‹ Liberté d'enseignement (volume 2)Chapitre 11 sur 76 · IJ · texte numérisé non relu

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cialos et publiques, doul loules les bouches s'entrelienneiit, clou»; loulos les feuilles dissertent, et auxquelles tous, et fidèles et prêtres, sont intéressés, nous demandons pour(|uoi il serait défendu à un Français <juel quil soit, prêtre ou iidèle,qui a sur celte matière des convictions profondes , arrêtées et longuement réfléchies, qui croit intimement (pie d'une fausse détermination en celte matière peuvent résulter d'iunnenses malheurs; jiourquoi il lui serait défendu de Hiire entendre hautement sa voix en faveur de ce qu'il croit être juste, bon et nécessaire? Nous n'attribuerons pas ici au clergé catholique en général des avantages ([ue d'autres ont bien voulu lui reconnaître ; nous ne demanderons pas si son habitude du recueillement, la gravité de ses mœurs, son éloignement des passions qui exaltent, ses rai)ports intimes avec le cœur humain, ne le mettent pas plus que bien dautres à même de donner sur les hautes questions pratiques de la société, des pensées véritablement utiles et sages? Mais en nous fondant sur le simple droit commun, nous demandons pour(|uoi on voudrait que ce qui est permis à tous, fût interdit au prêtre, et pourquoi on voudrait faire du clergé une caste inerte et impuissante, pour avoir ensuite l'odieux plaisir de lui reiirochcr ironiquement son impuissance et son inertie?

— iG — Sans (loiiie si les lois dépeudaieiit uniquement du pouvoir royal , nous ne nous adresserions qu'à lui, comme le faisaient nos anciens prédécesseurs dans les grandes nécessités de TËglise ; nous lui présenterions avec confiance nos réclamations respectueuses et nos humbles placets; mais, par la forme de notre gouvernement, ce sont les Chambres qui font les lois et c'est l'opinion qui fait les Chamlu'cs : c'est donc l'opinion qu'il i'aut éclairer. ÎS 'est-ce pas ainsi que sur tous les points se préparent les débats parlementaires, et veut-on nous permettre d'expliquer notre pensée par un fait.

Est-il vrai qu'il s'agisse en ce moment d'un traité de commerce international? Si cela est trai, que font les principaux industriels, actionnaires , ca[)ilalistes , honnnes d'afiaires ? sans doute ils ne mampienl pas de communiquer directement leurs observations à leurs Excellences les Ministres du connncrce , des affaires étrangères, etc. Mais se bornent-ils à cette correspondance ronfidcnliclle? ne se réunissent-ils pas sur divers [)oinls de la France (ce qui nest pas, dit-on, l>ermis aux évè(jues) pour s'entendre sur la manière de défendre leurs intérêts respectifs, et suitout ne livrent-ils j)as à la plus grande publicité i)osb^,ible leui's ai'gumciils en faveur de leur

cause? On leur répond par les mêmes voies de publication. Ainsi la question se mûrit, et quand airive le moment solennel, la discussion est lumineuse cl la décision au moins bien comprise. D'où vient donc qu'il en est tout autrement de la liberté d'enseignement?D'oii vient que l'on veut étouffer la voix des hommes de conviction qui essaient de i)arler en sa laveur? et pourquoi semble-t-on vouloir présenter subitement aux Chambres un projet de loi mystérieusement élaboré en évitant que les honorables membres qui doivent se prononcer sur son sort se mettent en état d'en comi)rcndre la poitée. Nous signalons ce l'ait, il ne nous appartient pas d'en approfondir les motifs.

L'iiiterveutiou publique du Cierge n'est pas de nature à le compromettre.

On dit qu oii nous invite au silence de crainte d'exciter contre nous des réactions fâcheuses. Mais d'abord qui êtes vous donc, vous, publicistes que ces réactions affligent? N'étes-vous pas vousmêmes alors contre nous les plus ardents re'flclioiuiaircs? Pouvons-nous croire à votre compassion, quand c'est vous qui cherchez à nous faire

le plus de mal? Pouvons-nous avoir confiance en vos conseils, quand vous èles en lou les occasions nos plus ardents adversaires? nous ne voulons i»as dire ennemis.

Nos paroles provoquent la réaciion! Va comment veut-on qu'il n'en soit pas ainsi? Nous réclamons des droits que d'autres ont usui'jx'S ; il est naturel que ceux (pii en jouissent s'en lâchent. Et vous dites qu'il faut pour cela renoncer paisiblement à nos droits : oui, peut-être, s'il s'agissait de droits qui nous fussent particuliers et personnels. Mais ces droits ne sont i)as les nôtres : ce sont ceux de l'Eglise et de la Société, et nous en sommes les défenseuis; car il s'agit surtout de vérités divines que le monopole par sa nature même tend à détruire et dont il nous a été connnandé de garder le dépôt : d<posi(uni custocU (Tim. VI, 20). Or ces véiités et ces droits, le prêtre les a toujours défendus par la parole, et non pas par des i>aroles confidentielles, mais par des paroles hautes et puhrKpies, pardcsparoles prononcées sur les loils, selon i'ordie (ju'il en a l'cçu de son divin maître : quod in mire audUis prœdicale super /c'C/a (Mallh. X, 27). N'est-<(' jias là ce (ju'ont fait les a|)ùlres et tous les saints doi teurs de ri'^glisc dans tous les tenq)S. malgré les réactions ellVoyahles et «les piuiples et des princes?

— *9 — N'a-l-on pas vu les solitaires eux-mêmes sorlii' du silejico de lerr retraite pour signaler aux empereurs les périls de l'Église^ ? Ils eussent sans aucun doute pu, comme nous, acheter la paix par le silence; nuiis ils s'en sont bien gardés ; dèslors qu'ils ont vu le danger, ils l'ont signalé. Ils ont dit et redit aux fidèles ce qu'ils croyaient utile pour les en préserver, et plus les hommes s'irritaient de leurs paroles, plus ils élevaient la voix, alin d'être mieux entendus.

On a voulu jeter du ridicule sur les évêques qui ont écrit des Ictb'cset ioiuposédcsln'oclnircs sur les dangers présents de la Religion, sous prétexte que ce moyen de publication n'est pas assez digne. C'est encore une suite du même système. Mais est-ce que ce moyen est nouveau dans l'Église : est-ce qu'il n'y a pas toujours été employé par ses plus illustres organes, toutes les fois que les circonstances exigeaient une défense prompte, précise et, comme on le dit aujourd'hui, toute empreinte d'actualité? Que sont la plu})art des traités de St. Athanase contre les Ariens , les

* A la nouvelle des troubles et clos peiils de l'Eglise cVAlexaiKlrie, .St. Antoine écrivit à Conslanliii poiu' lui tleiiiandcr le retour de St. Atliauase. L'eiiipeicur lui repondit avec bonté rt distiuelion.

Mélecicns, les ApoHiuarisU's, les Macédoniens? Que soiil plusieurs de ceux de saint Augustin contre les Donatisîçs, les Pélagiens et autres sectaires, sinon des opuscules et des ripostes vives aux attaques du moment, c'est-à-dire pi'ëcisénient ce qu'on appeller;iit aujourd'hui des brochures? Ces docteurs n'ont-ils pas également publié des lettres nondjreuses, uniquement pour combattre l'erreur? iS'est-ce pas par des lettj'cs que saint Bernard poursuivit dans le dédale de ses sul)lililés le séduisant Abailard? N'est-ce pas par des lettres que saint Ililaire osacondxittre l'arianisme jusqu'entre les mains de l'empereur Constance, le plus ardent défenseur de celte redoutable hérésie ? Quand est-ce donc qu'on a vu les délénseurs de la vérité briser leurs plumes par la crainte de déplaire à quelques hommes puivSsants? Et sans remonter à des siècles anciens, Bossuet dont le monde catholique reconnaît le génie et ([ue l'Eglise gallicane a révéré comme un docleur, à celle question quelui fit Louis XIY: qu'auriez-vous fait si j'avais donné fjain de cause à M. de Cambrai y Bossuot n'a-f-il pas lépondu : Sire. J'aurais crié cenl fois plus fort '1

Quelle est donc celle position nouvelle et vraiment inouic que l'on veut nous faire? (juclle est donc cette pruder^ce hiMuaincque Ton prélead,

apivs (.lix-lmil sitH'Ics {lexpiTionco , sii])siilnr'r tout à COU]) à la snL»osso divine qui nous ;i ('Uthfis gardiens sur les nuus de la Cilé Sainlc (Is. LXIl, C), et qui nous ordonne de veiller à ce qui s'y passe , surtout durant la nuil'l (Is.XXI, 11.)

On nous représente que le siècle est mauvais. Est-ce une raison pour qne nous l'abandonnions à son sens réprouvé? N'est-ce pas au conti'aire un motif de plus pour que nous nous occupions de l'éclairer et de le toucher par la parole? Oui , nous le savons bien, nous ne le savons que trop, on a perverti l'inlelligence des peuples, on les a remplis de préventions contre nous. N'est-ce pas pour cela même qu'il ûiut que nous nous expliquions avec eux ?

Quoi ! Nous sonnnes accusés publiquement et persévéramnient de ne faire la guen-e au monopole que pour notre propre avantagcv; de n'être conduits dans nos réclamations que par une basse jalousie et un insatia])le désir d'envahissement! Les organes de pidjlicité qui sont les vôtres , répèlent avec audace et persévérance cette odieuse calomnie! Sous l'influence de celte inculpation mensongère, les populations s'in- (luièlent et s'aigrissent, et vous ne nous recon-

naissez pas lo dvo'a do \v\u' diro qu'on los Ironipo, jniisquo, loin do pn'londi'c à des pii\il(''i;os jionr nous, nous demandons les mêmes droits et la même lil)ei'lc pour tous; puisque, loin de vouloir troubler le bon ordre, nous demandons Vobéissance la plus (•om}>l('le à la conslilutiou du ])ays : nous demandons que le i>lus Jiundjie de nos diocésains ait le di'oit d'enseignement au môme degré que nous, sous la tutelle et la surveillance des lois. Et vous dites qu'en leui* parlant de la sorte nous nous compromettons! Ah ! ce qui poui'iait gravement nous com[>romettre et devant Dieu et devant les hommes, ce serait si nous nous mettions dans le cas d'être accusés, et [)ar les Pères de famille d'avoir laiss(', sans mot dire , leurs enfants devenir victimes d'un système capable (Tamener la ruine de la foi et des mœurs, et parla Su(i(''lé d'avoir sanctionui' implicitement par notre silence des contradictions monstrueuses <{ui doivent amener sa ruine, et enliu [jar-lEglise, d'avoir vu aniver le loup dans le troupeau etdenous être cachés par prudence, le laissant ainsi maître d'en faii'e, (piand il le voudra, un horrible carnage.

Ainsi, dans la question de la liberté d'enseignement, nous avons doublement le droit de la iiarol<^ et nous on userons . el si l'on nous de-

mnndocncoro pourquoi nous entrons dans le domaine de ce qu'on appelle la politique ' , nous i'épon<lrons : C'est parce que c'est là qu'aujourd'hui noire foi est surtout eu péril ; nous condjaltons où nous voyons le danger et nous nous servons des armes qu'on nous laisse. On veut que IKglise soit dans le droit commun, eh bien! nous invoquons le droit commun pour garantir sa liberté.

^ Il est faux que la question de la liberté d'enseignement appartienne d'abord à la politique; elle ne s'y rattache qu'accidentellement. C'est avant tout une question de doctrines , conmie l'indique le mot même d'enseignement. Or , qui oserait dire que le clergé n'a pas le droit de s'occuper de doctrines, de soutenir celles qui sont vraies, de combattre celles qui sont eironées , mensongères, dépravées? Nous savons bien quelles sont les questions purement politiques ; les hommes de parti voudraient nous j entraîner ; ils se ])laignenl de ne pas nous y voir ; mais aujourd'hui, comme toujours, nous y demeui'erons étrangers, et, selon la parole de îs. S., nous laiserons les morts ensevelir tour à tour leurs morts , nous bornant à prier et à tiavailler , selon nos moyens, pour le bordieur de tous.

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