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des sciences ou à i'Acadéuiiedes belles-lettres \; allez au collège de France; interrogez les lettres contemporaines, et informez-vous des bacheliers ! Personne n'est bachelier. M. Arago est-il bachelier ? M. Rossi, qu'on a fait venir de Suisse pour le mettre au Conseil royal, l'est-il ? M. Libri, cet autre cosmopolite, accablé d'emplois au détriment de nos doctes et laborieux concitoyens, l'est-il? M. de Salvandy, quia été ministre de l'instruction publique, l'est— il ? Qui est-ce qui est bachelier? ou tout au moins qui est-ce qui se souvient de l'avoir été? et qui est-ce qui, à quarante ans, serait capable de le devenir?
En ceci, la loi proposée dépassait toutes les limites connues de la déraison.
Voyez la contradiction î II est tel homme qui a fait des livres de haute science, qui s'est acquis delà renommée, qui a reçu des encouragements des Académies savantes ou de l'Université; ses livres même, approuvés par le Conseil royal, servent à l'instruction de la jeunesse; eh bien, cet homme, n'étant point bachelier, ne pourra pas même aspirer au brevet de capacité , nécessaire pour former une école ! Mais l'écolier de vingt et un ans, bachelier de la veille, c'est-à-dire apprenti dans le rude métier desétudes humaines, celui-là comparaîtra fièrement devant le jury, et il recevra un diplôme ! Nous appelons cela de la liberté en notre temps. Est-ce du bon sens ?
Que l'Université , dans son droit de juridiction
naturelle sur ses membres , les soumette à des épreuves de ce genre : c'est son affaire ; nul ne saurait s'immiscer à l'exercice de son pouvoir sur ellemême. Et même, en certain cas, sa sévérité est un devoir par rapport au public.
Il y a, par exemple, des membres de l'Université qui ne sauraient être soumis à des conditions trop rudes : ce sont ceux qui sont chargés de ce grand office de juges des études préliminaires et puis des études professionnelles.
La constitution des Facultés devrait être aussi sainte que celle des magistratures les plus hautes. Pense-t-on à cela? Qui est-ce qui y pense?
Et si la loi d'enseignement était faite avec dételles vues, qui ne voit qu'à l'instant toutes les oppositions et toutes les irritations tomberaient ? Et qui ne voit aussi que l'existence de l'Université se concilierait à merveille avec la liberté des études ?
10. S'étonnera-t-on que nous n'indiquions pas même la question des écoles ecclésiastiques dans l'exposé de nos doctrines sur la liberté d'enseignement? Pourquoi en parlerions-nous? Nous n'avons à produire que des généralités applicables à toutes les écoles.
Nous n'avons pas parlé davantage des écoles d'arts et métiers, des écoles de commerce, des écoles d'application industrielle. A quoi bon? Le principe de la liberté dune part , le droit de l'Etat de l'autre, suffisent à la sécurité de tous.
1 1 . Donc, en résume :
Liberté naturelle aux familles;
Droit naturel de surveillance à l'Etat;
Enseignement de l'Etat à l'Université.
Par ces trois règles tout se concilie.
Mais , en ce qui concerne le droit de surveillance deYEtat, la distinction de Y Etat même et de l'Université est essentielle dans l'application.
Le droit de surveillance et de répression dans toutes les écoles est propre à Y Etat, non point à l'Université.
C'est Y Etat qui directement exerce son droit.
C'est Y Etat qui, sous la responsabilité d'un ministre, exécute les lois de police générale.
Puis, en ce qui concerne les études supérieures et professionnelles , Y Etat défère à l'Université son droit d'examen, mais de manière aie rendre toujours égal pour les élèves de toutes les écoles.
Ce sont les Facultés exclusivement qui confèrent les grades.
Toutefois les grades ne sont obligatoires qu'envers ceux qui veulent arriver à des professions dont l'Etat confère les titres.
Ce sont là des notions simples; elles ne blessent aucun droit naturel ni aucun droit acquis.
Elles laissent au père sa liberté propre et à l'Etat son grand privilège, soit de répression, soit de protection.
Elles établissent dans la pratique une magni-
fique rivalité d'études, l'Etat donnant l'exemple par ses écoles-modèles et par ses Universités dotées et honorées, les particuliers imitant l'Etat par l'activité de leur industrie et la liberté de leurs méthodes. Et par là enfin s'établit une féconde émulation pour le bien : car vouloir la liberté d'enseignement, c'est s'obliger à vouloir l'enseignement moral et chrétien : la liberté du mal est un désordre ; ce n'est pas cette liberté que nous voulons.