PUISSANCES ET DES POLITIQUES DU MONDE
Voulez-vous entendre le siècle présent? M. de Montalembert a écrit cette ligne, qui condamne le grand princii)e du libéralisme dit catholique. Ce principe, en effet, se résume ainsi qu'il a été dit, dans ces paroles : « La liberté, la lutte rendue possible par la liberté. » Or, l'illustre écrivain s'est
(1) \on est ergo uUiinus liiiia iiuiltitudiiiis congregatœ vivere seciiiiilum virtutem, sed per virtuosam vitain perveuire ad fruitionem divinaïu. De regim. principum, 1. i, c. 4.
(2) Sur l'unité de l'Eglise, !""■ point.
(3) Polit. 1. VII, art. 4.
écrié : « Je n'hésite pas à le dire : si on pouvait supprimer la liberté de l'erreur et du mal, ce serait ux devoiu (1) » D'où il suit que Ton doit tendre, selon la mesure du possible, et travailler à élever le fait social à la hauteur de la théorie.
Voulez-vous entendre le journal l't/mfers? Voyant enfin que le principe de la liberté égale pour le bien et pour le mal, en d'autres termes, le principe de la co7icurrence etitre le bien et le mciL voyant, dis-je, d'après Texpérience, que ce principe, qui n'en est pas un, avait été favorable non pas au bien, mais au mal, ce journal disait bien d^wajïile S y llabus : « En fait de liberté, nous demandons la liberté de l'Eglise, c'est-à-dire la liberté du bien. Nous sommes, qu'on nous passe le mot, dégrisés du reste, car ce fut une ivresse. Nous ne pensons plus, comme nousl'avonsfait jusqu'en 1848, que la liberté du bien soit nécessairement solidaire de la liberté du mal. Quand le m«Z est libre, le bien ne l^ est plus, ou Yâ cesser de l'être. De 1880 à 1848, la liberté du mal l'emporta et fit éclater la révolution. Par une grâce de Dieu, non des hommes, le bien reçut en 1818 un surcroit de liberté; mais le même accroissement donné à la liberté du mal, avait en trois années, suspendu sur la société la formidable avalanche de 185'2. Nous abjurons le faux système qui conduit fatalement à de tels périls. Que le bien soit libre, que le mal ne le soit pas, voilà comment nous entendons la liberté (2). »
Voulez-vous entendre la voix de la papauté ? Grégoire XVI, condamnant l'indifférence politique, l'abstention gouvernementale en fait de religion, a dit ces paroles, propres à rendre transparent le bandeau le plus épais : « De cette source impure de l'indifTérentisme découle cette maxime impure et erronée, ou plutôt ce délire, qu'il faut attribuer et garantir à chacun « la liberté de conscience. » On prépare la voie à cette pernicieuse erreur, par la liberté totale et démesurée des opinions, qui porte partout les ravages dans l'Eglise et dans l'Etat, plusieurs répétant, avec une souveraine impudence, qu'il en résulte quelques avantages pour la religion. Mais, disait saint Augustin : « Quelle peste plus mortelle pour l'àme que la liberté de l'erreur! » car une fois que l'on a brisé les liens capables de retenir les hommes dans les sentiers de la vérité, ils se précipitent dans le mal, leur nature y étant portée d'elle-même. De là naissent, en elfet, les égarements de l'esprit, une corruption plus profonde
(1) Des intércts catJioliqKes, ch. vi, p. 99.
(2) Vendredi, 9 janvier 1852.
de la jeunesse, le mépris des peuples pour tout ce qu'il y a de plus sacré dans les institutions et les lois. : en un mot, le fléau le plus horrible de la société, puisque l'expérience a démontré, de toute antiquité, que les Etats les plus florissants par leurs richesses, leur puissance et leur gloire, ont trouvé leur ruine dans ce seul mal: la liberté excessive des opinions, la licence des discours et l'amour des nouveautés (1). »
L'immortel Pie IX tenait le même langage que Grégoire XVI. Il appelle impie et absurde le naturalisme et flétrit ses fauteurs qui, voulant l'appliquer à la société enseignent que « la perfection des gouvernements et le progrès civil demandent impérieusement que la société humaine soit constituée et gouvernée sans plus tenir compte de la religion que si elle n'existait pas ou, du moins, sa7is faire aucune différence entre la vraie religion et la fausse (2). »
Enfin, voulez- vous entendre le Syllabus? Toutes les propositions qui y sont condamnées, l'avaient été auparavant par le pontife romain, Pie IX, car elles sont extraites de ses lettres ou officielles. Le Syllabus a, par là même, la plus haute autorité, une autorité infaillible; car si les papes sont infaillibles aujourd'hui, ils l'ont toujours été. Or, on lit dans le Syllabus la condamnation de ces propositions : « Il n'est pas expédient que, dans notre siècle, la religion cathohque soit tenue pour l'unique religion de l'Etat, à l'exclusion des autres cultes. » — Et encore : « C'est avec une conduite digne d'éloges que, dans certains pays catholiques, la loi a pourvu à ce que les nouveaux arrivants puissent avoir un exercice public de leur propre culte. » — Et encore : « Il est faux que la liberté civile do chaque culte, ainsi que le plein pouvoir accordé à chacun de manifester ouvertement et publiquement ses opinions et ses pensées, conduise plus facilemont les peuples à la corruption des mœurs et des croyances et contribue à répandre la peste de l'indilloronce (3). » — Telle est la voix de l'I^glise dans les siècles passés, telle est la voix de l'Eglise dans les siècles présents, telle sera la voix de l'Eglise dans les siècles futurs.
VI. Il est tellement dans la nature de l'Etat de ne connaître qu'une seule religion com.me étant absolument vraie, que là où il en reconnaît officiellement plusieurs il ne peut se tenir dans l'équifibre vis-à-vis d'elles, lui qui se glorifie
(1) EIncycli. Mirari vos.
(2) \'el saltein nullo facto veram inter falsasque religiones discrimina. Encycl. Quanta cio-a, an 1864.