‹ Liberté et libérlisme ou l'état chrétienChapitre 6 sur 48 · LIVRÉE A ELLE-MÊME VA CONTRE LA NATURE · texte numérisé non relu

LIVRÉE A ELLE-MÊME VA CONTRE LA NATURE

IV. Les adversaires diront-ils que le christianisme n'est pas une religion révélée, divine, ou du moins ne peut être démontrée telle, et, qu'à ce titre, il n'y a pas à l'accepter plus qu'une autre religion comme base des sociétés. C'est là une allégation tellement erronée qu'elle ne peut avoir pour mère que l'ignorance la plus profonde. La divinité du christianisme est fondée sur la base historique la plus solide, tellement solide que quiconque la conteste ne doit plus admettre, s'il est conséquent, aucune vérité historique; car il y a une Dérnonstration évangélique, une Démonstration ecclésiastique, invincibles à tous les sophismes, et auxquels on ne peut se soustraire qu'en prenant la route du scepticisme et de l'incrédulité universelle. Elle est fondée sur la divinité de son auteur, en qui seul on trouve la réalisation de l'idée

(1) La Liberté, II" partie. La Famille, ch. I.

Messianique, idée qui a été depuis l'origine des tennps déterminée par les prophètes, car Dieu a été le premier prophète; idée qui a la plus haute valeur, puisqu'elle a été universelle et que, du reste, les Juifs, peuple miraculeux jusqu'aujourd'hui et unique dans l'histoire, sont là pour lui rendre témoignage. Klle est fondée sur des miracles nombreux, incontestables, publics, qui ont imprimé à la mission de Jésus le sceau divin le pliis éclatant. Elle est fondée sur la sublimité de sa doctrine, que l'on ne peut regarder comme une invention de la raison humaine, celle-ci n'ayant pu inventer ce qu'elle ne comprend pas, ce qui, d'une part, la confond, l'elïraie, l'écrase, et, de l'autre, la captive et la subjugue. Elle est fondée sur le grand miracle de son établissement et de sa propagation rapide. Jésus, en effet, a fondé son empire non, par le fer, mais par Le bois, non en répandant le sang des autres, mais en répandant son propre sang, non avec des soldats nombreux ayant des armes perfectionnées, et tous ces attirails de guerre qui montrent la faiblesse des conquérants, mais uniquement par la force intérieure et la vertu secrète qui sont en lui. Elle est fondée sur le grand miracle de sa perpétuité ; car, aujourd'hui, après avoir triomphé de tout, après dix-huit siècles de lutte, elle brille aux yeux du monde, majestueusement assise sur les débris de tout ce qui a voulu l'anéantir, réparant constamment ses ruines, étemelle reco7mnenceî{se q\ïeWe est, et remportant chaque jour de nouvelles victoires; de telle sorte que Jésus a fondé un empire qui, n'étant rien pendant sa sa vie, n'a commencé à s'étendre dans tout l'univers qu'à sa mort, tandis que les autres con(|uérants, Alexandre, par exemple, après avoir fondé de vastes empires pendant leur vie, ont pu les voir se dépecer en lambeaux aussitôt après leur mort. La divinité du christianisme, enfin, est fondée sur le témoignage des martyrs qui ont écrit des pages de gloire avec l'encre de leur sang. La foi est tout éclatante et tout étincelante de lumière. La splendeurs des preuves que l'on peut invoquer en sa faveur n'a d'égale (lue la splendeur même du soleil ; (^ue dirai-je ? ne lui est pas même compai'able, attendu que la lumière intellectuelle l'emporte infiniment sur la lumière matérielle. Si le christianisme, qiii établit sa divinité par des preuves surabondantes — testimonia tua credlhUia facta simt nimis — et qui porte sa justification en lui-même — jnsliCicata lu semeiipsa. — si le cliristianisme doit être cru comme divin, ne doit-il pas être tenu comme donnant aux Etats le fondement le plus solide

qui puisse leur être donné? comme devant être accepté pour base de leur constitution ? Par là même qu'il est divin, il est la vérité. Or, nul doute que la vérité seule soit utile, l'erreur ne pouvant qu'être nuisible aux peuples, comme elle l'est aux particuliers. Pour comprendre ces vérités, il n'est pas nécessaire d'être un grand savant, il suffit d'avoir mouillé ses lèvres à la coupe de la philosophie.

V. Les adversaires allégueront-ils qu'il y a plusieurs religions se disant révélées, le judaïsme, le protestantisme, le catholicisme, et que, par suite, il n'y a jms lieu à donner au catholicisme la préférence ? que si l'on veut constituer les sociétés sur une base surnaturelle, il y a tout autant lieu à les constituer sur le judaïsme, sur le protestantisme, qu'à les constituer sur les enseignements de l'Eglise romaine? A cela, il est facile de répondre que le judaïsme n'est plus divin, puisqu'il a perdu la forme divine qui lui a été donnée par Dieu même, je veux dire son sacerdoce, ses sacrifices, son temple, sa loi cérémonielle et politique, son sol. Le protestantisme se révèle comme n'étant plus qu'un lambeau de christianisme, tout composé de pièces et de morceaux, comme une hérésie, même au point de vue de la morale ; témoin entr'autres, sa doctrine de la justification sans les œuvres, doctrine tellement commode, qu'on s'étonne à bon droit, de ce qu'elle ne soit pas devenue le symbole de tous les libertins; il est une ruine, lui qui, à son apparition, avait prédit comme prochaine la ruine de la Babylone papale. En vain, alléguerait-on que l'on trouve le judaïsme et le protestantisme aussi dignes de l'adhésion de l'esprit humain que le catholicisme lui-même, il ne s'agit pas de l'alléguer, de l'imaginer, de le penser, il faudrait l'établir par une démonstration en règle, ce que l'on est impuissant à faire. Aussi lisons-nous dans le Syllahus, c'est-à-dire le catalogue des erreurs condamnées par Pie IX, la condamnation de cette proposition : « Il est libre à chaque homme d'embrasser et de professer la religion qu'il se figure à la lumière de la raison, être vraie (1). »

Du reste, le protestantisme, en tant qu'il a conservé les grandes vérités religieuses de la théodicée et de la théologie, ainsi que le Judaïsme, qui a conservé les mêmes grandes vérités, l'emportent infiniment, au point de vue social et politique, sur l'athéisme qui fait table rase à l'endroit de

(1) Liberum cuique homini est amplecti ac profiter! religionem quam ratione luminis quis ductiis veram putaverit. Syllahus, n. XV.

toute doctrine supérieure. C'est ainsi qu'un gouvernement qui n'a d'autre base que le néant et d'autre culte que le blasphème , est du tout au tout inférieur à tous et qu'il faudrait lui préférer un gouvernement fondé sur le Judaïsme ou sur le protestantisme.

VI. Les adversaires diront-ils que la religion catholique n'est pas une religion parfaite ? Nous pouvons conclure qu'elle l'est, puisqu'elle vient de Dieu qui est la perfection suprême et des mains duquel il ne peut rien sortir qui ne soit juste, saint, bon et très bon. Du reste, jetez sur elle un coup-d'œil rapide et, sans qu'il soit nécessaire de faire un cours d'apologétique en règle, il vous sera facile de vous convaincre qu'elle ne laisse rien à désirer au point de vue de la perfection. D'abord, elle nous enseigne la vérité naturelle tout entière, nous éclairant à la fois sur Dieu et sur l'âme, nous faisant connaître notre origine, notre nature, notre loi, notre destinée, nous éclairant sur le passé, sur le présent et sur l'avenir, ne laissant aucune question sans réponse, aucun problème sans solution. Elle nous enseigne de plus les vérités révélées, dont l'ensemble constitue un ordre divin tout spécial, infiniment plus élevé que celui qui découle des rapports naturels entre le Créateur et la créature. Elle nous fait un devoir de toutes les vertus, un crime de tous les vices ; son Evangile est le plus beau des livres, son Décalogue est le plus beau des codes. C'est ainsi que le catholicisme enseigne toute vérité, non - seulement la vérité naturelle, mais encore la vérité surnaturelle. C'est ainsi qu'il trace à l'homme toute loi, non-seulement celle qui le régit en tant qu'il vit de la vie créée, mais encore celle qui doit le régir en tant qu'il est appelé à vivre ou qu'il vit de la vie incréée. C'est ainsi qu'il communique tout bien, nonseulement les biens du Dieu Créateur, mais encore les biens du Dieu Médiateur et Rédempteur. Ajoutez qu'il y a dans le catholicisme une autorité vivante, un interprète infaillible, qui prévient ou redresse tous les écarts par des enseignements quotidiens, avertit les errants, les ramène à la vérité quand ils veulent y être ramenés, et fait ainsi que les peuples chrétiens ne peuvent pas, comme l'ont fait ceux qui vivent en dehors de l'Eglise enseignante, tomber dans les erreurs montrueuses, qui ébranlent le fondement des nations. Dès lors, s'il y a jamais eu des sociétés légitimes, ne sont-ce pas, sans aucun doute, les sociétés qui reposent sur le catholicisme où se trouve la vérité totale et qui. à. ce titre, sont les sociétés par excellence. Bossuet établissant

cette proposition que « la véritable religion étant fondée sur des principes certains, rend la constitution des Etats plus stable et plus solide *, a pu dire avec vérité : « Quoiqu'il soit vrai que les fausses religions, en ce qu'elles ont de bon et de vrai, qui est qu'il faut 7-econnaitre quelque Divinité à laquelle les choses humaines sont soumises, puissent suffire absolument à la constitution des Etats, elles laissent néanmoins toujours, dans le fond des consciences, une incertitude et un doute qui ne permet pas d'établir une parfaite solidité. On a honte dans son cœur des fables dont sont composées les fausses religions. Il faut donc chercher le fondement solide de la vérité qui est mère de la paix, et la vérité ne se trouve que dans la véritable religion, etc., etc. (1). »

VIL Les adversaires allégueront-ils que la religion chrétienne n'est pas U7ie religion perfectionnante ? Mais elle l'est nécessairement, puisqu'elle est divine, qu'elle est vraie, qu'elle est parfaite et qu'elle a l'efficacité de répandre dans les cœurs, les faits sont là pour le prouver, la perfection dont elle possède la plénitude. Elle l'est seule, car en dehors de la vraie religion, il y a des erreurs qui dégradent à un degré plus ou moins profond les individus et les peuples. Le catholicisme, à le considérer dans ce qu'il a de plus intime, de plus fondamental, de plus lui-même, c'est Dieu se rendant particiable à sa créature, lui communiquant sa substance, c'est-à-dire la lumière et l'amour qui sont en Lui et qui constituent sa vie; la lumière avec laquelle il se voit et voit toutes choses, l'amour avec lequel il s'aime et qu'il épand en toute créature. Si le catholicisme nous communique l'être divin, ne doit-il pas être tenu comme produisant un immense et divin accroissement de notre nature, loin qu'il en soit l'amoindrissement et la diminution ? comme un principe qui la féconde et la vivifie en la divinisant ? L'incarnation du Verbe n'est-elle pas une assomption divine de la nature humaine — assumpsit ? — Son ascension ne la transporte-t-elle pas au plus haut des cieux? — Le Christ n'élève-t-il pas au-dessus de lui-même quiconque se met à son école, emportant l'âme dans les régions supérieures du monde intelligible ? Ne fait-il pas un devoir de la perfection morale ? — Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. — Ils marcheront de vertu en vertu. — Que celui qui est juste se justifie encore. — Celui qui., après avoir mis la main à la

(1) Politique, 1. YII, art. 2. IV» proposit.

charrue, regarde en arrière, n'est pas digne de moi. — Et ici, quelles immenses actions de grâces ne devons-nous pas à la religion du Ciirist? Si, ciiaque jour, on célèbre sur tous les tons et par les cent bouches de la renommée les inventeurs d'un télescope perfectionné, à l'aide duquel l'œil peut voir plus loin et découvrir des horizons jusqu'alors inconnus, combien ne devons-nous pas ajjprécier le christianisme qui augmente, non pas la portée des yeux du corps, mais la portée des yeux de l'esprit ! qui nous découvre des perspectives nouvelles, et nous donne de lire en Dieu comme dans un livre où est contenue toute sagesse, puisqu'il est la Sagesse vivante et infinie ?

Napoléon, reconnaissant l'effet salutaire produit sur l'àme par la simple lecture de l'Evangile, exprimait son admiration en ces termes : « Ce livre possède une vertu secrète, je ne sais quoi à'effwace, une chaleur qui agit sur l'entendement, charme le cœur. On trouve à le méditer ce qu'on éprouve à contempler le ciel. Ce n'est pas un livre, c'est un être vivant avec une action, une 2^nissance qui envahit tout ce qui s'oppose à son extension. Nulle part on ne trouve cette série de belles 7naxiTnes morales qui défilent comme des bataillons de la milice céleste et qui produisent dans l'âme le même sentiment qu'on éprouve à considérer l'étendue infinie du ciel resplendissant, pendant une belle nuit d'été, de l'éclat des astres (1). »

VIII. Les adversaires diront-ils que si le catholicisme est une religion qui perfectionne les individus, il n'est pas une religion qui perfectionne les peuples^ et que, s'il sait faire des saints, il ne sait pas faire des citoyens? Mais là où l'homme est parfait en tant qu'individu, là où il i»rati(iuo toutes les vertus de l'ordre naturel et de l'ordre surnaturel, là où il a l'équité, la probité, la droiture, l'amour de sa condition, le respect pour la propriété et les droits acquis, l'amour de son pays, toutes les vertus, en un mot, qui constituent la rectitude de la vie et le vrai chrétien, là où l'homme a tout cela, n'a-t-il pas toutes les vertus qui font le bon citoyen ? Pour être bon citoyen, ne faut-il pas préalablement pratiquer toutes ces vertus, et ceux qui n'en ont pas le culte, peuvent-ils être des citoyens dignes de ce nom? Dès lors, le christianisme, considéré à ce point de vue, n'est-il pas éminennnent social? Ne Test-il i)as plus que la philosoi)hie et ces philosophes dont la superbe sagesse coni-

(1) Mé>n. de Sainte-IIéléne.

menco et finit on oux? Le dogme du Christ, mort d'une mort sanglante par dévouement pour ses frères, les hommes, ne suflirait-il pas à lui seul pour faire vivre dans tous les cœurs les grands principes sociaux de l'abnégation, du renoncement, du sacrifice de soi-même aux autres, de l'immolation du moi et de l'égoïsme sous toutes ses formes si multiples, sur les autels du bien public ? principes sans lesquels il n'y a pas plus de citoyen vraiment citoyen, qu'il n'y a d'homme vraiment homme. VoiLà comment le christianisme est le grand inspirateur de l'esprit social, et devient la grande âme de la patrie dans les sociétés qui sont chrétiennes, non pas seulement de nom, mais effectivement et en réalité. Aussi, ici, comme partout, les témoignages lui arrivent-ils même du camp opposé, tant Tévidence force à l'aveu. Un journaliste contemporain a écrit ces paroles aussi significatives qu'on peut le désirer : La morale, telle que la comprennent et la pratiquent les âmes pour lesquelles la vertu trouve en elle-même sa récompense n'est guère entrée jusqu'ici dans le comnmn des honnnes de notre temps. C'est encore la doctrine du divin Crucifié qui a inspiré à cette société ses plus hautes vertus, ses plus divins dévouements, en lui voirlant de ses destinées futures. Ce n'est pas trop de toutes les forces morales que supposent nos sociétés modernes pour lutter contre l'esprit d'indiscipline et de sensualité qui menacent son avenir. En haut, la morale du plaisir compte trop d'adeptes pour qu'on bafoue la religion du renoncement ; en bas, la loi du besoin est trop impérieuse pour qu'on enlève de nos écoles le symbole du sacrifice.

IX. Enfin, les adversaires, pour échapper au catholicisme et le tenir à Fécart de la chose publique, allégueront-ils que le catholicisme n'est pas obligatoire pour les sociétés politiques qui en seraient alïranchies naturellement, c'est-à-dire de par la nature elle-même? Mais si Dieu a établi la vraie religion pour qu'elle soit la règle de la vie en général, ne faut -il pas qu'elle soit la règle de la vie publique aussi bien que de la vie privée? Si elle est obligatoire pour les individus, considérés chacun en particulier, n'est-elle pas obligatoire pour les nations qui ne sont composées que d'individus ? Si l'homme est obligé de tendre à la perfection en tant qu'il est homme, n'est-il pas obligé aussi d'y tendre en tant que citoyen, à moins que l'on ne dise, ce qui est une énormité, que le citoyen ne doit pas tendre à la perfection, ne doit pas être parfait? Et, d'autre part, si le citoyen, pas plus que l'homme, ne peut atteindre à la perfection par lui-môme,

tant la nature a été altérée en nous, n'est-ce pas un devoir pour lui de recourir à la religion surnaturelle ? S'il est une vérité incontestable, mèine en philosophie, c'est que la loi naturelle, qui fait un précepte général d'obéir à Dieu, le fait aux nations et aux chefs de ces nations aussi bien qu'aux particuliers, et les oblige d'adorer Dieu, suivant le culte qu'il lui aura plu d'établir quand ce culte leur sera connu. Le chrétien qui, en tant qu'il est homme, est soumis au christianisme, doit aussi lui être soumis en tant qu'il est citoyen ? et s'il doit lui être soumis en tant qu'il est citoyen, ne doit-il pas tenir compte de lui en tant qu'il fait acte de citoyen ? Par cela seul que le prince et le citoyen doivent agir pour l'utilité publique, ils doivent, dans les sociétés chrétiennes, s'inspirer du catholicisme qui est le grand promoteur de l'utilité publique. Quelle est la page des divines Ecritures dans laquelle Dieu ait dit, et aux citoyens, et aux nations, et aux rois, de ne pas se prononcer, comme tels, en faveur de son divin Fils à qui , il a clonjié eii héritage à toutes les nations de la terre, et qui, par cette donation, a sur elles le titre de Christ-Roi. Par suite de ces réflexions, n'est-il pas évident que nos politiques, en se retranchant derrière le naturalisme contre le christianisme n'aboutissent qu'à se perdre dans leurs propres pensées.

L'homme et le chrétien ne forment qu'un seul et même citoyen ; vouloir les séparer, c'est scinder ce que Dieu luimême a uni. De même que l'homme, en tant qu'il est citoyen, relève de Dieu, nous l'avons vu, de même le chrétien, en tant qu'il est citoyen, relève du Christ. Le chrétien a donc le droit et le devoir à la fois de former des sociétés politiques chrétiennes.

X. Aussi lisons-nous dans le Sijllabus, la condamnation des propositions que voici :

« La raison humaine est, sans tenir aucun compte de Dieu, runj({uo arbitre du vrai et du faux, du bien et du mal; elle est à elle-même sa loi et elle suffit à procurer par ses seules forces naturelles, le bien des individus et des peuples.

» Toute vérité religieuse découle de la puissance native de la raison humaine d'où il suit que la raison est la règle première à l'aide do laquelle l'homme peut arriver à la connaissance do toutes les vérités en toutes sortes de matiù}-es.

» La révélation divine est imparfaite, c'est })Ourquoi elle est soumise à un progrès continuel et indéfini correspondant au progrès de la raison humaine.

» La foi du Christ est (>pi)osée à la raison humaine i^t la

révélation divine, non-seulement est inutile mais est encore nuisible à la perfection de l'homme (1). »

XL Telle est la raison, telle est l'Eglise. Pour qu'une cité soit légitime il faut qu'elle ait, sa base dans le ciel ; pour qu'elle soit solide il faut que son ciment soit pétri des mains de Dieu même ; pour qu'elle puisse tendre!à la perfection, il faut qu'elle ait pour principe vital le Christ qui est Dieu en personne à l'état de Médiateur, de Remède et de Modèle. Les sociétés payennes, qui ne connaissaient Dieu qu'imparfaitement étaient nécessairement des sociétés imparfaites ; les sociétés chrétiennes qui le connaissent et le possèdent trouvent, dans la plénitude de cette connaissance et de cette possession, le principe d'une perfectibilité indéfinie. Elles deviendront de plus en plus parfaites à mesure qu'elles réaliseront dans la vie privée et dans la vie publique le Christ qui est la perfection infinie. A aucun point de vue il n'est permis de se blottir contre l'Evangile, dans la nature, comme dans un camp retranché, de se faire soi-même son centre, sa fin, sa loi. La libre pensée aura beau écrire livre sur livre pour contester les grands principes que nous venons d'établir, elle ne pourra pas triompher, elle aura beau grincer des dents ou se boucher les oreilles comme les persécuteurs de saint Etienne — siridebanf dentibus, — cotitimierimt aures suas. ■ — Dieu lui brisera la mâchoire selon les paroles du chantre d'Israël, ou se fera entendre à elle, sinon par la voix, du moins par ses faits et gestes. Tous ses flots d'encre ne tiendront pas contre une seule goutte du sang des martyrs. En dehors de Dieu, elle ne pourra que constituer des sociétés artificielles qui tomberont comme des ('hâteaux de cartes. Là où la nature fait défaut, l'art est nécessairement impuissant. La médecine ne peut rien sur un corps mort.

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