‹ Liberté et libérlisme ou l'état chrétienChapitre 22 sur 48 · III · texte numérisé non relu

III

Le blasphème.

I. Le pouvoir, même non chrétien, mais seulement théiste et religieux, doit aussi réprimer le blasphème, cette autre plaie qui dégénère bientôt en un ulcère rongeur, et par la tolérance duquel un pays ne peut que se déshonorer et devenir le scandale de Tunivers. Le blasphémateur insulte et outrage publiquement le Dieu créateur auquel il est redevable, entre mille autres bienfaits, du grand bienfait de la vie. Il prononce sans respect, par colère, avec emportement, le nom trois fois saint, le nom trois fois béni qui ne doit être dit qu'avec crainte, tremblement ; et par suite, il pèche contre la religion naturelle elle-même, qui nous fait un devoir de respecter Dieu. Et voyez quelles sont les suites funestes, les conséquences anti-sociales de ce mépris public de la Divinité. Celui qui manque de respect à Dieu, l'autorité suprême, l'autorité des autorités, ne manquera-t-il pas bientôt de respect à l'autorité humaine sous toutes ses formes, puisque l'autorité de l'homme sur Ihomme émane de l'autorité divine, a en elle sa raison d'être? Le sujet ne méconnaitra-t-il pas bientôt l'autorité de son prince, le fils l'autorité de son père, l'ouvrier l'autorité de son maître, le soldat l'autorité de ses chefs, qui trop souvent hélas ! lui commandent, le blasphème sur les lèvres, et ne recueillent en retour que le murmure, l'indiscipline, juste salaire de leur insurrection contre Dieu '? Comment exiger d'être respecté par ce qui est en bas, si on ne respecte pas soi-même ce qui est en haut? Et nous le demandons, là où le sens hiérarchique a disparu, que peuvent devenir la famille, la société, l'armée ? Ne sont-elles point fatalement condamnées à être englouties dans le même abîme ? Là aussi où aura disparu le respect pour le nom adorable de Dieu . que deviendra la sainteté du serment ? Ne se fera-t-on pas bientôt un jeu du parjure :' Les témoins ne cesseront-ils pas bientôt d'être dignes de foi'? et les juges ne pouvant plus baser leurs jugements sur les témoignages ou les déposi-

tions (les témoins, ne seront-ils pas exposés à condamner les innocents, à absoudre les coupables, à ne pouvoir plus prononcer la sentence qu'avec une voix tremblante, une conscience douteuse, parce qu'ils jugeront dans l'incertitude? Si les gouvernements cherchent à réprimer l'ivrognerie, qui est un crime de l'homme contre lui-même, l'homicide, qui est un crime de l'homme contre l'homme, ne doivent-ils pas savoir aussi réprimer le blasphème, qui est un crime de l'homme contre Dieu? En laissant le peuple s'attaquer impunément à la divinité, la société qui a dans la divinité seule sa raison d'être, ne se laisse-telle pas atta- ({uer elle-même? Une nation qui perd lo sentiment de ses devoirs envers l'E^ternel, qui sont les premiers des devoirs, ne perd-elle pas bientôt le sentiment de tout devoir, tandis au contraire qu'une nation qui les respecte, est nécessairement une nation qui, par vertu, respectera le devoir sous toutes ses formes? La puissance temporelle doit, sur ce point, exercer une vigilance d'autant plus attentive, une répression d'autant plus sévère et active, que le blasphème marche comme une marée montante, se répand comme une lèpre universelle. On peut dire que notre société, telle que l'a faite l'athéisme, est un blasphème permanent et public. Il y a le blasphème savant, le blasphème ignare, le blasphème emporté, le blasphème froid, le blasphème railleur, <'t le blasphème satanique, c'est-à-dire le blasphème pour lo blasphème, qui implique la haine de Dieu. Oui, le blasphème est partout; sous la ])lume du journaliste dont il souille le papier, comme sur les lèvres du peuple, dont il souille les conversations: il est au théâtre, comme il est dans les assemblées politiques. On peut dit que la France sue le blasphème. Caveant consides.

il peut être d'un petit philosophe, mais il ne peut être d'un vrai politi(|ue, d'adopter la maxime iuq)ic que les outrages faits à la divinité sont uniquement l'aU'aire de la divinité. Deormn injuria Diis curœ. Epicure ou Lucrèce ont pu prononcer un tel blasphème, mais Scipionct Paul-Emile montaient au C'apitolc pour rendre grâces de leurs victoires à Jupiter Capitolin.

Page 1