A. SIROU, IMPRIMEUR
l\uc (les No}eis , '.il.
Janvier i(]44,
« réclame la liberté d'enseignement parce que la « charte Ta promise, et qu'un prince a sanc- « tionné celle promesse devant trente-trois mil- <( lions dhabilants. Monseigneur ne trouve jus- « qu'ici AUCUN contradicteur. Ensuite m. l'évèque « de Langues entre dans une longue discussion « pour démontrer que la liberlé iVenseignemeid « esl une nécessilé , jjarce qu'elle est un droit ; « qu'elle est un droit, parce que c'est une promesse <( de la charte, parce que sans V exécution de celte <( promesse, les ariicles 5 et 7 seraient des incon- « séquences, paire que nul ne peut avoir le privi- <i léije exclusifW enseigner, et que ce monopole ne « peut surtout appartenir à l'Etat. Ici encore tout
« LE MONDE EST d' ACCORD. »
En lisant cette adhésion si explicite à des principes dont la consécration ne permet pas au monopole universitaire une minute de survivance, on croit naturellement que la cause esl gagnée, et que désormais chacun sera libre de se l'aire instiuire et de faire élever ses enfants tout-àfait selon sa conscience. On est donc renversé de surprise, quand on voit l'Université ajouter ces mots inexplicables : «Mais sur (juoidiiïère-t-on? « c'est sur la manière dont celte libei'lé doit être « accordée. » Que dirait-on d'un détenteur, (pii ayant reconnu la nuHil*' de ses di'oils cl la vali-
dilé dos titres du Icgilinie propiiétaiio, dirait ;i ( clui-ci : « C'est vi-ai, je reconnais que ce bien ne « m'appartient pas et qu'il est le vôtre. Ici toiU « Icmonde est d'accord, mais nous différons seu- « Icmenl sur un point, c'est sur la manière de vous (. le rendre. » Le vrai propriétaire ne lui répoi> drait-il pas: Comment! nous dilTërons sur la manière? Mais rendre, c'est rendre; il n'y a pas doux manières de le faire. Eh bien, nous, Français, nous disons au monopole : puisque de votre aveu le privilège excUisil" d'enseigner ne peut vous appartenir, vous avez donc été induement jusqu'ici détenteur de notre droit. C'est donc ce droit que, appuyés sur vos propres aveux, nous réclamons hautement. Toute distinction sur la manière de nous rendre notre bien, serait une vaine subtilité, pour ne rien dire de plus. Rendre, c'est rendre ; rendre libre, c'est rendre libre : ces mots ne peuvent offrir ni obscurité, ni équivoque. Puisque vous accordez le fond, la forme est gagnée. Puisque, de votre aveu, l'Etat nous doit la liberté d'enseignement, il nous la rendra quand il aura dit ii tous les Français : « Vous ('tes maîtres de vos actes en fait d'instruc- <( tion à donner ou à recevoir, et hors de mon •( Université que je maintiens, je ne m'occuperai « de votre enseignement que s'il s'y commet des '( délits qui tombent dans le domaine de mes lois» .
Nos poil S('os , sur co point, doviondront pins coni])l('l('S <H pins précises encore clans nolie réponse à la sixième question de ce Second Examen dont elle sera lai conclusion iwaliqne. Mais on nous blâme avant tout d'être entré dans ce dangereux combat. Nous allons donc dire d'abord pourquoi nous avons cru devoir le faire*.
* Quelques personnes se sont effrayées du droit de surveillance que nous reconnaissions à l'Etat sur toutes les maisons d'éducation. Ce droit n'est autre que celui que consacrent les lois générales pour la répression des délits. Il est inhérent à tout gouvernement qui est chargé du maintien de l'ordre public. 11 n'est dangereux que pour ceux qui font mal, puisqu'il ne s'exerce que contre les infracteurs des lois. La liberté des doctrines ne p(!Ut en <!;tre atteinte : la Belgique, où il est en vigueur, nous en offre la preuve. Il est même, par sa nature, à l'abri de tout arbitraire, cl un magistrat qui l'exercerait sans une raison prévue et déterminée par les lois, pourrait être poursuivi comme coupable d'abus de pouvoir. Ce droit g('néral ne ressemble aucunement à Yaction du mono[)ole.