gémissements des fi* dèles? Pourquoi de l'autre cette recrudescence d'impiétés^ de blafi|>hémes9 ^^ fureurs et de menaces contre tout ce qu'il a de saint et de sacrél Qu'ést*<;e que tout cela signifie^ sinon l'annonce ou plutôt le commencement d'une guerre désastreuse. Or, cette guerre , nous le protestons^ elle est tout entière dans le monopole, et tout entière aussi elle s'appaisera devant un mot : Liberté D£ L*£NSEiGN£Ai£NT. Et fumcreges intelligite.

Les ennemis du pouvoir ccHinaissent cette position fatale qui lui est faite et ils s'en réjouissent. Nous y nous avons le courage de Ja lui signaler.

Législateurs, vous avez entre les mains les destinées de la France, et* vous possédez toutes les lumières et toutes les ressources qui peuvent contribuer à les rendre glorieuses et propres.

Nous vous conjurons de croire qu'elles dépendent beaucoup moins encore des progrès de l'industrie , de Tactivité du commerce et de ce qu'on appelle la fortune publique, que de l'union intime de tous les citoyens dans des institutions

d'accord avec elles-mêmes et dans des doctrines de conservation et de moralité. Une loi sur Tinstruction publique, se rattache nécessairement et à cette harmonie des institutions, et à cette solidité des doctrines. Daignez donc, nous oserons vous le dire avec tout le respect que nous inspire votre mandat , damnez étudier profondément cette haute question de la liberté d'enseignement sur laquelle vous aurez à vous prononcer bientôt. Qu'elle soit examinée en ellemême, sans préférence et sans antipathie pour qui que ce soit. Que la loi qiii sortira de vos débats et de vos scrutins soit fondée, non sur les désii'S de quelques-uns, mais sUr les avantages de tous. Qu'elle soit entièrement pure de cet eâprit de despotisme que nos mœui*s repoussait. Qu'elle soit mise en rapport avec la nature de nos institutions et les besoins de nos autres libertés* Qu^elle soit digne enfin de la France et du Roi.

C'est là ce que nous demandons instamment tous les jours à cehii qui règne dans les deux et de qui relèvent tous les empires. (Bossuet.)

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