‹ Liberté d'enseignement (volume 2)Chapitre 36 sur 76 · CONDUITE DU MINISTÈRE · texte numérisé non relu

CONDUITE DU MINISTÈRE

Lo ministère nous a fait diro que les réclamations publiques des cvè(|ues l'avaient em- ])<klié de suivre ses bonnes disj)ositions pour la liberté d'enseignement. Ce cbapilre a pour but d'examiner si en effet la conduite du ministère doit être attribuée aux démonstrations de l'Episcopat. I

Nous ne nous flattons certainement pas de J

yo'w, dans les affaires publiques, plus loin que |

nos hommes d'I^tat. Ce que nous avons entrevu, ils l'ont vu dislinclement. Ils savaient que, dans cette question si grave, il y avait deux tendances rivales vers deux points diamétralement opposés : le com])let asservissement ou la liberté complète. Ils avaient donc à s'associer à l'une ou à l'autre de ces deux tendances. Ce n'est donc pas précisément sur le succès obtenu,

1 Nous nous senons de ce mot collcclif pour nous conformer |

au lanf;aj,'e conslilutionnel; mais nous cioyons juste de recoii- r

naître que tous les ministres ne se sont pas éi.'alem(Mil assoiirs au système malliem"eu\ que nous allons ex|)oser.

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mais sur la direclion prise d'abord, qu'il faut juger le ministère. Tout se réduit à voir si de lui-même il s'est dirigé vers la liberté, ou vers un système d'asservissement.

Or, avant même que la discussion fût ouverte, avant qu'aucun projet fût proposé, quelles ont été ses démonstrations spontanées, ses professions de foi manifestes, sinon des déclaralions de guerre aux organes de la liberté d'enseignement? Quelle position a prise M. le ministre de l'instruction publique, et dans son discours du 2 i janvier à l'occasion de l'adresse, et dans son exposé des motifs, le 2 février s?iivan't? S'est-il placé avec ceux qui favorisaient, qui désiraient cette liberté, ou bien avec ceux tjui voulaient la restreindre, l'enchaîner, l'élouffer? Qu'on relise tous ses discours, et que l'on nous dise s'ils ne se réduisent pas k ce peu de mots : « La Charte nous oblige à vous «concéder quelque liberté, au moins appa- « rente, mais nous sommes bien résolus à ne « vous en accorder que le moins possible. )»

il y a plus, dans ses philippiques illibérales, cet organe d'un gouvernement issu du libéralisme s'est-il borné à des arguments? s^est-il même contenté d'y ajouter dessophismes?N'al-il juis fait appel aux j)assions? et à quelles passions? Aux passions irréligieuses, c'est-à-dire

aux plus auarchiquos et aux plus ro(loulal)los (le toutes pour le gouvernement lui-même !

Nous ne pouvons nous empêcher de le voir: c'était un parti bien pris de sacrifier la liberté d'enseignement, et c'eût été fait depuis longtemps déjà, si on eût été sûr qu'elle n'avait que de timides défenseurs ; mais toujours, au moment où l'on se préparait à lever le bras contre elle, on s'apercevait qu'il se faisait en sa faveur un mouvement dans le clergé. Le clergé, dont on api)réciait l'utile concours, dont on avait sagement ménagé l'alliance pacifique, qui de plus en plus se rapprochait du nouvel état de choses, le clergé voulait, demandait la liberté d'enseignement; certes, si le ministre l'eût également voulue, il eût trouvé en lui un allié sincère, et il est probable que, dans cette conformité de vues et d'intérêts, la paix se serait cimentée pour longtemps. 11 eût suffi, pour cela, non pas de tout accorder de suite, mais d'entrer dans la voie, de donner un signe de quelque bon vouloir, de jeter sur le sol fécond de la France quelques-uns de ces germes qui auraient produit sans efforts, avec le temps, une liberté large et amie : il eût sufïi peut-être, par exemple, de retrancher l'exigence du certificat d'c'tudes, et c'est ce (jue nous nous étions d'abord borné à réclamer avec instance, de vive

voix et par écrit, do tous ceux qui ont le pouvoir en main.

Mais, encore une fois, cette liberté d'enseignement, on ne voulait pas la donner, et quand on a été sûr qu'elle faisait cause commune avec le clergé, on a dit : Eh bien ! nous sacrifierons, s'il le faut, le clergé avec elle.

Et alors on a vu un phénomène étrange. Des hommes religieux au fond, des pères de famille donnant h leurs enfants une éducation chrétienne ; des magistrats éminents, des hommes d'État, respectueux d'ailleurs pour l'Église et ses ministres, sont montés à la tribune pour y parler le langage de Voltaire : on les a vus évoquer avec horreur le fantôme des congrégations, promener devant la Chambre l'ombre dénaturée des Grégoire VII et des Loyola , secouer pour ainsi dire sur elle les torches des aulo-dafé, et, par une fiction inconnue au sein du parlement, faire apparaître la foi brûlante du moyen âge comme disposition de la France incrédule du dix-neuvième siècle !

Or, quel pouvait être le but de ces prosopopées étonnantes? IN était-ce pas évidemment d'abord de dégoûter de la liberté d'enseignement, en faisant détester ceux qui, plus que les autres, s'en étaient faits les défenseurs? N'étaitce pas évidemment ensuite de domier le change

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à l'espril piil)lic, en faisaiU croire que la liberté était inonacée précisément du coté oii elle était défendue, et qu'au contraire elle était protégée précisément par ceux qui veulent nous la ravir? Cette tactique est vraiment curieuse, et nous voulons la décrire en quelques mots.

D'un coté, se trouve le gouvernement, de l'autre, le clergé. Le gouvernement a dans sa main la puissance et la fortune publique ; il dispose souverainement des personnes et des choses. Le clergé n'a ni argent, ni pouvoii' temporel, ni participation (quelconque aux affaires de TEtat. Ce gouvernement, si fort, si puissant et si riche, veut dominer l'enseignement de tous, il le dit, il le formule en loi : ce clergé, si pauvre et si faible, demande que l'enseignement soit libre pour tous, et il l'exprime dans de nombreux écrits qui ne lui permettent plus de se rétracter. Sur cet exposé simple et véridique, il semble que, pour un pays ami de la liberté, le choix ne peut pas être douteux.

Mais alors qu'a fait le ministre? 11 a déployé son éloquence, et dans ses discours et dans ses feuilles i)ul)liques, pour prouver que ce clergé, qui demande la liberté pour tous, ne la veut en effet pour personne, sinon pour lui-même, et, ])ar d'inconcevables prestiges, il est parvenu à laiic croire que iM^4)iscopal se montre l'ennemi

de nos insliliilionS;, précisément dans les actes mômes par lesquels il veut s'y rat lâcher le plus intimement; mais, pour arriver adonner crédit à cette calomnie hors de toute raison, il a i'allu flatter, intéresser, soulever les passions irréligieuses : et c'est aussi ce qu'on a fait.

Et alors encore , qu'est-il arrivé? C'est que les hommes qui auraient pu^ qui auraient dû même, selon leurs principes, s'associer à nos efforts pour obtenir la liberté d'enseignement, se sont rués sur nous, comme sur leurs plus redoutables ennemis, et, dans leur fureur , ils ne veulent plus s'apercevoir qu'ils combattent en nous précisément le principe de liberté qu'ils veulent défendre.

Ainsi, le prêtre désarmé leur dit : Je demande que tous , vous et moi , nous soyions libres en fait d'enseignement, et ils lui répondent : Non, vous voulez nous asservir !

Le gouvernement , au contraire , avec son omnipotence, leur dit formellement : Je prétends tenir sous mon joug l'éducation de vous tous. Et la peur qu'ils ont conçue des prêtres leur fait prendre en effet ce joug pour de la liberté !

Non, jamais, depuis qu'il existe des sociétés, il n'y eut chez un peuple en paix une telle confusion d'idées, un tel aveuglement de passions. Or , peut-on nier (^uc ce ne soit l'œuvre du ministère ?

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Après cela , on s'étonne de la désalfeclion du clergé, et M. Thiers lui demande s'il peut citer un seul acte du gouvernement qui justifie ses plaintes. On conçoit que nous ne pouvons plus répondre à une pareille question.

Le ministère a fait bien plus que nous repousser , il a voulu nous déconsidérer et nous llétrir. Il a fait planer sur nous des soupçons irritants; il nous a voués, autant qu'il l'a pu , au mépris et à la haine des hommes irréfléchis. Maintenant, il voit qu'il a compromis un moyen indispensable de moral isation et même de gouvernement chez un [)cuple dont le plus gi-aiid malheur est de manquer de conscience , parce qu'il manque de foi ! Et dans la honte qu'il éprouve du mal qu'il vient de faire, il voudrait persuader à la France que c'est encore là notre ouvrage ! La France ne le croira pas, elle ne sera pas dupe à ce point en présence de l'univers , qui a les yeux fixés sur elle.

Mais ce mal est-il donc sans remède? Le seul remède au mal, c'est un changement complet de système. Nous voulons bien, pour le passé, oublier l'injure publique que l'on nous a faite, le tort qu'on a voulu nous faire, quand nous n'avions, de notre côte, rien fait contre le i)Ouvoir, quand nous voulions tout faire pour lui; mais jtour l'avenir, nous demandons :

1' Que I on cesse de nous oalonniier en nous signalant comme les ennemis des libertés publiques, quand on sait très-bien que nous ne voulons ni ne pouvons Tétre ;

2" Que Ton propose pour l'enseignement au moins un connnencement de liberté; et que pour cela les propositions soient au moins conformes à ce que nos lois ont de libéral, et non pas à ce (pfelles ont d'oppressif.

Le développement rapide de cette dernière pensée sera la conclusion, et, pour le gouvernement, la partie pratique de notre quatrième Examen.

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