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Cette objection, effrayante si elle était fondée, on nous l'a plusieurs fois adressée personnellement du haut de la tribune législative. Nous croyons utile à la dignité de notre ministère et à la sécurité de vos consciences. Messieurs, de vous rappeler comment nous y avons répondu. Voici une partie de nos paroles, telles qu'elles se trouvent consignées au Moniteur :
« Messieurs, vous avez décidé qu'il y au-
lait un conseil supérieur préposé à la liaute surveillance de l'enseignement en France, et que quatre évêques y seraient appelés. Maintenant vous allez décider quelles seront les attiibutions de ce conseil; et comme ces attributions semblent devoir s'étendre jus(|u'aux doctrines, je vous demande la permission de vous dire comment je comprends la situation des évéques catholiques dans le conseil, non pas quand il s'agira de sciences humaines, mais quand il s'agira de questions religieuses.
« Et d'abord, non, quoi qu'on en ait pu
dire plusieurs fois à celte tribune et ailleurs, non, en consentant pour ma faible part à ce que les évéques siègent dans ce conseil , jamais je n'ai compris, jamais même je n'ai supposé qu'ils dussent pour cela faire transiger, faire pactiser leurs pures et inflexibles doctrines avec ce qu'ils regardent comme des erreurs (Mouvements divers.) Une telle conduite, Messieurs, ce serait pour eux une apostasie devant Dieu, et, ce qui est moins, un déshonneur devant les hommes. (Trèsbien î très-bien ! très-bien ! )
« Pour moi, je vous l'assure, j'aimerais mieux perdre loul au uionde , perdre la vie même, que de consentir jamais à la seule pensée d'un lel manquement à tous mes devoirs. (Très-bien! trèsl)ien!) Non, je n'ai rien compiis de send^lable : ainsi, je désavoue hautement toute transaction entendue de la soite; je repousse avec un sentiment d'indignation celte outrageante interprétalion de notre bonne volonté; et si, ce (pie je ne crois pas, l'alliance entre la religion et la philosophie, dont a parlé si éloquemment l'honorable M. Thiers, devait être entendue dans ce sens (M. Thiers fait un signe négalifj, j'aurais le regret, mais, il le comprend, j'aurais l'inq^érieux devoir de me séparer hautement de lui sur ce sujet. (Mouvement. — Une voix à gauche : A la bonne heure! )
« Ce (|ue j'ai compris, je vais vous le dire. J'ai compris que les évêques entraient dans ces conseils pour y défendre la liberté, et, conséquemment, l'intégrité, l'inviolabilité de ces saintes doctrines, dont il ne leur est pas permis de cbanger un iota (Mouvement), qu'ils ont reçues comme un dépôt sacré, qu'ils doivent conserver intactes, dont ils savent tiès-bien qu'ils rendront compte un jour; car c'est d'elles (ju'il leur a été dit : Diqn)silii/n cKstodi.
« Je ne sais. Messieurs, si je me fais illusion sur notre situation en France; mais il me semi)lait f]ue les persc'culions religieuses n'étaient plus possibles parmi nous.
« Il me semblait donc (pic lorsque les évêques
catholi(|ues décIareraieiU à ce conseil siipét ieiir que rinlroduclion de tel ou tel livre, de tel ou tel programme, dans l'enseignement des jeunes catholiques, s(Mait une atteinte à leur religion, on ne voudrait pas , on ne pourrait pas contrister, persécuter leurs consciences. (Chuchottements à gauche. — M. Thiers : C'est évident. Rien de contestahle d'aucun côté. — Mgr P\- Risrs aux membres de la commission : Vous admettez cela? — M. Thiers : Rien de contestahle d'aucun côté.)
« J'ai pensé plus que cela, et je veux tout dire : j'ai pensé que la plupart des hommes sérieux, capables d'étudier à fond le véritable état des peuples, s'apercevaient que nous périssons par défaut de croyances, .l'ai cru même remarcjuer que ceux qui ont le malheur, le grand malheur d'en être privés peut-être pour leur propre compte, en veulent pour les autres, au moins dans l'intérêt général; et j'en ai conclu que, loisque des évêques étaient appelés par eux dans ce conseil préposé à l'enseignement, c'était, non pas pour y gêner les crovances de personne, non pas pour y persécuter qui que ce soit, mais pour y défendre, pour v professer, pour y propager leurs propres ciovances. Enfin , pour tout dire en un mol , j'ai pensé , comme l'a exprimé M. le ministre de Tinstruclion publique à la fin de la discussion générale, que, dans l'esprit de la loi, ri'.lat n'enseignerait pas, surtout en fait do religion ; qu'il n'enseignerait aucune doctrine, puiscpi'il n'en a pas; mais qu'il laisserait enseigner ceux cpii en ont, et que, con-
séqueinment, renseignement, en tout ce qui touche à la foi, aux mœurs , à la pratique, clans cliacun des cultes reconnus, serait spécialement placé sous la protection, sous la sauvegarde des ministres de ces cultes. (Marques nombreuses d'assentiment) (i). »
Cette adhésion formelle et, nous osons le dire, presque unanime des législateurs, a donc défini la position des évêques dans le conseil supérieur en ce qui concerne les doctrines religieuses. Ces doctrines ne seront pas discutées; elles seront définies par qui de droit, et scrupuleusement respectées par tous.
Maintenant, Messieurs et chers collaborateurs, vous aurez peut-être à nous venir en aide dans l'accomplissement de ce grand devoir.
Vous pourriez, par exemple, avoir à nous transmettre le fruit de vos observations sur les règlements relatifs aux examens et sur les programmes d'étude. Nous savons déjà qu'il y a sous ces deux lapports des modifications profondes à introduire; mais vous auriez pu, dans vos relations habituelles avec les peuples, faiie des remarques sur des points qui nous échapperaient, et qu'il nous importe de ne pas ignorer.
Vous aurez surtout à veiller attentivement et continuellement sur les livres qui circulent dans vos écoles entre les mains des enfants. Nous vous dc)nnons expiessément la chaige de nous faire connaître ceux qui poileraicnt la plus légère at-
(i) Extrait (lu Mo/iitetir <\\\ 12 février iBfx).
teinte à la foi, à la morale, et aux intérêts de l'ordre public.
ïoulefois, ^Monsieur le Curé, nous voulons vous rappeler tout de suite que, n'étant pas vous-mêmes juges de la doctrine, vous devez éviter de vous prononcer sur la condamnation d'un livre avant cpi'elle soit formellement venue de l'autorité compétente. Mais du moment où vous en aurez trouvé un mis à l'usage des enfants qui vous semblera répréliensible, vous aurez, non pas seulement à nous le dénoncer, mais à l'étudier sérieusement. Vous nous ferez sur ce livre, dans le plus court délai, un rapport détaillé et motivé. Ce travail sera précieux pour vous , non-seulement parce qu'il pourra nous mettre à même d'extirper du milieu de votre troupeau, qui est aussi le nôtre, des germes d'erreur ou de démoralisation, mais encore parce qu'il vous mettra vous-même sur la trace des formes nouvelles que revêt l'esprit de mensonge, et qu'il importe aux médecins des âmes d'étudier attentivement.
Il est bien entendu que vous ferez ce travail sans bruit; que vous éviterez surtout d'en parler en chaire ou dans vos autres instructions publiques. Vous pourrez seulement, si vous avez affaire à un instituteur docile et discret, le prévenir que tel livre vous inspire des doutes, et le faire ainsi retirer provisoirement de la classe : si , au contraire, vous craignez quelque résistance, vous vous abstiendrez même de cet avertissement jusqu'à ce que vous ayez à transmettre le jugement de l'autorité diocésaine. S'il s'agissait d'un livre
( 20 ) déjà condamné, ou manifestement mauvais, vous devriez, comme pasteur et comme surveillant au nom de la loi , ordonner qu'on en cesse l'usage ; et si l'on vous résistait, vous en écririez immédiatement à nous et aux autres autorités en cette matière, dans l'ordre que nous vous déterminerons plus loin.
On voit, par tout ce qui précède, que cette grande institution, quoique réduite à la condition d'un conseil en tout ce qui n'est pas contentieux, doit cependant exercer une action puissante sur les écoles publiques à tous les degrés, et couvrir d'une protection souveraine les établissements libres, tout en veillant à ce que rien ne s'y passe de contraire à la morale, à la constitution ou aux lois.
Nous aurons à nous expliquer sur la nature de ces atteintes, telles qu'elles tombent aujourd'bui sous le coup de la loi.