DEVOIRS 1)U CLERGE
Si, au lieu d'un gouvernement conslitulionnel, nous avions un roi tout à fait absolu, et que ce roi fût protestant, croyez -vous que les évèques catholiques pourraient, sans prévarication , lui reconnaître le droit d'une action souveraine sur l'éducation des trente millions de fidèles dont ils sont responsables devant Dieu et devant les hommes? Assurément, personne n'oserait le dire , surtout si ce monarque élail animé d'un zèle ardent de prosélytisme pour les intérêts de sa croyance.
' A ceux qui seraient surpris de ce que nous refusions ces ci\ antages malgré notre pauvreté , nous rappellerons que saint Aiiibroise ayant vendu les ^ases de l'église pour racheter des chrétiens captifs, et les ariens le lui ayant reproché, le saint évéque leur répondit : // r«i(/ mieux conserver à Dkn des ûmcs que de ior.
Mainlenanl, si, au lien d'être })roteslant, ce qui siii)[)Ose encore de la loi , ce prince absolu était fonnellement sceptique; s'il faisait prolession de tout admettre, et, par conséquent, de ne croire absolument à rien, et s'il était connu pour avoir une disposition très-prononcée, une intention très-l'erme d'amener ses peuples à cette négation de toute doctrine révélée ; lorsque ce despote voudrait s'arroger le droit de diriger seul tout le système auquel seraient soumis et l'examen des maîtres , et la rédaction des programmes , et la nomination des examinateurs, dans ce danger commun, les évêques catholiques, et même les ministres de tous les cultes, ne seraient-ils pas rigoureusement obligés par leur conscience de détourner celte domination fatale, et s'il restait dans les constitutions du pays quelques droits ou quelques franchises en leur faveur, ne devraient-ils pas les invoquer et s'en servir comme d'un rempart pour proléger les consciences de leurs coreligionnaires contre les empiétements d'un pouvoir sans croyance ? Ici encore la réponse sera certainement unanime : Oui, ce serait un devoir pour tous les chefs de culte d'opposer cette résistance.
Mais cependant, c'est là, c'est uniquement là ce que nous faisons. Qu'importe que le pouvoir
public repose sur une seule lèle, ou qu'il réside dans le concours d'un ministère el de deux Chandjres, si, dans la réalité, ce pouvoir, collectivement pris, représente précisément et rigoureusement un despote sans croyance.
Nous ne nous faisons pas illusion sur le gouvernement constitutionnel : on peut avec lui faire de la tyrannie tout aussi bien quavec l'absolutisme; et c'est sans doute pour cela que M. Tliiers comprend dans un même sentiment d'amour la Convention et l'Empire. Maintenant, sans examiner si, en fait, la plupart des honnnes qui partici[>ent à noire gouvernement ne sont pas, sous le rapport de la religion, personnellement portés à rindilîérencc et même au scepticisme, pouvez-vous dire que, en l'ait comme en droit, le gouvernement cpii chez nous se compose des trois pouvoirs, ait une croyance? N'avons-nous pas cent lois et surabondamment prouvé que non? Mais alors, connnent voulez-vous donc nous ojjligcr à dire à ce pouvoir essentielh'ment incroyant (pie nous consentons sans inquiétude à ce qu'il ail une aclion souveraine sur l'éducation de toutes nos générations catholiques?
Et remarquez bien ce <pie nous venons de dire : ccst que lincruyauce ou le défaut de croyance est essentiel ii noire gou vernemenlcon-
— \)[) — slitulioniR'l; il en osl inséparable'. In dospole, tout impie qu'on le suppose, pourrait plus tard ouvrir les yeux à la vérité et lui devenir favoral)le. Il pourrait redevenir croyant et pratiquant sans perdre aucun de ses droits, tandis que IKtat, tel que l'a constitué la Charte de 1830, ne pourrait adopter une religion sans se renverser lui-même.
Après cela, que signifient toutes ces représentations que Ton prétend tirer des bonnes dispositions et du prince et de ses ministres *? Nous pouvons délier le roi le plus sincèrement catholique, les ministres les plus dévoués aux intérêts de la religion, d'empêcher que le système exposé dans les projets de loi que nous combattons- n'amène des chocs violents et désastreux entre l'Eglise et l'Etat. La Couronne ne peut et ne doit pas être mêlée à de semblables discussions. Les ministres passent, et le mouvement que leur volonté personnelle inq)rime aux affaires a toujours peu de durée; mais le système reste, et c'est lui, surtout quand il est associé aux mœurs publiques, qui prépare les
1 Nous nous permettons de donner plus loin notre jutjement sur la conduite du ministère dans la question qui nous occupe.
- Malgré les nuances assez prononcées qui se trouvent entre le projet du ministère, oclui de M. de Broglie, celui de la Chambre dos pjiirs cl celui de M. Tliicrs . nous > \oyoiis absolument au fond le même s\stèmo, et nous les combattons tous quatre par les mêmes motifs.
deslinéesde la France. Or, les mœurs publiques, parmi les hommes qui enlrenl clans le jeu de noire gouvernemenl électif, sont en majorité alTranchies des croyances religieuses presque autant que le système lui-même. Le résultat de cette combinaison dans les quatre projets de loi proposés serait donc toujours f asservissement de la foi à V esprit de doute, c'est-à-dire, avant tout, la ruine du catholicisme. Cela posé, nous ne croyons pas qu'un évoque pourrait, sans se rendre grièvement coupable, consentir, même indirectement, à un pareil système.