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CHAPITRE XXVI

LES PRINCIPES DE QUATRE-VINGT-NEUF DEVANT LE TRIBUNAL DE l'histoire, ou EN ACTION, — SUITE.

Ln persécution. — Confiscation des Mens du clergé.

La Déclaration avait produit la Révolution, ainsi que nous l'avons indiscutablement établi plus haut, soit par le vague de ses principes, qui n'étaient que des idées générales et abstraites (jue l'on pouvait appliquer à tout, soit par sa rédaction, qui. ne fixant et ne précisant rien, était une formule très élastique que l'on pouvait interpréter en mille sens dilférents, même dans un sens incendiaire. Mais elle devait entraîner des conséquences inouïes. Elle avait reconnu un Dieu, il l'st vrai, un Dieu à ellf. qu'elle apitelait

VEtre suprême, qu'elle avait substitué au vrai Dieu, qui. loin d'être seulement suprême et de se contenter de régner au plus haut des deux, est descendu, mu par une immense pitié, vers l'humanité, pour l'arracher à ses maux, en la personne du Dieu fait homme, le Christ. Comme le Christ est la négation de l'Etre suprême, compris à leur manière, les partisans de l'Etre suprême devaient naturellement s'insurger contre le Christ, et travailler à détruire son règne, pour maintenir leur idole. De là, la guerre au Christ et à tout ce qui le représente ici- bas. De là, après la Révolution, la persécution, qui ne tarda pas à la suivre, et qui fut fanatique, implacable, comme celle des premiers persécuteurs. C'est ici qu'il nous faut voir la Déclaration à l'œuvre. Et comme un de ses premiers hauts faits fut de confisquer les biens du clergé , de s'adjuger le patrimoine de l'Eglise de France, c'est sur ce point qu'il nous faut d'abord l'étudier, afin de nous convaincre de plus en plus que l'esprit révolutionnaire est destructeur, autant que l'esprit chrétien est édificateur.

D'abord V AssemUée nationale, dans cette question, ne se montra pas sincère, n'agit pas avec franchise. La discussion portait sur la propriété des biens du clergé, sur leur confiscation au profit de l'Etat. Mais le mot de confiscation était odieux. Un des orateurs de la majorité s'écria : t Vous niez que les biens ecclésiastiques puissent être considérés comme la propriété de la nation, soit, mais ils sont à sa disposition, » et l'Assemblée, dans ses décrets, accepta cette expression hypocrite qui reposait sur un artifice de style. On l'a dit : » Une telle distinction paraît plutôt empruntée à la subtilité du génie grec qu'aux allures hardies de l'esprit français. » Mais, qu'y faire? C'est là un des caractères de l'esprit révolutionnaire : voiler, dissimuler, mettre un masque, pour mieux tromper, jouer sur les mots, être fallacieux et tortueux comme l'antique serpent, comme Satan, père du mensonge, marcher par des voies occultes, souterraines, ce qui montre combien naïfs sont ceux qui croient à la droiture des fauteurs de révolutions. Loin de dire oui quand c'est oui, non quand c'est non, le révolutionnaire dit oui quand c'est non, non quand c'est oui, il est plein de duplicité, de fourberie, de dol et de tromperie, tant il est grec, tant il sait se présenter avec des paroles mielleuses sur les lèvres et des présents à la main ; présents dont il faut savoir se méfier, si l'on veut gouverner sa vie d'après les règles les plus élémentaires de la prudence. C'est surtout vis-à-vis du révolutionnaire qu'il faut savoir clire ; « I^a défiauce est mère ^e la sûreté, i

De plus, l'Assemblée, qui ne se montra pas sincère, ne se montra ni grande, ni généreuse, tant la Révolution, qui est la négation de l'esprit chrétien, esprit de charité et de dévouement, reste étrangère à toute idée supérieure, à tout sentiment noble et élevé, pour ne s'inspirer que des convoitises les plus basses de l'égoïsme. Quoi ! le clergé, considéré dans son ensemble, faisait l'emploi le plus utile de ses revenus ; il venait en aide à l'Etat, aux pauvres; il soutenait une multitude d'œuvres utiles qu'il avait créées et qui, toutes, concouraient au bien général ; par amour de la paix et de la concorde, par patriotisme, il venait de renoncer à ses privilèges ; Pie VI lui-même était dans de tels sentiments de paix et de conciliation, que, « pour calmer et adoucir autant qu'il était en son pouvoir, les dispositions violentes dans lesquelles se trouvait le Tiers-Etat », il avait renoncé au payement des droits que la France devait à la Chambre apostolique, d'après les anciennes coutumes qu'un usage invariable avait confirmés (1) ; et l'Assemblée, insensible à tant de générosité et de magnanimité, ne sait que violer, à l'égard du premier corps de l'Etat, l'un des droits les plus primitifs de toute société civilisée, le droit de propriété. Ne montra-t-elle point, par là, qu'elle était cupide, qu'elle ne voyait, dans les biens de l'Eglise, qu'un butin à ravir, sans voir non-seulement la justice qui lui faisait un devoir de les respecter, mais encore la reconnaissance, qui lui en faisait un devoir non moins sacré? Ne se montra-t-elle pas la digne émule de ces princes d'Israël qui. semblables à des lions cruels, ne savaient que s'emparer d'une proie et dévorer les hommes (2)? N'y a-t-il pas lieu à lui adresser, avec Pie VI, ce reproche que son sacrifice, à lui. n'avait pas été senti comme il devait l'être, et que. pour son bienfait, il n'avait eu d'autre compensation que l'ingratitude (3)? Elle sut admirablement mettre en pratique cette maxime révolutionnaire, que l'ingratitude est l'indépemiance du cœur.

L'Assemblée, en même temps qu'elle se montra hypocrite et ingrate, se révéla aussi comme étant l'iniquité même. Les donateurs qui avaient contribué à former le patrimoine de lEglise, avaient eu une intention, un but ; cette intention et

(1) Utque exarmare quanti"im in nol)is erat reiiiissioiieniqiie reddere ter tii illiu^5 quem apiiellaiit status.... Bref Qiwd aliqKinitioii, 10 mars 1791.

(2) Rzech. c. xix.

(.S) Ex qua liberalitate nostru iiigratissimam coinpensationem retulimus. Ihid,

ce but devaient être respectés. Au lieu de s'emparer des biens ecclésiastiques, pour remplir les caisses de l'Etat, qui étaient vides, et de les appliquer à des besoins purement profanes ou politiques, il fallait les laisser atfectés à leur destination primitive qui, en même temps qu'elle était l'utilité de l'Eglise, était l'utilité de la nation. C'est à l'Eglise qu'ils avaient été donnés, et non à l'Etat ; c'est à l'Eglise, qui en était propriétaire en bonne et due forme, qu'ils devaient rester, pour qu'elle en fît l'usage stipulé. La volonté des vivants leur survit, elle va plus loin que leur mort. Les testaments ne sont pas une feuille de papier, un chiffon que l'on puisse déchirer sans crime : ils sont l'expression de la volonté dernière des mourants, volonté qui reste toujours, parce qu'étant la dernière, elle n'a pu être révoquée par une volonté subséquente. En vain alléguerait -on, pour tenter d'absoudre l'Assemblée Constituante, que ces biens devaient « être restitués à l'Etat, » selon l'expression de certains orateurs, qui étaient plus faits pour présider des clubs que pour représenter un grand et noble pays. D'une part, ainsi qu'il a été dit, ces biens n'avaient jamais appartenu à l'Etat, et, de l'autre, on ne peut restituer qu'au propriétaire. En vain allêguerait-on encore que le clergé détournait les revenus de ces biens de leur destination primitive, nous avons vu les faits donner le démenti le plus indéniable à cette allégation, et, à supposer qu'elle fût fondée, il y avait lieu, non pas à spolier, mais à recourir au Saint- Siège, pour qu"il ramenât tout à la règle ; il y avait lieu à tenir enfin compte du Concile de Trente avec ses chapitres sur la Réformation, et à y trouver le remède à des maux que l'Eglise, dans ce Concile, avait constatés, déplorés, auxquels elle avait opposé un remède qui ne fut inefficace que par le mauvais vouloir des intéressés et du gouver nement. (jui prit fait et cause pour eux. En vain allégueraiton que ces abus étaient irrémédiables. Il n'en est rien. Si les évèques, les abbés, ne résidaient pas toujours, il était facile de les contraindre à la résidence qui était voulue par les canons, en les privant de leurs revenus en proportion de leurs absences non motivées, ou non motivables, en les rap})elant, d'autorité pontificale, à leurs devoirs. Si le clergé inférieur était mal payé, on aurait pu augmenter sa portion congrue et la rendre moins incongrue. Si les dîmes paraissaient vexatoires, bien que, souvent, elles ne s'élevassent qu'au quinzième, au dixhuitième, au vingtième, et que les curés n'en eussent que le tiers, le second tiers appartenant à la fabrique, et le troi-

sième aux pauvres, l'Etat pouvait modifier ce mode d'assurer un revenu au clergé des paroisses, lui qui sut. à son grand détriment, encore plus qu'à celui de l'Eglise, abolir la dîme elle-même. Nous disons : à son grand détriment. D'une part, en effet, par cette abolition, l'Etat sacrifiait un revenu public qui était réparti sur tous les biens, sauf les exceptions motivées que nous avons vues ; et, de l'autre, il était obligé de créer, en leur lieu et place, d'autres revenus, pour assurer les services publics. C'est ainsi que. tandis que les propriétaires des biens-fonds s'enrichissaient par l'abolition de la dîme, l'Etat s'appauvrissait d'autant. Il est inutile, sans doute, de dire que si quelques évêques cumulaient et percevaient, outre les revenus de leurs évêchés, les revenus de quelques abbayes, c'est « parce que la dot qui leur était assignée, ne suffisait pas pour leur entretien, » comme le dit Pie VI dans le Bref déjà cité : Quod aliquo.ntmn.

Il est vrai que si l'Assemblée confisquait les biens ecclésiastiques, elle se chargeait de pourvoir « d'une manière convenable anœ frais du cuite, à l'entretien de ses oninistres, et an soulagement des pauvres. » Mais fut-elle fidèle à ces promesses qu'elle était tenue de respecter, au nom de la stricte justice, attendu que ce qu'elle promettait n'était pas un don. mais une compensation, une indemnité représentant les biens dont elle s'emparait au mépris des droits les l»lus saints ; attendu encore que les droits qu'elle foulait aux ])ieds étaient les droits de l'Eglise, les droits des trépassés qui ne pouvaient plus se défendre du fond de leur tombe muette ? Hélas ! ces promesses, le libéralisme les foule aux pieds, tant un de ses caractères est de savoir promettre ce qu'il ne sait ou ne veut pas tenir, de ne pas savoir ou de ne pas vouloir tenir ce qu'il promet. Voyons plutôt.

L'Assemblée nationale avait dit : « à la charge de pourvoir dune manière convenable auœ frais du culte. » Comment y pourvut-on? D'une manière bien peu onéreuse pour l'P^tat révolutionnaire et libéral. On s'empara des temples, que l'on déclara être propriétés nationales, on s"enii)ara des calices, des ciboires, des ostensoirs, des cloches, des peintures, des sculptures, des ornements sacerdotaux, du mobilier des Eglises, ainsi que nous le verrous, et dont on se hâta de faire de l'argent ou des feux de joie. C'est un devoir pour nous de ])ourvoir aux frais du culte, nous nous y sommes solennellement engagés : pour être dispensés de nos engagements, détruisons le culte, et une fois «lu'il sera détruit, nous serons dégagés do nos promesses, car on ne doi! rien à

qui n'existe plug. Manière commode et facile de s'acquitter envers le créancier.

L'Assemblée nationale avait dit : « à la charc;e de pourvoir d'une manière convenable à l'entretien de ses ministres. » Que fit-elle ? La dotation la plus convenable pour le clergé, ce sont des immeubles, des bien-fonds, des revenus territoriaux, qui sont beaucoup plus assurés. Cela était convenable, surtout à une époque où les valeurs mobilières étaient loin d'être aussi nombreuses qu'aujourd'hui. On aurait donc pu hypothéquer la nouvelle dotation du clergé sur les immeubles provenant de l'Eglise elle-même. Or, à ces bien-fonds, à cette hypothèque, que substitua-t-on? Une rente sur l'Etat, rente qui est beaucoup plus précaire, surtout dans les temps de révolution, et qui le fut surtout à l'époque de la Révolution française, où l'Etat, n'ayant plus ni argent ni crédit, fit banqueroute, et ne paya bientôt plus qu'avec du papier-chiffon. On substitua un traitement qui, loin de paraître aux yeux de tous une indemnité, parut un salaire, et ne laissa voir, à beaucoup, dans le prêtre qu'un fonctionnaire, peut-être même un mercenaire, à la solde, à merci du gouvernement qui le paie. Autre chose est un salarié, autre chose un propriétaire qui vit de ses revenus à lui. Aussi le Pape Pie VL plongeant le regard dans l'avenir, et prévoyant ce qui devait arriver, disait-il : « Pour mettre le comble au mépris et à l'abjection où l'on a dessein de plonger les évêques, on les assujettit tous les trois mois à recevoir, comme de vils mercenaires, un salaire modique avec lequel ils ne pourront plus soulager la misère de cette foule de pauvres qui couvrent le royaume, bien moins encore soutenir la dignité du caractère épiscopal. Cette nouvelle institution de portion congrue, pour les évêques. contredit toutes les anciennes lois qui assignaient aux évêques et aux curés des fonds de terre pour les administrer eux-mêmes et en recueillir les fruits comme font les propriétaires... Mais aujourd'hui, la subsistance des évêques dépendra des receveurs et des trésoriers laïques, qui pourront leur refuser leur salaire, s'ils s'opposent aux décrets illégitimes (1). » Tout cela ne se réalisa-t-il pas, soit en France, soit dans les autres pays qui acceptèrent l'esprit de la Révolution. Ou bien l'Etat fit banqueroute et ne paya plus, ou bien il ne paya que maigrement, et non « d'une manière convenable. » ou bien il retira leur traitement aux ecclésiastiques non

(1) Bref, QuûU ali^uuntum,

agréables, parce qu'ils proclamaient haut les intérêts de l'éternelle justice contre les iniquités gouvernementales, ou bien il menaça de ne plus payer, et, pour cela, de fouler aux pieds les promesses par lesquelles il s'était solennellement engagé à pourvoir aux besoins du clergé. Voilà comment les gouvernements ont fait banqueroute à l'Eglise ou menacent de la lui faire, comme si le traitement du clergé n'était pas une dette, comme si la dette ne subsistait pas toujours et ne continuait pas à peser sur ceux qui l'ont contractée, attendu qu'il ne peut y avoir de prescription contre le droit naturel, contre l'injnstice. Il en fut de même de l'équité révolutionnaire vis-à-vis des Religieux, dont l'Assemblée avait dit : « Il sera pourvu incessamment à leur sort par une pension convenable. » Et voyez ici la largeur d'esprit, ou plutôt les calculs cauteleux. D'une part, on promet aux moines de leur venir en aide, et, de l'autre, pour ne pas être obligé bientôt de leu'- venir en aide, on décrète que « la loi ne reconnaît plus les vœux monastiques, » que « les ordres religieux sont supprimés en France, sans qu'il puisse en être établi de semblables à l'avenir, » et cela, en attendant que, par de nouveaux décrets, on les déporte, on les exile ou on les tue, alin de ne plus être obligé de leur servir la 2'>ension convenable. Cela, du reste, devait arriver comme conséquence logique des iniquités perpétrées. La présence de ces propriétaires rappelait sans cesse la spoliation dont ils avaient été les victimes et protestait contre les spoliateurs. Dès lors, que se dirent les spoliateurs, « pour se dérober aux nnirmures et aux reproches que la vue de tant de religieux disl)ersés allait exciter contre eux (1) ? » Ils se dirent : Défendons aux religieux de porter leur costume, afin qu'ils ne roste plus aucune trace de leur ancien état; que les victimes de nos forfaits n'apparaissent plus sur la place publique aux yeux du peuple ; baimissons-les du sol de la France, exportons ceux qui ne prendront pas la route de l'étranger, et des terres lointaines, condamnons les à mort, afin qu'ils ne puissent plus réclamer leurs biens et que nous puissions en jouir, sinon sans remords, du moins sans entendre les reproches de l'oitinion publique indignée contre nous.

L'Assemblée nationale avait dit: » à la cliarge de pourvoir d'une manière convenable au soulagement des pauvres. » Et que fit-elle pour eux? Elle dilapida et dévora, avec gloutonnerie, le patrimoine séculaire (|ue l'Eglise leur avait

(/) Uref Qt'o^ aliquuntum,

lentement amassé et fidèlement conservé; elle abolit les dimes dont une partie revenait aux pauvres, sans leur substituer quoi que ce soit ; elle aliéna en partie les biens appartenant aux hôpitaux, aux œuvres de bienfaisance que le clergé avait multipliées à l'égal des misères humaines et qui couvraient le sol de la France. Elle tint ses promesses menteuses avec tant de fidélité, qu'elle ne donna que des secours dérisoires, quand, toutefois, elle en donna. Et pour établirici, par quelques faits entre mille, ladifférence entre les temps passés et les temps nouveaux, voyez ce qui eut lieu dans le déparlement de l' figure. En 1789. les bénéficiers faisaient aux pauvres, selon les lois de l'Eglise et d'après la volonté des donateurs, des distributions régulières d'aliments. L'abbé de Couches donnait cent quarante-trois boisseaux de blé. convertis en pain, aux indigents de la paroisse de Notre-Dame-du-Val. Les Bénédictins de Préaux, à Pont- Audemer, faisaient chaque semaine, depuis la Toussaint jusqu'à la Saint-Jean, une distribution de huit boisseaux de blé. Les religieux de Saint- Vandrille payaient trente boisseaux de blé comme rente aux pauvres de Forêt-la-Folie et de Guitry. A Evreux, la communauté de Saint-Taurin offrait, le Jeudi-Saint, aux pauvres de la ville, le pain de la Cène, c'est-à-dire environ huit sacs de blé. Mais les biens ecclésiastiques ayant été mis sous le séquestre, ces distributions furent bientôt suspendues ou interrompues, les fidèles ne confiant pas leurs aumônes aux nouveaux régisseurs, de l'honnêteté desquels ils avaient des motifs de douter. Dès le mois de novembre 1790, la détresse devint tellement profonde, que les officiers municipaux d'Evreux dirent au Directoire du département : « Les cris de l'indigence se font entendre de toutes parts, les hommes valides demandent avec instance du travail ou du pain. » En l'année 1791, le procès-verbal de clôture sur le budget départemental contient ces lignes lamentables et navrantes : « Il n'a rien été imposé en 1791 pour les secours d'humanité et de bienfaisance, et l'administration, par défaut de fonds affectés à ce genre de dépenses, a été forcée de rejeter tontes les demandes qui lui ont été adressées (1). » Ajoutez que, par la loi du 4 Brumaire, an IL on condamna les mendiants pris pour la seconde fois en délit de mendicité, à quoi ? A la déportation, comme si la pauvreté et les infirmités qui la produisent étaient un crime de lèse-société.

(1) Boivin-Champeaux. Ouvrage cité, p. 238-239.

Singulière logique que la logique révolutionnaire, la logique (les hommes de la Révolution française et de leurs congénères, ils s'engagent à subventionner le culte ; puis, pour ne pas le subventionner, ils l'abolissent. Ils s'engagent à pourvoir à l'entretien des ministres du culte, puis, pour ne pas être obligés de les entretenir, ils les massacrent. Ils s'engagent à pourvoir au soulagement des pauvres, et ils ne leur donnent aucun aide, puis les menacent de la déportation quand ils tendent la main pour avoir de quoi soulager la faim qui les mine. Comptez après cela sur les révolutions. Dénigrez à outrance les temps passés et tambourinez les temps de Quatre-vingt-neuf, où l'on vit une nouvelle invasion de barbares se ruant sur les biens des indigents, leur arrachant jusqu'au dernier morceau de pain, les laissant aux prises avec les premiers besoins de la vie.

On avait allégué pour s'emparer des biens ecclésiastiques la situation critique des finances, la détresse publique, la pénurie du Trésor, le déficit; on vendit, on réalisa, et la Caisse de l'Etat, loin de se remplir, se trouva n'être qu'un panier percé, au lieu d'un coifre-fort, tant il est vrai ({ue l'injustice n'enrichit point, tant il est vrai que la révolution ne peut que creuser un gouffre sans fond. La révolution nuisit et au clergé et aux pauvres, sans être utile à TEtat. dont elle ne rétablit pas les tinances, auquel, loin de l;'i, elle porta un coup dont les etfets se font encore sentir. Ayant violé le droit, elle diminua le sens du droit, donna atteinte au respect de la propriété, alluma les convoitises et prépara le socialisme, en se montrant la plus insatiable des communardes. Elle fut une œuvre de haine sauvage, de rapacité, d'emportement, d'iniquité et d'hypocrisie, une œuvre de sang et de boue, en même temps qu'une œuvre d'impiété, d'antichristianisme.

Et ici, voulez-vous encore une preuve de la haute équité de la Révolution? En même temps qu'elle spoliait l'Eglise catholi(iu('. elle respectait les biens appartenant au protestantisme, comme le Pape Pie VI le lui reprochait en ces termes : « Ce qui paraîtra le plus incroyable, c'est que dans les moment où l'on s'empare des biens des Eglises et des prêtres (•atholiques, on respecte les possessions (pie les ministres protestants, ennemis de l'Eglise, ont autrefois eni'ohies sur elle, et cela sous le prétexte des traités. Sans doute (jue l'Assemblée nationale regarde les traités laits avec les i)rotestants comme plus sacrés que les canons ecclésiastiques et que le Concordât passé entre le chef de l'Rglise et Fran-

çois pr. Et il lui a plu de faire cette faveur aux protestants, précisément au moment où elle dépouillait le clergé catholique (1). » Quelle haine exclusive du catholicisme! Quelle partialité ! quelle orgie et quelles folies mêlées ensemble. Quand ces hommes là, — nous parlons de toute la série, ou plutôt de toute la ribambelle — supprimèrent la perruque, n'auraient-ils pas dû s'en réserver le privilège? Quand plus tard, les hommes de Quatre-vingt-treize acclamèrent la guillotine, n'auraient-ils pas dû la réclamer pour eux, atin de se faire rendre la justice qui leur était due.

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