XI!T
Mais, dit-on, parla diroction suprême de l'onsoiqnoiiiciiL le ooiivenionient se formera tonjours des sujets ple.s dévoués.
Imprudents ! vous alîaiblissez la veitn , et vous croyez pouvoir fortifier le dévouement? Il faiit donc vous ra})pcler qu'en dehors de la conscience le dévouement ne [)eut plus avoir [sour base que l'égoïsme '.
D'ailleurs le plus sur moyen d'avoir un peuple dévoué, c'est de reconnaître et de respecter ses droits : c'est là surtout ce qui apit puissamment sur la partie la plus intelligenle et la plus saine de la nation; et si ce principe est Via: i^artout, il lest surtout en France : et si toujours le Français a voulu avoir ses franchises, c'est surtout aujourd'luii que la liberté est la première base de la constitution elle-même. Pai'ticularisons celle pensée pour la rendre jilus sensible.
lue parlio nond)!'euse de la société que le
' La rosiaiiralinii favorisa runivnsiti' anlnnt et plus
pciit-êln' (juc lo goiivcnicniciiL atjliii'l : {.•cpi'iulant cf sont
les i li'vts ri les inriubics cli; ruuivfi'sUt' (|iii (ml le plus loiilrildir' à son iviiveiai'ineiil. Oiiolle leçon I
goiivornonicnl vciii certainement et qu'il doit en eiïet vouloir s'attacher, non par des privilèges, mais par la justice, c'est celle qui se compose des vrais chrétiens ayant le clergé à leur tête. Les chrétiens attachés à leur foi , sur des questions qui touchent de si près aux intérêts religieux, penseront toujours comme le clergé, du moins en grande majorité. Or, à cette heure, le clergé ne fait plus généralement qu'une ohjection sérieuse au pouvoir, c'est celle qu'il tire du monopole universitaire. Qu'on veuille bien nous i>ermettre de nous expliquer.
Les prêtres que leur éducation, leurs relations, hélas! et leurs souffrances avaient attachés à l'ancien ordre de choses deviennent plus rares tous les jours; ou bien, par suite de leur Age, de leur retraite, de leur isolement, ils perdent peu à peu toute leur influence. Un nouveau clergé s'élève et se répand , étranger aux révolutions, acceptant sans regret et sans point de comparaison les faits accomplis, conq^renant mieux peut-ê(re l'état social actuel, mais aussi pai' cela même sentant plus vivement le besoin de la pleine hberté de son ministèi-e. Il n"a i>as, et il ne désire pas les avantages du clergé d'autrefois; mais aussi il ne veut pas de nouvelles entraves. Or il voit dans le monopole uneeiUiavedont l'ancien clei'génavaitpasà souffrir, malgré la facilité qu'avait alors le pouvoir
civil d'intorvcnir dans lesqiioslions religieuses à l'abri de ces mois : RcUgion de VElat.
Le clergé d'aujourdiiui, vous dit unanimement : « Nous ne demandons ni richesses , ni « titres, ni privilèges ; mais nous réclamons au « nom de la liberté promise, le droit qui nous « appartient de sauver les peuples du double '( malheur de l'incrédulité et de la dépravation, « et nous déclarons que le monopole est, sur ce « point capital , un obstacle injuste à l'exer- « cicc de nos droits. Nous déclarons, qu'avec le « monopole, malgré tous nos soins, les géné- <( rations adolescentes perdent la foi et les «( mœurs. Nous réclamons donc et nous récla- (( nierons sans fin , jusqu'à ce que justice nous « ait été rendue. »
Qu'on le sache bien , c'est là la pensée la plus dominante, la conviction la plus intime du clergé , et cette pensée deviendra toujours plus distincte, plus vive, plus urgente, à mesure qu'il se recrutera dans les générations nouvelles, et, nous le rép('tons, cette pensée du prêtre, les bons fidèles la partagent, et eux aussi la comprendront toujours de plus en plus. Les familles surtout, les chefs de famille la partageront avec ardeur, parce qu'elle lient également à leurs droits les plus sacrés : or les sentiments de lamille sont, avec les sentiments religieux, les plus impérissables et les plus invincibles. Et
cette répulsion du monopole sera encore partagée par bien d'autres qui n'ont pas le bonheur dobéir à nos pratiques , ni peut-être même de partager nos croyances. Donc, loin que i)ar le monopole le pouvoir se prépare des sujels plus fidèles , il se crée des adversaires nombreux dont la plupart se trouveront dans les classes les plus morales et les plus amies de l'ordre. Donc, loin que le monopole assure la paix à la société, il y met nécessairement et pour toujours la guerre.
Non , quoi qu'on en dise , il n'en serait pas ainsi de la liberté de l'enseignement. N'en avonsnous pas la preuve chez un peuple voisin? Le roi des Belges devrait, ce semble, par la dissidence du culte qu'il professe, inspirer de la défiance et de l'éloignement à cette contrée , si callîolique qu'elle a fait une révolution pour sauver l'intégrité de sa foi. Cependant c'est un fait notoire qu'il est peu de princes à qui lalFcction générale de son peuple soit plus complètement acquise, et à qui, par conséquent, le gouvernement soit plus facile : nous savons même perlinejnmentquecepiince protestant ne craint pas de proclamer que les vrais catholiques sont le plus ferme soutien de son trône. Et nous avons vu de nos propres yeux quil en est ainsi. Pourquoi cehi? Ccsl que Léojiold a toujours res]»ecl/' les droits de tous; c'est qu'il a surtout
— ^9 — respecté, jusqu'au scrupule, la liberté de l'enseignement ■* ; c'est qu'il laisse l'université libérale (le Bruxelles et l'université catholique (le Louvain lutter librement avec l'université de l'état.
Qu'on ne vienne donc pas nous dire, pour jusiifier le monopole, qu'il faut à la nation une éducation nationale, La vraie éducation nationale et le monopole sont deux choses absolument opposées. L'éducation nationale, telle que doivent la désirer tous les amis du bien public, c'est celle qui donne à la patrie des citoyens plus méritants, et au prince des sujets plus fidèles. Or nous avons prouvé surabondamment que la nature du monopole est d'opérer tout le contraire. Et, ici encore, les faits ne viennentils pas h l'appui de nos raisonnements?
Le premier fruit d'une éducation nationale doit être de former dans une nation un espiit national, des sentiments nationaux qui dominent les intérêts privés. Or, où trouver ces sentiments dans la France telle que l'université nous l'a faite? Depuis quarante ans que le monopole est à l'œuvre, qu'a-t-il produit de ce côté? N'est-ce pas aujourd'hui une vérité colossale qu'il n'y a
' On raconlt' qu'une pcisountî ayant dtniaucîé au roi (1rs Belgi'S la pciinission dr funtlir luic nuiisou d'cclucalioii : « Vous nie (iLinantlr/, là, rc^jonclil-il , ce ijiic j<' ne puis ni vous rcfuscrj ni vous accorder. »
plus (V esprit pul)lic, et que l'egoïsme a loiU envahi ? N'est-ce pas là un cri de douleur eld'elTroi qui sort de toutes les bouches? Et voilà votre ouvrage à vous qui vous vantez d'avoir fait la France ce qu'elle est ! Et vous oserez encore dire que vous avez fait de l'éducation nationale! Et vous viendrez encore couvrir de ces mois fantastiques votre désastreuse usurpation ! '■
Nous ne voyons plus d'ol)jection tant soit peu
* Etliicalion nationale! « Ces mois magifjuc^, dit Fa- « l)ryj sont comiiic une monnaie courante à l'usage de « tous les faiseurs de plans , depuis 1789 jusqu'à nos « jours, sans que sa valeur ait jamais été bien déler- « minée.»
L'auteur le prouve en passant en revue les plans prétendus d'éducation nationale proposés succcssivemcnl par Tallevrand, Cnndorcet, Lepelletier, Kobespieri-c , Lakanai, Danton, etc. , puis plus tard par Chaplal , Lucien Bonaparte, etc. « Ainsi, dit à ce propos lui écrivain plus " nxent, ces grands mois d'éducation nationale n'ont ja- '< mais signifié qu'une duperie, une mystification sociale. « En France, comme dans tous les paysoù règne lemono-
• pf)Ie, ils ne signifieront jamais que la direction politique
• qu'un gouvernement par son clief ou par le ministère, « imprime à l'éducation dans lui besoin de système, soit « ])our opprimer la religion calhoruiue dans l'intc-rèt d'une
• Eccli , soit pour seconder des vues aiidjitieuses. » (^lixj). des nais fni'irijHS sur [ Iiisir. pub. f 1 p., diap. G.)
sérieuse à l'exercice tles droits que nous réclaiiioiis, à moins qu'on ne vienne nous dire que la liijerlé denseignenienL rendrait le cierge trop fort. Nous conce\ ons à peine que celte observalion soit faite par l'université même considérée connue corps enseignant, car il y a bien quelque chose d'humiliant à tant redouter une concurrence; mais nous ne concevrions pas qu'elle jouît de la moindre estime auprès du pouvoir qui gouverne la France. Il serait bien aveugle, il serait bien à plaindre, disons-le, il serait bien coupable riiomme d'état qui, reconnaissant l'influence d'un corps éminemment civilisateur, aimerait mieux le mettre contre le gouvernement par l'injustice que pour lui par la liberté. Cette thèse est facile à développer, mais nous répugnons à le faire lant l'objeclion nous paraît misérable.