‹ Liberté d'enseignement (volume 2)Chapitre 13 sur 76 · ASSUJRTTIES AU MEME CODE · texte numérisé non relu

ASSUJRTTIES AU MEME CODE

' Premier examen j pages 35 et suivantes.

Nous ne pensons pas que nos législateurs aient la moindre idée d'introduire en France un pareil esclavage des consciences. Cependant le despotisme que consacrerait parmi nous le monopole, tel qu'il existe , serait bien plus à craindre encore, parce qu'il serait bien plus illimité.

Dans toute monarchie absolue, il y a une religion de PEtat dont les principes sont déterminés et connus de tous. Quiconque est soumis à une telle monarchie, sait d'avance, en ce qui concerne l'éducation publique , quelles seront les limites de sa soumission : et s'il est lui-même de la religion de l'Etal, il n'a pas à craindre que le pouvoir vienne jamais l'inquiéter dans le sanctuaire de sa conscience. Mais il n'en est est pas ainsi dans notre gouvernement constitutionnel : en mettant le monopole de l'enseignement à la discrétion de tous les ministères présents et à venir, il vous est inq)0ssible de savoir à qui vous le confiez, ni quel usage on en fera, ni contre qui se dirigera ce glaive à mille tranchants. S'il est vrai que ce qui domine aujourd'hui dans les hauts fonclionnaiies de rinslruclion publique, ce soit le i)i'incipe philosophique considéré comme affranchissement de la raison, en opposition à la foi considérée comme soumission de l'intelliw'uro 'humaiiio ii h\ sonvcrjuno raison do Dieu,

il doit on rcsulier le malaise ol le méconlenlemeiit de tous les cultes : les mécréants seuls li'ouvenl que cela est bien , et dans leur imprévoyance, ilsdisentaux ministres d'aujourdhui et à tous leurs successeurs : « Vous nous avez bien « conduits ; désormais et pour toujours nous nous « abandonnons les yeux fermés à votre direction « exclusive. »

?sous ne demanderons pas où nous mènerait ce nouveau règne de l'incrédulité, s'il devait prévaloir; nous ne développerons pas ce texte connu de nos Saintes Écritures, regnantihus im~ piis ruinœ hominum (Prov. XXYlI-1 2) ; mais nous nous adresserons à ceux-là même dont les idées prédominent aujourd'hui , et nous leur dirons : Qui vous assure que les ministres à venir de l'instruction publique penseront connue celui qui a, dans ce moment, vos sympathies? Qui ne sait que rien n'est plus changeant que les hommes, et que rien surtout n'est plus variable ni plus incertain parmi nous que les idées dominantes? Aujourd'hui, dit-on, c'est la philosophie éclecti(]ue qui dirige l'enseignement, et tous les hommes croyants sont dans la souflVance , sous le poids du monopole. Vous vous en applaudissez; mais que demain vienne à r('gner dans vos rangs le protestantisme propagateur, voilà tous les li-

béraux philosophes aussi bien que tous les callio- Hques sincères tourmentés par l'intolérance l>iblique.

Mais ce n'est pas la seule, et il faut que nous ayions la générosité de faire voir à nos adversaires une des chances qu'ils peuvent courir. Jamais il ne fut j)lus vrai de dire que les extrêmes se touchent. L'iiidillérence en matière de religion n'est pas pour les peuples un état normal. Par une de ces réactions violentes dont l'histoire de nos temps modernes est remplie, il peut arriver dans un avenir plus ou moins rapproché (|ue de celle torpeur dont on aura reconnu les graves dangers, sorte tout à coup un ministère tout catholique et d'un catholicisme ardent. Comme prêtre, nous ne pourrions nous en plaindre ; mais connue citoyen , nous sommes en droit d'en étudier et d'en signaler les suites. Vous aurez donné le monopole à ce ministère aussi bien qu'aux autres. Pensez-vous qu'il ne s'en servira pas dans le sens de ses dispositions et de son zèle? Aujourd'hui c'est surtout la liberté des catholiques que l'on dit opprimée ; alors on dira que c'est la liberté du protestant, du [)hilosophe et de bien d'autres.

P«épondre/.-vous quo vous mcliez dans votre

loi dos çfarantios contre rarl)ilraire *? Dos garanties contre rarl)itraire dans une loi do monopole ! mais cela est contradictoire : Qni dit niono[»ole, dit souveraineté al)solue. Le monopole et l'arbitraire sont donc inséparables. 11 vous est impossible d'accorder le monopole au ministère, sans laisser à son entière disposition la direction suprême de toutrenseiij;nement, la nomination, au moins indirecte, à toutes les places où l'on enseigne, l'approbation de tous les livres avec lesquels on enseigne , la dispensation de toutes les laveurs et de tous les encouragements, l'application de toutes les peines et de toutes les répressions à ceux qui enseignent. On peut défier la législature de conserver le monopole sans tous ces droits ^ Or, avec tout le respect que nous professons pour l'autorité, nous disons que ces droits sont effrayants, et qu'ils le sont également pour

' Il en est une que l'on devra donner dans tous Irs cas ; c'est la garantie d'impartialité que doit offrir la composition i\u jury d'examen pour l'admission aux grades. 11 est contraire à tous les piincipcs de l'ordre et de la justice que la majorité de ce jury se conq^ose de membres de l'université.

- T^'université réunit dans sa main les trois pouvoirs, législalii", administratif et judiciaire. Elle fait presque seule ses lois , elle gouverne, elle juge seule d'après ses seules lois, et cela sans contrôle ; et icla pour toute la France; et cela sous un gouvernement constitutionnel !

tous les parus, parce que Ions éi>alement sont ex])osés h eu souffrir dans ce qu'ils ont de plus iulime, daus leurs couviclions personnelles. Nous dirons qu'un niinislère, quel qu'il soit, usera de ses droits, toujours selon ses dispositions actuelles et personnelles, et toujours au grand préjudice des libertés de plusieurs. Qu'il soit éclectique, c'est-à-dire incrédule, ou protestant, ou cadioliqne, il obéira à ce qu'il jugera être selon sa conscience ; il éloignera donc nécessairement, le l)lns qu'il le })Oui'ra de l'édncalion, tous ceux qui ne seront pas dans sa manière de voir; il repoussera les uns , il disgraciera les autres ; et pour ceux-mémes (jui auront acquis les droits les plus sacrés à l'exercice de certaines fonctions, il les fera passer i)ar d'humiliantes épreuves, comme on l'a vu, par le fait que nous avons raconté * : il s'efforcera de les décourager par d'inlerminables délais; tandis qu'il réservera tonte sa protection et toutes ses bonnes grâces pour ceux qui, par conviction ou par hypocrisie, caresseront ses idées. L'homme est ainsi fait, et malgré les qualités les plus éminentes, l'homme se retrouvera même sous la robe du grand-maître.

Maintenant nous demandons si ces i>ouvoirs

ôloiidus comme une domiiialion inévitable sitr toutes les carrières, ne seraient pas exorbitants, s'ils ne troul)leraienl pas violemment lé- (|uilibi'e des autres droits, et si, en les contiant pour l'avenir à des ministres dont il n'est aucunement possible de prévoir ni les vues, ni les opinions, ni les tendances, on n'abandonnerait pas à l'aventure toutes les libellés publiques et }»articulières? Or, ces graves dangers dont il est impossible, avec le monopole, que beaucoup, dans tous les cas, ne soient pas victimes, auxquels personne ne peut répondre d'échapper, (jue tous par conséquent doivent rei)ousser d'un conmiun accord, nous demandons si on peut les éviter autrement que par la liberté d'enseignement, telle que nous l'avons définie \ et nous

' Dos hommes de bien nous ont (Jemande pourquoi, au lieu lie la libelle que nous réclamons, il n'y aurait pas alliance entre le cierge catholique et l'Université telle (ju'ellc est? Voici notre rc'ponse :

L'enseignement du catholicisme, c'est la vérité toujours inmuiable. L'enseignement de l'Etat, c'est, comme nous l'avons vu , l'opinion toujours incertaine, changeante, contradictoire. Pour former l'alliance que l'on nous propose, il faudrait que les opinions des universitaires fussent toutes et toujours soumises à la vérité catholique. II faudrait donc que le clergé eût seul dans l'Université la direction de tout ce qui peut se renconlrer dans l'enseignement, touchant le dogme et la morale, tellement (ju'il eût le droit d'eu exclure

demandons si , avec celle libellé, il eu rcsle la moindre trace?

loiilc doctrine héti'iodoxc , toute londance, toute influence iircligieusc , souà quelque forme qu'elles se prt'sen tassent. Certainement, au point de vue de la foi , une toile alliance ne saurait déplaire ; mais reste à savoir si , au point de vue de la Charte , le gouvei'nemcnt peut y souscrire. Il ne le pourrait, dans tous les cas, qu'en donnant des e'colcs spéciales à chaque cidte et en remettant au chef du culle la direction absolue de tout le moral de l'école. En dehors de ces conditions il n'y a , entre le clergé catholique et l'Université, d'autre alliance possible que la liberté, telle que nous la définissons à la fin de ce second examen. Et dans cette liberté c'est toujours le monopole avec la guerre à jamais , ainsi que nous allons le voir.

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CIXQUIE3IE QUESTlOxX.

Pourquoi avont-nous dit que le monopole maintenu significa rait la Guerre et présagerait la Ruine ?

Si nous parlons de guerre, hélas ! ce n'est pas que nous Tappellions, car elle est toujours affliiiCaïUe pour l'Eglise, et ici elle serait désastreuse [)our l'Etat. Mais elle existe, et nous disons qu'avec le monopole elle est inévitable , qu'avec lui elle serait perpétuelle. Guerre entre les consciences et le pouvoir, d'un côté les consciences qui sont comme le sanctuaire de la liberté que Dieu a donnée à l'homme, qui échappent, par leur nature, à toute puissance purement humaine, (\n\ ne vivent que de croyances et de vérités; de l'autre un pouvoir dont il est impossible de connaître les croyances, puisqu'il n'en adoi>te aucune <'i qui, sans égard pour les convictions personnelles, veut soumettre toutes les consciences à

~ (34 une seule ioiniule cl éducaliou dont les éléiiicnls conibiiiës se réduiseiiL au sccplicisiiie absolu. Voilà la guerre dont nous parlons, et pour quiconque veut réiléchir, il est évident qu'on ne peut y échapper qu'en se réfugiant dans la liberté couq)lèle de l'enseignement.

La foi, c'eslla foi, a dit M. de Lamartine, c'est-à-dire, c'est quelque chose d'arrêté, d'imnmablc, d'invincible et d'essentiellement inlolélant non })as à l'égard des autres, car Dieu veut qu'on supporte la présence de l'ivraie parmi le bon grain , mais à l'égard de soi-même, en ce sens que riiomme qui croit se sent blessé dans sa substance, dès-lors que vous lui imposez quelque chose de contraire à sa foi. Il ne peut se l'assimiler sans une inlolérable soulîrance , et humainement parlant , cela est également et rigoureusemenl vrai de la loi du juif et du protestant, connue de celle du catholique. Or, quand l'Etat se charge exclusivementde l'éducation d'un ]>euple où les cultes sont lil)res, il est impossible qu'il ne blesse pas la foi, car il est obligé, en vertu même du pi'incii)e qu'il a posé , de rester absolument en dehors des croyances. Mais enseigner sans s'incjuiéter des croyances, n'est-ce pas vouloii' infaiHil)lemont les blesser, puis(|u'elles entrent toujours itour<iuel(iue chose dans l'eu-

scigneineiil , suiioul dans l'eiiseigiieiiieiil supél'ieiir. Pour que les professeurs universilaiies fussent toujours d'accord avec la foi, il faudrait «pie le gouvernement, qui les emploie, pût exiger qu'ils fussent tous croyants et orthodoxes; mais, malgré ses bonnes intentions , le gouvernement ne le pourra jamais; car quelle orthodoxie pourrait-il exiger, puisqu'il ses yeux il y en a et il doit y en avoir plusieurs également libres, ayant droit à la même protection, et toutefois incompatibles entre elles. S'il en exige une, voilà une religion de l'État, et s'il n'en exige pas, voilà tous les cultes en même temps en péril dans leur foi. Veut-on que le clergé voie cela sans inquiétude et sans réclamation ? Mais ce serait vouloir qu'il cessât d'être lui-même. Or, s'il réclame , s'il se plaint, s'il se croit obligé d'avertir les fidèles du péril , et de frapper de ses anathémes l'enseignement auquel TEtat astreint les fidèles, voilà la guerre : guerre légitime, inévitable, consciencieuse, sous le règne du monopole.

Ainsi le ministre de linsiruction publique envoie un professeur de philosophie protestant dans un collège tout catholique ; on s'écrie : cela est monstrueux. Oui, sans doute, cela est répréhensii)le aux yeux de la foi ; mais au point de vue conbliluiiouuel ce u est «iiic légal, El si ce professeur

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inôiilc de ravaiuenient cl qu'il n'y uil que celle cliaire de vacaule, le ministre fail nn acte de juslice et remplit un devoir d'adminisMalion en la lui donnant. Si les parenls calliorKjues sont libres de choisir tout de suite pour leurs enfauts un autre maître sans déplacement et sans doubles frais, ils n'ont aucun droit de se plaindre, et c'est là que nous en serons avec la liberté d'enseignement ; mais s'ils ne le peuvent pas , si vous les empêchez violemment de le faire, il y a de voire part oppression pour leurs consciences, et alors il y aura de leur part murmure légitime, réaction invincible contre vous : il y aura donc la guerre et ce sera le fait du seul jnonopole.

Croit-on nous répondre par ce fameux projet de fusion avec lequel on endort les hommes irrélléchis, et que Ton nous montre dans les nuages de l'avenir comme un nouveau mystère de paix! Fondre loules les croyances en une seule, et cela en laissant à chacun la sienne! Faire que le juif soit chrétien sans cesser d'être juif, et que le catholique se fasse protestant sans rien quitter de son catholicisme ! Faire eu sorte que le oui et le non, le pour et le contre, le jour et la nuit s'ac- ( ordent parfaitement, vivent unis ensemble mer- \eilleusemcnt bien , sans se repoussci", sans so ^fèner cl sans que ni l'un ni l'autre perde rien de

sa nature ; cl nous annoncer ce curieux |)hénoniène connue l'heureuse et inlaillihle destinée de nos sociétés modernes, et comme l'admirable résultat du progrès delà raison! En vérité n'estce pas là insulter au bon sens public ? Mais non , théoriciens cou[)ables, vous le savez bien, cette fusion ne peut s'opérer que dans l'indillërence universelle , c'est-à-dire dans la destruction de toutes les croyances, cest-à-dire que vous voulez que le juii", le prolestant et le catholique s'accordent avec vous pour regarder leurs dogmes comme de pures opinions, en sorte que ni les uns ni les autres, en réalité, n'auraient plus de religion; et, dans cette hypothèse, vous nous annoncez comme une grande découverte que quand il n'y aura plus rien tout sera nivelé!.... Mais ce rêve afl'reux de votre irréligion, n'est-ce pas la phis épouvantable anarchie; et n'est-ce pas précisément contre cette destruction générale des croyances que tous les hommes de foi lutteront jusqu'à la mort? Or, y a-t-il au monde une guerre plus sérieuse ?

Ainsi que l'on place à la tête de l'instruction publique qui l'on voudra, impie ou croyant, israélile ou chrétien, esprit conciliant ou exclusif, si on loblige à gouvei'ner avec le moncjpole, il lui est est impossible de ne pas susciter des nié-

~ es —

conlemcnls nombreux et légilinies, dans tons les partis, de ne pas créei', mali>ré lui, ])eaucoup d'ennemis au pouvoir. Quand on nommerait pour grand-maître un évè(}ue qui lut à la ibis un homme de génie et un saint ; et quand ce personnage respectable à tous les titres serait en même lemps dévoué consciencieusement à l'ordre de choses actuel, le monopole étant maintenu, le résultat serait le même, parce qu'il est inévitable, parce qu'il tient non pas aux hommes mais au système; or, ce résultat, n'est-ce pas la guerre? Et quelle guerre ! une guerre intestine qui se livre contre ce qu'un peuple a de plus sensible, de plus essentiel et de plus vital, contre les plus chères affections de la nature, l'amour paternel , conti'e les plus intimes convictions de la conscience, la loi. Oh ! oui , nous l'avons dit et nous le répétons avec émotion, une telle guerre amène la 71(1)16 des états.

C'est une vérité d'expérience en même temps qu'une parole d'Evangile que tout royaume divisé contre lui-même londjera en ruine K Un royaume est divisé contie lui-même quand il se trouve dans sa conslilulion des i)i"incipes essentiels qui

* Omi.c r carmin iti sciiKuiin diri.uini (h:<!(<l<ihl(iii ,

(Uc. M, 17).

sedelruiseni, parce que chacun de ces principes devenant, tôt ou lard, le diapeau d'un parli, le gouvernement qui veut el qui doit les salisfaiie tous, se trouve précisément dansrinij)ossil)ililé (le jiiaire à l'un sans déplaire à l'autre; et que voulant plaire aux deux, ce sont les deux qu'il finit par tourner contre lui-même. Nous en chercherons la preuve dans notre propre histoire, nous oserons pour cela remuer des cendres encore brûlantes; et nous avons l'espoir qu'on verra dans ce rapprochement si délicat, mais si concluant, que nous nous résignons à faire, la marque de la pureté de nos institutions.

Il n'est pas nécessaire d'être un homme d'élat bien profond pour savoir que la contradiction introduite dans la charte de 1814 par les articles 5 et 6, a été pour la Restauration une source d'embarras inextricables qui sont devenus bientôt des dilhcultés terriljles auxquelles elle a hni par succomber.

Par l'article 3 la charte mettait , comme aujourdhui, tous les cultes absolument au même rang aux yeux de l'Etat : chacun professe sa religion avec une égale liberté et obtient pour son mile la même protection; et ])ar l'article 6 elle attribuait à l'Etat une religion qui lui devenait

personnelle : copcmlanl la religion ralhoJiqw . aposlofiqiie et romaine est la religion de VElat. Ainsi d'une partl'Elat, comme pouvoir gouvernant, ne tenait pas plus à une religion qu'à une autre : il devait vivre également étranger à toutes, en dehors de toutes , pour les protéger toutes également ; de l'autre, comme personne morale chargée de gouverner, l'Etat devait avoir sa religion, c'est-à-dire sa foi, sa conscience, ses principes arrêtés et par cela même exclusiTs. De là deux exigences également légitimes, mais directement contradictoires. De là , deux partis qu'il était évidemment impossihle de contentera la fois. L'Etat ayant une religion, devait la professer, l'honorer , la préférer aux autres et lui donner partout quelque su})rématie : il pouvait tolérer encore les autres cultes, mais il ne pouvait plus les protéger également '. Tout ce que fit la restauration dans ce sens , était louable assu-

' 11 est de l'essence tic la Religion cloniinante, clisaiL alors mi auteur, de jouir de prérogatives particulières, à l'exclusion des religions tolérées dont le culte doit être renfermé dans l'intérieur de leurs temples. Seule elle a droit d'être salariée par le gouvernement, seule elle doit jouir, sous la protection des lois ; et il faut en consécpience que toutes les autres soient maintenues de manière à ne pas rivaliser avec elle. (TAiiAn.vcD, De l' iinportaïuc d'une religion de l'Etat^ .81.4.)

romonl, non passoulomoiii on co qu'il s'y Iroiivail tle conrornie à la i)iélé personnelle Jes princes, mais en ce que c'ëlail la conséquence nécessaire et constitutionnelle de l'article 6. La religion catholique, aposloUque et romaine est la religion de l'Etat,

Mais d'un autre côté, que se passait-il dans la fra( tion de la société connue alors sous le nom de parti lil)éral? Fièrement appuyée sur la promesse garantie par l'article 5 d'une égale liberté et de la même liberté pour tous les cultes, les adversaires se récriaient contre une inégalité choquante qu'ils représentaient comme un moyen indirect d'exercer à leur égard une odieuse persécution. Le gouvernement ne changea pas sa marche à leurs cris ; il ne le pouvait pas, l'article 5 le lui défendait; mais pour satisfaire en quelque manière à leurs exigences, il les laissa se dédommager par la presse de ce qu'ils disaient leur être ravi du côté du pouvoir. Ils purent dépasser presque sans frein les limites d'une liberté alors encore restreinte, et ils inondèrent la France de tous les ouvrages les plus subversifs de toute autorité. Ils se dédommagèrent par la guerre contre les principes de celle qu'ils ne pouvaient efficacement faire aux personnes. Ils crurent que flétrir les uns, ce serait en quel<[ue sorte rabaisser les

autres ; et comme ils se voyaient ol)lit:>és de laisser, en dépit de l'article 5, la religion catholique lesplendir seule sur le trône,' en tant que religion de l'Etat, ils l'en punirent en la traînant par leurs récriminations et leurs accusations dans la dernière ignominie. Alors la couronne qui devait emprunter un nouvel éclat de la religion sainte qu'elle s'était associée, reçut au contraire le rejaillissement de tous les opprobres dont on s'efforçait de couvrir le clergé. Elle devint solidaire de toutes les haines suscitées contre l'Eglise par des faveurs éminemment i*espectables , mais qui avaient le grand tort de paraître inconstitutionnelles sur un seul point. El cependant il s'en fallait bien que les catholiques fussent satisfaits de leur coté. Ils léclamaienl hautement avec indignation contre ce déluge de mensonges, de calonmies et d ni veclives auxquels étaient publiquement livrés et leurs prêtres et leurs pontifes, et les objets les plus saints de leur culte. Tantôt leurs réclamations étaient accueillies avec une bienveillance efficace, et alors ledoublail la fureur de leurs adversaires, tantôt, selon l'esprit des ministères ou rempire des circonstances , elles étaient repoussées, et alors on demandait au i)riuce lui-même compte de son titre de roi Irès-chrétien. Les uns donc reprochaient au pouvoir d«' sr 1u|cp.c)c iroj) (loiuiuor par les im-

pios , cl les autres Taccusaient de se livrer au Itarli-prèlre : et comme pour justifier ce double loproche, la même main signa les ordonnances du IG juin 1828 cl du 26 juillet 1830. Hélas! dans la pensée du pouvoir celait une double satisfaction; mais, dans la pensée des peuples où chacun ne regardait qu'à son point de vue, ce fut un double outrage. Alors le mécontentement devint général et la crise terrible. D'un côté l'appui moral manqua par découragement et par impuissance, d'un autre côté les attaques redoublèrent et rien ne fut plus sacré. Tout fut terminé en trois jours, tant lédilice était miné; et ce qui l'avait miné, c'était le travail incessant d'une contradiction désastreuse introduite dans la loi fondamentale qui lui servait de base , et dont l'application développée avait fini par rendre tout pouvoir inq)ossible. Omne regnum in seipsum (livisum desolabilur et domus suprà domum cadet.

Pour les peuples et pour les gouvernemenls plus encore que pour les particuliers, le passé est la leçon du pi-ésent. L'égale protection des cultes était inconciliable avec une religion de l'Etat; uuiis le monopole est encore plus incompatible avec la liberté des opinions et des consciences, carie monopole, production du despotisme, est lui-même le despotisme le plus redoulable. La

consoqiieiico u'ost-elle pas olTrayanto de darto, et loiit ce qui se passe aujoiircVhui même ne rend-il pas témoignage à nos sévères avertissements ? Pounjuoi d'un coté ces cris d'alarmes du clergé et ces soui'ds gémissements des lidèles? Pourquoi de l'autre cette recrudescence d'impiétés, de blasphèmes, de fureurs et de menaces contre tout ce qu'il a de saint et de sacré? Qu'est-ce que tout cela signifie, sinon l'annonce ou plutôt le connnencement dune guerre désastreuse. Or, cette giierre, nous le protestons, elle est tout entière dans le monopole, et tout entière aussi elle sappaisera devant un mot : Liberté DE l'enseignement. Et nuncreges inleUiijil(\

Les ennemis du pouvoir connaissent cette position fatale qui lui est faite et ils s'en réjouissent. Nous , nous avons le courage de la lui signaler.

Législateurs, vous avez entre les mains les destinées de la France, et vous possédez toutes les lumières et toutes les ressources qui peuvent conii'il)uer à les rendi'e glorieuses et prospères. Nous vous conjurons de croire qu'elles dépendent beaucou[) moins encore des progrès de l'industrie, de l'activité du commerce et de ce qu'on appelle la fortune publique, que de l'union infime de (ous les cilovens dans dos institulions

— ;;) — d'accoixl avec elles-mêmes el dans des doelrines de conservation et de moralité. Une loi sur linslruction publique, se rattache nécessairement et à celte harmonie des institutions, et à cette solidité des doctrines. Daignez donc, nous oserons vous le dire avec tout le respect que nous inspire votre mandat, daignez étudier profondément cette haute question de la liberté d'enseignement sur laquelle vous aurez à vous prononcer bientôt. Qu'elle soit examinée en ellemême, sans préférence et sans antipathie pour <|ui que ce soit. Que la loi qui sortira de vos débats et de vos scrutins soit fondée, non sur les désirs de quelques-uns, mais sur les avantages de tous. Qu'elle soit entièrement pure de cet esprit de despotisme que nos mœurs repoussent. Qu'elle soit mise en rapport avec la nature de nos institutions et les besoins de nos autres libertés. Qu'elle soit digne enfin de la France et du Roi.

C'est là ce que nous demandons instamment tous les joui'S à celui qui règne dans les deux et de qui relèvent tous les empires. (Bossuet.)

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