‹ Liberté d'enseignement (volume 2)Chapitre 10 sur 76 · DEUXIEME QUESTION · texte numérisé non relu

DEUXIEME QUESTION

Pourquoi t'crsvons-nous ?

On a fuit au Cleigô une position fausse et perfide.

Il se passe de nos jours un fait bien étrange. D'une part, on reproche au clergé son immobilité au milieu du mouvement général ; on lui rappelle la puissance qu'il exerçait autrefois sur les peuples et on lui demande pourquoi il ne marche plus ainsi à la tête de la civilisation ?

L'Arche sainte est muette et ne rend plus d'oracles,

lui dit-on avec un amer dédain. La couronne est vraiment tombée de votre trie (Jérémie,

Thron. V, 16) : vous neconnaissozplus le monde an milieu (ln({uel vous vivez; vous ue vous mêlez à aucun de ses iutérèls, et vous nous avez mis en droit de vous adresseï* soleimellemeut cette provocation humiliante : Que [(ml aujourcVlnd les prêtres ?

Voilà ce que Ton nous dit, et le souvenir de notre passé auquel on rend lionnnage n'est qu'un éloûe insultant destiné h mieux faire ressortir les torts de notre position présente.

Mais, d'un autre côté, qu'arrive-t-il aussitôt que nous voulons mettre le pied dans le domaine des questions sociales? Il se fait dans le monde comme un soulèvement général : ceux qui prétendent dii'iger ou dominer la pensée publique jettent des cris d'épouvante, connue s'il venait de se passer quelque monstrueux désordre, comme si nous nous fussions rendus coupables d'une usurpation qui mil en péril la société.

Ainsi, d'une i>arl, on nous appelle, avec une intention IKUrissante, des hommes de sacristie, et puis , quand nous voulons montrer que nous n'en sonnues pas moins l'ianrais, etcpiand nous voulons conmie tels user du droit de publier )i()s <)})ini(nis, on nous renvoie ludement à nos

.saci'islios et on nous moiiaco, si nous en sortons, (le lairo application des lois

On comprend, au premier coup d'œil, tout ce (juil y a d injuste, de cruel et de perfide dans ces deux attaques contradictoires; mais ce que l'on ne comprend i)as aussi généralement, c'est le piège qu'on nous a tendu pour nous mettre loulà-Aiit en dehors de toutes les affaires sociales: chacun sait que la France est le seul pays du monde où le prêtre ait une semhlahle position.

Or, on la lui a faite beaucoup moins en l'y jetant de vive force, qu'en l'y conduisant sous le prétexte de son propre intérêt. On lui a dit que pour obtenir le respect des peuples, il fallait quil restât inaperçu; à peu près, si l'on ose établir une telle comparaison, commeles athées pratiques avaient prétendu que Dieu était trop grand pour s'occuper des affaires de ce bas monde. C'est une manière polie d'exclure toutes les influences.

On a donc écarté les prêtres de la vie sociale , connue on avait précédemment écarté les fidèles de riiabiludc des choses saintes, par l'exagératioji perfide du respect dû à tout ce qui appartient à la Religion. On a séparé ce respect de la confiance, et il n'est plus resté (fue la crainte,

source inévital)lf de réloignoniont et du dégoût.

Celte npjtlicalion singulière de la morale rigoriste à la vie publiquo du clergé catholique a fini par dominer tellement l'opinion, que l'on s'irrite dès qu'on entend un prùlre donner publiffuenient son avis sur les matières où tout le monde d'ailleurs est admis à donner le sien. Or, nous nous demandons sur quoi peut reposer la légitimité de cet étrange ostracisme?

Que nous restions éloignés des plaisirs et des salons du monde, c'est ce dont nous ne nous plaindrons pas ; car il nous a été dit : meliùs est ire in domum Inclus qnàm in dommn conviiii (Eccl. YII, 3). Que connue prêtres nous n'occupions aucune place, que nous n'ayions aucun droit dans la hiérarchie civile, c'est ce qui pour nous est très-peu regrettable, puisque l'Esprit Saint nous y invile : nnno mililans Deo implical se nccjoiiis secularibus (Tini. II, 4 ) : mais que nous ayions moins que les autres le droit de parler de ce qui est livré à la libre discussion de chacun ; qu'il y ait pour nous imprudence ou témérité à entrer dans des débats (jui, sous des dehors parlementaires, se rattachent aux intérêts et à l'avenir de la Ueligion, dont nous sonnnes établis los d('fonsours. o{ (jue nous devons soutenir surtout

— i3 — par la i>aiolo, cosl ce qu'il iioiiscsl impossible de comprendre.

L'intervention confifknticllc du Cierge ne suffirait pas.

On pi'éiciîd que nous devons nous jjorner à cci'ire conildenîielîement aux conseillers de la couronne. Mais d'abord il se présente naturellement une réflexion sur laquelle pourkmt nous nous abstiendrons d'insister. Ou nos pensées ont quelque valeur ou elles n'en ont aucune. Si elles n'en avaient pas , quel avantage en retirerait le ministère, e( pourquoi les demanderait-il? Si elles en ont, pourquoi ne pas en faire profiter également et les Cliambres, et la presse, et la société?

-Nous apprécions sincèrement, nous respectons profondément l'attention que l'on veut bien avoir de consulter l'Episcopat sur des questions importantes, diOicilcs, et surtout sur certaines ({uestions spéciales. C'est une déférence qui nous honore, et c'est aussi un moyen de s'éclairer qui fait honneur à la loyauté du ministre qui l'emploie. La théologiene faisant plnsparlie des études

séculières, el les ailaires du sacerdoce ne pouvant pas èlre enlièremenl sousti'ailos au point de vue ihéologique , un ministre des cultes laïque , quelle que soit l'étendue de son instruction et la portée de son esprit, peut avoir besoin de documents qui le mettent à même de mieux conq)rendre et de défendi^e plus efficacement les vrais intérêts de l'Édise.

Nous ajouterons même qu'il est dans la Ueligion des matières trop saintes, on trop délicates pour qu'on puisse sans graves inconvénients les livrer à des débals publics. La Religion a ses mystères, les uns adorables et saints, parce ({u'ils tiennent anx perfections de Dieu, les antres humiliants et tristes, jjarce qu'ils viennent des misères de l'homme. Les uns et les autres sont sacrés. Ainsi les articles qui ont paru récemment sur renseignement lliéologique des séminaires, ont du éveiller douloureusement Tallention de M. le Minisire des cultes, et nous ne doutons pas qu'il ne se soit mis en mesure de repousser avec une énergiqu<' assurance les atlaques grossières cl (vniques dont la plus sainte des sciences a été l'objel, même dans les léuilles sur les(iuelles on assure que le gouvernement a quelque enq)ire.

Mais quand il s'agit de questions loul-à-fait so-

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