‹ Liberté d'enseignement (volume 2)Chapitre 45 sur 76 · TABLEAU COMPARATIF · texte numérisé non relu

TABLEAU COMPARATIF

DEFINITIONS

SELON l'académie.

DEFINITIONS

SELON l'université.

Dieu. L'Être suprême, créateur et conservateur de Vumvcrs. — Divinité. Essence divine , nature divine ; se prend pour Dieu luimême.

Univers. Le inonde entier.

Créer. Tirer du néant, donner l'être , faire de rien quelque chose.

DÉISTE. Celui qui reconnaît un Dieu, mais qui rejette toute religion révélée.

RÉVÉLATION. Action de révêler...

Inspiration par laquelle Dieu a fait connaître surnaturellement , aux prophètes, aux saints, à son Église, ses mystères, sa volonté, sa venue, etc.

Prophétie. Prédiction des choses futures par inspiration divine.

Inspiration. Action d'inspirer (juclqu'un... faire naître dans le cœur, dans l'esprit, quelque mouvement, quelque dessein, quelque pensée... Se dit particulièrement de ceux qui reçoivent de la divinité des lumières surnaturelles.

Dieu. Divinité. — Divinité.

Dieu ou déesse. (On trouve ailleurs : AMOUR, vif attachement; son objet : Divinité.)

Unfvers. Tout ce qui est (Pan th.).

Créer. Inventer ; établir. — Inventer. Créer; imaginer; trouver par son esprit.

Déiste. Qui reconnaît un Dieu.

Révélation. Action de révéler.

- RÉVÉLER. Découvrir un socrei.

Prophétie. Prédiction.

Inspiration. Action d'inspirer, - Inspirer. Respirer, suggérer.

HEFIMTIO^S

SELON l'académie.

DÉflMTlONS

SELON l'université.

Patriauches. \om donné à plusieurs saints personnages de l'ann'en Testament... Fig. un vieillard <iui vit au milieu (l'une famille nombreuse... Titre de dignité nanti l'Eglise.

DÉCALOGLE. Les dix comnianlîements de Dieu , les dix commandements de la loi donnée à Moïse.

Adoration. Action par laquelle lin adore.

Adorer. Rendre à la Divinité le culte qui lui est dû.

i'ivAxciLE. La loi de Jésus-Christ, ^a doctrine.

Foi. Croyance aux vérités de In Religion... Fidélité... Exactitude à tenir sa parole...

IMartyr. Celui qui a souffert là riiort pour attester la vérité de la relii/ion chrétienne.

Catholique. Qui est universel.

// ne se dit que de la religion ?'0liiaine et de ce qui n'appartient qu'à elle.

Catholicité. Se dit soit de la doctrine de l'Église catholique, soit des personnes qui en font profession... Se prend quelquefois l)our tous les pays catholiques.

Fidèle. Qui garde sa foi,, qui remplit ses devoirs, ses engagements... Qui professe la vraie religion.

Hérésie. Doctrine contraire à

P.iTRURCHE.

table.

Vieillard rcspcc-

Décalogle. Loi de Moïse.

Adoration. Hommage. — Hommage. Salutation; civilités.

Adorer. Rendre un culte. — Culte. Honneur à une divinité quelconque.

Évangile. Loi , doctrine religieuse. (Pas un mot de Notre- Seigncur J.-C.) — Coran. Livre qui contient la loi de Mahomet.

Foi. Croyance ; preuve ; fidélité.

— Crov.\nce. Ce qu'on croit.

Martw,. Qui souffre pour 5^ croyance. (Voir ce mot à la ligne précédente.)

Catholique. Universel, papiste.

— Papiste. Catholique qui admet encore la souveraineté du pape.

Catholicité. Pays catholique.

(Au singulier, et rien des autres sens.)

Fidèle. Qui a de la fidélité, qui remplit ses engagements.

HÉRÉSIE. Doctrine erronée. —

IiÉriMTlO^ÏS

SELON l'académie.

DÉF!MT10\S

SELON L'IMVERSIÉ.

la foi, erreur condamnée par l'Église en matière de religion.

Renégat. Celui qui a renié la religion chrétienne pour embrasser une autre religion et particulièrement le mabooiétisme.

Co.wERTi , s. Une personne convertie à la religion catholique.

Salit. Conservation ou rétablissement dans un état heureux...

La félicité éternelle... Prières qui se terminent par la bénédiction du Saint-Sacrement...

Ciel. L'espace indéâni dans lequel se meuvent tous les astres...

Le séjour des bienheureux, le Paradis.

Paradis. Jardin délicieux... Le séjour des bienheureux... dans les théâtres se dit, etc.

E.VFER. Lieu destiné au supplice des damnés.

Satan. Nom que les saintes Écritures donnent ordinairement à l'esprit tentateur.

Esprit. Substance incorporelle. ..

Se dit des anges... Ensemble des facultés intellectuelles...

TH-\tM\TtT.CE. Qui fait des miracles.

Natlre- L'universalité des choses créées... L'ordre élabU dans l'unixers... Ce qui constitue tout Ctre en général.

Vie. L'état des Ctres animés

Doctrine. Savoir, maxime, ^ysfèwie politique.

Renégat. Qui renie sa foi politique ou religieuse.

Converti, s. a. Qui a changé d'opinion, de croyance. (D'où il suit que renégat et converti ont une seule et même signification.)

Salut. Action de sahier ; retour à la santé ; sorte de prière du soir chez les catholiques.

Ciel. Espace des astres ; l'air ; (haut) d'un lit, d'un tableau.

Par.U)IS. Amphithéâtre le plus éle^é d'un théâtre. (Rien des autres sens.)

Enter. Lieu de tourments.

Satan. Le cliefdes démons, /WA.

(C'est la seule fois que nous avons remarqué dans ce Dictionnaire cette abbréviation , que tout le monde lira, fabuleux ou fable.

Esprit. Fluide subtil ; intelligence; aptitude ; adresse.

Thaimatirce. Qui est censé faire des miracles.

Kajire. Lnivei-salilé des êtres; (Pantii.) l'univers; tempéraments; productions naturelles.

Vie. 3IauiOrc d'OUe des corps

DEFINITIONS

SELON l'académie.

DEFI.MTIOMS SELON l'uN^-ERSITÉ.

tant qu'ils ont en eux le principe des sensations et du mouvement...

Espace de temps qui s'écoule depuis la naissance jusqu'à la mort...

L'existence de l'âme après la mort...

MYSTÈnr. Secret... Signifie plus particulièrement dans la religion chrétienne tout ce qui est proposé pour être l'objet de la foi des fidèles.

I?ic.\n.NATiox. Action de la divinité qui s'incarne. — S'i\"c.wner.

Se dit de la divinité qui prend un corps de chair, qui se fait homme.

— iNC.iioiÉ. Le Verbe incarné.

Verbe. Parole... La seconde personne de la sainte Trinité.

PijÉDE\rpTiON. Rachat. Ce terme est consacré pour signifier le ?•«chat du (jenre kumain par .\.-S.

Croix. Espèce de gibet où l'on attachait anciennement les criminels pour les faire mourir... La CROIX : Le bois où yotre-Seigneur fut attacité.

S.\CREME\T. Signe visible d'une chose invisible, institué de Dieu pour la sanctification de nos âmes.

S.ANCTiFic.\TiON. L'action et l'effet de la grâce qui sanctifie.

Gr.^ce. Faveur, pardon, indulgence... L'aide est le secours que nieu donne aux hommes pour faire leur salut.

organiiiucs; espace de tpmps de la naissance à la mort ; histoire ; chaleur de style.

Mystère. Secret. (Rien du sens religieux.)

Inc.\rxation. Action de s'incarner. — S'incarner. Se revêtir de chair.

Verbe. La voix; mot qui exprime l'existence ou une matière.

Rédemption. Rachat. (Rien qui exprime l'idée chrétienne.)

Croix. Lignes formant quatre angles; gibet; peines, afflictions.

Sacrement. Institution religieuse. (Il y a beaucoup d'institutions religieuses purement humaines.)

Sanctification. Action de sanctifier. ( Rien de la grâce ni rien de Y effet.)

Gr.\ce. Faveur, pardon, beauté.

DEFINITIONS SELOK l'académie.

DEFINITIONS SELON l' UNIVERSITÉ.

Baptême. Celui des sept sacrements par lequel on est fait chrétien.

Catéchumène. Se dit d'une personne qu'on instruit pour la disposer au baptême. — Catéclùscr.

Instruire des mystères de la foi et des principaux points de la religion clu'étienne.

Co-\FiRMATiO\. Ce qui rend une chose ferme et stable... Sacrement par le(/iiel tes chrétiens sont confirmes dans la grâce reçue au baptême.

EtcHARiSTiE. — Le saint sacrement du corps et dti sang de J.-C.

contenus sous les espèces du pain et du vin.

CoMMUMER. Recevoir le sacrement de l'eucharistie.

HosTTE. Victime que les anciens Hél)rcux immolaient à Dieu.,.

pain très-mince et sans levain t/ue te prêtre offre et consacre à la messe.

Messe. Le sacrifice du corps et du sang de J.-C. qui se fait par le ministère du prêtre à l'autel.

Pémtence. P.épentir , regret d'avoir offensé Dieu... Celui des sept sacrements par lequel le prè- Irc remet les péchés à ceux tpti s'en confessent à lui.

CoM KSsro\. Aveu... Déclaration que le pénitent fait de ses péchés.

BAPTÊîvrE. Cérémonie religieuse'.

— Cérémonie. Formalités ; pompe ; appareil — Cérémonieux. Qui fait des cérémonies.

Catéchumène. Que l'on catéchise. — Catécuiser. Endoctriner.

Confirmation. Ce ([ui rend ferme ; sacrement. (Voir le mot sacrement à la page précédente.)

Euch-wistie. Sacrement des catholiques. { Voir le mot sacrement.)

Communier. Faire la Cène. ( Le mot CiîNE ne se trouve pas en son lieu. On ne peut l'avoir omis que pour éviter une difficulté.)

Hostie. Victime ; pain à cacheter.

Messe. Cérémonie des chrétiens. (Voir plus haut au mot baptême ce que l'on entend par cérémonie.)

Pénitence. Repentir; punition.

(Pas im mot du sacrement môme comme simple inslilution religieuse.)

Confession. Aveu.

flEFlMTlONS

SMLON l'ACACIîMIE

DÉFlMTIOÎiS

SELON l'université.

Contrition. Regret qu'on éprouve d'avoir péché ^ et qui a pour principe l'amour de Dieu.

Absolution. Jugement qui renvoie de l'accusation... Action par laquelle le prêtre remet les péchés en vertu des paroles sacramentelles qu'il prononce.

PÉCHÉ. Transgression volontaire de la loi • divine ou reliqieuse.

■ Crime. Mauvaise action que les lois punissent ou doivent punir...

Toute infraction grave aux lois de la relie/ion ou de la morale.

Ektrême - Onction. Sacrement (jui se confère en appliquant les saintes huiles sur les malades en péril de mort.

Ordre. Arrangement, disposition. Sacrement de l'Eglise par lequel celui à qui l'évêque le confl>re reçoit le pouvoir de faire tes fonctions ecclésiastiques.

Sacerdoce. Pr<5trise.

Prêtre. Celui qui exerce un ministère sacré... Celui qui a reçu l'ordre du sacerdoce.

Diacre. Celui qiii est promu au second des ordres sacrés.

Sors-DiACRE. Celui qui est promu au sous-diaconat. — Socs-Diaconat. Le 3' des ordres sacrés.

Ci.erc. Celui qui est entré dans l'état ecclésiastique en recevant ta tonsure... Celui qui travaille dans l'étude d'un notaire ou d'un avoué.

Séminaire. Lieu destiné pour élever, instruire et former des ec-

Contrition. Douleur de repentir.

Absolution. Rémission. — Rémission. Pardon; cessation; diminution.

Péché. Faute. — Faute, Manquement.

Crime. Action méchante et punissable par les lois.

Extrême-Onction. (Ce mot est omis : on trouve seulement onction, action d'oindre.)

Ordre. Disposition; rang; devoir ; injonction ; mot du guet ; transport au dos d'un effet ; classification ; compagnie. (Pas un mol du sacrement.)

Sacerdoce. Fonctions sacrées.

Prêtre, prêtresse. Ministre du cidte.

Dl\cre. Sorte de prêtre.

Sous - Diacre , sous - diaconat.

(Omis.)

Clerc. Etudiant en pratique.

SÉMINAIRE. Collège d'ecclésiastiques ; sorte de cage où l'on en-

DEFINITIONS

SELON l'académie.

DÉFINITIONS

SELON l'université.

clésiastlqucs dans la piétc et clans

les autres devoirs de leur élat

Se dit quelquefois, par extension, dos lieux où l'on se forme à une profession quelconque.

Homélie. Discours pour expliquer au peuple les matières de la religion, et principalement l'Evangile.

Mariage. Union d'un homme et d'une femme par le tien conjugal.

Prière. Demande faite à titre de grâce et avec une sorte de soumission... L'acie (le religion par lequel on s'adresse à Dieu.

Dimanche. Le premier jour de la semaine, qui est consacré particulièrement aux pratiques de la religion chrétienne... Le jour du Seigneur.

Dominical. Qui appartient au Seigneur. L'Oraison dominicale.

Bénédiction. Action de consacrer, de bénir avec les cérémonies ordinaires... Grâce et faveur du ciel.

Espérance. Attente d'un ]>icn que l'on désire et qu'on croit qui arrivera... L'une des trois vertus théologales, celle par lai/uelle nous espérons posséder Dieu, etc.

(jiARiTÉ. L'une des trois vertus théologales: amour par lecpiel nous aimons Dieu conmie notre souverain l)ir 11... L'amour qu'on a |)Our le prociiain rn vue de Dieu.

Justice. Ver lu morale qui fait

graisse la volaille.

Homélie. Discours ennuyeux.

Mariage. Unimi légale de l'homme et de la femme.

Prière. Action de prier. — Prier. Demander par grâce ; intercéder ; inviter.

Dimanche. Dernier jour de la semaine.

Dominical. Du dimanche.

Bénédiction. Action de bénir. — BÉNiit. Consacrer au culte. ( On peut voir au mot adorer, p. 19, ce que l'on entend par culte.)

Espérance. Attente et désir.

Charité. Amour; aumône." (On peut se reporter au mot amour que nous avons joint au mot divinité, p. 18.)

JuSTici;. Droiture ; probité ; pou-

DEFINITIONS

SELON l'académie.

BEFIMÏIONS

SELON L'u.MVEriSITÉ.

que l'on roiul à cliacun ce qui lui appartiiMit...

Prldence. Vertu qui fait éviter ks dangers et les fautes, qui fait connaître et pratiquer ce qui est convenable dans la pratique de la vie.

Humilité. Vertu qui nous donne le sentiment de notre faiblesfc, qui réprime en nous les mouvements de l'orgueil... Quelquefois , faniiyièrenient, déférence, soumission.

Tempérance. Vertu morale qui modère les passions et les désirs, particulièrement les désirs sensuels.

^'0CATI0.^•. Mouvement intérieur par lequel Dieu appelle une personne à quelque genre de vie.

Vœc. Promesse faite à Dieu, par laquelle on s'engage à quelque œuvre qu'on croit lui être agréable , et qui n'est point de précepte.

Serment. Affirmation ou promesse en prenant à témoin Dieu, ou ce que l'on regarde comme saint, comme divin,

CoNsciENCiEix, Qui a la conscience délicate,

JEtxE. Pratique religieuse, acte de dévotion ipii consiste à s'abstenir d'aliments /wr esprit de mortification.

voir de faire droit; ordre judiciaire.

PuiDENCE. Discernement des convenances.

Humilité. Modestie ; soumission.

Tempérance. Vertu qui tcmpi^re.

— Tempérer. Diminuer l'excès.

(Le mot vertu signilie ici force agissante, et non pas inclination au bien moral. On a évité soigneusement ce dernier sens , ainsi qu'il est facile de s'en convaincre par les cinq articles précédents.

Vocation. Inclination pour un état.

Voeu. Promesse ; suffrage ; souhaits.

Serment. Affirmation; jurement; promesse.

Consciencieux. Scrupuleux.

Jeune. Abstinence.

DEFIMTIONS

SELOiV l'académie.

DEFlMTlO^S

SELO>' l'université.

Jeûner. S'abstenir d'aliments ou de certains aliments par esprit de dévotion, de mortification.

Concile. Assemblée /('V//i/«ie«i«U convoquée de plusieurs évêques, pour délibérer et décider sur des (pieslions de doctrine etde discipline

Conciliabule. Assemblée de prélats liéréticptcs , schismatiques , ou ittéç/itimeincn l con coques.

Ca\o\. Piùce d'artillerie.,, règle, décret, décisions des conciles.. .

Prières qui commencent inunédiatement après la préface de la messe.

Pragmatique-Sanction, Se dit j)articulièrement d'un règlement fait en matière ecclésiastique.

Censure. Dignité et fonction de censeur... Jugement qui porte condamnation Excommunication,

interdiction ou suspension d'exercice et de charrie ecclésiastique.

Excommunication. Censure ecclésiastique ])ar latjuolie on est retranché de la communion de l'Église.

Indulcence. Qualité opposée à la .sévérité; facilité à excuser, à ])ardonner... La rétnis.sion des peines que les péchés méritent , accordée par l'Eglise sous de cerlainos conditions.

Jubilé, chez les Juifs, solrMinité publique qui .se célébrait de 50 ans en 50 ans. Dans la religion catlioli(pie, indulgence plénière , solcnneilrrt générale, accordée par !<• papi' en certains temps et en certaines circonstances.

Jeûner. Ne pas manger.

Concile. Assemblée de nrélats

Conciliabule. Assemblée illégale. •

Canon. Pièce d'artillerie; tùvau; décret ; caractère d'imprimerie.

(Pas un mot des sens catholiques.)

Pragmatique - S.\nction. Règlement ecclésiastique. (Ce qui liisinue (pie c'est toujours l'œuvre de l'Kglise.)

Censure. Correction, dignité de censeur.

Excommunication. Action d'excomnmnier. — Excommunier. Exclure.

Indulgence. Bonté; pardon.

JuiiiLt. Fête de 50 en 50 ans.

DEFIMTIONS siii.oN l'académie.

liEFlMTlO^S si:lo>' l'lmversiu':

Hymnk. Cantique on l'iionncur Ue la divinité... S'omjJoye ordinaiienient au féminin en parlant (les hynnies qu'on chante dans réglise.

LÉGENDE. Ouvrage contenant le

récit de la vie des saints In-

bciiptions.

Sai.nt. EsscnlicllcmeiH pur, son-' vcraincmenl parfait : il ne se dit en ce sens que de Dieu, Il se dit, ])ar extension, des créatures les plus parfaites et des esprits bicnlicurrux.

FiELiouE. Ce qui reste d'(/« saint après sa mort, soit le corps entier, soit une pai'tie du coips.

TiiKOcr.ATiE. Gouvernement où les chefs de la nation sont regardés connue étant les ministres de Dieu. Le (jouternement des Hébreux, sous les Juges, était une rérilable théocratie.

Philosophie. Science qui a pour objet la connaissance des choses l)liysiques et morales par leurs causes et par leurs effets ; étude de la nature et de la morale...

FnANC-MAr.o.NNEniE. Association secrète (|ui fait un emploi synjbolique des instruments à l'usage de l'architecte et du maçon , et dont les membres se réunissent dans <lcs lieux qu'ils api)ellent loges.

Hy^ine , s. m. Sorte tic poésie , de chant. (Rien des liynnies, pi. f., de l'Eglise.)

Lkgende. Inscription autour des médailles.

Saint. Pur; parfait; vénérable.

Relique. Débris ; reste de quelque chose de grand , d'illustre.

TnÉocr.ATiE. Gouvernement de.i prêtres.

Philosophie. Sagesse; science des causes et des effets. — Sagesse. Prudence ; modération ; chasteté ; soumission ; tranquillité.

Franc - Maçonnerie. Affiliation pour se secourir mutuellement et travailler de concert au bonhouide l'humanité.

J'aurais pu, monsieur le MinislrC; poursuivre beaucoup plus loin mes citalions; ainsi les objets qui servent au culte catholique, si parfaitement définis par IWcadémie, sont h peine indiqués dans le Dictionnaire approuvé par le conseil royal de l'instruction publique. Vous pourriez chercher dans ce dernier ouvrage les mots : Calice, Ciboire, Patène, Corporal, Dais, Tabernacle. Vous verriez entre autre ce dernier mot défini : Coffre, Caisse.

Au reste, beaucoup de mots exprimant des idées et désignant des choses religieuses man- (|uent tout à fait dans le livre universitaire. On n'y trouve point : Messie, Genèse, Pcnlaleiique , Visitation, Toussaint, Suspense, Ostensoir, Purificatoire , Extrême-Onction, Théologal (ni adj., ni subst.), Limbes au pluriel, Chérubins, Sous-Diacre, Cène, quoique, selon ce même Dictionnaire, Communier ce soit faire la Cène.

En revanche on y rencontre des mots qui ne sont point dans le Dictionnaire de l'Académie, par ex. : Coévêque, Capucinal, Archihigot, etc.

Voilà textuellement et dans son ensemble, le plus fidèle, l'œuvre avouée et publique de l'Université; voilà tout son enseignement au naturel; j'en ai, autant que possible, rapproché les élémciils selon Tordre des matières, afin (jue vous puissiez, monsieur le Ministre, bien voir qu'il s'agit non pas de quelques erreurs involontaires,

ni de quelques omissions inattenlives, mais d'un système irès-complet et très-bien arrêté.

Or, que faut-il itour que ce système soit certainement et formellemep-t rationaliste? 11 faut deux choses, qui au fond se réduisent à une seule, il faut, comme je l'ai déjà dit, que toutes les notions religieuses aient été 1° retirées de Tordre surnaturel , 2" placées exclusivement dans Tordre de la simple raison humaine ; tellement que ces notions, que l'Académie nous donne toutes resplendissantes des lumières de la révélation chrétienne et de la doctrine catholique, soient devenues, sous l'action de TUniversité, ou directement contraires à notre foi, ou notablement insuifisantes pour elle. Sur ce dernier point chacun sait qu'on peut offenser la vérité, par défaut aussi bien que par excès, et qu'en fait de définition catholique, une omission peut faire une hérésie.

Maintenant j'oserai demander à TUniversité, en votre personne, monsieur le Ministre, si tel n'est pas le système de son Dictionnaire.

Quon veuille bien me comprendre et ne pas dénaturer mes appréciations. Je ne prétends pas que, dans ce que je viens de citer, il y ait autant d'hérésies que d'articles : la question n"est pas là, et d'ailleurs le gouvernement, que TUniversité représente, ne veut pas plus être hérétique qu'orthodoxe ; car l'hérésie, c'est en-

core la foi par quelque côté. Je demande donc seulement si, avec renseignement dont je viens de donner le précis, rUniversilc ne fausse pas toutes les notions chrétiennes, si elle n'en retire pas l'élément révélé, et si de la sorte elle ne travaille pas directement à la destruction totale de la foi.

Une nation aurait-elle la foi chrétienne, si elle n'avait ni sur la vertu, ni sur le péché, ni sur la grâce,. ni sur les mystères, ni sur le culte, ni sur l'Église, ni sur la morale ni sur le dogme, ni sur la création, ni sur la vie future, ni sur l'homme, ni sur Dieu, aucune des notions élevées et précises que le Verbe divin a données au monde? Évidemment non. Une telle nation ne serait pas même hérétique, car elle ne serait plus chrétienne; elle serait, du côté de l'intelligence, retombée dans le paganisme.

Or, n'est-ce pas là que le gouvernement conduit la France avec l'enseignement que je viens de signaler? Je laisse à part toutes les inductions railleuses et toutes les superfétations malveillantes à l'endroit de la religion; c'est peutêtre ce qui sera le mieux saisi dans le tableau précédent; mais il s'en faut bien que ce soit là le côté le plus dangereux du livre universitaire. Que sont quelques signes de dérision ou de blasphème en comparaison de la déviation

générale de toutes les idées qui constituent et qui distinguent la foi chrétienne?

Quoi ! selon le corps enseignant, Créer c'est Inventer et rien de plus, Révéler c'est Découvrir un secret, Inspirer c'est Suggérer, être Consciencieux c'est être Scrupuleux! Quoi ! selon renseignement officiel, le Décalogue c'est la loi de Moïse, ï Esprit c'est un Fluide subtil, la Divinité c'est un Dieu ou une Déesse, ou V Objet d'un vif attachement, la Nature c'est V Universalité des êtres, V Univers c'est Tout ce qui est (Dieu compris), la Vie, enfin, c'est le propre des Co?ys organiques, de telle sorte que Dieu, les Anges, l'Ame humaine, ou seraient de la matière, ou n'auraient pas la vie! Il est sûr qu'un rationaliste peut, à la rigueur, admettre toutes ces déimitions ; mais, ce qui n'est pas moins sûr, c'est que, sous peine de manquer grièvement à sa conscience, un catholique doit les réprouver.

Ce n'est pas tout, monsieur le Ministre : pourquoi a-t-on ôté à tous les mots consacrés par îe langage catholique leur signification propre pour leur donner un sens vague qui n'apprend rien, parce qu'il ne précise rien? Que sauront des catholiques, quand vous leur aurez dit qu'une Prophétie est une Prédiction, un Sacrement une Institidion religieuse, la Grâce une Faveur, V Absolution une Rémission, la Vocation une Inclination pour un état, etc.? N'est-il pas

évident que toutes ces définitions, par le retranchement de ce qu'on appelle dans l'école la différence prochaine, ôtent aux objets définis les idées précises que la foi leur attribue, et permettent au lecteur de les classer dans un ordre de choses purement naturel?

Mais ce n'est pas tout encore; ce n'est pas même ce qu'il y a de plus grave. Pourquoi at-on retranché absolument toute signification religieuse à d'autres expressions beaucoup plus importantes encore que ces dernières? Ainsi, pourquoi les mots : Fidèle, Saint, Converti, Foi, Hérésie, Salut, Ciel, Paradis, etc., n'ont-ils, dans votre Dictionnaire, monsieur le Ministre, aucun sens chrétien? Chacun sait bien, cependant, que ces mots appartiennent essentiellement au christianisme , et que l'ouvrage en question est destiné à une nation toute chrétienne !

Pourquoi encore, en expliquant les mots Révélation, Inspiration, Évangile % exclue-t-on toutes les idées que nous en donne la foi?

Pourquoi, en définissant la Foi, \ Espérance et la Charité, évite-t-on de les appeler vertus théologales, quand, sur tous ces points, l'Aca-

1 II est à remarquer que pour définir le Coran on a parlé de Mahomet , et que pour définir VEvcmgile on n'a pas osé parler de Notrc-Seigncur Jésus-Christ.

demie avait elle-même fourni les termes les plus exacts?

S'excHsera-t-on sur ce que ce Dictionnaire n'est qu'un abrégé? D'abord on a bien trouvé de la place pour y insérer des inutilités plus ou moins irréligieuses*; mais est-ce qu'il faut plus de place pour bien dire que pour dire mal?

Est-ce qu'il n'existe pas d'autres Dictionnaires aussi complets et moins volumineux , dont toutes les définitions, sur ce qui nous occupe, sont exactement tirées de l'Académie'?

Non, non, ce n'est pas là le motif qui a dirigé le pouvoir enseignant ; il en avait un autre, et cet autre motif a dii être grave, car pour y satisfaire, d'une part il s'est imposé un travail nouveau, pénible et tout à fait inutile en luimême ; d'autre part il s'est mis dans le cas de. se voir dénoncé à la France et à toutes les nations chrétiennes, comme donnant dans ses livres les plus élémentaires et les plus ré-

* Est-ce pour abréger que Ton a dit Papiste , qui admet encore la souveraineté du Pape? Thaumaturge , qui est censé faire des miracles? TAcadémie a dit, plus brièvement, qui fait des miracles.

2 Nous en avons de tels sous les yeux. Nous ne nous occupons pas de savoir si , au point de vue purement grammatical et littéraire, ils sont inférieurs ou supérieurs à celui de l'Université;, mais nous avons pu nous assurer que toutes les choses religieuses y sont déBnies aussi brièvement que dans ce dernier, et que ces déûnilions empruntées à l'Académie sont toutes trèsexactes.

pandas des notions directement destructives des idées de la foi.

Eh bien i je le répète, ce motif n'est pas autre que l'irrésistible empire de la position illégitime que notre gouvernement s'obstine à se faire. 11 veut diriger tout l'enseignement, afin de lui donner un même esprit : or, cet esprit, c'est en lui-même qu'il prétend le prendre; mais lui-même, gouvernement ou portion de gouvernement , il est placé en dehors de toute religion révélée; l'esprit que dans cette position il peut tirer de lui-même est donc nécessairement étranger aux idées positives de la révélation.

Lors donc que le gouvernement veut soumettre tout l'enseignement à l'unité de cet esprit qui est le sien, comment est-il possible que, par la nature du but qu'il se propose, il ne tende pas h retrancher de l'enseignement toutes les idées positives de la foi? Nous venons de voir «jue c'est là ce qu'il a fait dans un de ses livres élémentaires. Eh bien! c'est là ce que plus ou moins il fera partout, c'est là ce qu'il fera toujours, tant qu'il s'attribuera la direction suprême de l'enseignement; c'est là ce que, sans même le vouloir et par le seul enipire de leur position, font tous les jours, comme membres et comme agents de l'Université, des universitaires qui, pour leur propre personne, sont le

plus sincèrement catholiques; enfin, monsieur le Ministre, c'est là ce que votre projet de loi autoriserait le gouvernement à faire avec un effroyable succès, et c'est pour cela que je déplore et repousse ce projet.

Car, qu'est-ce donc que retrancher de tout renseignement toutes les notions précises que nous devons h la foi, sinon nous faire rejeter cette admirable lumière ^ qui nous a retirés des ombres de la mort , et nous faire ainsi reculer jusqu'au paganisme? Il est malheureusement très-possible que tous ne sentent pas et ne comprennent pas ce qu'il y a de révoltant pour une àme chrétienne dans cette tentative et dans cette tendance; mais pour vous, monsieur le Ministre, qui le comprenez, certainement mes résistances et mes réclamations n'ont pas besoin d'excuse.

Quoi ! après avoir été autrefois ténèbres , dit saint Paul , nous sommes devenus lumière en Jésus-Christ-; après avoir été loin, bien loin, de ces convictions fermes qui sont la joie de toute intelligence et la garantie de tout avenir, nous en avons été rapprochés par le Verbe de Dieu , tellement qu'elles nous sont devenues familiè-

» Dctenebrisvos vocavit in adniirabile lumen suum. (I. Petr. 11—9.)

• Eratis enim aliquando tcnebrœ, nunc autem lux in Domino. (Eph. V. 8.)

res % et que sur tout ce qu^il faut croire, comme sur tout ce qu'il faut faire , la vérité divine est elle-même le flambeau qui éclaire tous nos pas et qui resplendit dans toutes nos voies '^. Voilà ce que nous sommes devenus par l'incomparable bienfait de la révélation chrétienne. Voilà ce que sont devenues toutes les âmes pénétrées seulement des documents élémentaires de la foi chrétienne.

Et ce sont ces documents divins que l'on veut nous ravir pour nous rejeter dans le vague des opinions incertaines et des systèmes contradictoires ! Et c'est cette lumière si vraie, si calme, si sûre, que le rationalisme officiel veut ravir à nos enfants pour les livrer au doute de ses abstractions ténébreuses et de ses utopies insensées !

Veuillez, monsieur le Ministre , pardonner à l'émotion de mes paroles : pour calmer les craintes qui les inspirent et que vient de ranimer l'examen de ce livre universitaire , il faudrait que votre Excellence me fît voir que ce dictionnaire classique n'est pas tel que je l'ai montré , ou qu'elle le désavouât ofûciellement , aussi bien que tous les autres ouvrages classi-

* Vos qui aliquando cratis lonyc , facti cstis propè in sanguine Chrisli. (Eph. n. — \'i.)

* Lucerna pedihus mais Terbum (itvm Domine, et lumen semitis mois. 'Vs. cxvm. — 105.)

ques de l'Université qui ont identiquement le même esprit. Si vous faisiez d'une manière péremptoire l'un ou l'autre, j'avouerais que ces pages n'ont contre votre conseil royal aucune valeur.

Mais si l'Université ne fait ni l'un ni l'autre , si cet ouvrage, dont, comme nous l'avons dit , le privilège est d'être universel dans tous les sens, et par la multitude des personnes qui s'en servent, et par l'usage habituel qu'on en fait, et surtout par l'universalité des matières dont il traite. Si cet ouvrage , visiblement destructeur de toutes les notions de la foi. continue à jouir de l'approbation du gouvernement , de sa recommandation , de son adoption , alors il sera manifeste, d'après son aveu, que la doctrine du livre est la vôtre, monsieur le Ministre, comme chef de l'instruction publique , que les définitions qu'il donne aux objets de notre foi sont la révélation de votre sytème et que vous voulez un enseignement tracé sur ce plan.

Or, comme ce plan exclut toutes les idées de l'ordre surnaturel , comme il est établi tout entier sur le terrain du rationalisme , il en résultera cette invincible conclusion que le pouvoir dont vous êtes l'orccane veut un enseiujnement rationaliste et que c'est là qu'il cherche la base de son unité gouvernementale.

Voilà ce que, pour ma part, je sais depuis

longtemps; mais voilà ce que désormais personne ne pourra plus méconnaître ; et voilà ce que je vous conjure , monsieur le';comte , de méditer profondément dans les lumières de votre conscience chrétienne.

Ici se présente incidemment une ; question curieuse et dont la solution est bien propre à jeter du jour sur ce qu'il y a de plus intime dans la grande affaire de la Liberté d'enseignement.

D'où vient que l'Académie française, qui ne se compose certainement pas que de catholiques croyants et pratiquants a donné sur tout ce qui tient à notre sainte religion des idées parfaitement exactes, tandis que l'Université ne nous présente, sur ces mêmes objets, que des définitions erronées, incomplètes, et souvent malveillantes? Par une raison bien simple quoique très-peu comprise : c'est que l'Académie n'est qu'un corps savant, tandis que l'Université est avant tout, aujourd'hui , un corps politique. Dans l'un, on veut la science pour elle-même, et dès lors, à part les préventions individuelles qui peuvent difficilement se réunir en système, on est disposé à la voir en toute chose telle qu'elle est. Dans l'autre, on veut que la science soit un instrument au service d'un pouvoir matériel, et c'est pour cela, qu'au besoiu , on la dénature. Uetle observation est

aussi évidenle en soi que féconde et lumineuse dans ses conséquences. Il s'ensuit, entre autres, que si l'Université est tant à craindre pour nos libertés , ce n'est pas parce qu^elle donne l'enseignement, mais c'est parce qu'elle est l'agent principal d'un pouvoir qui, par sa nature et ses continuelles tendances, est l'antagoniste déclaré de toutes les libertés publiques.

Anssi, monsieur le Ministre, je suis bien loin de l'opinion de ceux qui pensent que votre projet de loi sur l'enseignement secondaire, en remettant aux mains du pouvoir administratif une partie des privilèges attribués jusqu'ici à l'Université , tendrait à donner quelque satisfaction h la Liberté d'enseignement. Cette interprétation est , h mon avis , une immense erreur, ou plutôt, pour ceux qui voient le fond des choses, c'est une pure dérision.

Qu'importe à la liberté de nos consciences que le gouvernement l'opprime par le corps universitaire ou par tout autre moyen? Ce n'est pas la concurrence , quelle qu'elle soit , que nous redoutons et que nous repoussons le plus, c'est l'oppression et surtout l'oppression de nos saintes et pures doctrines; or, comme l'Université sans le gouvernement ne pourrait faire que de la concurrence, tandis que le gouvernement sans l'Université peut très-bien iaire de l'oppression très-directe et très-re-

doutable contre nos croyances par son autorité suprême sur l'enseignement , c'est surtout au gouvernement que nous refusons le droit de dominer, en quoi que ce soit, l'enseignement libre; et je vous avoue, monsieur le ministre, que, pour ma part, je repousserai sans relâche son intervention comme un joug odieux et fatal tant qu'il en restera le moindre vestige.

Au reste, les motifs de cette répulsion vont recevoir un nouveau jour de ce que je vais avoir l'honneur de vous exposer sur les dangers auxquels le projet de loi expose la morale chrétienne.

La morale est aussi une doctrine; et de ce côté tout ce que je viens de dire s'y rapporte aussi bien qu'au dogme , qui est d'ailleurs luimême le seul fondement solide de la morale.

Maison entend le plus généralement parla moraled'un peuple, sesmœurs, c'est-à-dire les habitudes de conduite qui régnent dans la plus nombreuse et la plus influente partie de la nation.

Les lois doivent avoir pour but d'affermir les mœurs dans ce qu'elles ont de bon , de les améliorer dans ce qui s'y trouve de défectueux, de les corriger, enfin, autant que possible, dans ce qu'elles présentent de formellement contraire à la saine morale. Toute loi qui, dans son ensemble et dans ses effets principaux, tendrait à l'altération , c'est-à-dire à la dépravation des mœurs publiques, serait une loi intrinsèquement mauvaise , une loi coupable , une loi que la justice naturelle repousserait autant que la foi chrétienne , ou plutôt ce ne serait plus une loi , puisque n'étant [)lus pour le bien commun , elle n'imposerait plus d'obhgation véritable si ce n'est celle de la contrainte. Ces vérités sont tellement incontestables ,

qu'elles ne supportent pas même la discussion.

Eh bien ! monsieur le Ministre, ma conscience me fait un devoir de vous dire qu'il en est ainsi, non-seulement du dernier projet de loi sur l'instruction secondaire , mais de l'ensemble des autres projets proposés pour l'enseignement à tous les degrés , depuis les facultés de droit et de médecine, jusqu'aux plus humbles écoles. Tous ces projets tendent . directement à corrompre les mœurs publiques.

L'accusation est grave ; et comme il est probable, monsieur le Ministre , qu'elle vous causera quelque surprise et même quelque peine , j'aurai besoin d'entrer dans des considérations générales propres à vous la faire apprécier.

Vous savez , monsieur le Ministre , que la morale repose sur la conscience et que tout ce qui tend à l'affaiblissement du pouvoir de la conscience tend par cela même à l'altération des mœurs.

Vous savez ensuite que la prati(|ue de la morale n'est pas autre chose que l'accomplissement du devoir, et que, au contraire, la violation de la moialc c'est l'abandon du devoir au [»rofit de l'intérêt ou des jouissances. D'où il suit que toute loi qui tendrait à généraliser chez un peuple l'habitude de préférer ses jouissances et ses intérêts à son devoir, serait une loi formellement immorale.

Eli bien ! je dis <iue tels sont tous les nouveaux projets de loi sur l'enseignement, surtout considérés dans leur ensemble; et je vais le faire voir à l'aide d'un raisonnement bien clair dont je prouverai ensuite toutes les propositions. Voici ce raisonnement :

La politique, telle qu'elle est montée aujourd'hui et pour longtemps en France, tend irrésistiblement à corrompre la nation en Tasservissant.

Or, les projets de loi dont il s'agit ont manifestement et directement pour but de soumettre l'enseignement et léducation de toutes les classes à la politique ;

Donc , ces projets de loi tendent à faire pénétrer dans toutes les classes de la société la corruption dont la politique actuelle est la source féconde et rinstrument dévastateur.

Veuillez me suivre , monsieur le Ministre . avec tout l'attention et toute l'indépendance d'esprit que le sujet exige.

Je dis d'abord que la politique, le lie quelle est moiUée aujourd'hui , et pour longtemps en France , tend irrésistiblement à corrompre la nation eu l'asservissant.

La manière dont cette proposition est conçue prouve assez que je n'en fais pas une accusa-

lion contre les personnes, quelles qu'elles soient. Les abus dont je vais parler subsisteront sous tous les ministères , tant que les mœurs publiques se prêteront à faire du système constitutionnel un immense moyen de dépravation.

Encore une fois, monsieur le Ministre, veuillez bien croire que je ne suis aucunement l'ennemi de nos institutions actuelles. Considérées en elles-mêmes , elles n'ont certainement rien qui ne puisse obtenir l'assentiment du moraliste îe plus exact et le plus sévère.

Partager le pouvoir atin d'en prévenir les excès ; donner au peuple , à des degrés divers, quelque participation de la souveraineté , de crainte que placée tout entière dans la main d'un seul , elle ne produise un arbitraire sans contrepoids , et des scandales sans contrôle ; vouloir que les lois soient publi(iuement discutées et votées par les représentants de toutes les provinces, la justice publiquement rendue , les actes du pouvoir exécutif publiquement et librement jug(^ par tous , même par le dernier des citoyens , c'est là certainement aux yeux de la plus sain^i théologie , connue h ceux de la plus simple raison, un ordre de choses parfaitement moral , et qui , lorsqu'il est secondé parles mœurs [»ubliques, doit contribuer puissannnent à maintenir chacun dans les limites de son devoir. Or, c'est là tout ce que sont

nos insliliuions considérées en elles -mêmes.

Et cependant , monsieur le Ministre , je ne crains pas de dire que précisément par ce môme système si favorable à sa dignité , à sa liberté , à sa moralité , la France tombe visiblement dans un abaissement, dans une servitude, dans une dépravation , aussi lamentables , et , sous certains rapports, plus irrémédiables que tout ce qui pourrait lui être imposé de plus dur et de plus honteux par la volonté personnelle du monarque le plus absolu.

Non , monsieur le Ministre , n'accusons personne ; mais de grâce voyons les faits tels qu'ils ' sont , car il est impossible de juger de la portée d'une loi sans l'appréciation des circonstances pour lesquelles elle est proposée.

Or , en réalité , où en sommes-nous ? Le mouvement de notre système représentatif contribue-t-il maintenant à moraliser la France ou bien à la démoraliser ? Le travail des élections à tous les degrés, et notamment aux degrés supérieurs, rend-il les consciences de ceux qui s'y associent plus droites et plus fermes, ou plus dépravées et plus vénales ? Enfin , l'effet général et continu de ces grandes opérations constitutionnelles est-il de former des peuples toujours plus généreux et plus libres , ou toujours plus égoïstes et plus esclaves?

Cet effet serait certainement favorable à la

vraie vertu , comme à la vraie liberté , si ceux qui prennent part à ce mouvement perpétuel de nos institutions avaient , au moins la pluj)art , pour but principal de procurer le bien public. Mais s'il en est tout autremement, si le système électif est aujourd'hui , par une certaine force des choses , monté de manière que les électeurs , et surtout leurs mandataires , l'ont presque tous usage de leurs droits et de leur mandat , non pour l'intérêt public , mais pour des intérêts privés ; non pour la nation , ou pour les provinces qu'ils représentent , mais pour eux-mêmes individuellement pris et pour les leurs ; s'il en est ainsi , où allons-nous ? Au lieu de maintenir et de perfectionner Téquiiibre de tous les droits et de tous les devoirs , comme il est dans sa nature de le faire, le gouvernement représentatif ne devient-il pas ainsi une sorte de vaste marché oii les droits assurés h la France par sa constitution sont, à la lettre, soustraits , vendus et livrés eji détail par ceuxlà mêmes qui en sont les dépositaires, et achetés par ceux qui en sont les destructeurs avoués , au prix de quelques faveurs passagères jetées en proie à l'égoïsme individuel. Or qu'est-ce <{ue ce commerce , sinon la trahison [)ublique des intérêts les plus précieux, sinon la profession officielle des iniquités les plus ruineuses pour la société.

Permettez-moi, monsieur le Ministre, d'entrer ici dans des détails qui vous sont bien mieux connus qu'à moi ^ mais dont j'ai besoin pour faire sentir que mes paroles , quelque fortes qu'elles paraissent , n'ont rien qui ne soit dans l'exacte vérité.

L'électeur ne faisant généralement usage de son suprême pouvoir que pour servir ses intérêts et pour les faire servir par le député, qu'il ne nomme son mandataire qu'à cette expresse condition : celui-ci arrive h la capitale beaucoup moins comme un législateur, indépendant occupé des affaires publiques , que comme un courtier chargé d'innombrables affaires privées, et lié par des engagements de toute sorte.

Ces affaires privées et ces engagements divers sont des faveurs h solliciter auprès du gouvernement. Mais pour obtenir ces faveurs à travers toutes les concurrences . il faut se rendre agréable à celui qui les dispense , et pour être, en fait de lois, agréable au gouvernement, il faut lui en procurer qui étendent la mesure de son pouvoir centralisateur.

Or cette extension ne peut se faire qu'aux dépens des libertés publiques, puisque ce pouvoir central et ces libertés publiques sont comme les deux i)laleaux d'une même balance , tellement que l'on ne peut pas peser sur l'un sans faire monter l'autre , d'où il suit que c'est en li-

viant nos libertés que le (h'pulé acquilte un maiulat qu'il n'a dû reeevoii* que pour les défendre et même au bçsoin pour les accroilre !

Certes , je suis bien loin de prétendre que tous les députés de la France marcliont dans cette voie d'égarement et d'ignominie. Grâce au ciel , malgré toutes les manœuvres de la politique et toutes les séductions du pouvoir, il se trouve encore dans nos Chambres législatives bien des âmes fortes et pures qui refusent absolument de courber le genou devant ce nouveau Baal.

Mais supposons qu'un jour la majorité de nos législateurs ado[)te définitivement ce système, n'est-il pas évident qu'à partir de ce jour le gouvernement représentatif ne serait plus qu'une immense déception , et qu'au lieu de garantir tous les droits et toutes les libertés, en maintenant l'équilibre entre tous les pouvoirs, il ne fonctionnorail plus ([ue pour abaisser de plus en plus le mural de la nation, et la traîiler dans une incommensurable servitude.

Les droits publics et les intérêts privés sont en présence , et Ton sacrifie ces droits pour satisfaire à ces intérêts. Sacrifier des droits permanents à des désirs fugitifs! imj>rudents !

Mais les désirs renaissent et les droits cédés ne reviennent plus; mais les désirs de l'hounne sont sans fin, et les droits dont il s'agit sont

Irès-eiroiteiiiODt limites. Il faudra donc que , pour remplir d'autres engagements particuliers, chaque année les députés abandonnent au pou- Toir central d'autres libertés publiques, d'autres intérêts publics , d'autres droits publics ,* et ainsi jusqu'au dernier , c'est-à-dire jusqu'à ce que tout appartienne à ce pouvoir dominateur . jusqu'à ce que tout soit gouverné arbitrairement par ses fonctionnaires , dans la famille comme dans la commune . dans l'enseignement comme dans Tadministration. dans la religion comme dans l'industrie , dans la conscience comme dans la vie publique . dans l'Elglise enfin comme dans l'Etat !

Qui oserait soutenir que ce n'est pas dans cette voie que l'on marche ? Le député vient dire au ministre : Donnez-moi des places pour mes commettants ; le ministre lui répond : Mettez des places à ma disposition , et le député vote pour la multiplication indéfinie des fonctionnaires publics.

Le député dit : Donnez-moi les pensions, les crédits, les secours que j'ai promis. Le ministre répond : Mettez à ma disposition des sommes plus considérables : et le député vote pour l'augmentation toujours croissante des impôts.

N'est-ce pas là ce qui se fait ? N'est-ce pas ainsi que les dépenses de l'Etat, qui paraissaient monstrueuses eu 1830 quand elles se montaient

à 1,095,142,115 fr., se sont élevées en 184G h 1,606,399,449, et qu'elles s'accroîtront eer~ tainement encore celte année, malgré la paix, et de même les années suivantes , et de môme ididéfiniment? N'est-ce pas ainsi qu'à l'aide de ses innombrables fonctionnaires, le gouvernement finit par tout dominer, tout diriger, tout acheter, tout corrompre, enfin, pour tout asservir , de telle sorte que la forme constitutionnelle nesera bientôt plus qu'une sorte de voile de théâtre derrière lequel se prépareront impunément tous les actes de la plus odieuse oppression ?

Or, que faut-il pour que la France marche toujours dans cette voie immorale et dégradante, pour qu'elle y marche jusqu'au plus profond abîme? Il faut et il suffit que l'on ait des générations d'hommes sans conscience, qui sacrifient tout à leur intérêt propre. Et que faut-il pour produire et former infailliblement ces générations? Il faut encore une seule chose : il faut un système complet d'éducation sans principes, c'est-à-dire sans véritables croyances religieuses.

On peut être sûr que celte dernière condition seule suffira pour créer et consacrer en France, à l'aide du régime électif, une organisation eifroyable de tous les genres de corruption et de bassesse, de manière à préparer la

servitude la plus avilissanlo et la plus incurable : oui la plus incurable. Car celle qui tient » la volonté personnelle d'un monarque absolu, peut finir avec lui ; elle est même presque toujours après lui plus ou moins modifiée, et, d'ailleurs , elle peut laisser dans le cœur des peuples le sentiment de leur droit et ce désir légitime d'affranchissement qui réagit tôt ou tard.

Mais quand c'est la nation elle-même qui a mis h l'encan ses droits les plus précieux; quand c'est elle qui s'est par de honteux calculs livrée h ses oppresseurs, qui a mieux aimé la satisfaction de ses convoitises que la conservation de ses libertés , et qui, pour jouir du présent , s'est courbée elle-même indéfiniment sous le joug ; alors, la servitude n'est plus une contrainte sociale , mais une inclination maladive; ce n'est plus une persécution, c'est un mal intime qui a gagné le cœur au point que l'on ne sent plus son état. Alors , ce n'est plus la vie ou la mort d'un homme qu'il faut pouiaffranchir ce peuple, auteur volontaire de son propre esclavage , ce sont des siècles, et encore des siècles avec des bouleversements incalculables parmi lesquels la nationalité elle-même finit souvent par périr.

Y a-t-il quelque remède contre ce mal profond? Il y en a un, mais il n'y en a qu'un, qui pourrait à la longue guérir au moins en par-

lie, en ce qui concerne les affaires publiques, la lèpre hideuse et meurtrière de cet égoïsme organisé : c'est l'enseignement et l'éducation de la jeunesse de toutes les classes.

Avec un enseignement fortement pénétré de ces croyances religieuses qui seules font de la conscience un tribunal souverain; avec une éducation où l'on s'efforcerait de faire contracter aux générations adolescentes des habitudes contraires à la corruption du siècle, on pourrait espérer de remonter peu à peu le sentiment moral des peuples, de leur redonner l'idée distincte et l'amour sincère du devoir , surtout en leur inspirant la crainte de Dieu sur qui toute notion claire et toute pratique constante du devoir repose uniquement.

Mais avec une éducation qui ne présenterait pas ces éléments de régénération morale, et surtout avec un système d'éducation auquel seraient officiellement mêlés les principes démoralisateurs de la politique actuelle , il est évidenmient impossible que la France ne tombe pas de ce côté dans tous les degrés de honte et de malheur.

Cependant , n'est-il pas vrai , comme je l'ai dit en second lieu, que les projets de loi ont manifeslemenl pour but de soumettre V enseignement

el l'éducation de toutes les classes à la politique?

Ici, monsieur le Ministre, je pourrais, surtout auprès de vous-même , me dispenser de toute démonstration. Cette vérité ressort tellement de tout l'ensemble de vos projets de loi^ qu'elle a dû être constamment présente à votre esprit pendant que vous les rédigiez, ou plutôt qu'elle a dû être très-distinctement et très-positivement le but principal , sinon le but unique auquel vous avez voulu tendre.

Depuis l'enseignement supérieur sur lequel, pour aller au plus court, vous avez nettement nié que la nation eût un droit quelconque , ce qui certainement eût suffi , il y a quelques années , pour faire mettre un ministre en accusation devant les Chambres, jusqu'à ces humbles écoles de village, que la loi de 1833 a déjà si profondément démoralisées , el que votre projet du 31 mars dernier tend à faire échapper à tout contrôle et de la religion et des familles ; depuis, ces médecins officiels nommés tous les cinq ans dans tous les cantons par les préfets , en nombre indéterminé, qui ne pourra pas être moindre de 3,000 , jusqu'à ces 32,808 instituteurs laïques primaires auxquels vous proposez de donner une position d'autant plus indépendante de toute autre autorité, qu'elle serait plus servilement assujélic au gouvernement; enfin, dei»uis les Facultés dont vous faites le grand

ressort de voire système, jusqu'aux salles d'asile où vous voulez inoculer dès le plus bas âge ridée que tout, en toutes choses, dépend du pouvoir civil ; tous les détails de l'enseignement et de l'éducation ne seront ils pas organisés de manière que, s'engrenant comme des milliers de rouages dans le mouvement dépravé de la politique, ils fonctionnent uniquement au profit d'une domination toute-puissante, qui oiïre à tous l'appât corrupteur de Tambilion, afin d'obtenir de tous les basses complaisances de la servilité?

En effet, quel est partout l'unique mobile de ce vaste système? Les faveurs du pouvoir, ou, pour me servir du mot consacré dans le langage mondain , V avancement y et surtout un avancement représenté par une augmentation de salaire.

0r, quelle serait la condition indispensable à cet avancement quel qu'il lût? L'obéissance politique , c'est-à-dire la flatterie envers le gouveinement , ou tout au moins la privation volontaire et absolue de toute opposition constitutionnelle, fût-elle impérieusement réclamée par la conscience.

Et quel serait l'auxiliaire le plus laissant el le [dus habituel de cet avancement? Ce serait l'homme politique par excellence , le député. Aujourd'hui que, dans toutes les carrières pu-

bliques, jusque dans la luai^istrature et même jusque clans l'armée , c'est l'intluence, ou tout au moins le concours du député qui obtient des places , il est bien évident que les fonctions de l'enseignement se trouvant toutes à la discrétion du ministre , ce serait par la députalion seule qu'on pourrait les obtenir.

Et quel serait le moyen d'arriver au ministre par le député? Encore la politique et rien que la politique. C'est-à-dire que pour obtenir ce succès il faudrait d'une part que l'instituteur travaillât à favoriser l'élection du député, et que de l'autre ce député fût notoirement et solidement ministériel...

Je m'arrête à ce léger aperçu des résultats inévitables de vos projets, monsieur le Ministre, et je vous demande ce que, dans tout ce travail, deviendrait la conscience des instituteurs, ce que deviendrait leur devoir essentiel, ce que deviendrait enfin l'intérêt public? Je vous conjure de me dire s'il n'est pas évident qu'une armée d'instituteurs ainsi dirigée perdrait entièrement de vue le côté moral des choses, pour ne plus en voir que le coté politique , c'est-àdire ce côté des choses où toute la perfection consiste à éviter non pas les iniquités mais les maladresses, non pas ce qui est mal mais ce qui compromet; où toute la vertu c'est d'être habile, où tout le mérite c'est de réussir.

Et ce qui rend ces considérations plus effrayantes c'est que, d'après vos projets de loi, la politique aurait dans l'enseignement et l'éducation un tel empire, qu'il ne resterait plus aucune influence morale d'aucun genre pour le contrebalancer. On dirait vraiment que l'on aurait pris à tâche de supprimer tout ce qui pouvait encore atténuer la toute-puissance de cet entraînement dépravateur.

Ne parlons ni du clergé, qui ne figure dans les projets de loi qu'autant qu'il faut pour jeter sur lui, fort inutilement, beaucoup d'odieux; ni des familles à qui, après beaucoup d'hommages, on ne laisse au fond d'autres droits que celui de choisir leurs chaînes 5 mais au moins n'était-il pas dans l'ordre et dans l'esprit le plus essentiel de nos institutions, que les communes conservassent quelque action sur les instituteurs?

C'est pour la commune que l'instituteur travaille, c'est sous ses yeux qu'il fonctionne, c'est elle qui le nourrit et qui est le premier juge de sa conduite. Aussi , malgré tout ce que la loi de 1833 avait déjà de tendance politique, elle donnait à la commune deux moyens d'action sur l'instituteur : c'est le conseil municipal qui le nommait, etqui fixait le taux de la réîril)ution mensuelle des élèves. Ces deux dispositions suffisaient pour faire comprendre à l'instituteur

que son sort était, au moins en partie, entre les mains des familles du lieu, représentées par l'autorité communale. C'était peu cependant, car Taction de la politique représentée par les inspecteurs^ par les recteurs, par les comités supérieurs, etc., l'emporte encore de beaucoup sur cette action de la localité. Eh bien, ce peu, le nouveau projet l'enlève à la commune.

Dorénavant le conseil municipal ne peut plus que présenter trois candidats parmi lesquels le pouvoir choisit, et si aucun de ces candidats ne convient, ou si la commune diftere plus d'un mois à faire ses présentations, c'est le ministre qui nomme!

Dorénavant aussi ce n'est plus le conseil municipal qui fixe la rétribution mensuelle, c'est la politique par l'organe du préfet en conseil de préfecture ! En sorte que si un instituteur paraît aux pères de famille indigne de leur confiance, pour cause d'immoralité ou pour toute autre cause, ils ne pourront plus lui faire sentir ni ses torts, ni leurs mécontentements, en diminuant la somme de cette rémunération accidentelle ; et si d'ailleurs cet homme immoral, si cet instituteur indigne est dévoué corps et âme à l'ordre de choses , si le député en a besoin et si le ministre dit que c'est un homme utile, les familles seront, malgré leurs légitimes répugnances, forcées, par la politique, de lui

conliniier et peut-être même die lui augmenter leurs olîrandes mensuelles.

Ainsi c'est la poliliquo seule qui nommera;, qui surveillera, qui dirigera, qui jugera, qui punira ou récompensera , qui fera grandir ou diminuer, vivre ou mourir les 32,808 instituteurs laïques primaires!

Qu'est-ce à dire, sinon qu'elle aura sous. sa main plus de 30,000 hommes, disposés par l'empire de leur dépendance absolue à servir per fas et nefas les intrigues démoralisantes de la politique; quand, au contraire, par la nature de leurs fonctions ils sont et doivent être, comme je l'ai dit, destinés à remonter le moral des peuples.

Or, vous le savez, monsieur le Ministre, vos auti'es projets sont, avec des l'ormes diverses, selon la diversité des matières, identiquement dans le même système. Ce sont, partout et avant tout, des hommes j)olitiques que vous dierchez dans les honnnes d'enseignement.

Ainsi, en ajoutant aux 32,000 instituteurs primaires les 3,022 élèves-maîtres sur le point de sortir des écoles normales primaires ; puis les 5 .ou *6^0OO maîtres de tous giades distribués dans les 52 collèges royaux et les 313 collèges communaux ; [)uis les 6 ou 7,000 aulies niaities gradués nécessaires aux 988 établissements particuliers sur lesquels, d'après le

projet du 10 avril, le goiiverneinent aurait à peu près plein pouvoir; puis, d'un autre côté, les 3,000 médecins officiels cantonnaux, etc., on peut compter que, par la mise en œuvre des lois proposées, la politique aurait, par le fait seul de l'enseignement de la jeunesse, à la disposition de toutes ses manœuvres, à peu près 30,000 personnes, la plupart très-influentes, pouvant agir par les enfants sur leurs pères, et, par les principes déposés dans le jeune âge, sur tout l'avenir des générations.

Maintenant, est-il nécessaire de prouver ce que j'ai dit en troisième lieu et ce qui résulte si évidenmient des deux propositions précédentes, que les projets de loi proposés tendent à faire pénétrer dans toutes les classes de la société la corruption dont la politique actuelle est la source féconde et ^instrument dévastateur^^

Il est honteux d'être obligé de reconnaître av«c quelle facilité la mise à prix et la vente publique des consciences , dans les alTaircs politiques, se sont naturalisées parmi nous; or, comme ceux qui se livrent à ce commerce prévai'icateur, comme ceux surtout qui l'entretiennent, qui l'encouragent et qui le soudoient, sont pour le plus grand nondjre les élèves de rUjiiversité, il est certainement permis de pré-

sumer que c'est déjà renseignement universitaire qui a déposé dans les entrailles de la société les germes féconds de cette immorale habitude.

Cependant, grâce à d'autres genres d'enseignement, ce qui reste encore parmi nous du vieil honneur français et de la vieille foi catholique , lutte toujours, au moins par des protestations de tout genre, contre cette trahison officielle de toute délicatesse et de toute justice. Le fait de ce scandale est malheuueusement admis par un grand nombre dans la pratique , mais il s'en faut bien qu^il soit jusqu'ici sanctionné par le suffrage de l'opinion. Un homme public qui vend son vole, en ce sens qu'il livre les libertés publiques, les droits publics, les intérêts publics pour satisfaire à des engagements électoraux, c'est-à-dire presque toujours à des intérêts privés, un tel homme peut bien encore avoir de l'influence et du crédit , mais certainement il ne jouit que d'une médiocre estime, parce qu'il reste encore assez de personnes consciencieuses pour lui infliger un blâme que l'on n'ose pas démentir. C'est trop peu sans doute pour empêcher tout le mal, mais c'est assez pour lui faire une sorte de compensation et pour mettre un certain obstacle à ses progrès.

Au contraire, supposez un système d'enseignement où les enfants de toutes les classes

soient, dès le bas âge, lémoins de ces honteuses manœuvres de la part de ceux mômes qui doivent les moraliser ; supposez que, pendant plusieurs générations , tous ces enfants aient vu tous leurs précepteurs, tous leurs directeurs, tous leurs instituteurs , fonctionnant toujours et en toutes choses sous la main du pouvoir politique, approuvant tout ce qu'il approuve, blâmant tout ce qu'il blâme, maudissant comme le plus grand crime toute résistance même la plus consciencieuse à ce pouvoir corrupteur, et préconisant comme le premier mérite tout service qu'on sait habilement lui rendre ;

Supposez qu'à cette époque de la vie oii toutes les idées germent , où toutes les convictions se forment, où toutes les habitudes se déterminent, toute la jeunesse du royaume ait été instruite par des maîtres occupés avant toute chose de leur avancement , cherchant à se le procurer par Tunique voie de la politique, c'est-à-dire par les démarches , les intrigues, les complaisances, les supplanlations, et au besoin par les diffamations et les calomnies dont se sert sans remords la politique actuelle; supposez enfin que cette jeunesse ait vu tous ses maîtres toujours d'autant plus estimés , d'autant plus influents, d'autantplus récompensés qu'ils avaient mieux servi exclusivement le pouvoir politique au préjudice de tous les autres pouvoirs, au

préjudice de la commune comme delà famille, de la religion comme de la conscience ;

Supposez tout tet ensemble d'organisation , d'influences, d'habitudes, qui n'est autre chose, monsieur le Ministre, quel'ensemblede vos projets mis en œuvre , et je demande si la dépravation poli tique dont nous gémissons tous et dont le gouvernement doit certainement lui-même rougir de faire usage, ne viendrait pas saisir toutes les générations nouvelles dès les premières ouvertures de l'intelligence et du cœur; si le sentiment de droiture qui lutte encore au moins par le blâme contre la vénalité des consciences, ne serait pas étouffé par l'empire d'un ordre de choses, devenu normal à force d'être universel, et censé légitime à force d'être accepté; si, enfin , un peuple ainsi rompu tout entier dès le premier âge à l'habitude de ne rien refuser au pouvoir qui lui accorde ou lui promet des salisfactions individuelles, ne ressemblerait pas bientôt au troupeau d'esclaves qui se trouve assez heureux quand on l'engraisse et assez libre quand on lui procure ou qu'on lui permet de viles jouissances?

Et veuillez bien remarquer de nouveau que ce pouvoir à qui serait ainsi livrée la nation jusqu'ici la plus généreuse , la plus intelligente et la plus polie du monde entier, se composerait d'hommes issus précisément du travail de cette

même dépravation politique, d'hommes sur lesquels on ne sait d'avance qu'une chose, c'est que placés par la constitution en dehors de toute croyance et de tout culte , ils ne pourront , comme pouvoir, être arrêtés dans les excès de leur oppression ni par aucune autorité religieuse, ni même par aucune morale naturelle supérieure h leur bon plaisir ; car c'est là ce que l'on consacre et dans vos projets de loi, monsieur le Ministre, et ailleurs sous le nom imposant de la souveraineté absolue de l'Etat.

Je l'avoue , je suis effrayé moi-même des lignes que je trace , et cependant pi us* j'étudie les projets qui nous occupent , et plus j'y vois distinctement les germes de l'effroyable immoralité dont je donne ici l'aperçu.

Or , monsieur le Ministre , à part ma dignité d'homme , h part l'honneur de la nation à laquelle nous sommes vous et moi fiers d'appartenir, je suis chrétien, et, malgré mon indignité, je suis évêque, c'est-à-dire que je suis tout à la fois le disciple et l'apôtre de la morale la plus pure , la plus sublime et la plus parfaite qui ait jamais été donnée au monde.

Cette morale qui nous enseigne avant tout qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, qu'il vaut mieux tout perdre que manquer à sa conscience, parce que ni les intérêts, ni les jouissances ne sont rien en compaiaison du

devoir , cette morale divine, vous voulez l'assujétir à un système d'une puissance incalculable où toute religion est soumise à la loi humaine , toute conscience à la cupidité, tout devoir à Végoïsme ; et parce que les principes inflexibles de cette pure morale doivent être surtout communiqués aux peuples par renseignement et l'éducation, vous voulez, comme pour en prévenir la sainte influence, faire arriver votre système dépravateur jusqu'à Tentrce de la vie, de telle sorte que cette morale de dévouement, de sacrifice et de charité , empoisonnée dès ses premiers canaux , ne parviendrait à l'âme de l'enfant que déjà plus ou moins mêlée à la fange des passions politiques.

Monsieur le.Ministre, permettez-moi de vous le dire, si ce n'était pas là une grande erreur , ce serait un grand crime.

Peut-être , au sommet des affaires où vous êtes placé , aurez-vous peine à me comprendre. Ministre du roi, vous croirez peut-être que votre premier devoir étant de fortifier le gouvernement du roi, vous aurez fait une chose toujours digne de votre haute mission en procurant à la France des lois qui rendent tous les Français aveuglément soumis à l'arbitraire du pouvoir central.

Monsieur le Ministre, ce résultat serait beau sans doute si vous l'obteniez par la conscience, car alors il serait réglé par cette loi divine qui rend l'obéissance toujours morale , parce qu'elle force l'autorité d'être toujours juste ; mais comme vous voulez l'obtenir par tout ce qu'il y a de plus opposé à la morale, c'est-à-dire par la vénalité de tout ce qu'il y a de plus saint dans le monde , et par l'excitation de tout ce qu'il y a de plus insatiable dans le cœur de l'homme , croyez-le bien , vous tendez à faire autant de mal à la dynastie qu'à la nation : en démoralisant celle-ci, vous préparez à celle-là d'incalculables tempêtes.

D'ailleurs , monsieur le Comte , les ministres passent, et les actes du ministre laissent attachés à son nom leur valeur morale. Il est naturel, quand on est au pouvoir, de se complaire à le fortifier, mais c'est pour soi-même un malheur irrépara])le de le fortifier par des moyens illégitimes.

Dans quelques années, au plus tard, ce pouvoir vous échappera certainement des mains, et d'autres accepteront le fruit de vos travaux. Si alors, ce qu'à Dieu ne plaise, les lois sur l'enseignement proposées par vous étaient en vigueur, vous verriez s'étendre, se généraliser la démoralisation qu'elles ne pourraient manquer de produire. Alors, aux illusions du ministre succé-

-Goderaient les réflexions tardives, les convictions amères, les regrets impuissants de l'homme honnête et distingué , du père de famille et du chrétien , obligé de se dire à la vue de ces irréparables maux , voilà donc mon ouvrage ! Déjà, plus d'une fois , notre siècle a vu des homme d^Etat, hélas ! et des hommes d'Eglise , mourir dans d'inexprimables douleurs pour avoir sacrifié des libertés religieuses et des droits publics à des désirs exagérés de conciliation. Aujourd'hui quelques courtisans invoquent encore leur nom, qui n'en est pas moins irrévocablement flétri. Puisse cette leçon servir aux ministres actuels !

Je termine sur cette pensée cette trop longue lettre, composée en grande partie au milieu de mes courses pastorales. Je me permets de vous l'envoyer, monsieur le Comte, et même de la' rendre publique, sans en espérer pour l'instant même aucun résultat satisfaisant. Mais j'ai dû à ma conscience d'intervenir ainsi dans ce nouveau débat.

D'ailleurs, j'ose attendre de cette publication quelque chose de semblable à ce qu'ont produit depuis plus de trois ans des écrit analogues. Ils aident à réfléchir sur notre position, sur nos dangers et sur nos devoirs. S'ils no font pas vaincre tout d'abord, au moins ils dressent au combat. La victoire est entre les mains de Dieu ; sa pro-

vidence la donne quand il le veut et comme il le veut. Notre devoir se borne h combattre toujours , et par tous les moyens légitimes , ce qui est contraire aux intérêts de la foi et de la morale chrétiennes , à le combattre , s'il le faut , jusqu'à la mort; car devant Dieu mourir en combattant pour la justice, c'est encore vaincre; c'est môme la victoire par excellence, non coronatiir nisi {qui) légitimé certaverit, (2Tim. II-5.)

' Veuillez, monsieur le Ministre , agréer, avec celte franche déclaration de mes convictions intimes, l'assurance ne mes sentiments respectueux.

-|- P. L., Èvêque de Langres.

l'aiib, — Iiiipriiiicric cl'A Sir.ot, tx Desqiehs, rue des Noyers, 37.

LA VÉRITÉ

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