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une petite classe d*bommes de sentiments vifs et de talents actifo et B une beaucoup plus nombreuse classe de gens ignorants qui, laissés à eux-mêmes, n'auraient jamais songé aux cboses dont leurs conseillers leur rabattent les oreilles, il y a probabilité que par degrés le plus petit nombre amènera le plus grand nombre à un état de violence, d'excitation et de mécontentement, à un désir tumultueux, ils ne sauront pas de quoi, à un état enfin, qui n'est ni plaisant ni bienfaisant d'aucune façon.
L'homme qui travaille pour autre que lui-même, dont la conduite est gouvernée par des motifs ordinaires et qui agit avec intention dans son propre avantage et dans celui de ceux qui lui sont assopiés dans des voies définies et assignables est cause pour les autres, dans le cours ordinaire des choses, de beaucoup plus de bonheur (si c'est là le grand objet de la vie), qu'un moderne don Quichotte toujours capable de se sacrifier lui-môme, lui et ses voisins. Quand vous avez affaire à un homme qui attend paiement et gratification, et veut, aussi longtemps que l'arrangement lui conviendra, fournir une journée de travail, vous savez où vous en êtes. Agissez largement avec un tel homme, ayez même pour lui des égards particuliers; s'il est homme d'esprit et de courage, il procédera avec vous non-seulement bien, mais avec générosité. Obtenez la gratitude par de la bonté et de la justice, et, la plupart du temps, il vous donnera ce qu'aucun argent ne pourrait acheter ou payer. D'autre part, un homme qui a ce prétendu amour désintéressé pour la race humaine, c'est-à-dire qui s'est fait une idée fixe sur certaines façons de pourvoir à l'administration des besoins du genre humain, est une personne sur laquelle il est impossible de compter et avec laquelle il est difficile de traiter d'après des principes connus et convenus. C'est une personne, enfin, .qui est capable de faire de son amour pour les hommes en général le prétexte de toutes sortes de violences, pour les hommes en particulier.
En outre, la grande masse du genre humain est et sera
toujours plus ou moins Tenncmie avouée de sections considérables de leurs semblables, tout au moins pour certains objets et jusqu'à un certain point. Ceux qui aiment la race humaine d*ensemble doivent, dans ses inimitiés, se placer entre les deux parties, et voilà le trouble général augmenté. Ceci introduit une question d*une importance vitale. Je ne puis que l'envisager, mais les croyants dans le service de rhumanité et dans la religion de la fraternité devront la résoudre avant de pouvoir trouver une base pour leur religion. La question est celle-ci : Les intérêts de tout le genre humain sont-ils les mômes? Sommes-nous tous frères? Sommesnous seulement cousins au quarantième degré? Et, dans chaque circonstance, avant que le fait de notre parenté, si toutefois elle existe, puisse être considéré autrement que comme un os de discorde, ne nous faudra-t-il pas régler nombre de querelles intestines ?
Ces questions ne troublent pas un homme qui ne se pique que de relations définies avec autrui. Une telle personne peut prendre son parti de laisser couchés les chiens endormis. Elle peut dire : je fais des vœux pour mon propre bien, j'en fais encore pour celui de ma famille et de mes amis; je m'intéresse à mon pays; je ferai acte de bon naturel à l'égard des diverses personnes que je trouverai sur mon chemin ; mais si, dans le cours de ma vie, je viens à me heurter à un homme ou à un corps d'hommes qui me traite en ennemi, moi, les miens, ouïe peuple dont je me soucie, je le lui rendrai en y mettant moi-même l'indifférence la plus absolue, sur la question de savoir si nous pouvons ou nous ne pouvons pas déterminer une parenté par Adam ou par quelque singe primitif. Montrez-moi une personne définie faisant une chose définie, et je vous dirai s'il est mon ami ou mon ennemi; mais quant à appeler, sans distinction, toutes les créatures humaines mes frères et sœurs, je ne ferai pas telle chose ; j'ai beaucoup trop de respect pour les sentiments réels pour employer ces termes d'affection à propos de gens, de toutes espèces, dont je ne sais rien et dont, pratiquement parlant, je ne me soucie en rien.
Tel ne peut être le langage de celui qui a la foi dans la ro« ligion de fraternité. Il est asservi à aimer tout le genre humain. Il faut qu'il me donne une raison, s'il veut que j'en fasse autant. Non-seulement il ne m'en donne aucune, mais souvent il nie, sous le double rapport de la vérité et de la pertinence, ce qui, si la chose est vraie, serait une raison, c'est-à-dire la doctrine que Dieu a fait tous les hommes et leur a ordonné de s'aimer les uns les autres. Cette doctrine est-elle vraie? c'est là une question, mais comment peut-on sans elle, se proposer d'amener les gens à s'aimer les uns les autres, c'est là ce que je ne comprends pas. Il ne faudrait pas moins que la plus claire des révélations pour que j'essaydsse d'aimer bien des gens qu'il est inutile de nommer, ou pour que je me misse en devoir de me préoccuper des masses de gens avec lesquels je n'ai rien à faire.
Telles sont les raisons pour lesquelles il me semble qu'il y a une forte dose d'illusion, en ce qui concerne la nature de la fraternité, et que le pur sentiment de sympathie ardemment indéûnie pour le genre humain, ne mérite pas l'admiration qui est si souvent réclamée pour lui.
Rq concluant sur cette matière, je dirai quelques mots seulement relativement à l'opinion d'après laquelle le progrès de la civilisation, le développement de la richesse et de la science physique et ladifîusion générale du confort, tendront à exciter ou à rendre plus profonde une telle sympathie. Il est, je crois, très-probable que c'est exactement l'eifet contraire qui sera produit. Toute la tendance de la civilisation moderne est de rendre chaque homme capable de se suffire à lui-môme, et de pourvoir lui- môme à ses propres intérêts. Ces dispositions deviendront d'autant plus intenses que la liberté et Tégalité se développeront davantage. Elles réduiront, au minimum, toutes entraves et réduiront chacun à un niveau parfaitement uniforme, n'offrant de prise et d'encouragement ni à l'imagination ni aux affections* Dans cet état de choses, TOUS aurez quantité de meetings publics, exeter halls et des associations philanthropiques, mais il n'y aura
pas là d*occasion8 pour le patriotisme ou Tesprit publie. La France de 1870, avec ses ambulances et ses représentants da la couyention de Oenève, ne se montra pas à son avantage, si en la compare à ce que fut la Hollande trois siècles plus tôt. Beaucoup de lieux-communs ont cours sur la connexion entre le déclin du patriotisme et le progès du luxe. Il n'y a pas de doute qu*ils ont leur côté faible, mais pour mon compte, ils me paraissent beaucoup plus près de la vérité que les lieux communs aujourd'hui si répandus sur la connexion entre la civilisation et Tamour du genre humain. La civilisation « certainement, fait que les gens haïssent la pensée, même de peine et de malaise, soit pour leur propre compte, soit pour celui des autres. Cela les dispose aussi à parler et à s'agiter sur les affaires les unes des autres, dans un esprit de sympathie et de compliment mutuels, de même que de temps à autre, à tomber, à leur propos, dans des états d'excitation ardente; mais tout ceci n'est ni l'amour, ni rien qui y ressemble. La vérité réelle, c'est que la race humaine est si rudimentaire, si variée, si peu connue, qu'en réalité il n'est possible à personne de l'aimer. Vous pouvez tout au plus vous figurer que vous aimez quelque représentation imaginaire de quelques-uns de ses membres qui, vu de près, se trouvent n'être que vos propres imaginations personnifiées. De quelque façou qu'on l'envisage, un progrès qui conduit les peuples à attacher cette importance singulière à des fantômes, n'est pas une chose glorieuse. C'est un acheminement vers une énorme association de science sociale, embrassant tous les exeter halls qui soient venus au monde et dont on ait eu la pensée.
Il résulte de tout cela que la fraternité, c'est-à-dire le pur amour de la race humaine, n'est pas apte en elle-même à faire une religion. Elle n'est pas, en un mot, appropriée à prendre la tête des facultés humaines, à leur donner la direction et à assigner à une faculté, par rapport aux autres, un rang que, naturellement, elle n'aurait pas.
Un chemin plus court aurait pu me conduire à ce résultat,
j*aurais pu indiquer, en effet, qu'il ressort des notions leg plus élémentaires de religion, qu*il n*est faculté ou passion humaine qui puisse jamais d'elle-même constituer une religion. Parmi de nombreux compétiteurs, un seul doit remporter; si les êtres humains sont laissés a eux-mêmes, leurs facultés, leurs désirs et leurs passions, rencontreront un équilibre d'une espèce ou d'une autre.
Il en résultera quelque mode de vie commune ou quelqu'arrangement social. Altérez la force relative des passions particulières, et tous altérerez la résultante sociale ; mais religion veut dire beaucoup plus que ceci. Cola veut dire l'établissement et la reconnaissance de quelque théorie sur la vie humaine en générai, sur les relations de l'homme vis-à-vis de ses semblables et du monde, de nature à déterminer sa conduite. Chaque religion doit contenir un élément de fait réel ou supposé, aussi bien qu'un élément de sentiments, et c^est l'élément de fait qui, en fin de compte, déterminera l'im*» portance et la nature de l'élément de sentiment. Ce qui suit est une liste des spécimens de religions, exposés aussi généralement que possible, quoiqu'avec une suffisante exactitude, «ncore pour montrer ce que je veux dire :
l^* Les propositions contenues au symbole des apôtres sont Traies, croyez-y et conduisez-vous en conséquence;
2® Il y a un Dieu, et Mahomet est le prophète de Dieu. Faites comme Mahomet vous dit de faire ;
3° Toute existence est un mal dont, si vous vous en rendiez compte, vous voudriez être délivré. Telle ou telle manière de vivre vous délivrera très-rapidement de la misère de la vie ;
i^ Un Dieu suprême, infiniment puissant, l'a voulu, je vous range par castes, chacun avec une règle de vie particulière. Vous serez puni d'une manière terrible et de toutes façons si vous ne vivez pas suivant les règles de votre caste. Il y a encore, dans toute la nature, une foule de pouvoirs invisibles plus ou moins associés aux objets naturels, ils doivent être adorés et rendus propices.
Toutes ces proposilions sont des religions dans le sens
propre du mol. Chacune des théories exposées dans ce peu de mots est complète en elle-même. Elles contiennent des propositions vraies ou fausses, mais qui, si elles sont Traies, fournissent un guide pratique complet de la vie. Il est impossible d'en dire autant de ce que M. Mill appelle la sanction suprême des principes moraux de Tutilité. Tout ce que vous en pourrez tirer ce sera ceci : « Vous devez aimer le genre « humain tout entier. Des influences sont en travail, qui, à c quelqu'époque éloignée, feront que les hommes s*aimeront < entre eux. » Ces propositions, chacune en particulier, sont
une forme de conseil et une prophétie, mais ce ne sont pas des religions. Si un homme n'accueille pas Tavis ou ne croit pas à la prophétie, elles passent à cêté de lui sans le toucher. Elles sont absolument sans action contre ceux qui ne sont pas de bonne volonté, et la plus grande masse des hommes a toujours été de mauvaise volonté, indifférente tout au moins, en matière de religion quelconque. Pour faire des religions de maximes telles que celles-ci, il faut les joindre à des articulations de fait sur le genre humain, de la vie humaine, dont il faut que ceux qui les acceptent soient prêts à affirmer la vérité.
Quelle affirmation est-il possible de faire en ce genre? La race humaine est une énorme agglomération de bulles d'air, qui continuellement éclatent et cessent d'être. Personne ne Ta faite, et Ton ne sait rien à son sujet qui mérite d'être connu. Vous tous, bulles d'air, àimez-la tendrement. C'est là, certainement, une sorte de religion, mais elle me semble très-niaise. Mangez et buvez, car vous mourrez demain; ne soye:: pas austères à l'excès : pourquoi voudriez-vous vous détruire vous-même ?
Hue vina et unguenta et nimlum brevis Flores amœnos ^erre jubé rosse, Dum res et setas et Sororum Fila tpium patiuntur atpa.
Oxnnes eodém cogimur.
Ce sont la encore des religions, et, si elles sont vraies, elles sont, je pense, infiniment plus rationnelles que la théorie des bulles. En fait, elles ont toujours été et, suivant toutes probalités, elles seront toujours crues et pratiquées par une trèslarge proportion de l'espèce humaine. Je n'ai jamais rencontré une réponse sérieuse qui leur fut faite, sauf celle qui consiste à dire qu'elles présupposent une théorie qui est fausse en fait, que les deux grandes doctrines fondamentales de l'existence de Dieu ou d'un état à venir sont ou vraies, ou à tout événement, raisonnablement probables. Tout esprit rationnel ne peut être surpris de voir ces doctrines déniées, et chacun doit voir les difficultés qu'elles soulèvent. Ce qui me surprend, c'est de voir les hommes de mérite les laisser de côté comme étant sans importance, comme de pures énigmes métaphysiques d'un genre insoluble, que nous pouvons laisser à elles-mêmes sans que la moralité s'en ressente en quoi que ce soit. Je m'en suis si souvent pris à M. Mill, qu'il faut que je lui rende la justice de dire que cette fois je ne pense pas à lui. Bien que pour lui la sanction suprême de la morale se trouve ailleurs que dans la religion, il ne se méprend nulle part, il me semble du moins, sur l'importance de la foi reUgieuse, et de telles idées sont le propre d'esprits d'un genre tout différent du sien.
11 est difficile d'insister sur la connexion entre la morale et la religion, sans s'exposer à des lieux communs très -rebattus. Il devient cependant tout à fait habituel de maintenir que la morale est indépendante de la religion ; dès lors, il faut indiquer qu'il est impossible de résoudre une seule des grandes questions soulevées par le mot de fraternité, si l'on ne se reporte d'une manière expresse aux questions fondamentales de religion.
Fraternité, d'abord, implique amour pour quelqu'un, désir d'aider au bonheur de quelqu'un. Maintenant, qu'est-ce que le bonheur? Y a-t-il, en particulier, une chose que Ton l)uisse, à proprement parler, taxer de vertu essentielle au bonheur, et alors qu'est-ce que la vertu, si ce n'est la façon
de vivre qui convient à un homme. Ou ne peut répondre toutes 069 questions si, préalablement, on n*a pas répondu à la suivante: qu'est-ce que les hommes? Celte vie est-elle tout ou û'est-elle qu'un passage pour être introduit à quelque chose de plus grand et déplus large? Un argument qui 9 souvent servi en faveur de Timmortalité, c'est le fait de la dis* proportion qui existe des plus forts et des plus durables sentiments humains aux objets auxquels ils se rapportent. Cet argument a-t-il qualité pour peser d'un tel poids? je ne le recherche pas; mais quant au fait dont on tire la conséquence, il est, je crois, certain. Il est nombre de choses et de gens dopt nous nous occupons beaucoup plus qu'il ne serait rai-^ 3on&able, s*il était vrai que celte vie fut tout. Je pense donc que si nous chassons de nos esprits toute pensée de vie après la mort, si nous nous déterminons à considérer le tombeau comme la fin de toutes choses, il ne sera pas seulement naturel et convenable, mais il sera tout simplemept impossible de se dispenser de modifier nos sympathies et nos intérêts, de réviser Testimation populaire de la valeur comparative de bien des choses, comme de la santé et de rhonnéteté par exemple.
Notre conception actuelle d'un homme vertueux est fondée entièrement sur l'opinion que la vertu est chose plus élevée dans son essence que d'autres objets qui viennent en compétition avec elle. Chaque phrase dont nous nous servons sur de tels sujets, et par dessus tout le mot 9ioi, impliqua permanence et continuité de l'individu. Les sentimeuts de conscience et de respect de moi-même impliquent que je suis la même personne que j'étais il y a vingt ans et que je serai encore dans vingt ans, si je suis toutefois encore de ce monde. L'immense importance que les homn^es attacheAt à leur réputation, à leur honneur, à la çon&cietnçe d'avoir mené un^ vie honorable et correcte, est basée sur la croy^çe que les questions de juste et d'injuste, de ce qui est hieoi et de ce qui e^t mal, affectent l'homme même et le concernent d^ns son moi le plus intime et le plus essentiel, tandis que d'autres
choses, quoique nuisibles, les maladies physiques par exemple, ou la pauvreté, ne ratteignent pas dans un certain sens. Le plus mémorable et frappant passage que M. Mill ait écrit se rapporte à cette matière, le voici :
« En conséquence, la théorie qui définit Tesprit une sério de sentiments avec une réserve de possibilités de sentiments, peut écarter efficacement les arguments les plus malveillants dirigés contre elle. Mais toutes dénuées de fondement que soient les objections extrinsèques dont elle est Tobjet, la théorie a des difficultés intrinsèques que nous n'avons pas encore abordées et qu'il me semble hors du pouvoir de l'analyse métaphysique d'écarter. Le tissu de conscience qui compose la vie phénoménale de l'esprit se compose, non-seu« lement de sensations présentes, mais encore, partiellement plutôt que totalement, de souvenirs et d'attentes. Quelles sontelles maintenant? On ne peut exprimer suffisamment les phénomènes compris dans ces deux états de conscience, sans dire que la croyance qu'ils contiennent est celle que moi, et non un autre, j'aurai plus tard et j'ai eue précédemment, c'est-à-dire les sensations en expectative et les sensations remémorées. Le fait auquel on croit est que les sensations forment actuellement ou formeront plus tard partie de la même série d'états ou du môme enchaînement d'états conscients, dont le souvenir ou l'attente de ces sensations est la partie aujourd'hui présente. Si cependant nous parlons de l'esprit comme d'une série de sentiments, il nous faut compléter la définition et dire que l'âme est aussi une série de sentiments toujours éveillés sur le passé et l'avenir, et nous sommes réduits à l'alternative ou de croire que l'esprit ou le moi est quelque chose de dijSërent d'une série de sentiments ou de possibilités de sentiments, ou d'accepter le paradoxe {j'aurai dû dire de faire l'insignifiante et même contradictoire assertion) que quelque chose, qui en hypothèse n'est qu'une série de sentiments, a conscience de lui-même en tant que série. La vérité, c'est que nous sommes ici face à face avec celte inexpUçabilité finale à laquelle, comme l'observe
sir W. Hamiltou, uous arrivons inévitablement lorsque nous atteignons des faits extrêmes ; en général, une manière de définir ces faits ne parait alors plus incompréhensible qu'une autre, que parce que l'ensemble de la langue humaine se trouve si accommodée à cette dernière, qu'ellemême ne trouve pour s'exprimer de forme qui ne soit un démenti de la vérité. La vraie pierre d'achoppement n'est peutêtre pas dans la théorie du fait, mais dans le fait lui-même. La véritable incompréhensibilité, peut-être, c'est que quelque chose qui a cessé d'être ou qui n'existe pas encore puisse, d'une certaine façon, encore être présent; qu'une série de sentiments, dont la plus grande partie est passée ou future, puisse être considérée comme une simple conception présente avec croyance à sa réalité. Je crois que la chose de beaucoup la plus sage que nous puissions faire, c'est d'accepter le fait inexplicable sans théorie sur la façon dont il se produit, et quand nous sommes obligés d'en parler en termes qui prennent le caractère d'une théorie, de nous servir de ces termes avec la plus grande circonspection; quant à leur sens, ts
Je souscris franchement à la plus grande partie de ceci ; mais il me semble que M. Mill cherche à éviter, d'une précaution inutile, la conséquence que son langage suggère. Sa théorie est celle-ci : Tout langage humain, toute observation humaine implique que l'âme, le moi est en elle-même une chose, un point déterminé au milieu d'un monde de variations, duquel monde de variations son organe forme une partie. C'est la même chose hier, aujourd'hui et demain. Elle était ce qu'elle est quand ses organes étaient d'une forme différente et consistaient en une matière différente de leur forme et matière actuelle. Elle sera ce qu'elle est quand ces organes auront subi d'autres changements. Je ne dis pas que cela prouve, mais certainement cela suggère, cela rend probable la croyance que ce fait suprême, ce point de départ de toute connaissance, pensée, sentiment et langage, cette finale i nexplicabilité (quelle phrase à la fois emphatique et lourde î)
est indépendante de ses organes, et qu'elle peut avoir eu une existence avant qu'ils n'eussent été extraits de leurs éléments, et qu'elle peut continuer à en avoir une après qu'ils y seront rentrés.
La croyance, ainsi suggérée par la plus intime, la plus persistante, la plus répandue de toutes les expériences, pour ne pas dire l'expérience universelle, de même qu'elle est rappelée par presque chaque mot de chaque langage du monde, est ce que j'appelle une croyance dans un état futur si, en effet, je ne devrais pas l'appeler plutôt un état passé, présent et futur, un état qui, s'élevant au-dessus du temps et du changement, les franchit l'un comme l'autre. Je ne dis pas que ceci soit prouvé, mais je dis que ceci est fortement suggéré par le total de connaissances nées de la logique, du raisonnement, du langage et même de la pensée raisonnée; je dis qu'une claire évidence que nous avons de nous-mêmes nous fait dire : « Je suis;» cette croyance est qu'il y a dans l'homme, ou plutôt que l'homme est lui-même, ce qui s'élève au-dessus des mots et au-dessus des pensées qui ne sont que des mots non exprimés ; que, pour chacun de vous, moi est le point central suprême qui rend la pensée et le langage possible. Quelquesuns même sont allés jusqu'à dire, et, quoique très-obscure, leur parole n'est pas sans signification, que lé moi, même dans un certain sens, est la cause du monde extérieur luimême. Quoi qu'il en soit, il est certainement clair que nos paroles, les sons que nous émettons avec nos lèvres, ne sont que d'imparfaits symboles; que tous, ils présupposent matière et sensation et sont aussi inégales à la tâche d'exprimer ce qui, pour user de métaphores nécessaires, mais pauvres, est au-dessus et au-dessous de la matière et de la sensation. La plupart des mots sont des métaphores empruntées aux objets sensibles. Spirit, en anglais, veut dire respiration ; mais je pense que personne n'emploiera jamais des mots avec avantage, s'il ne sait voir et sentir que l'éloquence et la logique ne sont l'éloquence et la logique que si la peau du langage recouvre des os fermes et des muscles vigoureux. Nous
sommes, il me semble, des esprits emprisonnés en état seulement de se faire des signaux les uns aux autres, mais ayant en même temps à penser et à dire un monde de choses que nos signaux ne peuvent pas complètement traduire.
C'est cette nécessité de travailler avec des instruments qui se brisent dans nos mains au premier effort puissant fait sur eux, qui souvent, dans une discussion, donne un avantage à rinférieur sur le supérieur, à Thomme qui peut répondre sur la question des choses faciles à comprendre sur Thomme dont les pensées font éclater les coutures du vêtement dont il a à les vêtir. Ceci nous donne la clé de l'expression : t le silence est d'or.» Les choses qui ne peuvent être exactement rendues par des mots sont plus importantes que celles qui peuvent l'être. Il y a mieux, l'essai, l'essai heureux de mettre en paroles des pensées que l'expression psut, à la rigueur, atteindre, cet essai, même, n'est pas sans inconvénients. C'est comme le fait de vendre une marchandise dont le prix se fut élevé si on avait attendu. C'est aussi la raison pour laquelle la langue anglaise, sur la plus profonde des choses profondes, est si peu satisfaisante, et pourquoi la poésie quelquefois semble dire plus que la logique. L'essence de la poésie, c'est que c'est un appel à la bonne foi et à la puissance de perception de Taudilour et du lecteur, La logique trace ses idées dans votre tête avec un harpon; la poésie est comme la lumière. Vous pouvez, si vous le voulez, fermer les yeux à ses rayons; mais, si vous les ouvrez, elle vous introduira dans un monde de surprise. J'ai cité le passage qui, pour parler ainsi, forme sur ce sujet le dernier mot du plus grand logicien de notre âge. Je vais, afin de donner une forme à ce que j'ai essayé de dire, citer un passage qui est peut-être la plus grande production de son plus grand poète. La poésie me semble- aller bien plus profondément que la logique au cœur de la matière.
« Il est mystérieux, il est terrible de considérer que non- « seulement chacun de vous porte en lui un fantôme à venir, c mais qu'en réalité nous sommes des fantômes. Ces mem-
« bres, d'où les avons-nous? Cette force orageuse, ce sang « de vie avec ses passions brûlantes, tout cela îi*est quepous- « sière et ténèbres ; un système de ténèbres qui environne « notre moi^ et dans lequel, en quelques années ou quelques « moments, la divine essence doit se révéler dans la chair. Ce « guerrier sur son vigoureux cheval de guerre, il a des éclats e( de CLanune dans les yeux, la force règne dans ses bras et « dans son cœur; mais guerrier et cheval sont une vision, « une forme révélée, rien de plus* D'un air assuré, ils foulent « la terre comme si c'était une substance ferme : les inôensés, « cette terre n'est qu'une enveloppe, elle se fend, et guera rier et cheval de guerre s'enfoncent au fracas du plomb. « Du plomb ? La fantaisie elle-même ne les suivra pas. Un peu « avant, ils n'existaient pas; un peu plus tard, ils n'existent a plus; c'en est fait de leurs cendres môme.
« Ainsi fut-il depuis le commencement, ainsi sera-t-il <c jusqu'à la un. Chaque génération revêt la forme d'un « corps et sortant de la nuit cimmérienne apparaît en mission « du ciel. L'un fait broyer le moulin de l'industrie, l'autre a gravit à la façon du chasseur les hauteurs alpestres et « vertigineuses de la science, l'autre se brise sur les rocs « dans sa lutte guerrière avec son semblable; tout à coup « l'envoyé du ciel est rappelé, son enveloppe terrestre tombe, « et bientêt ce n'est plus pour les sens qu'une ombre. Comme « la traînée flambloyante et tonnante de l'artillerie du ciel, « ainsi ce mystérieux genre humain, longue traînée de ton- « nerre et d'éclair, abîme sa grandeur dans Pimmense in- « connu; ainsi, comme un dieu créé, légion au souffle de feu, « nous émergeons du vide, nous nous précipitons comme un « ouragan à travers l'univers étonné, et nous replongeons a dans le vide. Sur notre passage les montagnes s'effacent, « les mers se comblent. La terre, qui n'est que mort et vi- « sion, ne peut résister aux esprits qui ont réalité et vie. « Le plus dur diamant reçoit quelqu'empreinte de nos pas. « Le dernier rang de l'armée lira les traces de Tavant-garde; « mais d'où venons-nous, où allons-nous? Le sentiment ne
« le sait pas, la foi Tignore. On sait seulement que Ton vient « du mystère, qu'on marche au mystère, que Ton ya de Dieu c à Dieu,
Nom sommes de la trame DoDt se tissent, les rêves, et notre courte Tie Plonge dans le sommeil.
Je cite ceci naturellement comme la poésie doit être citée, c'est-à-dire en vue, non de propositions définies, mais de fortes impressions. Discuter sa valeur logique précise serait ne pas la comprendre, mais je ne connais pas de passage qui donne une forme aussi énergique et aussi émouvante à la croyance qui me parait résider à la racine môme de toute morale, quelle qu'elle soit; la croyance qui veut que je sois un, que mes organes ne soient pas moi, que mon bonheur et leur bien-être soient différents et puissent être inconciliables entre eux, que les peines et les plaisirs diffèrent d'espèce aussi bien que de degré, que la classe de plaisirs et de peines qui naissent de la vertu et du vice, ne peuvent être déterminés d'après ceux qui naissent de la santé et de la maladie, et cela d'autant plus qu'ils affectent des sujets différents ou que les sujets étant identiques, ils les affectent de façons totalement différentes.
La solution de tous les problèmes moraux et sociaux réside dans la réponse que nous donnons aux questions. « Que suis-je? Que suis-je par rapport aux autres? » Si mon corps et moi ne faisons qu'une seule et même chose, si pour me servir d'une formule selon laquelle im éminent homme de lettres résumait les opinions d'un savant distingué, nous sommes tous des champignons sarcoïdes, péripaléthiques, et rien de plus ; il est vrai que la santé et une aisance modeste sont des biens infiniment plus grands que les autres. Il sera donc naturel qu'en pareil cas, un champignon rationnel supprime systématiquement beaucoup d'autres vertus, qui souvent sont gênantes au point de vue de la santé ou de la fortune à obtenir. Si j'étais, cependant, quelque chose de plus
qu'un champignon, si le champignon n'était pas moi tout à fait, s'il n'était que mon instrument, si j'étais un être mystérieusement permanent, pouvant entrer dans toutes sortes de destinées inconnues; une échelle devrait se rétablir dès lors dans mes facultés et mes désirs, et il deviendrait nécessaire de sacrifier quelques-uns d'entre eux aux autres.
Je ne prends qu'un seul exemple. Par des moyens faciles à concevoir, chaque homme peut s'accoutumer à pratiquer une variété de ce que l'on appelle commimément des vices, et surtout à négliger ce que l'on appelle vulgairement des devoirs sans componction. Oui ou non, un homme sage agitil ainsi? Non, certainement non, s'il se considère comme une créature spirituelle, parce que la conscience est ce qu'il y a de plus profond dans l'homme. C'est le plus important ou un des plus importants des éléments de permanence. Pour peu, en effet, qu'il y ait en lui un élément quelconque important, sa conscience, suivant toute probabilité, ne peut être détruite, quoiqu'elle puisse s'éclipser et se perdre momentanément de vue. Traiter avec elle, cependant, essayer de la détruire, est la plus dangereuse des manières d'agir et peut préparer les voies à un réveil ou à une affirmation de la conscience effrayante à penser. Supposons, au contraire, que la théorie du champignon soit la vraie, supposez que l'homme soit une simple ombre passagère, et rien autre chose. Qu'adviendraitil de sa conscience? Il n'est pas douteux qu'un homme rationnel qui aurait une telle théorie de sa nature sera amené, en conséquence, à tenter ou à examiner la question de savoir s'il ne doit pas émonder sa conscience juste comme il coupe les cheveux et les ongles. L'homme pour qui un coeur froid et une bonne digestion serait la meilleure provision à faire pour la vie, trouverait beaucoup à dire dans ce sens. Chacun de ces biens est susceptible d'être acquis ; et ceux qui ne les regardent pas comme le bien suprême, en ce qui concerne la théorie du champignon, ne-peuvent faire qu'une chose, ils ne peuvent que dire à ceux qui ne pensent pas de même : « nos goûts diffèrent. »
De tout ceci, je conclus que la solution de cette question : comment la fraternité nous amènerait-elle à agir, dépend de la manière dont, telle que je Tai expliquée et exposée, on envisage la doctrine d*un état futur.
La question : « Qui est mon frère? dépend peut-être plus évidemment et directement de la question : Y â-t-il un Dieu (jui se préoccupe de la société humaine, y a-t-il une providence ? »
Dans U négative, la moralité est simplement un point de fait. Certaines règles de conduite tendent de fait à favoriser la félicité humaine; et de ces règles, la sanction, c'est la préfé* rence individuelle. Ceux qui, chose tenue pour rare, ont au point de vue du bien de la race en général, une préférence personnelle, peuvent dire à ceux qui ne la partagent pas : t dans votre opinion vous êtes des brutes. » « Vous Ates des fous,» peuvent répondre à ceux-ci les gens qui ne se préoccupent que d'eux-mêmes et de leurs amis ou tenants ou aboutissants; et de part ni d'autre on ne pourra sortir de là.
Qu'il y ait d'un autre côté une providence, la moralité cesse d'être un pur fait et devient une loi. Le véritable sens d'une foi dans la providence c'est que le monde physique et le monde moral sont comme la sphère d'un ai rangement entendu et combiné ; que les hommes, les membres du monde moral s*élèvent au-dessus du monde matériel dans lequel ils sont placés, et que la loi suivante leur est imposée. La vertu, c'est-à-dire Thabitude d'agir d'après les principes faits pour favoriser le bonheur de la généralité des hommes, et spécialement, le bonheur sous les formes qui se rapportent à l'élément permanent, est en connexion avec le bonheur individuel de ceux qui le pratiquent et qui y contribueront eux-mêmes, en fin de compte, spécialement en ce qui concerne la partie de ce bonheur, connexe avec les éléments permanents de leur nature. Le réciproque est vrai en ce qui concerne le vice.
Cette loi n'est ni écrite ni dite, et les sanctions (sauf pour ceux qui croient à un paradis ou à un enfer défini et proprement dit), sont indéfinies. Cette double circonstance constitue
rëpreuve morale de la vie et diminue, certainèmeût, dû&i \m% immense mesure, la force de la loi en question, et elles permettent de la nier à toute personne qui y est disposée. Si toutefois rhomme est amené à accepter cette interprétation de la vie, c'est là une Téritable sanction pour la morale.
Je ne puis comprendre comment une personne pourrait hésiter à obéir à ses commandements, lorsqu'elle croit à un être capable de s'être manifesté par la façon dont il a organisé le monde physique et moral, au sujet de la manière dont il entend que nous agissions.
L'utilitarianisme me parait reposer sur ses propres fondations, c'est une conséquence du fait suprême que les hommes ont des puissances et des désirs. Ajoutez un état futur et vous donnez au mot bonheur une sigoiûcation spéciale et éta-^ blissez ainsi une échelle des différents genres de bonheur. Ajoutez encore la foi en Dieu, et la vertu cessant d'être un simple fait, elle devient la loi d'une société, dont les membres, au moyen d'une forte métaphore et tant qu'ils obéissent à la loi, peuvent être appelés frères. La vertu, en tant que loi, implique les relations qui existent dans une société, et la loi qui dit : sois vertueux, ne rencontre guère d'obéissance que chez ceux qui désirent le bonheur des bons et qui, dans une certaine mesure, désirent à la fois que les personnes bonnes soient heureuses, et que les hommes deviennent bons. Enlevez la foi à un État futur, et la foi en Dieu cesse d'être d'une importance pratique quelconque. Bonheur veut dire tout ce que chaque homme aime. Moralité devient une pure désignation en ce qui concerne les faits : c'est ce que vous pouvez obtenir si vous en avez besoin, et c'est le moyen d*y arriver. L'amour du genre humain devient une affaire de goût, sanctionné par la crainte d'être appelé un fou ou une brute, suivant le cas, par des gens qui ne sont pas d'accord avec vous.
Ces deux manières de considérer le monde et la morale sont toutes deux complètes, concordantes et basées sur des faits. La distinction entre elles, c'est que la première donne
un compte rationnel du sentiment, que c'est un devoir d'être vertueux et qu'il n'en est pas de môme de la seconde ; si la vertu est une loi de Dieu, être vertueux est un devoir de l'homme. Là où il n'y a paB de législateur, il ne peut y avoir de loi, quoique, par un effet naturel, il puisse y avoir une inclination à faire ce qui serait une loi, s'il y avait un législateur. Cette inclination, à ma connaissance, peut être héréditaire. Cela est-il, oui ou non? c'est là, à mon sens, une question de pure curiosité, quand un homme découvre, en effet, que le tact qu'il a du devoir n'est qu'un fait qui, bien qu'utile aux autres, peut en venir à être très-gênant pour lui et ne repose sur rien, il est exposé à en venir promptement à s'en débarrasser. Le fait que nos ancêtres portaient des fourreaux d'épée, peut être une très-bonne explication du fait que les tailleurs mettent des boutons à l'extrémité inférieure des habits de . leurs descendants. Tant qu'ils feront bien à l'œil et ne gêneront pas, ils resteront; mais, si on les trouvait gênants, ils seraient enlevés sans merci. Le devoir est si souvent gênant qu'il exige une justification présente aussi bien qu'une explication historique, et la seule explication qui puisse être donnée à qui en a besoin, c'est que Dieu est un léigislateur et la vertu une loi, dans le sens propre du mot.
Ce serait un sujet aussi difficile qu'intéressant, que de déterminer systématiquement la relation de la foi religieuse avec le sens du devoir. Cette relation, comme de juste, dépend de la nature de la religion. Quelques formes de religions sont positivement défavorables au sens du devoir social. Il en est d autres qui se contentent simplement de n'avoir aucune relation avec lui. Et parmi celles qui le favorise comme il arrive, à des degrés différehts, pour les différentes formes du christianisme, il en est qui le font avec beaucoup plus d'efficacité que d'autres ; celles qui favorisent le sentiment du devoir social avec le plus de puissance sont, disais-je, celles dont la figure centrale est un législateur infiniment sage et puissant, inscrutable de l'aveu de tous, dans sa nature, qui a fait le monde comme il est, pour une
race d'hommes prudente, sérieuse, hardie, résistante, sans sottise ni lâcheté, ni amour pour ceux qui en ont, qui savent distinctement ce dont ils ont besoin, et sont déterminés à user de tous les moyens légaux pour Tobtenir. Une religion pareille est la conviction tacite et profondément enracinée de la partie solide et établie de la nation anglaise. C est là une enclume qui a déjà supporté bien des coups de marteau et qui en supportera bien d'autres, nonobstant les enthousiastes et les humanitaires.
Quoique le sens du devoir que consacre cette forme de religion soit devenu instinctif chez beaucoup de ceux qui réprouvent, je crois que si la croyance disparaissait, le sens du devoir qui en provient s'évanouirait par degré. Je ne crois pas qu'il y ait d'instinct qui puisse garder prise longtemps sur la conduite d'un homme rationnel et entreprenant, après qu'il aura découvert qu'il ne s'agit que d'un simple instinct auquel il ne souscrit que par choix. Quant à ceux qui pensent autrement, qu'ils se rappellent que si l'habitude rend certains devoirs d'une facilité telle à certaines gens, qu'ils sont accomplis comme de source, il est certains devoirs qui restent très-difficiles à remplir; l'intérêt personnel immédiat, toujours prêt sous sa forme la plus étroite, ronge les bords de la moralité et la détruirait s'il n'y avait pour son soutien rien de plus profond qu'une explication historique ou physiologique. Nous ne pouvons pas juger des eiffets de l'athéisme d'après la conduite de personnages qui ont été élevés comme des croyants et au milieu d'une nation croyante. S'il se rencontre jamais une génération, d'Anglais surtout, pour qui le mot do Dieu n'ait pas de sens, nous pourrons alors avoir une lumière franche sur la matière. Une grande force de caractère, retenue et dirigée par un sens profond du devoir est la plus noble des nobles choses. Supprimez la contrainte qu'impose le sens du devoir, et l'homme fort n'est plus qu'un simple tyran et oppresseur. L'évèque Berkeley faisait, en ce qui concerne ses compatriotes, la remarqué suivante dans la première partie du dernier siècle : « Quel que puisse être l'effet de la
pure théorie sur certains esprits de choix d'une espèce particulière ou dans d'autres parties du monde, je pense réellenieni que dans ce pa;s, qui est le nôtre, raison, religion, loi, réunies ensemble suffisent à peine pour subordonner l'homuie du dehors à Thoinme du dedans. Il en résulte qu'il est d'un esprit faux et d'une intelligence faible de croire, qu'en leur absenoe les hommes seraient épris de la médiocrité dorée à laquelle mes compatriotes sont en réalité moins pro* près que d'autres, ayant en eux cette sombre ardeur qui pousse à l'extrémité du mal. » Aujourd'hui, cette remarque porte comme elle portait alors.
Il peut être fait à cette manière de voir une objectickn trèsimportante; je m'empresse d*y faire droit. Je ne puis en citer aucune formule précise, mais j*ai fréquemment obseryé, et la même observation, ]e pense, a été faite par d'autres, que pour beaucoup de personnes, à notre époque, la croyance eu Dieu, non-seulement est une erreur, mais encore peut nuire à la moralité, et, comme il s'agit d'une matière qui n'admet pos de démonstration, ils s'inclinent tout naturellement du côté négatif. Un être qui serait, à un titre quelconque, res* pensable d'un monde tel que le nôtre ne serait, disent-ils, qu'un être mauvais, et ce ne pourrait être qu'une moralité vicieuse, qu'une moralité basée sur la foi à un tel être. En termes plus simples, c^est là le dernier mot de beaucoup d'écrits modernes. C'est là une manifestation vicieuse de la persistance avec laquelle de grands problèmes moraux et religieux se reproduisent sous toutes espèces de formes. Celte doctrine est le manichéisme moins les deux dieux. Noua devons avoir à la fois un dieu bon et un dieu mauvais, dit h Manichéen, parce qu'il y a en ce monde à la fois du bien el du mal. Une certaine classe de personnes, à notre époque, tirent de la même prémisse la conclusion qu'il n'y a de Dieu possible qu'im dieu pire que rien.
Ceci n'est pas une manière de voir sur laquelle il y ait à passer légèrement et pour laquelle il suffise d'une réponse superôeielle. II se soulève là la question non de l'origine du
mal, mais de Faltitude envers le bien et le mal qui doit être attribuée à Pieu. D'dù le mal tire-t-il son origine? est une question qu'il serait oiseuse de poser, parce qu'il est impoa* sible d*y répondre. Il en sera tout autrement de cette questionci : Maintenant que le mal est là, qu'en pensez-vous? Il faut que quiconque professe les présentes idées veuille bien dire si le Dieu qui répond de ce monde est, oui ou non, un JJieu mauvais, si la croyance en un tel Dieu n'aura pas pour effet de justifier bien des fautes dans la vie, si la fraternité qui consiste dans une commune obligeance aux lois d'un tel Dieu ue sera pas une association d'ennemis de la race humaine.
De telles questions impliquent une croyance qui, quoique obscure, n'est pas à ce point de yue la moins influente sous la forme d'une sorte de système transcendental des droits humains. Dieu lui-môme, quelques personnes paraissent le sentir, doit reconnaître l'égalité humaine, le droit égal des créatures humaines au bonheur, et si les hommes ne sont pas égaux en fait, o'esl parce qu'ils sont le produit, non de la volonté, mais de la chance aveugle. Plutôt que de reconnaître un Dieu qui ne reconnaît pas l'égalité des hommes, ne reconnaissons pas de Dieu du tout, disent-ils, et établissons l'égalité humaine autant que nous le pourrons, en dépit du sort aveugle auquel nous devons notre origine, et que nous n'honorerons ni ne voulons honorer.
L'homme dans l'avenir, l'homme comme nous voudrions l'avoir, voilà l'objet de notre respect et de notre affection, et non pas une chose ou un être quelconque en dehors de l'homme, où surtout l'être qui, d'une manière quelconque, se trouve responsable de ce que nous voyons autour de nous.
C'est là la raison la plus profonde de la forme révolutionnaire de l'humanitarianisme moderne. Ceux qui, comme moi, le regardent comme un rêvo présomptueux et sans base, ne doivent pas se dérober aux questions qui en naissent* Quant à aimer l'homme parce qu'il est homme, le mauvais autant que le bon, autrui autant que soi-même, quant aux rêves sur les générations futures et sur les générations actuelles
passées ou présentes, j'ai dit ce que j'avais à en dire. L'humanité est une ombre aussi épaisse pour moi qu'un dieu peut l'êlro pour d'autre. Bien plus, c'est une ombre dont je connais la source et dont je puis mesurer l'importance. J'admets cependant que quiconque se préoccupe de cela, est autorisé à faire une réponse aux questions posées.
La réponse touche à la véritable racine des choses. Toutefois, c'est plutôt moralement qu'intellectuellement qu'il est, je pense, difficile de répondre. Si l'ordre que nous observons dans l'univers physique et dans le monde moral nous suggère l'existence de Dieu, nous ne pouvons nous soustraire à cette conséquence que le caractère do Dieu doit être déterminé d'après cet ordre. Dire que l'auteur d'un tel monde est un être purement bienveillant, c'est là, pour mon esprit, ' quelque chose qui n'est pas vrai ou au moins quelque chose de hautement improbable de soi-même, quelque chose d'impossible à prouver et d'incompatible avec beaucoup de faits notoires, sauf avec des hypothèses qu'il est à peine possible de faire ou de comprendre, et dont il n'existe absolument aucune apparence. C'est pourquoi l'existence de Dieu étant admise, à la question : Pensez-vous qu'il soit bon? je répondrai comme il suit : Si par bon vous voulez dire vertueux, j'ai à vous dire que la question n'a pas de sens. Un homme vertueux est un être dont nous pouvons nous former une idée plus ou moins distincte, mais les idées de vertu et de vice peuvent difficilement s'attacher à un être qui est audessus de toutes ou de la plupart des conditions d'où ressortent le vice et la vertu. Si l'on pose cette nouvelle question : quels attributs moraux assignerez-vous à cet être, si vous lui en assignez aucuns? Je pense de lui, répondrai-je, qu'il est conscient, qu'il a de la volonté, qu'il est infiniment puissant, et comme un être enfin qui, quoi qu'il puisse être de sa nature, a arrangé le monde ou les mondes dans lesquelle je vis de telle sorte, que je dois croire que la vertu est la loi qu'il a prescrite à moi et à d'autres. Si l'on me demandait encore : Pouvez -vous aimer un tel être? je pourrais
répondre : Pour un tel être, ce n'est pas le mot amour que je choisirais, mais le mot crainte. La loi sous laquelle nous vivons est sévère et inflexible. Autant que nous pouvons en juger, elle est noble et inspire un sentiment de respect pour son auteur et pour la constitution établie dans le monde qu'il gouverne, ainsi qu'un désir sincère de l'observer et de la mettre en pratique autant que possible. Si nous croyons en Dieu quelque peu, ceci, je pense, est la manière raisonnable et convenable d'y penser.
Cela conduit à une autre question : Comment la foi à un tel être influencerait-elle la manière de voir d'un homme sur la vie présente? Une telle croyance, pourrait-on dire, n'auraît-elle pas pour effet de justifier et de sanctifier une bonne part des injustices et beaucoup des maux de celte vie? A ceci je réponds ainsi : La constitution générale des choses sur lesquelles un certain nombre de gens sont mieux partagés que d'autres et quelques autres beaucoup moins bien, n'tst ni juste ni injuste, ni bien ni mal; elle est, voilà tout. C'est la bienveillance et non la justice de l'auteur qui est en question. L'idée de justice et de droit est subséquente à l'idée de loi. Il est, dans le sens étymologique du mot, contraire à la raison d'appliquer ces idées à l'état de choses dans- lequel nous vivons. Il est tout simplement dénué de sens de dire que A est l'objet d'une injustice parce qu'il est né avec une prédisposition au cancer, ou que B devrait avoir des ailes, ou que C avait droit à tin certain pouvoir d'empire sur lui-môme. En eff'et, vis-à-vis de Dieu ou du destin, de celui des deux qu'il vous plaira, les hommes n'ont pas de droits, pas même celui à l'existence* Le droit, le grief et l'obligation commencent après que les lois proprement dites ont été instituées, et ces premières lois proprement dites, à l'existence desquelles nous avons quelques raisons de croire, sont des lois morales imposées à des êtres dont quelques-uns sont plus favorablement placés que d'autres pour les observer. Tous les codes et coutumes sont comme autant de versions différentes plus ou moins correctes ou plus ou moins expresses de ces ]ois.«
Ces comptefl-rendus de leur application soDt à lire dans toute rhistoire humaine, depuis Gain et Abel jusqu'aux journaux du jour.
La réponse à la question : Comment une croyance en Dîea ainsi exprimée influe-t-elle sur notre manière d'envisoger la yie humaine? est donc celie-d : Tout homme Tenu au monda se trouve placé dans une position où il a une variété de be* soins, de passions, de facultés, de pouv(»rs d*espèces variées, et dans laquelle de nombreux objets meilleurs ou pires na peuvent être atteints par lui. La théorie religieuee de ta vie peut recevoir la forme du commandement ou de Tavis suivant : « Faites le mieux que vous pourrez pour vou»-mème, et faites-le de la manière définie prescrite et pas autrement ou malheur à vous. Quelques-uns de vous sont heureux, c*etc tant mieux pour eux; d*autres sont misérables, laisses-lai par tous les moyens s'aider de la manière voulue. Laissei-en d'autres les aider de la manière voulue. Tout cela fait, il restera encore beaucoup à supporter. Supportez tout cela comme vous pourrez, et soit dans le bien, soit dans le mal, ayez avec vous la pensée que le monde étrange dans lequel vous vivez semble ne pas être tout, que vous*mème, qui vous y tnmvezi vous n*en êtes pas tout à £ait.
Il en est de même dans toute hypothèse, et l'athéisme n*a qu'un effet, celui de rendre le cas tout à fait sans espoir, tandis que la foi à Dieu et à un état futur illtunine de quelques rayons de lumière la sombre mer sur laqudla nous naviguons.
Ceci ne montre pas ou ne tend pas à montrer qu'il y ait un Dieu, mais seulement que la croyance en Dieu n'est pas immorale. Celte croyance n'est immorale, que si Tacceptation sans réserve des termes dans lesquels la vie nous est ofierta et un essai honnête de vivre dans ces termes sont choees immorales aussi. Si quelque théorie sur la félicité humaine, l'égalité et la fraternité, veut dire qiw ce soit notre devoir de regimber contre tout stimulant, de vivre en rebelles etmtre h régime, quel qu'il soit, qui nous régit, une croyance en Dieu
est îzamoxale, mais dans ce cas seulemeat. Ce qui, à mes jeux« est immuoral et indigne d'im homme, c'est la révolte, rîjnpatieace à propos de malheurs inévitables, une affection gratuite et indistincte pour toutes sortes de gens, qu'ils le zBériient ou non^ et notoirement une sympathie faible et mal réglée pour eeuz qui souffrent par leur faute. Pour mon coaapJUd, il y a des souffrances que je ne désirerais pas adoucir ou détourner : il faudrait, à mon sexis» que la loi sortit son effet. Se demander pourquoi il y a au monde des gens méchants, équivaut à se demander pourquoi il y a des iasectes venimeux. Quoiqu'il n'y ait pas d'hommes absolument bons ou absolument mauvais, en admettant même qu'il y eu ait ci autant que possible* les hommes ne sont pas des frères mais des ennemis, ou des fr^es ennemis» si vous le préférez, et ils resteront tels jusqu'à ce que la cause d'inimitié soit écartée.
On peut encore demander, et ceci est la dernière question de ee genre que j'essaierai d'examiner^ quelle est la relation de tout ceci avec le christianisme ? L'humanitarianisme dont vous pensez tant de mal, n'a*t*-il pas historiquement et théoriquement une étroite connexion avec le sermon sur la montagne et les paraboles? Je réponds à ceci : la vérité du christianisme considéré comme une révâation divine, dépend de points de fait que certainement je ne discuterai pas à présent. y a-t-il beaucoup à dire après Grotius, Jérémy, Taylor, Lardner, Paley et leurs successeurs d'un côté, et une foule d'écrivains depuis Celse jusqu'à Strauss de l'autre. Securm judicaUt orbU. Les témoins ont été entendus^ les avocats ont plaidé, et le jury est en délibération. Quelque puisse être le vwdict; il y a une chose claire. Il n'est système théologique, ni sysjtème moral qui ne puisse s'accorder avec le sermon sur la montagne et les paraboles. Les dernières œuvres, conune on l'a observé mille fois, ne sont évidemment pas des discours philosophiques; elles sont essentiellement populaires, et personne, sauf des exceptions sans portée^ n'a jamais essayé de les traiter à la façon dont on traite un système de philosophie
morale. Gela ne fait aucun doute, elles expriment le sentiment charitable sous la forme la plus vive et la plus passionnée, mais la théorie et la pratique de Thumanité démontrent toutes deux clairement qu'elles sont entendues et continueront à être entendues par ceux qui croient à rautorité surnaturelle du Gtirist, en ce sens qu'elles sont une exagération pathétique de devoirs que chacun tiendrait à la fois pour des devoirs et pour devoirs faits pour être négligés. Chacun admettrait que de braves gens devraient aimer leurs voisins infiniment plus qu'on ne le fait, en général, et qu'il n'y a pas d'apparence que le sermon sur la montagne ou tout autre sermon puisse jamais les induire à les aimer trop.
Il faut aussi avoir dans l'esprit que, bien que le christianisme exprime les sentiments tendres et charitables avec une ardeur passionnée, il a aussi un terrible côté. L'amour chrétien n'est que pour un temps et sous condition. Il s'ar-rète court à la porte de l'enfer, et l'enfer est une part essen* tielle de tout le système chrétien. Soit que nous regardions aux doctrines formelles ou à la substance de ce système, la tendresse et les terreurs s'impliquent mutuellement les unes les autres. Il y aurait quelque chose d'excessif dans une telle effusion de sympathie et de chagrin à propos de souffrances purement passagères qui, après tout, en Judée, au i«' siècle, n'ont pas dû être plus dignes ni manquer plus d'adoucisse-* ment qu'ailleurs. L'horreur de la doctrine de l'enfer aurait été trop forte pour l'humanité, si la religion ne s'était dès l'abord montrée tendre et compatissante.
'Le christianisme peut donc être considéré plutôt comme fournissant des sanctions variées et puissantes (amour, espé-* rance et crainte à des degrés et dans des proportions inverses) pour cette manière d'envisager la moralité qui peut rallier certaines personnes par des considérations autres que celles de se soumettre à un régime moral particulier. Le christianisme, en un mot, dans sa relation avec la morale, est un moyen par lequel la moralité peut être faite transcendantale, c'est-à-dire par laquelle une importance infiniment plus
grande peut être attachée et est, en effet, attachée à la distinction entre le bien et le mal (comprenez-le comme vous voudrez), que des hommes raisonnables y attacheraient s'ils calculaient simplement les effets spécifiques possibles à détei'miner des actions bonnes ou mauvaises sur la supposition que le monde actuel est toute la vie. Le côté le plus faible de la philanthropie moderne, c'est que tandis qu'elle s'appelle elle-même spécialement chrétienne, elle a complètement mis de côté et nié pratiquement l'existence de cette partie du christianisme qu'elle n'aime pas. Si d'un système qui est essentiellement un appel à une variété d'émotions, vous n'adoptez que la partie qui fait appel aux émotions tendres, vous donnez du tout une idée fausse.
Historiquement parlant, aucun corps d'hommes considérables n'est, n'a été ou môme n'a professé d'être chrétien dans le. sens de prendre les passages philanthropiques des quatre évangélistes comme les guides uniques, complets et exclusifs de leurs vies. S'ils l'eussent fait, ils eussent, pour parler net, mis le monde sens dessus dessous. Ils ne feraient qu'un groupe de communistes passionnés en rupture avec toute institution humaine et toute maxime de conduite reconnue. Si le christianisme, en un mot, est réellement ce que semble dire une langue que nous avons souvent employée, il est faux et nuisible. Serait-il rien de plus monstrueux qu'une condamnation péremptoire de l'humanité pour fait de ne pas conformer sa conduite à un idéal qui n'est pas reconnu. 4 Lorsque, par exemple, on nous dit qu'il est épouvantable de <r penser qu'une nation prétendant croire au sermon sur la montagne, emploie tant de millions sterling 'par an à des dépenses militaires, la réponse est que jamais nation dans son bon sens ne prétendit ou ne prétendra croire au sermon sur la montagne dans un sens quelconque qui serait incompatible avec le maintien au plus haut degré possible de l'indépendance, de l'honneur et des intérêts nationaux par la force des armes. Si le sermon sur la montagne veut réellement dire qu'il faut empêcher cela, il doit être laissé de côté.
J*ai essayé maintenant d*accomplir la tflche que j*ai entreprise ofigineliement, et qui consistait à examiner les doetrines^uggérëes plutôt qu'exprimées par la phrase Liberté, Égalité, Fraternité, et en ce qui les concerne d'affirmer deux propositions.
Voici la première : Au jour présent, ceux même qui emploient ces mots très-rationnellement, c^est-à-dire comme des éléments de la vie sociale, ayant comme d*autres, selon le temps, les lieux et les circonstances, leurs avantages et leurs désavantages, ceux-là môme ont une grande propension à en exagérer les avantages comme à nier Texistence de leurs désa vantages ou à se donner le change sur leur importance. Quant à la seconde proposition, eUe consiste à dire que, quelque sens qui leur soit prêté, ces mots sont peu faits pour être le dogme d'une religion, que les choses qu'ils expriment ne sont pas des fins en elles-mômes, et que lorsqu'ils sont employés collectivement, ces mots ne sjrmbolisent pas, môme vaguement, un état de société qu'un homme raisonnable puisse regarder avec enthousiasme et dévouement.