‹ Liberté et libérlisme ou l'état chrétienChapitre 28 sur 48 · DES POINTS PARTICULIERS TOUCHANT LESQUELS L'ÉTAT DOIT · texte numérisé non relu

DES POINTS PARTICULIERS TOUCHANT LESQUELS L'ÉTAT DOIT

PROTÉGER l'Église, ou a tout le moins lui laisser la

LIBERTÉ. — suite. — VIII. l'ÉDUCATKJN CHRÉTIENNE. —

l'Éducation naturaliste.

I. Si l'Etat doit protéger l'Eglise au point de vue du mariage chrétien, il doit aussi la protéger au point de vue de l'éducation des enfants naissant du mariage chrétien; et cela, d'abord en lui assurant la liberté de l'éducation, là où existerait le monopole de l'Etat ; puis, en lui donnant son concours là où la liberté lui au)'ait été accordée ; car, d'après les vérités établies précédemment, nul homme sérieux ne peut partir du principe que le droit de former la jeunesse est égal pour tous. Ce droit appartient avant tout à la famille, parle droit naturel, et à l'Eglise, par le droit divin, puisqu'elle a reçu la mission de faire connaître l'Evangile à toutes les nations, dont elle a reçu l'héritage. Et comme, d'une part, l'éducation doit nafurellement être faite au nom de la famille et de

l'Eglise, par les maîtres qui sont chargés de donner l'instruction; comme, d'autre part, l'enseignement de la religion doit nécessairement faire partie de l'instruction, attendu que, sans cela, l'instruction serait incomplète, mutilée, découronnée, voyons comment l'instruction donnée en dehors de l'Eglise est impuissante à donner l'éducation, à former l'homme dans l'enfant et, par suite, à former des hommes; voyons comment les associations quelconques, qui repousseraient les données de la révélation, et se feraient gloire de dispenser purement et simplement une Instruction naturaliste, c'est-à-dire neutre ou indifférente au regard des choses de Dieu, ne peuvent aboutir qu'à des résulats insuflisants. Il va de soi que, dans ce qui va être dit, nous nous tenons dans la région sereine de l'idéal, ne faisant que poser les principes abstraits, généraux, universels, qui sont de tous les temps, de tous les lieux, de tous les pays, sans les appliquer à tel ou tel pays particulier, à la France plutôt qu'à la Belgique, à la Belgique plutôt qu'à l'Italie, laissant aux gouvernements le soin de les appliquer dans la mesure du possible, selon les situations diverses dans lesquelles ils se trouvent, afin qu'ils travaillent soit à relever les générations, soit à les faire monter de plus en plus vers le mieux et le parfait. Ne confondons pas la thèse et l'hypothèse. Nous parlons de ce qui doit se faire, sans parler de ce qui se tait. II. Un des premiers buts que doit se proposer l'enseignement, c'est d'agrandir la sphère de la raison, en faisant connaître à l'homme les hautes vérités, les vérités premières de l'ordre religieux et moral, sans la connaissance desquelles le savant, (juei qu'il soit, doit être rangé au nombre des ignorants, puisqu'il ne sait pas ce que tout homme doit savoir avant tout. \'a\ comparaison de la science de la vie, les autres sciences sont plus ou moins accessoires, attendu qu'elles ne sont pas nécessaires pour conduire l'homme à sa fin suprême et dernière. Or, cette connaissance, ([ui est un élément essentiel de l'éducation, n'est possible que par l'enseignement chrétien, en dehors duquel il n'y a guère que ténèbres et incertitude touchant le monde invisible. Déjà, à ce point de vue, qui est le plus élevé, il est nécessaire que l'Eglise intervienne, afin que le liaut enseignement philosophique et théologique soit donné par le prêtre, dont les lèvres doivent gai'der la science. Labia sacerdotis ciistodient scienliam.. L'enseignement qui ne s'insi)ire que des données du rationalisme ou (lu naturalisme pourra, sans doute, orner la mémoire de l'élève de belles phrases, et hérisser son osi>rit do formules

algébriques, il pourra lui faire apprendre le grec, le latin, la physique, la chimie, les sciences naturelles, les langues vivantes, la géographie, Fhistoire, qui souvent ne sera pour lui qu'une série de dates ou de noms propres, il pourra môme lui apprendre à cultiver les fleurs de la rhétorique et à en parsemer ou parfumer son style; mais qu'est-ce que tout cela si le jeune homme, au sortir des études, n"a pas de croyances fixes, de convictions arrêtées qui puissent lui servir de boussole, le faire échapper aux écueils et le préserver de naufrage? Qu'est-ce que cela s'il pense que la pulvérisation totale de son être est le dernier mot de l'existence, ou que l'homme, loin d'être immortel dans sa personnalité, ne l'est que par sa race, comme le singe ou le perroquet? On parle de lumières, mais à quoi bon tant de lumières, si elles ne doivent aboutir, en définitive, qu'à éclairer le néant ? Les principes philosoi)hiques. a dit un écrivain moderne, ont admirablement contribué à faire naître l'inditïérence religieuse, à diminuer de plus en plus la part de la morale dans la religion et dans l'éducation. Il en est résulté la ruine des mœurs et la dépravation de la société. La religion, une religion positive, avec son caractère absolu, ses formes arrêtées, ses dogmes précis, ses prescriptions péremptoires, son culte vivant et réglé, est le vrai, l'unique principe de la vie des Etats, des familles, peut seul donner aux institutions humaines de la solidité, de la force, de la durée. Les lois n'ont pas d'influence sur les mœurs, elles sont inefficaces par elles-mêmes, et le juge extérieur menace et punit en vain, quand la conscience est sans autorité. IIL Non seulement les maîtres qui ne s'inspirent que de la raison et de la nature, d'eux-mêmes et d'eux seuls, sans s'inspirer des principes supérieurs du christianisme, ne peuvent donner le haut enseignement religieux, qui élève et ennoblit l'homme en le rattachant à Dieu, mais ils donneront un enseignement impie, soit d'une manière positive, s'ils enseignent l'impiété, soit d'une manière négative, s'ils sont simplement neutres ou indifférents, car il y a de l'impiété à être indilférent ou neutre pour Dieu. Voyez plutôt ce qu'est devenu autrefois l'enseignement, et par suite l'éducation, là ou on rejetait la doctrine de l'Eglise. Il est devenu irréligieux, parce qu'en repoussant le christianisme catholique, qui est l'aftirmation totale, on a roulé nécessairement dans l'abîme sans fond do la négation totale, il est devenu athée, il a abouti à nous enseigner, sous une forme ou sous une autre, le Dieu nature, produisant l'homme machine, l'homme plante,

l'homme singe, l'homme mollusque. Grâce à lui, Dieu a été chassé de la création, que l'on a regardée comme étant la divinité elle-même ; il a été chassé de l'histoire, dont on a considéré les événements, non comme étant dirigés par la Providence, mais comme le x'ésultat dune aveugle fatalité; il a été chassé de la morale, que l'on a déclarée ne relevant (lue d'elle-même et d'elle seule; il a été chassé de l'Etat, ([ui s'est placé en dehors et au dessus de tous les cultes ; il a été chassé de la vie. il a été chassé de la mort, il a été le grand banni. Au Dieu personnel, positif et historique du christianisme, on a substitué un Dieu vague, abstrait, impersonnel, le Dieu- Idée, c'est-à-dire une imagination vaine, une chimère creuse, le Dieu des déistes, qui n'intervient pas dans le gouvernement du monde, ou qui y intervient uniquement par une Providence qui ne se montre pas, dont on •ne peut pas suivre les plans et les desseins, parce qu'elle n'est pas venue en personne sur la terre pour s'expliquer au genre humain. Bref, au Dieu du christianisme, on a opposé un Dieu scientifique, sorti du cerveau de Thomme. un Dieu que l'homme s'est fait à lui-même, lui qui a été fait par Dieu. Voilà à quoi ont abouti les maîtres et les précepteurs de la jeunesse, qui ne sont pas mis à l'école de l'Eglise, Ils l'ont élevée dans le scepticisme et dans le mépris universel (le tout ce qui est digne de respect ; ils l'ont pervertie en se proposant de la rendre à la patrie, pure de toute superstition. Il devait en être fatalement ainsi. Des maîtres sans juété n'ont pu cjue conduire à l'impiété. L'enfant est imitateur, et, avec cela, il est plus porté au mal qu'au bien. Dès lors comment pourrait-il résister à l'influence d'un enseignement corrupteur en lui-môme et par ses propres principes, corrupteur encore par cela même et par cela seul qu'il n'est pas préservateur? N'est-il pas comme nécessairement condamné à en subir l'influence pernicieuse, et comme on l'a dit, « à devenir de plus en plus déraisonnable à mesure ([ue la raison se dévelopi)e en lui. » [)uisque le propre de la raison, c'est de pouvoir connaître Dieu, et le pro[)re de l'a nimalité, à ne ])Ouvoir s'élever jusqu'à en avoir la notion l;i plus rudimentaire. Si l'enseignement naturaliste ne peut donner une éducation qui forme l'homme et le chrétien, et cela i)ar ses ]>rinci])es mêmes, (fuoiqu'il puisse donner une instruction variée. l'I^^tat ne doit-il pas demander à l'Eglise son concours et j^rendre. pour le rendre eflicace. des mesiucs de plus ou phis sérieuses ([ue sait toujours trouver I;i l)OiMie volonté cl un désir sine,' rc de l'cndre les |(('U|iles moilliMirs ?

L'enseignement naturaliste n'aboutit fatalement ou à l'impiété ou au terre-à-terre dans l'immense majorité des cas, s'il n'y aboutit pas toujours, c'est qu'il y aura des âmes supérieures qui sauront se mettre au-dessus de lui, et prendre la haute mer par suite de l'éducation qu'elles auront reçue dans la famille ou dans l'Eglise.

IV. Ajoutez qu'au point de vue du droit naturel et chrétien, rp]tat n'a i)as le droit radical de s'emparer de l'éducation et que. lorsqu'il s'en empare pour la donner en son nom, au lieu de la donner au nom de la famille et de l'Eglise, il usurpe visiblement. En effet, l'Etat ne peut tenir le droit d"éduquer comme tous les autres droits, que de Dieu, en dehors duquel il n'y a pas de droit dans le sens élevé du mot; de Dieu manifestant sa volonté sur ce point comme sur tous les autres, soit par la nature, soit par la révélation, soit par la voix de la paternité, soit par la voix du sacerdoce. Or, l'éducation est le devoir naturel des parents et, par suite, leur droit, comme elle est le devoir surnaturel de l'Eglise, et par suite encore, son droit. L'Etat n'est donc pas fondé en raison lorsqu'il s"en empare à leur détriment; et s'il le fait, ce n'est que par le plus criant esprit d'empiétement, qui le porte à se rendre le maître absolu des âmes comme des corps, de l'homme tout entier, qui ne doit plus avoir qu'une seule pensée, une seule volonté, la pensée et la volonté de César fait Dieu, puisqu'il se substitue à Dieu, en tant qu'il est l'auteur de la famille et de l'Eglise.

V. Et c'est en vain qu'ici l'Etat chercherait à légitimer son usurpation, à l'aide de sophismes en lesquels il est si fécond. Il y a deux vérités incontestables qui réduiront à jamais ses prétentions à néant : l'une, que les droits de la paternité sont antérieurs aux droits de l'Etat; l'autre, que les droits de l'Eglise sont supérieurs aux droits de l'Etat dans la matière dont nous nous occupons, matière essentiellement religieuse et spirituelle, puisque d'une part, sans la religion, il n'y a pas, il ne peut y avoir d'éducation vraiment digne de ce nom ; et que de l'autre, sans l'éducation chrétienne, le christianisme ne pourrait se perpétuer. Si, d'un côté, les parents ont le droit, parce qu'ils en ont le devoir, de veiller sur la conduite et la moralité de leurs enfants, comme ils ont, dans un ordre inférieur, celui de veiller sur leur alimentation ; si, de l'autre, les prêtres ont le droit de veiller à ce que les enfants chrétiens, qui leur appartiennent de par le Baiitème ou la naissance selon le Christ, reçoivent une éducation chrétienne; à ce que leur âme ne soit pas ravagée par

l'indifférence ou l'impiété; s"il en est ainsi, un Etat qui sait rester dans ses limites, ne doit-il point savoir respecter luimême et faire respecter ce double droit? Ne doit-il pas en tenir compte, et cela, avec d'autant plus de bonne volonté, qu'en sentant la jeunesse entre les bras, « sur les genoux de l'Eglise. » il la sentira dans les bras et sur les genoux de Celle qui, par les éléments divins dont elle est dépositaire, peut seule donner direction et sanctification, et, des jeunes gens, faire des hommes et des chrétiens à la fois ; des hommes en en faisant des chrétiens, des chrétiens en en faisant des hommes? Que dirai-je? Ne doit-il pas le faire sans appréhension aucune, puisque l'Eglise a été établie par Dieu même l'Institutrice du genre humain? Ne doit-il pas le faire aussi par compassion pour l'enfant, dont l'âme est aussi vide qu'elle est avide, qui est faible, désarmé, qui ne peut se défendre ni se protéger, et se trouve ainsi exposé à devenir pour les sophistes, une proie facile ? Ne pas protéger la faiblesse de l'enfance, ce serait, sans aucun doute, se rendre coupable de la plus cruelle des barbaries. M. Jules iSimon l'a reconnu, quand il a dit : « On nuit encore à ma liberté, quand on emploie le mensonge ou le sophisme pour troubler ma raison et la tourner contre moi-même (l). »

lirof, nous protestons contre le principe que Chonane est pour i'Elat, c'est un principe païen ; nous admettons, au contraire, que L'Etat est pour Vhomme, ce qui est le principe chrétien.

VI. Considérez de plus qu'il y aurait, de la part de l'Etat, contradiction flagrante à vouloir s'emparer de l'éducation, pour donner une éducation à lui. En effet, il proclame haut le grand principe de la liberté des cultes ; par suite, il reconnaît à l'Eglise catholique, soit qu'il la protège, soit que siml)lement il la tolère, le droit de former les âmes de ses enfants à son image et ressemblance, le droit de leur donner une éducation chrétienne, puis(|ue c'est uniquement par l'éducation qu'elle peut se greffer sur les générations nouvelles, se recruter et se perpétuer. Or, que ferait, en face de ce droit reconnu par lui, l'Etat, qui voudrait donner une éducation à lui, une éducation nécessairement et exlusivemcnt naturaliste, puisqu'il n'a que la nature ? Il s'emparerait des générations naissantes, pour les former à son effigie et, ])ar là, les ravir à l'Eglise. N'y a-t-il pas là contradiction? D'un côté, il voudrait le culte catholique, et, de l'autre, il se

(1) Liberté de Conscience, iv* Leçon, p. 247.

sub.siilucrait au culte catliolii^ue, dans nue de ses luiictioiis tellement essentielles que, s'il ne lui est pas donné de la remplir, il ne peut se conserver, en se transmettant à la postérité? N'est-ce pas se donner le démenti à soi-même que de dire, d'une part, que les cultes sont libres, et, de l'autre, de leur ravir une liberté nécessaire entre toutes? N'est-ce point là se condamner? Là où il n'y a pas de religion d"Etat, il ne doit pas exister d'éducation d'Etat. Si vous reconnaissez la liberté du Christianisme, laissez-lui la liberté de se propager par la liberté de l'éducation ; si vous ne lui reconnaissez pas cette liberté, nejouezplus un rôle en disant qu'il est libre, autrement vous auriez à la fois le oui et le non sur les lèvres. Mais voilà où nous en sommes, on reconnaît à l'Eglise le droit de vivre, puis on lui crée des conditions de vie qui la conduisent à la mort.

VIL Et, pour confirmer ce qui vient d'être dit, à l'endroit de l'action délétère qu'exercerait l'enseignement naturaliste, l'enseignement de l'Etat ne s'inspirant que de lui-même et de lui seul, par des professeurs ne s'inspirant que d'eux-mêmes et d'eux seuls, voyez ce qui a été fait, et quels ravages cruels se sont produits. On a exclu de l'Ecole l'enseigiiement de la Bible, l'Histoire-Sainte, disant que l'on connaissait bien l'histoire des Assyriens, des Mèdes. des Perses, des Grecs, des Romains, des Juifs, mais que l'on ne connaissait pas l'histoire du peuple de Dieu. On a traité l'Ancien et le Nouveau-Testament de vieilleries Bibliques, disant que le Christianisme, bon pour l'époque à laquelle il a apparu, a fait son temps, qu'il n'y a d'autre religion que l'amour de la patrie, que le Christ n'est qu'un grand homme, l'Evangile un mythe, les apôtres d'habiles imposteurs, l'Eglise une ' association purement et simplement humaine qui a uniquement son origine dans l'ambition du clergé et la crédulité des peuples. Quelle douleur de voir livrée à de tels assassins l'enfance si aimante et si aimable, l'enfance qui, ayant été consacrée à Dieu par le Baptême, lui appartient aux titres les plus légitimes et les plus sacrés et ne peut lui être ravie sans sacrilège ! Mais quoi ! L'enseignement historique de la Bible, que veut écarter la pédagogie moderne, n'est-il pas éminemment utile à l'enfant, à l'adolescent? En même temps qu'il l'introduit dans un monde merveilleux, ne l'introduit-il pas aussi dans une sphère où les exemples des vertus les plus élevées et les plus pratiques éclairent son esprit, touchent son cœur, stimulent sa volonté, forment sa conscience et viennent en aide à sa failjlcsse de la manière

la plus efficace? Mais non, il faut reléguer l'Histoire-Saiute dans les combles, ou la vendre aux marchands de vieux papier, pour laisser les enfants des chrétiens devenir les victimes d'un rationalisme aussi froid ({u'il est étroit; il faut les immoler spirituellement, comme autrefois Pharaon et Hérode immolèrent corporellement les enfants des Hébreux. « Oh ! s'écriait le P. Ventura dans un mouvement d'indignation, si les mères chrétiennes pouvaient seulement sou})çonner une pareille trahison de notre part, la profanation et les holocaustes sacrilèges que nous faisons aux dieux infernaux, des fruits de leurs entrailles et de leur foi! Oh ! si elles pouvaient se douter que plus barbares qu'Hérode, qui n'arracha les enfants de Bethléem au sein des mères Juives que pour leur donner une mort qui leur ouvrait les portes du Ciel, nous nous emparons du dépôt précieux de leurs fils, confiés par elles à notre sollicitude, pour les livrer à Satan, qui les plongera au fond de l'Enfer! Rien ne pourrait contenir leur légitime fureur, rien ne pourrait nous sauver de leur haine vengeresse; avec la rage d'une lionne à qui on a enlevé ses petits, elles nous arracheraient comme indignes de les porter, les insignes de notre professorat, elles nous mettraient même en lambeaux (1). >

VIII. Ici comme plus haut, les témoignages et les aveux arrivent nombreux et de partout pour justifier TEglise, condanmant non-seulement l'éducation anti-religieuse et antichrétienne, mais encore Téducation simplement neutre, c'est-ù-dire partant de ce principe qu'il ne faut aucunement faire intervenir Dieu dans l'enseignement, et n'être ni pour ni contre. Nous allons en citer quel({ues-uns, entre mille, qui ont trait à l'époque où régnait le monopole avec son esprit hostile à l'Eglise ; et si quelque lecteur en trouvait le nombre trop considérable, nous lui dirions qu'on ne peut trop les nmltiplier, vu la gravité et l'importance de la question. Il s'agit, en elfet, de la postérité et de l'avenir : Pueri, pneri, vestra res agitur.

Dès l'année 1804, M. de Champagny, ministre de l'intérieur, remettait à rEm[)ereur, à la suite d'une ins- Itection faite par Eoucroy, cette note montrant suffisamment que, depuis la Révolution, l'enseignement dans les écoles de l'Etat avait laissé beaucoup à désirer au point de vue de la formation des caractères : * Le vice radical du système actuel, c'est de n avoir rien fait pou)' L'cdiicaiion. Les idées

(1) Le pouvoir 2')ijliti(iHe chrétien, 2* Discours, p. 13â.

religieuses détcrmiiiéos sont la seule garantie de la moraidé des hommes. Dans une nation et sous un gouvernement qui professe le Christianisme, il n'y a point d'éducation, si ox NE FORME DES liLÈVEs CHRÉTIENS. Ce n'est pas Seulement en attachant à im Lycée un Aumônier qui y dit la Messe le Dimanche, qu'on atteindra ce but. La religion doit être profondément gravée dans le cœur et dans la raison des élèves. Elle ne le sera jamais, si le Lycée n'a un esprit religieux, si les chefs n'y apportent de la chaleur et du zèle. »

En 1817, Benjamin Constant, condamnant d'avance les théories modernes selon lesquelles on ne veut, pour asseoir l'éducation, qu' « un idéal laïque (jui est au-dessus de toute religion, » disait sans hésiter : « En dirigeant réducation, le gouvernement s'arroge le droit et s'impose la tâche de maintenir un corps de doctrine (1). »

Le comte Agénor de Gasparin, protestant comme on sait, se rendant compte-lui- même à lui-même de ce que lui avait laissé dans le cœur léducation naturaliste et oflicielle, reconnaissait que l'inditlërence religieuse, sinon l'impiété, en était l'unique résultat. Voici ses paroles, aussi nettes et aussi catégoriques qu'on peut le désirer : « L'éducation est }iulle dans les Collèges. Cette éducation a été la mienne, je l'ai reçue dans les conditions les plus favorables. . . Or, je me souviens avec terreur de ce que j'étais au sortir de cette éducation nationale; je me souviens de ce qu'étaient tous ceux de mes camarades avec lesquels j'avais des relations. Assurément, nous n'étions pas des chrétiens, nous n'avions pas même les j)lus faibles comrnencements de la foi et de la vie évangélique (2). »

En 1886 encore, M. Saint- Marc Girardin. dans la discussion du projet de loi présenté à la tribune par M. Guizot, posait ce dilemme : « Ou vous périrez. Messieurs, ou la religion viendra encore visiter votre société (3). » Il a écrit aussi : « Nous ne faisons pas plus de citoyens que de dévots dans nos collèges. Que faisons-nous donc? Nous instruisons, nous n'élevons pas. Nous cultivons et développons l'esprit, mais non le cœur (4). »

(1) Mercure de France, octobre 1817. De la juridiction du Gouvernement dans réducation.

(2) Cité par Henri de Riancej, Histoire critique et législative de Vlnstruction publique, etc., t. ii, page 475.

(3) Moniteur, 15 mars 1837.

(4) De l'Instruction intermédiaire et de son état dans le Midi de l'Allemagne, 1859, p. 277.

M. Corne, un des doyens de nos Assemblées législatives, proclamait en ces termes, la nullité, au point de vue moral, de l'éducation donnée dans les établissements officiels : « L'éducation du Collège n"est autre chose qu'une sorte de compression morale, qui peut arrêter pour un temps, l'expansion de quelques vices, mais qui n'en détruit pas le ger?ne ; encore plus est-elle impuissante à créer les motifs d' honorables déterminations ; elle laisse le cœur des jeunes gens dans un dénûment déplorable de sentiments et de principes propres à régler leur vie (1). »

M. Dubois, conseiller de l'Instruction publique, reconnaissait hautement que le défaut d'éducation religieuse était la grande plaie de l'enseignement public à tous ses degrés. Voici ses paroles, aussi explicites et aussi significatives qu'on peut le désirer : * Il est une autre partie de l'enseignement, sur laquelle nos écoles de tous les degrés laissent beaucoup à désirer. L'éducation, jadis tout à fait exclusivement religieuse, œuvre de la famille et du culte, semble aujourd'hui s'effacer devant la science. Quelques traditions vagues, souvent contradictoires, demeurent à peine dans les esprits, et nous voyons je ne sais quelle déplorable indifférence de V av enir 7noral des hommes et de leur destinée, se répandre là-même où le soin et le souci le plus profond de cet avenir doit être le plus saint devoir (2). »

M. Delpit, rapporteur à l'Assemblée nationale de la Commission chargée d'une enquête sur l'Insurrection de Paris (1848), s'exprimait en ces paroles lamentables, qui seraient à faire désespérer de l'avenir de la France : « L'affaissement du sentiment religieux a été assigné, dans votre Commis sion, comme une des principales causes du mal étrange qui travaille notre société. La grande loi du respect des supériorités sociales a disparu. La famille elle-même a été viciée à sa source, et le père y a perdu en partie sa légitime autorité. L'enseignement s'est peut-i'-tre trop préoccupé de l'instruction publique, aux déitens de l'éducation. Il a (-essé de FAIRE DES HOMMES. Lcs houimes soiit ce qui manque le plus à notre temps; dans toutes les carrières, les vides se font et ne sont pas comblés. »

Un journal anglais. Le Speclator. disait de la loi qui a décrété la neutralité des écoles : « Toul ce (juc nous pouvons dire, c'est qu'un bill semblable, présenté à hi Ch;iml»re

(1) 1,'IÙlucatiun pKbliqiic, p. 162, lli.inci'v, I. n, I.V.i.

(2) Rapport du LS mai 1S:J(). p. 2b, liiaucev. i. ii. [i. -176.

des Communes, serait rejeté avee mépris dès la première lecture, et qu'un Cabinot anglais qui s'aventurerait à en présenter un pareil, disparaîtrait aussitôt de la scène politique, au milieu des quolibets et des huées (1). » Et ce n'est pas seulement l'opinion anglaise qui pourrait être invoquée ici, mais, à part la Belgique et l'Italie, celle de tous les peuples civilisés qui croient que, pour mènera bonne fin le grand œuvre de l'éducation, ce n'est pas trop du concours simultané de l'Ecole et de l'Eglise, du laïque et du prêtre, de tous les hommes de bonne volonté, qui croient que l'on n'a pas posé les colonnes d'Hercule de l'esprit humain, parce que l'on a trouvé cette formule d'une sagesse née d'hier, que Yéducation — comme la loi — est athée et doit être.

Mais c'est surtout M. de Lamartine qu'il nous faut entendre. Après avoir décrit le collège universitaire où il fut jeté « au sortir du nid rembourré de duvet et tout chaud de la tendresse d'une incomparable famille » et où il ne resta heureusement que fort peu de temps, assez toutefois pour perdre sa piété native et la paix de sa conscience, après avoir dit cela, l'illustre poète nous fait le tableau suivant de l'éducation qui lui fut donnée par des maîtres chrétiens : « Un collège dirigé par les jésuites — celui de Belley, sur les frontières de la Savoie, — était alors en grande renommée. En y entrant, je sentis en peu de jours la différence prodigieuse qu'il y a entre une éducation vénale et une éducation donnée au nom de Dieu, et inspirée par un généreux dévouement, dont le ciel seul est la récompense. Je ne retrouvai pas là ma mère, mais j'y trouvai Dieu, la pureté, la prière, la charité, une douce et paternelle surveillance, le ton de la famille, des enfants aimés et aimants, aux physionomies heureuses. Un esprit divin semblait animer d'un même souffle les maîtres et les disciples. Toutes nos âmes avaient retrouvé leurs ailes et volaient d'un élan naturel vers le bien et vers le beau. Les plus rebelles euxmêmes étaient soulevés et entraînés dans le mouvement général. C'est là que j'ai vu que l'on pouvait faire des hommes, non en les contraignant, mais en les inspirant. Le sentiment religieux qui animait nos maîtres nous animait tous. Ils avaient Tart de rendre ce sentiment admirable et sensible, et de créer en nous la passion de Dieu. Avec un tel levier placé dans nos propres cœurs, ils soulevaient tout.

(1) \oiv le Projet de loi de M. Jules Fervtj devint l'opinion anglaise.

Ils commencèrent par me rendre heureux, ils ne tardèrent pas à me rendre sage. La piété se ranima dans mon âme, devint le mobile de mon ardeur au travail. Je formais des amitiés intimes avec des enfants de mon âge, aussi purs et aussi heureux que moi ; ces amitiés nous refaisaient pour ainsi dire une famille (1). »

Après ces paroles empruntées en grande partie à des hommes spéciaux, qui avaient pu juger de leurs propres yeux ou par expérience personnelle, écoutons une page empruntée à la docte Allemagne catholique :

« Nous comprenons l'éole comme une institution publique, qui doit agir avec méthode, et suivant un plan donné sur les facultés intellectuelles et les forces physiques des enfants, afin de les mettre en état d'accomplir dans toutes les situations leur légitime destinée ; elle doit donc développer l'enfant dans son corps et dans son esprit, et lui communiquer les connaissances et les aptitudes indispensables à Yhomme^ au citoyen, au chi^étien.

« L'école doit développer, épurer et fortifier l'homme dans sa totalité, et non dans telle ou telle de ses facultés aux dépens des autres ; il s'ensuit que l'école est incomplète et exclusive lorsqu'elle prétend n'être qu'un établissement d'instruction, ou lorsqu'elle ne cherche à développer que l'intelligence, la raison, les facultés purement intellectuelles de l'homme. Le savoir seul est insuffisaiit pour imprimer une direction véritable à la vie de l'homme. Nous ne méconnaissons certainement pas l'importance des facultés intellectuelles, mais nous pensons que les actions découlent surtout de la volonté, des sentiments, des penchants du cœur. Négliger la culture de l'âme, développer exclusivement l'esprit, c'est manquer le but de l'éducation et rendre Tinstruction plus dangereuse qu'utile. L'union intime de l'instruction et de l'éducation fait seule de l'homme ce qu'il peut et doit être. C'est par l'éducation que l'école parvient à ennoblir les sentiments, à habituer la volonté au bien, qu'elle s'adresse au côté moral de l'homme et le forme pour le Christ et selon le Christ. Par l'éducation, l'école forme l'être sentant et voulant; ])ar linstruction, l'être pensant et réfléchissant ; l'une va plus au fond, l'autre plus à la surface ; par l'une le maître élève, par l'antre il instruit; il est ])rofesseur dans le premier cas, instituteur dans le second.

(1) Confidences etc, voir pour les téinoigiiiijies et les aveux : L'Etat niaitre de peitsion, p. le P. Ijesco^ur, Paris 187!'.

« Si en théorie, nous avons distingué la double tâche de l'école, cette distinction est impossible en pratique ; on ne peut ni instruire sans élever, ni élever sans intruire. De même que l'instruction ne peut se passer de l'éducation, car elle exige de l'attention, de l'obéissance et par conséquent elle s'adresse à la volonté de l'enfant, qui doit réaliser ce qui lui est prescrit; de même, l'instruction est un des plus puissants et des plus indispensables moyens d'éducation. C'est en éclairant la volonté que le maître la dirige, c'est en lui montrant ce qui est vrai qu'il lui fait faire ce qui est bien.

« La plus sûre garantie de la discipline et des mœurs dans un Etat, le moyen le plus puissant pour assurer sa prospérité, ce sont des écoles dans les({uelles règne la crainte de Dieu. La moralité sans religion est insuffisante, la culture intellectuelle sans la piété est dangereuse ; la vraie fm d'une bonne école est de faire connaître, aimer et pratiquer la religion. Nous associons au droit de l'Etat sur l'école, celui DE l'église. La religion chrétienne, c'est le moyen suprême de la civilisation ; elle donne l'éducation par excellence. L'histoire de l'école est une apologie permanente des services rendus par l'Eglise à la société.

« Si l'Etat reconnaît l'Eglise comme personne morale, s'il veut être conséquent avec lui-même, il faut qu'il lui reconnaisse le droit d'instruire les enfants, il faut qu'il la protège et lui prête soii hras en cas de hesoin. Tant que l'Etat reconnaîtra sa propre mission, il n'ira pas à l'encontre de celle de l'Eglise. Elle seule a les moyens qui régénèrent véritablement l'homme et le complètent, non seulement devant Dieu, mais devant ses semblables, dans le monde. Si l'école doit être chrétienne, l'élément chrétien ne devra pas être simplement accessoire ou subordonné, il devra être radical, fondainental, général ; l'école devra plonger par toutes ses racines dans le sol de l'Eglise, aspirer par toutes ses branches l'atmosphère de l'Eglise, alors seulement l'enseignement sera religieux. Il ne faut pas que l'enseignement profane se donne aux dépens de la religion, il ne faut pas que la religion paraisse coimne une simple hranche de t enseignement général tandis qu'elle en est la racine, le tronc et le couronnement. Ce que l'école doit faire avant tout, après tout, par dessus tout, c'est de reconstituer de plus en plus dans l'homme, l'image et la ressemblance de Dieu. Il y a eu un temps, et il dure encore, où l'on a prétendu surtout s'adresser à la raison ; les conséquences de cette méthode exclusive sont des plus déplorables. On n'a qu'un but ; instruire.

éclairer, c'est fort bien, mais il semb\e que l'en fa^it n'ait ph( s de cœur. On oublie que le maître doit élever en même temps qu'instruire, qu'il doit nourrir et fortifier l'âme, comme il éclaire et développe l'esprit. De ces esprits raisonneurs, de ces âmes arides, on a fait des hommes sans foi. ennemis de la foi, qui portent dans leur vie de chaque jour le sceau de cette éducation savante et impie. Si l'Etat ferme les yeux sur une pareille situation, la société souffre d'une maladie que nul médecin ne peut plus guérir (1). *

Ces témoignages et ces aveux, sortis des lèvres ou de la plume d'hommes sérieux et compétents suffisent plus qu'amplement pour faire justice de l'enseignement naturaliste, neutre, opposé à l'enseignement chrétien, pour réduire au silence nos modernes utopistes ou empiristes, qui crient à tue-tête que l'éducation faite par le clergé est opposée à la grandeur du pays, « à son unité nationale > ; qu' « il est un assaut donné à la société, issue de la Révolution > qu'il est la contre-révolution, qu' «11 apprend à maudire toutes les idées qui sont l'honneur et la raison de la France moderne. » Ce sont là des mots qui ne représentent que des idées particulières à un temps, à un pays, et qui ne représentent pas les principes fondamentaux de l'éducation, considérée en elle-même et dans ses éléments constitutifs, le seul point de vue auquel nous nous plaçons. Mais il nous faut aller plus loin, en faisant justice de toute l'argumentation franc-maçonnique contre l'enseignement chrétien, afin que de toutes ses théories, il ne reste rien debout, rien, absolument rien, si ce n'est peut-être ce qui. après un rude combat naval, subsiste d'un navire criblé par les boulets ennemis et qui est là sans mât. sans voiles, sans cordages, troué, à l'état de carcasse, faisant eau de toutes parts, et incapable de tenir désormais la mer, parce qu'il ne peut être radoubé.

(1) Diction, encyclop., art. Ecoles primaires.

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