CHAPITRE IV
Lo monopole de l'enseiijmmcnl Icnd à remplacer rjùjlisr par /TnivcrsiU' rationaliste.
Nous conjurons les hommes religieux qui peuvent occuper des postes dans l'Université , qui peuvent même lui être agrégés et participer h son gouvernement suprême , de ne rien piendre pour leur propre personne dans celte proposition. Ils peuvent , pour des raisons diverses et par suite de circonstances impérieuses, faire partie d'un corps dont ils ne partagent pas les doctrines intimes et les tendances générales dans leur conscience individuelle. Nous repoussons donc ici , comme nous l'avons fait dans nos précédents écrits, toute personnalité, quelle qu'elle soit, pour nous borner à l'appréciation morale d'une institution publique considérée en elle-même , ce qui est certainement dans notre droit constitutionnel.
Pour prouver que le monopole de l'enseignement entre les mains du Gouvernement de 1830 tend à remplacer l'Eglise par l'Université rationaliste , il suffit de faire voir 1" que le corps universitaire a été dès le principe constitué , autant que possible, sur le modèle hiérarchique du sacerdoce catholique ; 2" que ce corps enseignant fonctionne aujourd'hui nécessairement au profit du Rationalisme.
Or rien n'est plus facile à démontrer que ces deux points.
1° L'homme supérieur suscité par la Providence pour réparer en France , il y a un demisiècle , les ruines immenses amoncelées par l'anarchie , avait à un trop haut degré le génie du despotisme pour ne pas vouloir tenir sous la domination de sa triomphante épée la Religion même à laquelle il rendait extérieurement son libre exercice. Et du reste, il était secondé dans ce projet superbe non-seulement par l'impulsion impie des septembriseurs qu'il avait peine à contenir , mais aussi par les préventions gallicanes qui régnaient alors presque sans contrôle dans les âmes d'ailleurs les plus sincèrement chrétiennes. Portalis , sur ce point , lui prêta donc son concours , tout aussi bien que Carnot.
Mais h défaut des anciens parlements dont les [(rétentions turbulentes n'avaient pas été
moins funestes au trône qu'à l'autel, Napoléon injagiiia rUniversilé pour en faire une sorte d'église laïque qui tiendrait en échec et dominerait au besoin le sacerdoce de Jésus-Christ. El c'est en effet sur ce plan et d'après cet esprit que l'Université se développa.
Que l'on nous permette de faire voir en détail jusqu'à quel point l'Université est calquée sur l'Eglise catholique. Ce parallèle pourra paraître d'abord un vain jeu d'espiit ; mais nous pensons qu'on le trouvera très-réel et très-sérieux quand on aura fini la lecture de ce chapitre.
L'Université a pour chef supérieur son Grand- Maître , ministre de l'instruction publique ; pour concile permanent chargé de prononcer sur les doctrines et sur les livres , son conseil royal ; pour pasteurs du premier ordre , ses recteurs; pour cours d'enseignement supérieur équivalant à nos cours de théologie , ses facutés ; pour pasteurs du deuxième ordre, ses proviseurs, ses principaux , ses censeurs , ses professeurs en tout genre ; pour ministres inférieurs , ses maîtres d'étude et ses instituteurs primaires ; enfin, pour sacerdoce, toute sa hiérarchie organisée et complète se rattachant, comme dans TEglise catholique, à l'unité d'un chefsupréme '.
1 Nous ne voulons rien admettre dans ce rapprochement qui i\q soit grave et fondé. C'est pourquoi nous nous contenterons de
Ce n'est pas tout : indépendamiuent de la iilérarchlo d'ordie , on a établi , qui le croirait? un hiérarchie de juridiction, et ce mot est devenu universitaire. On a même fixé les cas de compétence et les cas d'exemption^. Et pour que l'ien ne pût échapper à cet immense réseau d'une sorte d'église laïque , pour que surtout l'Eglise de Jésus-Christ pût au besoin y devenir servante et captive , On a rangé le prêtre catholique comme tel dans la file des fonctionnaires officiels de l'Etat : on l'a placé entre le proviseur et les professeurs du premier ordre, auxquels il est formellement assimilé - ; de même que l'on a renfermé les facultés de théologie dans le cadre des études légales , avec les facultés de droit et de médecine \
dcmaudcr ici , par forme de simple observation , pourquoi l'on a donné aux dignitaires de l'Université la couleur violette, qui dans rÉglisc est réservée aux Évoques? Le costume de ces dignitaires est ainsi déterminé par le décret du 31 juillet 1 809 : « Simarre de soie « violette, ceinture pareille avec glands d'or, robe pareille bordée « d'hermine, toque violette bordée en or, cliausse violette, etc..» Nous demanderons ensuite pourquoi Ton a réglé, par Part. I" du décret du 17 septembre 1808, que le grand-maître prêterait serment à la chapelle avec le même cérémonial que les Archevêques?
* Voir le Code universitaire, titre X, juridiction.
- L'aumônier est assimilé pour le rany aux professeurs de premier ordre. (Règlement du 19 septembre 1809, encore en vigueur aujourd'hui. j
•* // // aura dans l'Univcrsilc cinq ordres de [(tcuUrs , des fin iiUi's de théologie, des facultés de droit , des facultés de médecine, etc. (Décret du 17 mars 1808, art. 6.)
Assnrémpnl voilà l)ien déjà do quoi jeier riniiuiéliulc dans l'àiiie de tout lionimc qui met le règne de Dieu au-dessus du règne de César.
(j^pendant on n'en est pas resté là. Pour- former eiilièreinent le corps universilaiie sur le modèle de l'Eglise, il ne sufïisait pas de l'organiser en pouvoirs hiérarchiques, il fallait encore lui donner le droit d'avoir ses doctrines et celui de les imposer. Aussi c'est bien ce que l'on a fait.
On a décrété que les livres d'enseignement seraient tous exclusivement déterminés par le conseil royal \ Ce décret n'a pas cessé un instant d'être en vigueur ; or il est inutile de faire remaïquer qu'en déterminant les livres on règle par cela même les doctrines. D'ailleurs on a ordonné formellement que les doctrines de l'Université seraient seules enseignées , nonseulement dans ses pro{)res collèges, mais jusque dans les institutions privées , au point que le grand-maître a le droit de fermer une pension quand on y enseigne des principes contraires ;j ceux que professe l'Université'^ ! Nous
1 DtVret (lu 17 mars 1808, art. 80. Cet article est exécuté cliaqiie année par des arièlés spéciaux du Conseil royal, délerminant le calalopue des livres d'enseignement.
2 Décret du l'I novembre 181 I, art. 'i?. — Les termes de l'art. 64 sont bien plus redoutables encore, à raison du vague (]u''on leur a laissé. Il y est dit : «Tout maîirc de pension qui iV't-ar-
le demandons, n'est-ce pas là un véritable droit d'excommunication ?
Voilà donc bien l'Université constituée légalement dans les mêmes conditions que l'Eglise de Jésus-Christ; et, de plus, pour le résultat matériel, il y a cette différence que le pouvoir de l'Eglise est purement moral , et qu'aujourd'hui , surtout en France , elle n'a pour soumettre à ses enseignements aucun moyen coërcilif, ce que assurément nous ne regrettons pas ; tandis que l'Université, qui est lElat, a dans sa main tous les moyens possibles de contrainte absolue \ et l'on sait comment elle en fait usage. Elle ne dit pas tout à fait comme le prophète du Koran : Crois ou meurs ; mais elle dit à tous les enfants de la France : « Vous mangerez le pain de mes « doctrines , ou bien toutes les carrières soft ciales vous seront fermées ; » en d'autres termes : « Vous croirez en moi ou bien vous « serez des parias. »
11 est donc bien évident que l'Université est dans l'Etat comme une sorte d'église laïque
tera des bases d'enseignement prescrites par les lois et règlements sera puni par la suspension de ses fondions, etc..»
1 Toute la législation universitaire met à la disposition immédiate du grand-mailre el môme des recteurs toutes les ressources et tous les ajients de la force publique. ( Voir entre autres le idérrei du 1"> novembre 1811, art. 54 et suiv.)
chargée de tout renseignement , et que celle liiëiar( lîie universitaire si forleinent organisée, si puissamment appuyée , esl légalement trèssupérieure au sacerdoce calholique «, aussi bien qu'aux autres hiérarchies religieuses, qui toutes sont comprises cou)me des détails dans le plan de rUniversité enseignante, et, comme tels, soumises à ses lois.
Or , après ce que nous avons exposé , est-il nécessaire de demander pour quel pouvoii' et pour quelle doctrine ce sacerdoce fonctionne depuis 1830?
2" Quelles que fussent au fond les convictions religieuses de l'homme étonnant qui fonda l'Université impériale , il est certain qu'extérieurement du moins, et surtout dans le principe , il ne voulait dominer la Religion qu'à la manière de Louis XIV, c'est-à-diie sans cesser de faire profession dobéissance à ses lois. De même il voulait que son Université pût au besoin résister à l'Eglise , mais tout en restant
^ Cest peut-être ici le lieu de faire remarquer que le traitement du clergé catholique, qui n'est qu'une indemnité et qui d'ailleurs est prescrit par le concordat et par la charte, se trouve cependant soumis chaque année au vole toujours incertain des chambres; tanilis que rutiiversité, indépendamment des crédits énormes et toujours croissants qui lui sont annuellement appliqués, possède un apanage de 1,400,000 fr., qui lui a été attribué par décret du 24 mars 1808, et dont elle n'a pas cessé de jouir.
— ()0 — légalement dans son sein. Et c'est pour eela ({ne, par l'article 17 de son décret constitutif, il ordonna formellement que toutes les écoles de l'Université prendraient avant tout, pour base de leur enseignement , les préceptes de la Religion catholique, apostolique et romaine.
Mais aujourd'hui cette base de l'enseignement est-elle admise, est-elle même admissible? n'est-elle pas devenue absolument inconstitutionnelle? Navons-nous pas démontré que l'Université ne peut avoir en propre comme corps enseignant d'autres doctrines que celle de la pure raison placée en dehors de la foi?
Donc quelle que soit la droiture des intentions individuelles , quels que puissent être même les efforts du gouvernement pour résister aux résultats de sa propre position , il est évident que ce corps dont nous venons de tracer la redoutable hiérarchie, est obligé par l'empire de sa nature conslilulive et légale de fonctionner au prolil du Rationalisme et conséquemment pour la ruine des doctrines que le Rationalisme exclut, c'est-à-dire de toutes les doctrines révéh'es, spécialement des doctrines catholiques.
Ne dites pas que nous exagérons les conséquences de votre position. Ces conséquences, nous j>ouiiions les démontrer en mill<' ma-
nièros', mais nous n'avons ni^Mno pas besoin do les déduire : elles se trouvent dans le texte même de vos lois disciplinaires. Vous avez réglé que toute pension où l'on enseignerait des principes contraires h ceux de l'I niversilé serait fermée, et si l'Etat a le droit de diriger l'enseignement, cette disposition est parfaitement légitime, 'elle est même de rigueur.
Mais , veuillez le remarquer, les principes catholiques sont certainement, sur beaucoup de points'essentiels, contraires à ceux de l'L'niversité rationaliste. On peut même dire que pour tout ce qui regarde la foi, ils sont incompatibles avec eux. Donc vos règlements les plus essentiels, ceux qui tiennent le plus intimement à votre nature vous portent irrésistiblement h faire fermer, quand le temps en sera venu, toute institution catholique, à faire interdire tout enseignement catholique, à faire repousser toute influence catholique.
Maintenant, prêtres catholiques, gardons le
1 Nous en avons, entre autres , une preuve bien évidente dans la sympathie de tous les ennemis de TÉglise pour Tomnipotence de l'Université. Comment se fait-il que les démocrates, qui saisissent d'ailleurs toutes les oecasions et cherchent tous les moyens d'aOTaiblir le gouvernement comme pouvoir central, soient unanimes pour le forliiicr outre mesure du côté de son action sur renseignement, sinon parce quMls savent que celte action tend, par sa nature rationaliste, et indépendamment de toutes les volontés particulières, à la ruine des croyances révélées.
silence : laissons so fonder, se fortifier et s'étendre cette église laïque du nouveau Dieu qu'on appelle l'Etat; laissons-la recevoir, sans résistance et sans réclamation, la consécration du temps : laissons les peuples s'hal/ituer à croire en elle, comme précédemment ils croyaient en lEglise catholique c'est-à-dire à recevoir avec une pleine sécurité de conscience les livres et les doctrines [)ortant l'approbation non d'aucune autorité religieuse mais du conseil royal de l'Université. Laissons tous les instituteurs se peisuader de plus en plus qu'ils dépendent exclusivement et en toute chose même pour la croyance et la morale, non plus des ministres de J.-C. l'éternelle vérité, mais d'un ministre du roi, et d'un recteur qui le représente; laissons-les croire que, malgré l'improbation du prêtre, leur enseignement est toujours assez oi'lhodoxe dès lors que l'inspecteur laïque l'a déclaré irréprochable.
Faisons plus : afin de mieux abaisser le sacerdoce de J.-C. devant la hiérarchie universitaire, entrons nous-même dans les rangs de l'Université, plaçons-nous sous cette bannière de l'Etat enseignant (jui porte écrit en caractère ineffaçable Raliona/isinc : pour cela courbons nos fronts consacrés par l'huile-sainte sous les épreuves laïques du baccalauréat, donnons aux fauiilles la garantie de notre mi-
nistère sacré, en faveur d'établissements diri- £>és par un pouvoir auquel il nous est impossible de donner une religion quelconque, que les peuples voient ainsi paitout la robe du ]>ièlre mêlée et soumise à la simarre académique.
Faisons cela , et ensuite que, dans un temps donné , quand toutes ces idées laïques seront bien répandues , bien mûres , bien dominantes , il survienne entre l'Eglise et l'Etat une de ces dilficnltés graves qu'il est toujours facile à la ])olilique de susciter quand elle y trouve son intérêt, qu'il se fasse alors (hélas! que Dieu nous en préserve ! mais il faut bien prévoir des cas éventuels vers lesquels le courant des idées nous entraîne), qu'alors il se fasse une rupture entre le Saint-Siège et le gouvernen)enl français : nous le demandons , pour qui se prononcerait un peuple travaillé persévéramment , unanimement et dès le bas âge , par l'idée qu'il dépend en tout et pour tout enseignement du pouvoir laïque seul ; et si ce pouvoir était par sa nature essentiellement rationaliste , que deviendrait ce peuple ?
Nous croyons bien , et nous tenons h le redire , que ceux qui ont en mains aujourd'hui les rênes du pouvoir n'ont pas l'intention de conduire, même de loin , la France à cet abîme, mais nous sommes sûr qu'il existe parmi nous
— fii — une école influente, nombreuse, riche, ayant à sa tète des homnies Irès-habiles el très-puissants , qui veut nous conthi ire-là , et qui espère nous y condiiiie par le monopole; et nous disons que tout ce qui se fait pour l'extension du pouvoir absolu de l'Université , favorise les projets lamentables des honnncs dont nous parlons.
Ainsi , par exemple , quand vous donnez une importance si exagérée aux instituteurs primaires de nos campagnes ; quand vous les rendez légalement inamovibles ^ à côté de pasteurs des âmes et de magistrats municipaux qui ne le sont pas ; quand vous proposez ' de les rendre , par un traitement fixe el complet , tout <à fait indépendants, et de la paroisse, et de la comnmne , et de toutes les familles, savezvous bien ce que vous faites?
Vous préparez pour plus taid des ministres officiels de je ne sais quel culte , lequel , dans tous les cas , ne saurait être le culte catholique. Est-ce que déjà l'on ne commence pas à diie çà et là qu'une connnune a plutôt besoin d'un instituteur que d'un prêtre? Est-ce que nous ne voyons pas souvent nos presbytères
* On est inumoviblc quand on ne pcul (Mic dépossédé de sa place et de son litre (ju^cn vertu d'un jui-'cineiit : or, e'esl la condition priviléfiiéc (luela loi du I H juin Ibilia (aile aux insliluleuis.
2 Projclde loi présenté par M . de Sah and\ , dans la session de I S 40.
lombcr en ruines , en présence des élégantes constructions qui s'élèvent dans nos moindres hameaux sous le nom séduisant de collèges? Esl-ce que Ton n'insinue pas aux autorités municipales que l'entretien de tant de bâtiments est trop onéreux pour les communes ' ? Est-ce qu'il sera difficile plus tard de les amener à dire qu'un instituteur breveté leur suffit pour élever leurs enfants et même pour chanter leurs offices? Est-ce que d'ailleurs le protestantisme * n'est pas toujours là pour concourir sans bruit à celte transformation légale? Est-ce que Ton n'a pas déjà vu des conmmnes entières se protestantiser par le fait seul dun titre de ministre protestant donné à linstituteur communal ? Est-ce que le Gouvernement qui , au sein même de Paris , livre offîciellemenl nos sanctuaires les plus vénérés aux sectes hérétiques , se refuserait à le faire dans nos ob-
1 Une circulaire toute récente (3 décembre 18 6) de MM. les ininislrcs des cultes et de la justice, exprime un blûme positif sur le lri»p crand nombre de demandes faites par les communes i)our être autorisées à construire où à réparer les l'.glises.
^ Il y a certainement aujourd'hui encore des proicslanls consciencieux qui croyent servir Dieu selon la vérité en pratiquant leur culte, mais cela n'em|)L'clie pas que le protcsianiisme lui-même ne soit généralement aujourd'hui un instrument docile entre les mains des puissances ennemies delà foi, parce qu'il est comme un moyen de transition de la Religion révélée au Rationuliâme, dont il contient le germe dans son principe du libre examen.
genres campagnes , si le vent de l'opinion l'y poussait ?
Or, que serait-ee que ce protestantisme introduit par le monopole, sinon un pur rationalisme, légèrement et provisoirement déguisé? Voyez ce qui s'opère partout dans les contrées protestantes. Est-ce que, même sous l'empire des religions d'Etat, tout près de nous, le protestantisme, par le simple développement de son principe générateur ne se résout pas en scepticisme absolu? Est-ce qu'il ne produit pas, par sa propre fécondité , tous les genres de blasphème et de folie? Comment donc, sous la direction immédiate d'un pouvoir sans croyance, le protestantisme, devenu exclusivement pour ce pouvoir un moyen de gouvernement, ne produirait-il pas l'anarchie la [»lus complète dans toutes les questions qui se rattachent à la foi ou à la morale, à la société ou h la conscience?
Nous pourrions faire voir ici comment cette anarchie dans les croyances amène le désordre dans les mœurs-, conunent l'opinion qui autorise h ne croire qu'à soi conduit nécessairement à n'aimer que soi ; et comment de ces calculs hideux de l'égoïsme combiné avec l'affranchissement de tout frein religieux, se forment et des doctrines sauvages, comme celles du communisme absolu, et des peuples chez
qui le besoin d'assouvir leurs passions remplate loul senliinent du devoir; des peuples qui liaïsseul par instinct toute autorité qui les gouverne et toute supéi'iorilé qui les domine; pour qui les lois les plus équitables et les plus salutaires ne sont plus que des chaînes odieuses qu'ils secouent sans cesse avec violence au risque de renverser, en les brisant, la société tout entière. Et, pour preuve de ces vérités terribles , il nous suffirait de montrer l'Allemagne, se décomposant et devenant la risée du monde , sous le travail dissolvant du Rationalisme...
Mais par là nous sortirions de notre thèse, qui avait pour but immédiat de prouver qu'aujourd'hui, en France, les discussions entre l'Eglise et TEtat ne sont autre chose qu'une lutte entre le principe de la Révélation et le système du Rationalisme; que, par la nature des choses, et en dépit de toute volonté contraire, le Rationalisme se trouve identifié avec l'Etat enseignant connue la Révélation est personnifiée dans l'Eglise enseignante; que conséquemmenl tout catholique qui repousse la domination de l'Université réclame et combat réellement , comme le disaient les anciens^ pro aris et focis, c'est-à-dire pour les droits de sa conscience et pour ceux de sa famille. Voilà ce que nous avions à prouver, et voilà ce qu'il nous semble
avoir mis dans loiit son jour : il ne nous reste plus qu'à conclure en quelques mois.