‹ Liberté d'enseignement (volume 2)Chapitre 40 sur 76 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

in gouvernement rationaliste ne peut avoir aucun droit I cgi lime, ni de direction, ni d'action sur un enseignement que l'on veut maintenir dans les principes (le la Religion révélée.

Les partisans du monopole ont cru forlifier considérablement leur position en disant partout et toujours : F Université, c'est l'État enseignant.

Les défenseurs de la liberté d'enseignement ont cru , de leur côté, jeter quelque jour sur la question en demandant que l'Université fût un corps dans TEtat, et non pas l'Etat lui-même.

Ces distinctions sont plus subtiles que réelles, plus ingénieuses qu'utiles. Un corps entièrement composé, rétribué, formé, dirigé par l'Etat, sera toujours fait à l'image de l'Etat; il sera toujours l'Etat lui-même, agissant dans un certain rayon et dans une certaine spécialité. Si lElat n'a pas de religion, ce corps n'en aura pas davantage. Pour montrer le peu d'importance

que nous attachons à ces subtilités superficielles , et aussi pour simplifier la discussion principale , nous prenons la définition de nos adversaires : nous admettons que l'Université est l'Etat enseignant, et cela posé, nous disons hauieuîent que l'Etat étant essenliellement rationaliste, il nous est impossible de lui reconnaître le moindre droit de diiiger souverainement l'éducation des enfants que leurs familles veulent élever dans la religion révélée.

En elTet, remarquons bien ici que les familles qui composent la France ne se sont aucunement mises, en 1830, dans la position prise par le pouvoir qui la gouverne. Le poilvoir a quitté toute religion , mais les familles ont gardé chacune la leur. 11 importe peu d'examiner si lous les membres de ces familles sont fidèles h tous les devoirs de leur culte , il suffît de savoir que presque tous les remplissent aux grandes époques de leur vie, et surtout, en fait d'éducation, il suffit de constater que, à part un trèspelil nombre, toutes les familles veulent pour leurs enfants une éducation religieuse.

Or , est-il possible de ne pas voir que cette éducation religieuse, c'est-à-dire piocédant du principe d'une religion révi'lée, ne peut pas ètie donnée par une autorité qui , en elle-même et pour elle-même, exclut formellement ce principe?

C'est le Rationalisme, c'est un Rationalisme organisé, sysl('matique, qui ose se charger seul d instruire de jeunes chrétiens, d'élever des générations catholiques, et qui ose dire, en s'en emparant : c'est mon dioil! Vraiment! un jour la postéi ité aura peine à le croire , et il faut l'incroyable inattention dans laquelle on a le soin periide d'entretenir la France à laide de toutes les préoccupations matérielles et de toutes les passions égoïstes, il faut ce tourbillon dissipant qui ejiiporte tous les esprits loin de toute réflexion sérieuse, pour qu'un tel désordre puisse sètre naturalisé parmi nous.

Supposez donc qu'au lieu d'un corps enseignant ce fût une réunion d individus qui vinssent, parle fait d'un cintrai privé, fonder dans une ville exclusivement catholique un vaste collège; et supposez qu'avant l'ouverture de cette nouvelle maison on publiât un programme ou prospectus conçu à peu près en ces termes : « Les fondateurs-propriétaires -directeurs du « collège de *** déclarent que tous les cultes « leur sont parfaitement indifférents, attendu « qu'eux-mêmes n'en professent aucun. Toute- «< fois, les familles chrétiennes n'ont aucune « inquiétude à concevoir pour la religion de « leurs enfants dans ledit collège; car, bien que « l'autorité supérieure y soit purement et sim- « plement rationaliste, chacun cependant sera

« libre dy vivre selon sa conscience et de s'y « mettre en rapport avec l'aumônier, lequel, « il est vrai , sera sous la dépendance absolue « des fondateurs - directeurs - propriétaires, a mais le tout sans aucun préjudice des heureux « fruits de son ministère. »

Ne trouve-t-on pas que déjà ce programme pourrait passer pour quelque insulte faite au bon sens public ; et pense-t-on que beaucoup de familles vraiment chrétiennes voudraient s'y laisser prendre ?

Mais pour rendre cette comparaison plus complète, supposons qu'une fois que ces messieurs , hautement et formellement rationalistes , auraient ouvert leur collège ; qu'ils en auraient eux-mêmes réglé les exercices , choisi les livres, déterminé l'enseignement, conformément à leurs opiuions personnelles ; qu'ils y auraient fondé des examens et des grades ; supposons qu'alors une autorité supérieure vînt obliger toutes les familles chrétiennes de la ville à y envoyer leurs enfants. Peut-on dire qu'il n'y aurait pas dans cette contrainte une douloureuse et criminelle violation des droits les plus sacrés de la conscience et de la Religion?

Mais ce n'est pas tout : s'il arrivait que cet incroyable renversement de tous les droits s'opéiàt dans \m ]»ays libre , et si ce|)cndant

alors les plaintes des familles, les réclamations des ministres de la Religion étaient signalées par raiitorité séculière comme des attentats à la tranquillité publique , et si , pour coudrier la mesure, cette autorité despotique qui forcerait toutes les générations adolescentes et chrétiennes à se jeter à la discrétion d'un Rationalisme systématisé, si cette autorité prétendait par là ne rien exiger de contraire , ni aux intérêts de la foi, ni à la liberté d'enseignement : nous le demandons, y aurait-il danslem.onde entier un langage assez énergique pour flétrir tant de cruauté , d'impiété et d'hypocrisie combinées ?

Cependant , n'est-ce pas identiquement là que nous en sommes? Et les craintes immenses, et les dangers imminents , incessants , inévitables qui résulteraient pour une jeunesse toute catholique, d'une éducation donnée sous la direction suprême, sous l'omnipotence fatale d'une société d'hommes personnellement dépourvus de toute religion , ne doivent-ils pas être absolument les mêmes pour une éducation imposée et dirigée par un pouvoir essentiellement dépourvu de toute croyance et de tout culte ? A ces raisonnements si péieniptoircs, on répond que cette position faite au pouvoir civil par la constitution du pays est vraie en théorie , mais non pas en pratique, et que spécialement

l'Université agissant au nom de l'Etat, quoique rationaliste au fond , est très-religieuse dans ses actes.

Comment , PUniversilé est religieuse ! Mais on n'est pas religieux en général. Ce mot n'a pas de sens. On est religieux dans ses actes quand on professe telle ou lelle religion. Or, l'Université, aussi bien que l'Etat qu'elle représente, n'en professe aucune. Pourquoi revenir sans fm sur une proposition qui ne supporte pas le plus léger doute?

Mais , dit-on , la constitution intime de l'Université n'influe aucunement sur ses actes. Quoique indifférente par nature à toutes les religions, elle les protège toutes avec le plus grand soin.

Admirable et rassurante protection que celle de l'indifférence absolue ! Nous voudrions bien savoir si vous oseriez dire aux Ainiilles : « L'Uni- « versité est parfaitement indifférente à tous « les légimes d'hygiène. Elle fournit aux en- « fanls les moyens de se nourrir et se traiter « chacun à leur manière , selon les méthodes « les plus empyriques et les plus conlradic- « toires, ce qui n'enq)èche pas que l'Université « ne porte un tendre et pateinel intérêt à la fl santé de ses enfants ! »

Ou affirme que la constitution de l'Université n'iiilluc aucunement sur ses actes , et que ,

27 — tonte rationaliste qn'elle soit au fond , elle est cependant très- religieuse dans ses discours et sa conduite.

Il faut l'avouer , s'il en était ainsi , ce serait un phénomène bien miraculeux. Autant vaudrait-il dire quun arbre dont la sève renferme exclusivement le principe de fruits amers et vénéneux ne produirait cependant que des fruits doux et salutaires.

Mais malheureusement pour l'Université ^ Dieu n'a pas fait ce miracle en sa faveur : il en est d'elle comme de tout ce qui agit en ce monde , ses actes répondent à sa nature , les faits sont là pour le constater.

Vous dites que l'Université est toujours trèsreliûieuse dans ses discours. — Pour nous catlioliques, comme pour les protestants, pour les juifs et même pour les mahométans , un langage religieux , c'est un langage de foi , il n'y en a pas d'autre , autrement ce serait le langage de la raison , qui peut bien sans doute avoir son mérite, mais qui est tout à fait distinct du langage de la Religion révélée.

L'Université parle donc le langage de la foi? Mais la foi se trouve dans l'ordre surnaturel , et nous avons vu que lUniversité, comme partie de l'Etal , est sortie de cet ordre d'idées, qu'elle y est étrangère , qu'elle ne le connaît plus ; d'ailleurs la foi s'énonce par des formules abso-

lues , elle consiste dans des croyances exclusives de tout ce qui leur est contraire , et l'Université ne peut être , en fait de doctrines religieuses , ni exclusive , ni absolue.

Mais j dites-vous , l'Université est religieuse dans ses discours , en ce sens qu'elle ne parle jamais de la Religion que d'une manière trèsrespectueuse. — La question ainsi réduite est déjà bien changée ; car l'homme le plus formel- Jement incrédule pourrait , pour des raisons même de simple convenance , ne parler de la Religion qu'avec un profond respect ; et cependant si son incrédulité était notoire, une famille chrétienne ne voudrait certainement pas lui confier l'éducation de ses enfants.

Quoi qu'il en soit , voyons si du moins il est vrai que l'Université ne s'écarte pas de ce langage respectueux pour la Religion.

Comme il ne s'agit ici que du corps enseignant pris en lui-même et dans son ensemble, nous voulons bien ne parler ni des blasphèmes du Collège de France , ni des prétentions sacrilèges des cours de philosophie éclectique , ni des opinions anti-catholiques qui s'expriment çà et là, nous en avons la certitude, depuis la grande école normale jusque dans les classes inférieures. On nous répondrait que ce sont là des torts individuels, dont le corps n'est pas toujours responsable; nous voulons donc bien ne

menlionnor ici ces laits que pour mémoire , et ne raisonner que sur le langage officiel tenu par le corps universitaire lui-niènie.

Ce langage est-il respectueux pour la Religion révélée? peut-il l'être ?

Qu'on veuille bien le remarquer : le respect du langage, en fait de Religion, consiste beaucoup plus dans le sens des paroles que dans leur eupbémisme : un blasphème exprimé dans les termes les plus honnêtes est toujours une insulte grave faite h la Religion.

Il ne s'agit donc pas d'examiner les ménagements plus ou moins habiles que rUniversilé s'efforce de mettre dans son langage prétendu religieux, il s'agit de voir clairement et nettement ce que ce langage officiel signifie au fond.

Le blasphème le plus audacieux , le plus insultant , le plus destructeur qu'il soit possible même à l'enfer de prononcer contre la Religion révélée , c'est de dire qu'elle est une pure opinion. Une fois ce mot admis , la Religion n'est plus qu'une invention humaine , et dès lors elle ne peut plus ni imposer aucun devoir , ni enchaîner aucune passion , ni promettre aucun avenir, ni former, ni garantir aucune conscience; ce n'est pas là seulement une bièche , ce n'est pas seulement un dommage liiil à la foi , c'est la destruction , c'est l'anéantissement total de la Religion elle-même,

puisque c'est la négation formelle du principe révélé.

Eh bien, cette négation, qui est sans contredit l'injure la plus mortelle qu'il soit possible de faire h la foi chrétienne, ne se liouve-l-elle pas intrinsèquement, nécessairement et légalement dans le langage de TUniversilé, toutes les fois qu'elle traite de matières religieuses? Ne lui est-il pas impossible, dans ses actes officiels, de considérer la religion autrement que connue une opinion libre? Et la raison de celle impossibilité, n'est-ce pas que l'Université enseigne au nom de l'Etat , et que l'Etat est forcément rationaliste? Comment dire après cela que le langage de TUniversité est respectueux pour la religion?

Que peuvent tous les prestiges de la phraséologie adminisUative et parlementaire pour dissimuler cette pensée dominante, habituelle, essentielle à tout le système.

Vous dites, mais l'Université reste étrangère h celle question.

L'Université ne pourrait y rester étrangère qu'on ne s'occupnnl aucunement de religion* ; mais elle alïccle au contraire de s'en occu|)er pour se donner du crédit et pour attirer la con-

* L'IJnivpisilé ne itcut rester <^lr insère à la religion révélée, comme elle le doit, qu'en donnant la liberté de conscienrc comme nous la demandons.

fiance. Or, dès lors quVllo s'en occupe , qu'elle en parle, qu'elle en traite, il est impossible qu'elle ne donne pas d'abord une idée quelconque de ce dont elle parle. Que la définition en soit précise ou générale; qu'elle soit contenue dans une courte formule, ou quVUe résulte de tout l'ensemble du discours , il n'importe , celte définition y existe nécessairement. Eb bien! 1 Université par elle-même el pour ell-mème définit-elle la Religion un dogme ou une opinion ? Et, supposé que des enfants n'entendissent, pendant tout le cours de leur éducation, que le langage vraiment et rigoureusement universitaire, en sortiraient-ils croyants, ou en sortiraient-ils rationalistes? Nous laissons au bon sens public à faire la réponse.

Mais aussi , dites-vous, l'Université s'abstient de professer auprès de la jeunesse un système quelle ne peut nier, mais sur lequel elle peut garder le silence.

Etrange précepteur, qui est obligé de dissimuler à tous ses élèves sa doctrine la plus fondamentale , celle qui fait sa vie , celle qu'il nourrit au fond de ses entrailles, comme le ]>rincipe de sa propre existence !

Mais s'il est vrai , comme vous en convenez, que le [>rincipe dont vous vivez est (ellement funeste à la foi que vous êtes obligé de le cacber soigneusement , sous peine de scandaliser

les enfants chrétiens et de soulever d'indign.!tion toutes les familles religieuses, n'est-il pas évident que vous ne pouvez en aucune manière nous imposer ni votre éducation ni votre enseignement, et que vous devez nous laisser, pour l'une et pour l'autre , la liberté que nous réclamons.

L'Université sVbstient de traiter la Religion révélée comme une simple opinion! Eh bien! non , vous n'aurez pas même cette pauvre défaite; non, elle ne s'en abstient pas; non, l'Université ne s'abstient pas de propager autant qu'elle le peut le Rationalisme d'après lequel elle est constituée.

Nous en avons pour preuve le système entier et de ses règlements, et de ses études , et de ses programmes , et surtout des livres qu'elle approuve et favorise le plus.

Quel est ce système ? Vous en convenez vousmêmes, vous le proclamez, vous vous en faites gloire : c'est un système de fusion entre tous les cultes. Mais est-ce que celte fusion, comme vous l'avez conçue, n'est pas évidemment impossible sur le terrain de la foi ? Est-ce qu'elle ne consiste pas à retrancher peu à peu de l'enseignement tous les dogmes (|ui se contredisent réciproquement dans les dilférents cultes, et (jui , par cela même, résistent à votre projet de fusion et d'uuilé nationale ? Est-ce qu'il ne tend

pas à borner tout renseignement religieux à je ne sais quelle morale naturelle dépourvue de toute sanclion et de toute intervention divine?

Oserez-vous bien dire que ce n'est pas là votre tendance, que ce n'est pas là l'objet de vos ardents désirs et de vos constants efforts ? Et si vous ne marchez pas plus vite dans cette voie, si , par exemple, vous ne retranchez pas immédiatement tous les livres où sont enseignés des dogmes précis et des croyances exclusives , n^est-ce pas uniquement pour ménager les habitudes invétérées des familles religieuses et les réclamations gênantes du clergé catholique?

Eh bien! qu'est-ce que cela? Qu'est-ce que cette tendance continuelle, ardente, infatigable, sinon l'enseignement pratique, sinon l'action patente et le travail incessant du Rationalisme?

D'ailleurs, qu'est-il besoin de chercher des preuves à cette vérité, quand elle se trouve avouée et proclamée dans la profession de foi la plus notoire de TUniversilé?

En effet quel est surtout le résultat social que ce corps enseignant revendique comme son œuvre, et pour le présent, et plus encore pour l'avenir? N'est-ce pas de former tous les jeunes Français à l'image de l'Etat? Et, lorsque l'on parle ainsi n'a-t-on pas surtout en vue les convictions et les habitudes? N'est-ce pas à dire (jue l'on prétend rendre tous les Fran-

çais, considérés dans leur personne, croyants comme l'Etal, lolihanls comme l'Etat, religieux comme l'Etat?

Mais qu'avons-nous vu? Que la religion de l'Etal consiste h n'en avoir aucune ; sa croyance à ne rien croire comme de foi ; sa tolérance à rester indifféienl à toute es[)èce de culte. Et c'est sur ce modèle que vous vous vantez de former nos enfants ! Et c'est là, de votre aveu, le principe, le fond, le but de tout votre système ; et vous affirmez néanmoins que ce système n'a rien d'irréligieux, qu'il ne tend pas à mettre la religion divinement révélée au nombre des opinions humaines! Et, quand nous disons que la domination universelle de ce système serait la ruine de la foi, vous proclamez que nos appréhensions ne sont que d'indignes calomnies , et nos demandes de liberté des prétentions intolérables !

Vous voulez former tous les Français à l'image d'un étal sans culte? Mais n'est-ce pas dire que vos travaux et vos vœux tendent directement à ce qu'en France il n'y ait pas plus de religion pour les individus que pour le gouvernement, pai- conséquent, à ce qu'il n'y en ait plus d'aucune manière et pour persoime !

Et vous voulez que ceux qui ont vraiment dans le cœur des convictions religieuses ne vous démasquent pas avec effroi et ne vous repoussent

pas avec éneigie! Et vous voulez que ceux qui croient aux iiilérêls immenses qui se rallachenl à la Religion , et pour maintenant et pour toujours , vous voient en silence poursuivre sans relâche l'exécution d'un plan dont le but inévitable est de tarir cette source unique de tout bonheur piésent comme de tout bonheur futui?

Mais vous vous êtes donc imaginé que la foi à la révélation divine n'existait plus dans ce monde ? Vous avez donc pensé que la Religion n'était plus à nos yeux , comme aux vôtres , qu'une forme vide et menteuse, bonne à mettre en œuvre pour maintenir les peuples , mais sans réalité au fond ; de telle sorte que le sacerdoce catholique ne serait plus qu'une simple magistrature morale , exclusiveaient au service du pouvoir, comme toutes les magistraturesciviles?

Eh bien, sachez qu'il n'en est pas ainsi : sachez qu'il y a aujourd'hui encore, dans ce royaume de Charlemagne et de saint Louis, quarante milles prêtres, et derrière eux plusieurs millions de catholiques, qui croient à la parole révélée de Dieu autant et plus qu'à leur propie existence : sachez que pour ces millions de catholiques, comme pour ces milliers de prêtres, celte parole de Dieu est au-dessus de toutes les paroles et de toutes les volontés humaines quelles qu'elles soient, et qu'ils seraient tous avec le secours de la grâce prêts à confes-

ser et à défendre leur foi, s'il le fallait jusqu'au liiarlyre. Tenez-vous-le pour dit.

Vous voulez former tous les Français à rimage d'un Etat sans croyance et sans culte! Imprudents! connnent ne voyez- vous pas que ce serait travailler à la ruine de l'Etat luimême, dont vous vous dites les plus ardents défenseurs. Comment ne comprenez- vous pas qu'un Etat dépourvu, comme pouvoir, de cul le et de croyance ne peut se soiUenir que par les croyances religieuses des individus qui le composent, et que du jour où les peuples ne seraient pas plus religieux qu'un tel gouvernement tout serait perdu. La raison n'en est-elle pas bien simple et bien facile à formuler? Sans principe religieux point de morale, du moins point de morale efficace et pratique, sans morale point de conscience, sans conscience point de frein ; et quand tout un peuple en est là, ])oint de gouvernement, point de société possible : voilii donc ce que vous voulez, puisque cVst Là que mène irrésistiblement le Rationalisme?

Et du reste, déjà l'expérience n'est-elle pas venue «lepuis longtemps à l'appui du raisonnement ?

11 faut bien le reconnaître et nous permettons à l'Université de s'en faire gloire : nous avons déjà parmi le monde un certain nombre d'bommes façonnés ainsi à l'image de l'Etat ; des hom-

mes nayanl ni cioyances , ni culte , et par ceJa même ni morale, ni conscience. Eh bien ! ne saperçoil-on pas de leur action fatale sur la société : Et cette corruption systématique, et cet égoïsme ellronté, qui se jettent au travers de toutes les opérations constitutionnelles et souvent même de tous les actes administratifs du pays ne sont-ils pas leur ouvrage?

Et si, au contraire, ilse trouve encore parmi nous quelques contre-poids à cette influence désorganisatrice, ne yient-il pas uniquement de ceux à qui les idées religieuses font comprendre qu'il y a des devoirs publics auxquels on doit sacrifier ses calculs personnels?

Or, que voulez-vous avec votre principe universel, absolu, inévitable d'une éducation à l'image de l'Etat, sinon arracher les derniers restes de ce sel divin qui préserve encore la société d'une dissolution complète? Et pom* mieux faire comprendre ici notre pensée par un exemple, remarquons et constatons que s'il y a encore quelque morale, quelque délicatesse, quelque vrai dévouement en France, c'est surtout grâce à l'action du sexe qui est partout le plus faible, mais qui se trouve être parmi nous le plus religieux '. Les mœurs se sont géné-

1 C'est une très-grande erreur de croire que les femmes soient par leur nature plus portées que les hommes aux sentiments de religion et aux œuvres de piété. Dans les pajs où les hommes sont

ralement maintenues pures en France parmi les femmes, parce que les croyances religieuses s'y sont jusqu'ici conservées assez entières ; et les croyances se sont ainsi conservées parmi elles parce que l'éducation donnée par TEtat, donnée à l'image de l'Etat, ne les a presque pas encore atteintes.

Est-il vrai que vous travaillez à l'aire pénétrer la main desséchante du monopole au milieu de ces plantes délicates et fertiles? Est-il vrai que vous voudriez soumettre tout ce sexe pieux et timide à l'action immédiate, aux intluences exclusives de votre enseignement sans croyance et de votre gouvernement sans culte. Eh bien ,

élevés tout-à-fail chrétiennement, en Italie > par exemple, cl notamment à Rome, les hommes sont au moins aussi pratiquement pieux que les femmes. Et, pour le dire en passant, il n'est pas vrai que l'Église appelle les femmes le sexe dévot. Quand PÉglise prie la Bienheureuse Vierge Marie, pro devoto fœminco scoctt, ellevéïit dife le sexe qui est spécialcmenl dévoué à la mère de Dieu , parce que, en eUet, c'est en Marie que ce sexe fragile a clé réhabilité , et qu'il a égalé , sinon quelquefois surpassé l'autre sexe par la perfection de ses sentiments et la sublimité dé séfe vertus.

Mâife il est faui qu'il y ail dans la nalure de la femme une pro- I>eh3ion ou une aptitude pour les choses de Dieu qui ne se lrou\craienl pas dans celle de l'homme. L'infériorité honteuse et laincutable où se Iroutent les hommes de ce côlé lienl siirloul cl priiiiilivëlhcht k ri*duc'âtioh qil'ils ont reçue; elle llchl ensuite aU» li.ibinides, aux lectures, au\ iiiflueiiccs qui sont la siiile de ce'lc édiltnlion.

Nous cnnjiirons nos lecteurs de ne pas perdre de vue celle ob- Éèrvatlrtn, ijui fon-^iaie un fait immehsc

nous osons vous le dire, s'il en était ainsi, vous ne seriez pas seulement les ennemis de la Religion, vous seriez les ennemis les plus mortels du pays, et votre nom recevrait un jour, moins encore les anathèmes de l'Eglise que les malédictions de la France.

Résumons-nous. Le gouvernement ne peut avoir la direction suprême de l'éducation sans la pénétrer des principes qui le constituent luimême. Cette vérité évidente en théorie est d'ailleurs avouée par les partisans du monopole,, qui prétendent que le gouvernement doit s'emparer de l'enseignement pour former tous les Français à son image, dans l'unité naîionale.

Or, un des principes constitutifs de notre gouvernement actuel, c'est de n'avoir ni croyance, ni culte.

Donc l'effet direct, constant, inévitable de l'éducation exclusivement donnée ou dirigée par l'Etat, serait de former des générations sans culte et sans croyance. L'expérience des faits est déjà venue au besoin confirmer ici l'exactitude rigoureuse de cette effroyable conclusion.

En d'autres termes :

Un pouvoir essentiellement et notoirement rationaliste ne peut donner qu'une éducation tendant irrésistiblement au Rationalisme.

Or, le Rationalisme est la négation, et parconséquent la ruine de toute révélation :

Donc, la direction universelle et suprême de l'éducation par lElat, tel qu'il est constitué en France, tendrait directement à la ruine de la Religion révélée.

Donc, dire (ju'aujourd'liui en France l'enseignement api^arlient h TElal, c'est en même temps et une attaque à la loi et une insulte au bon sens.

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