‹ Liberté d'enseignement (volume 2)Chapitre 44 sur 76 · A M. LE COMTE DE SAIVANDY · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE SAIVANDY

Ministre de l'iDSlruclion pultlique.

MoNSiEUR LE Ministre

Vous avez bien voulu m'envoyer le Rapport et le Projet de loi sur rinslruclion secondaire, présentés par Votre Excellence à la Chambre des députés, dans sa séance du 12 avril dernier, et je présume entrer dans vos vues en vous faisant part des réflexions sérieuses qu'ils m'ont inspirées.

Il faut d'abord convenir que lancé au milieu des passions extrêmes et des exigeances quelquefois injustes qui agitent la société, un projet de loi , surtout en pareille matière et dans de pareilles circonstances , doit provoquer des

critiques et des récriminations qui ne sont pas toutes légitimes.

Mais aussi vous me permettrez , monsieur le Ministre, de vous faire observer que, parla multitude et la complication arbitraire de ses détails, le projet de loi dont il s'agit, en froissant presque tous les intérêts , dans le but sans doute de les ménager tous , paraît de nature à rencontrer, même de la part des hommes les plus équitables, des réclamations plus nombreuses que tous ceux qui l'ont précédé.

Cette lettre n'a pas pour but de les exprimer en détail. C'est nniquement comme défenseur de la foi catholique et comme pasteur des âmes que je l'écris, et c'est de ce côté seulement que je considérerai les inconvénients majeurs , les dangers énormes que présente pour nos consciences catholiques le projet par lequel vous croyez^ sans dotite de bonne foi, donner satisfaction aux intérêts de la justice et de la liberté, dans la question de l'enseignement.

D'autres prouveront sans peine que ce projet est une violation formelle de la Charte, en ce que , 1° il consacre la souveraine domination do l'Université, que l'article 69 avait certainement pour objet de détiuire , autrement cet article n'aurait pas de sens; en ce que, 2° il rend toute concurrence impossible , puisqu'il met id'un côté tous les privilèges et tous les pouvoirs,

de l'autre tous les obstacles et tous les genres de servitude ; en ce que , 3" il viole la liberté de conscience par plusieurs de ses dispositions principales, notamment en imposant et des livres, et des programmes, et des examens, et des examinateurs qui , surtout du côté de leurs principes, ne pourront convenir aux uns sans froisser les autres ; en ce que ï" tout lensenible du projet , depuis le premier mot .jusqu'au dernier , est uniquement appuyé sur l'arbitraire, et que l'arbitraire , surtout en matière semblable, est tout ce qu'il y a de plus opposé à nos institutions.

Toutes ces vérités ressortent, à ce qu'il me semble, de mes précédents écrits ; je ne veux donc pas y revenir, au moins pour cette fois.

Ainsi ce n'est pas comme simple citoyen , c'est comme éyêque catholique , comme chargé de défendre les intérêts de la religion catholique que j'ai l'honneur de vous écrire. La profession de cette religion sainte par l'immense majorité des Français est un fait constitutionnellement reconnu et consacré. De la reconnaissance et de la consécration constitutionnelles de ce fait , combinées avec le principe de la liberté des cultes , il résulte que le gouvernement n'a pas le droit de proposer une loi subversive de notre religion , et tel est ce-

pendant , à votre insu sans doute , monsieur le Ministre , le projet dont il s'agit.

La religion , considérée du côté de l'homme qui lui est soumis, se compose de croyances et de pratiques : les unes sont réglées par un symbole , les autres par des préceptes directement ou indirectement divins. Tous reconnaissent que le prêtre , et surtout l'évéque , est préposé à la garde de ce double dépôt , et que ce dépôt sacré peut, si l'on n'y veille soigneusement, re-v cevoir , quant à la foi par l'enseignement , et quant à la pratique par l'éducation , de profondes atteintes.

Vous aviez trop de pénétration , monsieur le Ministre , pour que cette double considération pût vous échapper, et trop de loyauté pour ne pas en conclure, comme vous l'avez fait dans votre Rapport, que Véducalion de Vesjyril est intimement liée à celle de la conscience ; que les arbitres légitimes de Vune ne sauraient être des témoins indifférents de la direction de Vautre , et que le clergé français prouve qu'il a V esprit de sa mission ; qu'il est sincère toutes les fois qu'il se montre préoccupé des questions relatives à renseignement. (P. 18.)

Vous allez plus loin , et avec une élévation d'idées à laquelle nous ne saurions qu'applaudir, vous osez former publiquement des vœux pour que jamais le clergé catholique ne s'oublie au

point (le se taire et de rester en repos dès qu'il s'agira d'instruire et d'élever la jeunesse. J'aime à citer ces belles paroles si conformes à l'esprit de notre apostolat , en même temps qu'elles le sont à celui de nos institutions sociales. ÏJéglise de France a passé par des époques bien diverses. Sachons espérer qiiil n'y aura pas un temps où elle se montre indifférente en matière d'éducation et d' enseignement , car ce serait Vêtre sur la direction des esprits , sur le dépôt de la foi, sur les destinées de la religion , sur l'état morcd delà société. (P. 17.)

Ces paroles , qui avant tout font tant d'honneur au ministre qui les a proclamées , signalent sur ce sujet un progrès immense dans les convictions publiques ; elles nous placent bien loin de l'époque pourtant si rapprochée où les premières réclamations de l'épiscopat étaient repoussées comme un empiétement , blâmées comme un sujet de trouble, condamnées comme un manque de respect aux lois , menacées enfin , oui , le moment est venu de le dire , menacées de la poursuite des tribunaux par des circulaires ministérielles.

Grâce au ciel , ce temps n'est plus , et maintenant qu'un ministre du roi proclame à la face du monde que la question de l'enseignement et de l'éducation , se rattache au dépôt de la foi, aux destinées de la religion , à l'état moral de

la société , un évêque catholique n'a besoin ni d'explication ni de préambule pour être en droit d'exposer publiquement à l'intelligence élevée de ce même ministre comment le projet de loi qu'il vient de présenter sur l'enseignement , surtout appuyé par les autres projets analogues, met en péril , 1° la doctrine ; 2° la morale chrétienne.

Ce qui domine tout l'ensemble, sinon de votre rapport, monsieur le Ministre , au moins de votre projet de loi , c'est la volonté très-expresse d'attribuer non pas à l'Etat , comme le portent les termes ', mais au gouvernement, c'est-à-dire au pouvoir exécutif, le droit légal de diriger tout l'enseignement. C'est à ce pouvoir seul que le projet confère le privilège suprême, absolu, sans contrôle , de régler le programme de toutes les études, de tous les cours, de tous les exalnens, de tous les exercices scientifiques et littéraires, d'accepter ou de repousser tous les instituteurs, surtout par la condition des grades , d'ouvrir ou de fermer toutes les carrières enseignantes, d'approuver enfin tous les livres d'enseignement , et tout cela dans les institutions particulières , aussi bien que dans l'instruction publi-

* L'Ktat c'est la nation tout entière considérée dans son ensemble telle qu'elle est constituée par la Charte et par les lois du royaume, avec tous les droits cl toutes les libertés des particuliers cl des familles. Il est bien clair que ce n'est pas à l'État ainsi considéré que le projet de loi attribue le droit de renseignement, I)uisque c'est au contraire à lui quil l'enlève. M. le ministre voudra donc trouver bon que dans toute la suite de cette lettre je me serve du mol (jouvcrnement qui est beaucoup plus exact et qui n'offre pas la même ambiguïté que le mot État.

que. Or, diriger toutes les études, commander h tous les maîtres , choisir tous les livres d'enseignement , qu'est-ce autre chose que tenir dans sa main souveraine le sort de toutes les doctrines enseignées , et c'est bien là en effet ce que le projet de loi attribue au gouvernement.

Mais qu'est-ce que le gouvernement que l'on veut investir d'une si haute ^ si délicate et si redoutable prérogative, non pas pour quelques jours , mais pour un temps indéfini , pour des siècles peut-être? Qu'est-ce que ce gouvernement ? Est-ce un homme ou une réunion d'hommes ayant des doctrines arrêtées, et telles qu'elles puissent mettre les nôtres à l'abri de toute atteinte ? Aucunement ; ce sont des hommes placés à la tète des affaires sociales par des circonstances tout à fait étrangères aux doctrines religieuses et qui peuvent impunément en avoir de très-erronées ou même n'en avoir absolument aucune.

Parmi ces hommes d'état il en est un que le projet de loi investit , sous ce rapport , d'une autorité sans limite, c'est le grand maître. C'est de lui, monsieur le comte, que vous avez dit ces paroles vraiment étonnantes : En fait de droits discrétionnaires nous n'admettons que ceux du minisire du roi. (P. 37.) Ainsi ce ministre du roi doit pouvoir disposer à discrétion de toutes

les doctrines; car, en fait d'enseignement, c'est surtout de doctines qu'il s'agit. Le grand maître pourrait donc y ajouter, y retrancher, et, au besoin , supprimer celles qui ne lui conviendraient pas. La présence de quelques membres du clergé épars çà et là dans des commissions où ils n'ont que leur voix, qui n'est jamais pour le grand maître qu'une voix consultative , ne saurait nous tranquilliser en ce qui concerne les doctrines catholiques, parce qu'elle ne diminue en rien cette souveraineté sans contrepoids , ni cet arbitraire sans limite.

Et qui donc sera cet arbitre suprême de tout ce qui s'enseigne en France? Ici toute question de personnes s'efface : il est bien clair qu'il ne s'agit ni de M. de Salvandy , ni de M. Guizot ; la loi n'est pas faite pour les individus qui passent, mais pour les institutions qui restent.

Ce souverain maître de toutes les pensées mises en circulation par tous les genres d'enseignements ce ne sera ni un prophète , ni un envoyé de Dieu, ni môme un théologien ou un docteur ; ce ne sera pas plus un grand rabbin qu'un pape ; ce ne sera pas même un homme d'une croyance assurée quelconque , au moins rien n'est stipulé , rien n'est garanti , rien même n'est indiqué sur ce point ; il [)0urra être, de ce côté, tout ce qu'il est possible de supposer ou

— iode mieux ou de pire, ou de plus croyant ou de plus impie , ou de plus orthodoxe ou de plus erroné. Personne , d'après le projet de loi , ne saurait rien présumer ni rien prévoir sur ce point, assez essentiel pourtant. 11 n y a qu'une chose certaine , c'est que cet* autocrate absolu des fonctions et des doctrines auxquelles se rattachent le dépôt de la foi , les destinées de la religion, Vétat moral de la société, sera toujours et avant tout un homme politique. Oui, ce sera toujours un homme politique. Un homme politique qui décidera sans appel de toutes les doctrines !

Mettre nos doctrines à la merci de la politique ! Mais ne voit -on pas tout de suite la portée de celle prétention, et pensez-vous , monsieur le Ministre, que nous puissions y consentir? Confier nos immuables croyances à la politique, h ses agitations passionnées, à ses inconstances fiévreuses , et ( sans parler de ses accès anarchiqncs) à tout le travail corrupteur de ses opérations prétendues constitutionnelles ! Je reviendrai sur ces considérations majeures en traitant du côté moral de la question.

Mais, à part tous ces accidents ordinaires de la polili(]ue, eu ne considérant les choses qu'en elles-mêmes et dans le Tond de leur nature , ce ministre par lequel, ainsi que vous le dites expressément, la pensée cl V action du pouvoir res-

ponsahle, arriveront du sommet de VElal à toutes (es inslilutions et à toutes les personnes {\). 4G), ne pourra jamais être que l'instrument de notre gouvernement. Or ce gouvernement constitutionnel est par sa nature place en dehors de toutes les croyances religieuses : obligé de les admettre toutes, il ne veut ni ne peut se soumettre à aucune;. il ne le veut pas parce qne tel est aujourd'hui l'ordre des idées doininanles; il ne le peut pas parce qu'il ne pouri'ail adopter pour lui-même un culte sans blesser l'égalité conslituiionnelle des autres.

Voilà, monsieur le Ministre , en dépit des bons vouloirs personnels, le système dans lequel et pour lequel seul le gouvernement fonctionne. La loi civile ne lui permet ni de connaître de ce qui constitue les dogmes révélés , ni de les accepter comme tels.

Ne croyez pas, monsieur le Ministre , que je veuille par là blâmer ce système de tolérance civile vers lequel les gouvernements modernes semblent converger de toutes parts. S'il est moins conforme à la pensée catholique prise au point de vue de la foi, il est quelquefois plus approprié aux intérêts catholiques considérés dans leurs rap[)orls avec les puissances du monde. Il est souvent d'ailleurs une nécessité de circonstance , et , pour mon propre conqite, je n'ai aucunement la pensée d'en désirer un autre.

Le système d'un gouyernement fondé sur la liberté civile et sur l'égalité de tous les cultes devant la loi, peut être accepté maintenant en France par la conscience la plus catholique : je me chargerais au besoin d'en donner la preuve, et , Dieu aidant, je le ferai quelque jour; mais si nous pouvons l'accepter, c'est toujours à la condition expresse qu'il ne s'ingérera jamais , du moins par voie d'initiative et d'autorité, dans les choses de la religion, ni conséquemment dans les choses de l'enseignement qui ont un rapport inévitable et continuel avec les questions religieuses.

Dès qu'un tel pouvoir, soit par des empiétements administratifs , soit par des actes de domination enseignante, appuie sa main profane sur cette arche sainte, il met toutes nos croyances en péril , surtout parce que son contact oppresseur leur donne inévitablement une empreinte de rationalisme.

J'ai publié la démonstration de cette vérité dans un opuscule dont j'ai l'honneur, monsieur le Ministre, de vous adresser un exemplaire*. J'y prouve qu'un gouvernement comme le nôtre , qui peut être très-convenable en restant dans sa sphère, se trouve, dès qu'il veut do-

* Des gouvernemcntx rntionnlistes et de la Religion révélée à propos de l'Enseignement. 18i().

miner l'enseignement , être en lui-niémc cl par lui-même essentiellement rationaliste , c'est-àdire l'adversaire le plus direct de la religion révélée. Permettez qu'à ces preuves déraison, j'ajoute , à l'occasion de vos projets de loi , une preuve de fait qui me semble irrécusable. Vous voulez que les livres d'enseignement , même ceux à l'usage des institutions particulières,, soient tous approuvés par le gouvernement; et, dans votre système, vous avez raison de le vouloir ainsi. Puisque vous prétendez au droit exclusif de diriger Tesprit des maîtres , il faut que vous aspiriez à celui de choisir seul les livres à leur usage ; autrement , l'enseignement pourrait recevoir et du maître qui est un livre parlant, et du livre qui est un maître muet, des directions contradictoires.

Je n'examine pas ici combien cette prétention est blessante pour les plus légitimes , les plus précieuses et les plus saintes libertés. Je reste dans la thèse que je viens de poser , et j'affirme que dans ce système ces livres seraient bientôt tous , et toujours de plus en plus, rationalistes, c'est-à-dire que toutes les notions précises et rigoureuses de la foi en seraient successivement retirées pour laisser toute la place à des notions vagues, purement naturelles et toujours explicables par la simple raison. Pour preuve, je prends un de vos livres,

monsieur le Ministre , non pas im livre seulement composé par quelque auteur universitaire; vous pourriez dans ce cas me répondre que le corps n'est pas responsable des torts particuliers de quelques-uns de ses membres; mais un livre appartenant en propre à l'Université elle-même tout entière , un livre que le grand maître ne peut pas désavouer, puisqu'on y trouve l'approbation authentique de son conseil royal de l'instruction publique et son adoption formelle, puisque, d'ailleurs, ce livre est officiel- ?

lement, et par ordre , recommandé par les inspecteurs universitaires. f

Je le choisis pour spécimen des livres classiques de l'Université , parce que d'abord tous ceux qui viennent véritablement d'elle ont absolument le même esprit et la même tendance , parce qu'ensuite il est tel qu'on peut s'en servira tous les degrés de l'enseignement. Il est destiné spécialement aux écoles primaires des deux sexes, mais il est approuvé pour toutes les institutions ; il convient même à tous les âges comme à tous les états , et son usage doitnaturellement se continuer longtemps après les années d'école ou de collège; ce livre est un Dictionnaire français.

Avant d'entrer dans l'examen de cet ouvrageuniversitaire-classique, observons en passant que son titre seul suffit pour faire comprendre

comment les questions religieuses se rattachent non-seulement aux livres de religion proprement dits, les seuls que le projet de loi soumette à l'approbation de l'autorité religieuse (art. 16)', mais à tous les livres d'instruction ; non-seulement h l'enseignement des sciences, mais même h celui des lettres. En effet, comment enseigner une langue sans un dictionnaire qui en constate et en définisse les mots. Mais parmi ces mots à définir se trouvent nécessairement ceux qui expriment des idées religieuses : or, la définition de ces mots peut être plus ou moins exacte et orthodoxe , ou plus ou moins erronée et perfide ; elle peut être pour tous les mois de ce genre , et naturellement elle doit être faite dans un même esprit : et voilà tout de suite, dans un livre qui a le privilège d'être universel et par sa tiature et par l'usage qu'on en fait, tout un vaste système d'idées, qui sera ou chrétien ou déiste , ou religieux ou impie , et qui , dans tous les cas , aura sur les généçations une influence d'autant plus efficace qu'elle est plus continuelle , plus insensible et qu'on s'en délie moins.

^ Cet art. 16, aussi bien que d'autres dispositions analogues du projet, aie double inconvénient de jeter sur nous tout Todieux d'un privilège inconstitutionnel , et de ne nous donner qu'une vaine apparence de garantie. C'est bien ce qui prouve qu'il n'y a rien de raisonnable, rien de faisable, rien de tcnable sur cette matière en dehors de la vraie liberté, que nous demandons.

Si donc dans le livre officiellement universitaire dont il s'agit, tous les mots qui se rattachent à la religion sont définis d'après un même système , et si ce système est manifestement anti-catholique ou plutôt anti-chrétien; si le rationalisme le plus formel , quelquefois le plus impie en est la base , comment nier que, en l'approuvant aussi bien qu'en le composant, on ait eu un but, et que ce but soit tout ce qu'il y a de plus inquiétant pour notre foi ?

Dira -t-on que le temps a manqué pour rédiger ce dictionnaire avec réflexion ou pour l'examiner avec soin ? Celte excuse serait dans tous les cas bien peu acceptable ; mais comment l'admettre à propos d'un ouvrage qui en est à sa cinqvante-miième édition? C'est celle que nous avons entre les mains, et sans doute elle n'est pas la dernière , puisqu'elle date de 1842. En 1839 , ce dictionnaire en était à la huUième édition approuvée déjà par l'Université dont la recommandation , connue vous le voyez, monsieur le Ministre, a rapidement produit ses fruits. Quarante-quatre éditions en trois ans!

Dira t-on que les erreurs remarquées par nous sont le fait de l'inadvertance? Mais, monsieur le Ministre, vous savez très-bien que l'inadvertance ne fait rien de suivi ni de concerté , que par conséquent il est impossible de lui attribuer une série de définitions homogènes , d'après un

système uniforme sur tous les détails de la même matière. D'ailleurs, il y a ici, contre toute excuse d'inadvertance, un fait accablant pour l'Université , c'est que sur tous ces points elle s'est mise directement et volontairement en contradiction avec le Dictionnaire de V Académie.

Certes, il eût été beaucoup plus facile pour elle d'adopter simplement sur les matières religieuses, comme sur tout le reste, les définitions de cette autorité qui , en fait de langage , est parmi nous la plus irréfragable. Pourquoi l'Université ne Ta-t-elle pas fait? Pourquoi a-t-elle répudié toutes les définitions de l'Académie comme trop chrétiennes , et pourquoi s'est-elle imposé le difficile travail d'en rédiger d'autres qui, ni pour le fond, ni pour la forme, n'ont aucun mérite, si ce n'est de se trouver toujours d'accord avec le rationalisme.

Au reste, pour apprécier la valeur de cette importante question, veuillez, je vous en prie, monsieur le Ministre, examiner attentivement le tableau comparatif qui suit. Afin de rendre cette comparaison plus saisissable, je désigne, en les soulignant, les mots dans lesquels se trouve la différence, ou bien je place de courtes remarques entre parenthèses.

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