LXXVII, LXXVIII, LXXIX
de tout équilibrer, il ne peut restei- indilférent lui qui aflecte l'indillerence, il ne peut rester neutre lui qui prône la neutralité. Comme fatalement, il favorise un culte aux dépens des autres cultes ; il fait obstacle contre celui-ci en faveur de celui-là, il a des sympathies secrètes pour celui-là contre celui-ci, il lui est impossible de conserver l'impartialité, tant il faut que l'homme, dans une matière aussi grave que celle de la religion, prenne parti pour ou contre, pour la vérité ou ce qu'il croit être la vérité, contre l'erreur ou ce qu'il croit être l'erreur, pour l'erreur qu'il croit être la vérité, contre la vérité qu'il croit être l'erreur : tant l'indifférentisme politique place l'Etat dans une situation anormale de laquelle il faut qu'il sorte par une porte ou par une autre ! tant il est fictif, loin de reposer sur la nature intime des sociétés, tant l'Etat a besoin d'une religion à lui pour l'opposer aux autres, et cela, alors même qu'il prétend n'en avoir aucune. L'indifférentisme politique en fait de religion est dépourvu de toute valeur à tous les points de vue ! 11 ne repose ni sur le droit divin naturel, ni sur le droit divin positif, ni sur la tradition, ni sur aucun principe théorique. Ses preneurs ne sont que des esprits superficiels effleurant les questions sans les approfondir et se payant de chimères. Il ne doit être considéré que comme un mal plus ou moins nécessaire par suite de telle ou telle situation sociale ; il n'est pas légitime bien qu'il soit légal. Il tient l'erreur à l'égal de la vérité, ce qui seul suffit pour le condamner aux yeux de toute raison saine, de toute philosophie digne de ce nom. Il tient le mal à l'égal du bien ce qui lui ôte tout caractère de moralité ; il ne peut que contribuer à l'abaissement des peuples, puisqu'ils ne peut pas les élever vers le niveau suprême en dehors duquel l'homme, plus porté au mal qu'au bien, est fatalement condamné, à tomber de chûtes en chûtes tellement profondes, qu'aucune force humaine ne sera capable de l'arracher à l'abime dans lequel l'auront précipité des théories aussi absurdes qu'elles sont malfaisantes, et aussi malfaisantes qu'elles sont absurdes.
Conclusiojis de la question.
Après avoir pesé la valeur de l'indifférentisme ou du libéralisme politique au point de vue de la raison, de l'histoire et de la tradition : après avoir établi qu'il n'a aucune valeur intrinsèque, qu'il ne peut se soutenir et qu'il met l'Etat dans une situation impossible, il nous faut examiner main-
tenant, selon nos faibles lumières, nomment l'Etat peut et doit en sortir.
I. D'abord, l'Etat pourrait prendre pour base et pour point de départ, la religion naturelle avec toutes les grandes vérités fortitiantes et consolantes, qui la composent : Dieu, sa providence, sa justice, la vie future, la conscience, la loi naturelle, la responsabilité humaine non seulement devant les hommes, mais encore devant Dieu^ la récompense qui attend le juste, les châtiments qui attendent les méchants, et protéger toutes ces grandes vérités qui constituent la raison humaine, que dis-je? qui sont la raison humaine elle-même ; puis, cette première base ayant été déterminée, s'appuyer sur elle et la protéger, la défendre contre quiconque voudrait lébranler, contre les antidéistes, les matérialistes, contre les professeurs qui les attaqueraient dans leurs leçons, ou les journalistes dans leurs articles, contre tous les systèmes impurs qui, en ravalant l'àme ne peuvent que ravaler l'Etat lui-même. Il peut prendre ce point de départ, en faire le principe de la protection religieuse qui est son devoir au nom de tous les cultes qui admettent la religion naturelle, sans quoi ils ne seraient plus des religions, ni des cultes, et ne point le prendre seulement au nom de la philosophie, soit parce que la philosophie ne peut avoir qualité ici, puisque l'Etat ne reconnaît pas les systèmes, soit parce que la philosophie trop souvent s'est livrée comme une débauchée à tous les sophistes, a divorcé avec tous les grands dogmes qui constituent la religion naturelle , n'en laissant aucun debout et condamnant l'esprit humain à se nourrir du vide qui n'est ]oas même de la viande creuse. Non seulement l'Etat peut d'abord faire cela, mais il le doit, puisque, nous l'avons vu , nulle société n'a existé sans religion, toute société ayant eu une base théocratique et divine.
U. De plus l'Etat pourrait prendre pour base et pour point de départ les vérités surnaturelles, communes à tous les cultes qu'il reconnaît. Le judaïsme, le protestantisme, le catholicisme, ont tous des croyances communes, qu'ils tiennent ])0ur révélées et qui font partie de la religion surnaturelle. Jje judaïsme croit à l'ancien Testament comme à un livre inspiré, le protestantisme croit à l'ancien et au nouveau cq très grande i)artie. Le catholicisme, qui croit à l'Eglise, croit en même temps à l'ancien ot au nouveau Testament. Il y a donc des vérités communes entre ces trois religions que 1 Etat admet dans son sein, qu'il reconnaît, et dont il rétribue les services. Qui peut s'opposer à ce que l'Etat, sans s^
constituer juge de ces religions, leur demande à chacuiie leur profession de foi, et les protège dans cette profession, en attendant qu'il accepte le catholicisme tout entier qui ne se trouve que dans l'Eglise. Qui peut s'opposer à ce qu'il protège les vérités communes à ces trois religions, vérités qui sont comme leurs points fondamentaux, et forment pour chacune d'elles comme un programme, comme un cercle dont elles ne veulent pas, dont elles ne doivent pas sortir, parce que ce cercle est pour elles, l'orthodoxie ? Qui peut s'opposer à ce que l'Etat, s'appuyant sur la légalité, protège ces vérités contre les esprits délétères de toute religion positive ? à ce qu'il s'en fasse le propagateur infatiguable pour les répandre partout et les incarner dans la vie de ceux qui les professent ? Qui peut s'opposer à ce que l'Etat impose à tous les croyants d'étudier leur religion, et de subir, lorsqu'ils se présentent pour entrer dans une carrière, un examen sur la science religieuse comme ils en subissent sur les autres sciences, qui sont beaucoup moins importantes au point de vue de la conduite de la vie ? Et si l'Etat peut faire cela, ne doit-il point le faire d'après les principes établis, déclarant une guerre implacable à l'impiété qui s'attaquerait à ces vérités surnaturelles communes, puisque d'une part, il ne reconnaît pas l'impiété tandis qu'il reconnaît les religions et que, de l'autre, en tolérant l'impiété il laisserait détruire les religions qu'il reconnaît et dévorerait ainsi la contradiction ? Ne le doit-il pas encore sous ce rapport , que l'impiété olFense la foi des croyants qui sont ses sujets et que, à ce point de vue, il doit les protéger dans leur foi, qui est leur premier bien, comme il les protège dans leurs autres biens qui, après tout, sont secondaires, puisqu'ils sont inférieurs.
III. Enfin , l'Etat pourrait prendre et pour point de départ le catholicisme qui, étant la vérité totale, possède, outre les vérités qui lui sont communes avec les autres religions, des vérités dont l'ensemble constitue l'intégralité de la vérité. Qui s'opposerait à ce qu'il fût accepté comme le fondement de l'Etat ? D'une part, les religions dissidentes verraient protégées en lui, et par lui, les vérités qu'elles ont de commun avec lui, et, de l'autre, elles ne seraient pas inquiétées touchant les points sur lesquels elles sont en désaccord avec lui, soit au point de vue de la bonne foi dans laquelle elles sont, soit au point de vue des égards qu" auraient pour leur bonne foi, et l'Eglise et l'Etat lui-même s'inspiraut de l'Eglise catholique. Qui encore pourrait ici
faire opposition ? Est-ce la philosophie ? Mais elle n'en aurait pas le droit, puisqu'elle n'est pas légalement reconnue, et que, par suite son opposition serait nulle de soi? puisqu'elle ne peut pas être légalement reconnue, attendu qu'elle n'a pas de symbole, de culte, de fidèles, et qu'ainsi elle manque des éléments constitutifs de toute religion ! Sont-ce les cultes dissidents. Nul doute qu'aucun gouvernement chrétien, quoi qu'il arrive, ne forcera, pour citer un exemple, les filles et les femmes juives à porter appendu à leur cou. soit comme ornement, soit comme objet de piété un crucifix ou même une simple croix.
Telle est notre conclusion finale et suprême. La religion catholique étant divine, la seule divine, la seule démontrée telle, et à ce titre, la seule éminemment sociale, elle a un droit absolu, inaliénable, imprescriptible, non seulement à la liberté, mais encore à la protection ; elle doit être l'objet, non seulement des sympathies, mais encore des faveurs du pouvoir. Les autres religions, dans lesquelles il y a un mélange d'erreur, qui sont moins parfaites et, en conséquence, moins favorables à la perfection de la société, ne peuvent prétendre de droit natif et originel, à la liberté, et à plus forte raison à la protection absolue, mais seulement à une protection relative, en tant qu'elles contiennent quelques vérités et dans le sens que nous avons vu. On l'a dit : « La religion catholique est la seule religion véritable établie de Dieu, à l'exclusion de toutes celles que l'esprit humain peut inventer, soit qu'on examine sa doctrine en elle-même, soit qu'on l'envisage dans ses rapports avec l'intérêt de la société. Cette religion ne saurait être que vraie et bonne, puisqu'elle est de Dieu. Elle a donc droit à la liberté de droit naturel. Car, on ne peut sans iniquité, anéantir ce qui est bon et vrai, et il n'est pas juste de dire qu'on le tolère, car on ne tolère que ce qui n'est pas entièrement vrai ou entièrement bien. De plus, comme la religion catholique est de Dieu par une institution positive divine, elle a strictement droit à la liberté de droit divin, comme de droit naturel, car aucune puissance, aucune créature ne peut sans impiété, s'opposer à Dieu. Tout ce qui se fait contre l'Eglise est donc nul de soi ; on n'a donc jamais de droit contre son droit, parce que le sien est absolu et éternel comme Dieu. Les autres religions étant nécessairement fausses, puisque la religion catholique est la seule vraie, ne peuvent avoir par elles-mêmes, par leur nature, en vertu de la vérité et de la bonté considérées intrinsèquement, un droit naturel ou divin à la liberté. Ce qu'elles ren-
ferment de bon et de vrai, pourra suffire à les rendre compatibles avec le bon ordre civil et, par conséquent, tolérables; mais cette bonté, cette vérité partielles n'empêchent pas qu'elles ne soient fausses, et en elles-mêmes condamnées de Dieu. Or, l'erreur, le mal, ne sauraient être le fondement d'un droit, puisque le mal est quelque chose de purement négatif (1).
Quoi qu'il advienne, que le pouvoir soit persécuteur ou qu'il soit neutre et indi lièrent, l'avenir restera à l'Eglise catholique. Dieu savait qu'elle aurait à accomplir sa mission sous tous les régimes, même les plus hostiles. Aussi l'a-t-il tellement constituée qu'à parler absolument, quelle que soit la situation que lui fassent les puissances du siècle, elle se suffira partout et toujours. Au fond, tant sa vitalité est puissante parce qu'elle est divine, elle n'a besoin que d'ellemême et d'elle seule. Les orages et les tempêtes n'aboutiront qu'à lui rendre l'air plus pur, le ciel plus serein. Elle pourra à jamais triompher sans César, puisqu'elle a triomphé malgré les Césars et ne vivra que pour voir la culbute de tout ce qui lui aura déclaré la lutte.