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CHAPITRE VI

Si le régime de la liberté impose au gouvernement l'obligation de laisser faire, c'est afin que les individus agissent et fassent eux-mêmes. Rien n'est plus contraire à ce régime que l'inertie et l'abandon auxquels nous voyons un gi*and nombre de personnes, tant ouvriers que patrons, se laisser aller.

Les individus peuvent agir séparément : ils peuvent aussi associer leur action à celle de leurs semblables par des contrats qui obligent ceux-là seuls qui y prennent part. Nous allons étudier successivement ces deux modes d'action en commençant par la forme collective, non qu'elle soit la première ou la plus efficace, mais parce qu'elle se rapproche davantage des formes d'autorité dont nous venons de nous occuper.

Les principales formes d'action collective sont la caisse d'épargne, la caisse de secours contre les accidents et maladies, la caisse de retraite, l'association de

consommation^ l'association de crédit, l'association de production et la chambre syndicale destinée^ soit à veiller sûr l'apprentissage, soit à répandre les informations et l'enseignement. Nous allons étudier rapidement ces institutions diverses dont les types sont trop variés pour qu'il soit possible d'en examiner utilement les détails.

il. — CatosM d'épar^e. — CalMes de ieeours.

CalM«0 de retraite.

Caisses d'épargne. — Les caisses d'épargne ont été établies en France par des sociétés philanthropiques et réglementées par le gouvernement qui absorbe les capitaux épargnés dans la dette publique.

On comprend que les caisses d'épargne pourraient être fondées et gérées, sans; surveillance obligatoire du gouvernement, par des sociétés d'ouvriers ou de déposants quelconques disposant de leurs fonds comme ils l'entendraient, et c'est pour cela que nous comptons ces caisses entre les institutions libres. — D'ailleurs elles ne contraignent personne et sont, par conséquent, libres par nature.

Les caisses d'épargne, destinées à favoriser la formation de grands capitaux par l'accumulation de petits versements, sont une institution excellente pour la propagation des bonnes habitudes. On épargne plus volontiers quand on a près de soi une caisse toujours ouverte

pour recevoir et conserver sûrement les plus petites économies.

Ceux qui, dans leur sagesse, ont imaginé de donner à l'industrie une organisation toute neuve et de leur invention, ont prétendu que l'épargne naissait d'an sentiment à*égoîs7ne stupide et se sont efforcés de la discréditer entre les ouvriers. — Cependant il est certain que l'épargne élève celui qui la pratique, non-seulement dans la hiérarchie sociale, mais dans l'échelle morale : il est et devient meilleur que celui qui, placé dans des conditions égales, se montre incapable d'épargner. Il n'y a ni plus ni moins d'égoïsme à épargner pour recevoir un intérêt qu'à travailler pour gagner un salaire : épargne et travail sont aussi utiles l'un que l'autre, nonseulement à ceux qui les pratiquent, mais à la société en général. L'accusation portée contre l'épargne, contre rhabitude qui distingue le plus l'homme civilisé du sauvage, ne repose sur aucun fondement sérieux.

En somme, sans épargne, pas de capitaux et sans capitaux, pas d'industrie. Il faut donc, pour que l'industrie fonctionne, épargner nous-mêmes ou nous procurer les capitaux épargnés par autrui. Mieux vaut épargner nous-mêmes, sous l'impulsion d'un sentiment d'intérêt personnel prévoyant, qui ne nuit à personne et est utile à la communauté : mieux vaut épargner que prendre par force ou obtenir par prière le capital épargné par autrui : mieux vaut même gagner un intérêt que de le payer à autrui.

Les caisses d'épargne ordinaires sont peu attrayantes, parce que le déposant n'y dispose pas à son choix de ses fonds. L'épargne a plus d'attrait lorsque le déposant place lui-même ses fonds, comme on le voit en France, à Mulhouse, et en Angleterre, dans les sociétés pour bâtir, qui y sont très-nombreuses. La combinaison que les fabricants de Mulhouse ont adoptée par philanthropie et qui donne un bénéfice aux sociétés anglaises consiste à vendre de petites maisons à crédit, payables par versements annuels ou mensuels ou hebdomadaires. Celui qui épargne devient, par ce moyen, propriétaire, et cette forme d'épargne, bien que plus onéreuse et plus exposée aux accidents que celle de la caisse ordinaire, plaît généralement davantage.

Caisses de secours. — Les caisses de secours mutuels, fondées généralement par des ouvriers appartenant à la même profession, sont de véritables sociétés d'assurances, dans lesquelles, au prix d'une cotisation déterminée, l'ouvrier acquiert le droit d'être secouru en cas de maladie et enterré décemment en cas de mort. Ces caisses, très-nombreuses à Paris, sont gérées habituellement par les ouvriers eux-mêmes et ont été depuis cinquante ans une excellente école pour enseigner à la fois l'épargne, la prévoyance et l'avantage de s'associer à ses semblables. Il est fôcheux que le gouvernement soit intervenu depuis quelques années dans la gestion de sociétés qui ne rentraient à aucun titre dans ses attributions normales.

Caisses de retraite. — C'est aussi le gouvernement qui a fondé et qui administre les caisses de retraite pour la vieillesse. Ces caisses offrent aux ouvriers les avantages que les personnes plus riches trouvent dans les assurances sur la vie, avantages qui, dans certains cas donnés, sont très-utiles. Il est évident du reste que les caisses de retraite tenues aujourd'hui par le gouvernement pourraient être tenues par les compagnies d'assurances sur la vie.

Cette association a pour but d'abaisser, au profit de ceux qui y prennent part, le prix des objets qu'ils achètent pour leur consonunation.

On sait que partout où se trouve une agglomération ouvrière, les fournisseurs^ tels que boulanger, boucher, épicier, marchand de vin^ etc., qui subviennent à ses besoins, sont dans l'usage de vendre les objets qui font la matière de leur commerce à un prix très-supérieur au prix coûtant. Cette cherté, qui n'est pas le moins du monde une anomalie ou une dérogation aux lois du conmierce, comme on l'a dit trop souvent, tient à deux causes, savoir : — r la médiocrité de la consommation ; — 2* l'usage adopté par un trop grand nombre d'ouvriers d'acheter à crédit. Nous ne parlons ni des habitudes de fraude des vendeurs, ni des habitudes de

rasTiruTioNs ubres. 181

négligence des acheteurs^ bien que les unes et les autres ne soient que trop réelles.

Il est évident qu'un fournisseur dont la vente, en somme, est médiocre charge chacun des objets qu'il vend d'un chiffre considérable de frais généraux. S'il vend à crédit, il doit percevoir en outre une prime suffisante pour couvrir les risques de perte auxquels il est exposé, ou, comme on dit, faire payer ceux qui paient exactement pour ceux qui ne paient pas. S'il est en outre animé de la rapacité naturelle à l'homme qu'aucun obstacle ne contient, il abusera de la nécessité où se trouvent ceux qui ont besoin du crédit de s'adresser à lui pour commettre à leur préjudice de véritables soustractions, en ne fournissant exactement ni les quantités ni les qualités dont il exige le paiement.

L'association de consommation permet à ceux qui y prennent part d'obtenir des conditions plus avantageuses ; mais elle n'admet dans son sein que ceux qui paient leur consommation au comptant ou même d'avance. Les achats sont faits, au prix de gros, par une agence nommée et surveillée par les associés et les marchandises sont livrées au même prix au consommateur.

Les associations de ce genre ont donné d'excellents résultats chaque fois qu'elles ont été bien administrées. La plus ancienne, celle de Rochdale, est parvenue à un haut degré de prospérité. — On ne saurait, par conséquent, tropjouer les institutions de ce genre.

Toutefois, il importe de ne pas se faire illusion sur

leur valeur et de bien comprendre qu^elle n'ont pas par elles-mêmes la vertu d'opérer une transformation sociale/ On a prétendu qu'elles supprimaient un intermédiaire inutile, et prouvaient par leur exemple combien il serait utile de proscrire ce parasite qu'on appelle le marchand au détail. C'est là une erreur très-grave, comme on peut s'en convaincre par quelques minutes de réflexion.

En effet, qu'est-ce que l'agence de la société de consommation? Un véritable marchand, qui achète et vend aux conditions ordinaires du commerce. Car si elle a des employés, il faut qu'elle les paie, ainsi que le loyer des instruments de transport ou des magasins qu'on emploie. Si la société ne paie pas le loyer des fonds employés à l'achat des marchandises, c'est parce que les associés les ont fournis et elle n'a nul besoin de parer aux pertes, puisqu'elle ne vend pas à crédit. Si, comme il arrive parfois, les associés nomment entre eux des agents qui s'occupent gratuitement de l'achat et de la vente, c'est que ces agents, mus par un motif quelconque^ consentent, contrairement à l'usage courant, à fournir un travail pour lequel ils n'exigent aucune rémunération.

Le secret du succès des sociétés de consommation est dans le changemient d'habitudes des associés, qui, se sentant appuyés et surveillés, renoncent au crédit et s'initient au commerce par des efforts nouveaux qui augmentent leur activité. Ils deviennent plus riches ou, si

INSTITUTIONS UBRES. 183

Ton veut, plus aisés, parce quMls se livrent à un nouveau travail. Le succès dépend si peu d'une innovation dans le mécanisme commercial que certaines sociétés de consommation, fatiguées des embarras de Tachât, de la vente et de la manutention des objets^ ont trouvé avan* tageux de prendre des fournisseurs attitrés auxquels les sociétaires s'adressent : la société se borne à payer ces fournisseurs, à recevoir les plaintes auxquelles ils donnent lieu et à les surveiller.

Examinons maintenant quelle est l'influence des sociétés de consommation bien administrées sur la condition des ouvriers en général. Ces sociétés sont trèsutiles à ceux qui en font partie, auxquels elles fournissent, en même temps qu'un avantage pécuniaire positif, une précieuse instruction pratique. Mais d'un autre côte, elles abaissent la condition des ouvriers qui, vivant dans la localité ou elles opèrent, ne font pas partie de ces sociétés, parce qu'ils persistent dans l'habitude d'acheter à crédit. En eflfet, les fournisseurs, privés par la formation de la société de la clientèle des ouvriers qui payaient avec le plus d'exactitude, deviennent plus exigeants et plus âpres envers les autres, à peine de ne pouvoir eux-mêmes se soutenir.

Nous appelons toute l'attention du lecteur sur cet effet des sociétés de consommation, parce qu'il montre d'une manière fort claire comment, sous un régime de liberté, une amélioration nuit souvent à ceux qui restent en arrière d* un progrès accompli . Sous ce régime, qui n'a-

184 LIBERTÉ ET SOGIÂLISlfE.

vance pas recule : on ne peut régler sur ce retardataire la marche de la société sans la ralentir, — Sans doute il est dur et très-dur pour les plus ignorants et les plus pauvres d*une agglomération ouvrière de voir fonder une société qui, en même temps qu'elle améliore le sort de ceux qui en font partie, rend plus mauvais leur sort propre. Qui oserait dire cependant que les ouvriers qui fondent une société de consommation font un acte blâmable? Qui oserait dire que cet acte, nuisible cependant aux anciens fournisseurs et aux ouvriers qui persistent dans l'achat à crédit, n'est pas un acte louable et digne d'encouragement?

Ceux qui se sont donné pour mission de formuler au nom des ouvriers des plaintes et des menaces prétendent que l'achat à crédit est une nécessité à laquelle l'ouvrier ne peut se soustraire, parce qu'il ne gagne pas de quoi vivre et se trouve sous le poids d'un déficit constant. — Cette assertion ne supporte pas un instant l'examen. On peut, en effet, la réfuter par cette observation, qu'entre ouvriers gagnant un même salaire et ^evés des mêmes charges les uns épargnent tandis que les autres s'endettent. On peut la réfuter encore mieux, si l'on observe que, pour l'ouvrier non indigent, qui ne demande rien à l'assistance publique, la totalité des salaires reçus doit nécessairement couvrir la totalité des dépenses. Si certains ouvriers s'endettent, c'est parce que leurs prêteurs espèrent qu'ils paieront et parce que, en définitive, ils paient : seulement leurs recettes sont de

quelques jours en arrière sur leurs dépenses. Est-il croyable qu'avec un peu de prévoyance et de volonté, ils ne puissent mettre les unes au pair des autres? Nous en doutons beaucoup pour notre part et croyons que la plupart des ouvriers endettés ne tombent dans cet état que par négligence, comme un grand nombre de personnes riches qui font attendre leurs fournisseurs. Ceux-ci s'indemnisent en grossissant leurs factures, exactement comme les fournisseurs des ouvriers qui achètent à crédit.

i s. — AMoeUtloM de erédli.

L'association de crédit ou banque du peuple a pris depuis quelques années un développement considérable en Allemagne. Son principe consiste en ceci^ que ses membres s'engagent solidairement à rembourser les sommes qui lui sont confiées et qui proviennent, soit des économies réalisées par un certain nombre d'entre eux, soit de dépôts ordinaires effectués par des capitalistes. La banque du peuple prête à ceux qui ont épargné pendant un certain temps et versé dans ses caisses une certaine sonmie, aux conditions ordinaires du marché.

Que fait la banque du peuple? Elle réunit ceux des ouvriers qui, non-seulement paient leurs consommations au comptant, mais encore veulent et peuvent épargner. C'est une élite dans laquelle se recrutent naturellement

les petits entrepreneurs, tels que artisans et marchands au détail auxquels la banque vient en aide.

Le crédit que leur accorde la banque n*a pas pour objet la consommation : il a pour objet la reproduction par le travail et se trouve acquis à quiconque a prouvé, par une suite de petits dépôts, qu'il était capable d'épargner et de conserver.

Les banques du peuple ont réussi, parce qu'il est arrivé que ceux qui savaient épargner et conserver un capital, savaient aussi administrer, de manière à faire honneur à tous leurs engagements : elles ont réussi par les espérances légitimes qu'elles ont suscitées, par les habitudes d'épargne, d'ordre et de prévoyance qu'elles ont fomentées et propagées, par le sentiment de valeur personnelle et de responsabilité qu'elles inspirent à ceux qui en font partie. Ce sont en somme des établissements excellents, très-utiles surtout dans les pays où n'existe pas la liberté des banques d'émission, parce que dans ces pays le service de banque est trop incomplet pour être à la portée des ouvriers et des petits entrepreneurs.

Cependant ces banques oiit été critiquées et non sans amertume au congrès ouvrier de Lausanne en 1867. On les a accusées, elles et les associations de production, d'élever au-dessus des ouvriers proprement dits une quatrième classe. — Que ces banques élèvent ceux qui y participent au-dessus de ceux de leurs camarades qui y restent étrangers, cela est certain, comme il est vrai,

dans toutes les situations, que celui qui épargne s'élève au-dessus de celui qui n'épargne pas. Mais il est inexact de dire que les associés des banques du peuple forment une classe, puisque ces banques, 'ouvertes à quiconque remplit les conditions exigées par les statuts, n'excluent en réalité personne. Il est surtout injuste de prétendre qu'elles abaissent la condition des ouvriers en général, parce qu'elles élèvent la condition d'un certain nombre d'entre eux, sans nuire en quoi que ce soit & ceux qu'elles n'élèvent pas-

Non-seulement les banques du peuple ne nuisent en rien à ceux des ouvriers qui veulent y rester étrangers, mais elles leur sont utiles, puisqu'elles tendent à fomenter l'esprit d'entreprise, à augmenter le nombre des entrepreneurs et le chiffre des capitaux affectés au paiement du travail : elles tendent ainsi très-directement à la hausse des salaires. C'est là un fait évident que la plus triste des passions, l'envie, a pu seule faire méconnaître.

{ 4. — AsBoelAtloM de prod«eMoM.

Lorsque plusieurs ouvriers s'associent pour fonder et diriger à leur propre compte une entreprise industrielle àlaquelleilsfournissentleur travail, ils établissent une association de production.

Cette forme d'association, imaginée et infroduite par

188 UBERTÉ ET SOCIALISME.

Bûchez en 1832, eut en France une singulière fortune. Négligée d^abord comme une utopie, puis adoptée seulement à Paris et dans un très-petit nombre de groupes, elle fut, en 1848, vantée comme une panacée, pratiquée sur une grande échelle, encouragée et commanditée par l'État. Après être tombée dans le discrédit et l'oubli à la suite du 2 décembre 1851, elle est redevenue à la mode depuis quelques araiées, sous le nom de <r société coopérative, » comme combinaison toute nouvelle importée d'Allemagne.

Laissons-là les appréciations passionnées dont cet arrangement de travail a été l'objet et étudions-le en lui-même.

Que font, en réalité, les ouvriers qui fondent une société de production? Ils joignent à leurs fonctions antérieures celles que le patron remplit dans les entreprises ordinaires. En vertu de leurs fonctions nouvelles, ils se chargent d'obtenir, de conserver et d'administrer les capitaux nécessaires à l'entreprise, d'acheter les matières premières, de combiner le travail, de vendre les produits et d'en recouvrer le prix : leur rémunération cesse d'être fixe et peut varier, soit en plus, soit en moins.

Ainsi la société de production réunit des fonctions qui sont ailleurs séparées, mais elle ne les supprime ni ne les change. Presque toujours même les fonctions se partagent de nouveau dans l'intérieur de la société : un ou plusieurs associés sont chargés de celles que remplit

ailleurs le patron, à condition d'être plus ou moins conseillés et surveillés par leurs coassociés.

La société de production appartient donc de plein droit au régime de la liberté et n'y fait exception sous aucun rapport. Les ouvriers associés sont responsables des engagements qu'ils contractent, obtiennent et accordent du crédit, vendent et achètent aux conditions de la loi commune : au point de vue de l'ordre public et légal, on ne saurait sans injustice élever contre elles aucune objection.

Indiquons brièvement les inconvénients et avantages principaux que présentent les associations de production.

Ces sociétés peuvent être et sont fréquemment formées par des ouvriers qui n'ont pas une idée exacte des fonctions d'entrepreneur et qui en ignorent, par conséquent, les dangers et les difficultés : ils ne peuvent prospérer qu'autant qu'il se trouve parmi eux, souvent par hasard^ un ou quelques hommes doués de la prévoyance, de. l'esprit de combinaison et de ressource qui sont indispensables à la bonne gestion de l'entreprise. Les ouvriers associés rencontrent d'ailleurs les difficultés de toute action collective, telles que divergences de vues et de sentiments, chocs de discussion, compétition pour l'exercice des fonctions supérieures : il ont absolument besoin d'un sens, d'une patience, d'un esprit de concession et de transaction que l'on ne rencontre pas toujours.

Tels sont les inconvénients qui rendent le succès

plus difficile à Tassociation ouvrière qu*à Tentreprise ordinaire : mais ils ne touchent réellement que les associés, non le public. é

L'association ouvrière présente en compensation plusieurs avantages. Elle est moins exposée que Tentreprise ordinaire à offrir des services dont le public n'a pas besoin. En effet, fondée par des ouvriers antérieurement employés, elle ne vient pas augmenter sur le marché la somme des produits offerts : elle se borne à remplacer un ou plusieurs patrons, comme une machine remplace quelquefois un ou plusieurs ouvriers. Aussi est-il inouï que les associations de cette espèce aient troublé le marché par une production excessive dans la branche d'industrie où elles se sont établies.

Mais le principal avantage de ces sociétés consiste à offrir aux ouvriers un nouveau mode d'avancement, en même temps qu'une école pratique incomparable. Il est impossible qu'un ouvrier prenne part à une société de production sans acquérir sur la marche des affaires, sur les fonctions d'entrepreneur et de capitaliste, des notions précises qu'il n'aurait pu obtenir, même aVec le goût de l'étude^ que théoriquement et par à peu près, s'il était resté dans la condition de siniple salarié. — Chacun sait, du reste, l'immense différence qui existe entre l'enseignement que fournissent la lecture et la parole et celui qui s'acquiert par Texpérience personnelle et combien ce dernier est plus efficace, plus vivant que l'autre.

INSTITUTIONS LIBREs! 191

Les avantages que présentent les associations de production profitent, non-seulement à leurs membres, mais aussi au public en général, puisqu'elles ajoutent quelque chose à l'art industriel. Ces associations ont droit, par conséquent, à toute sympathie.

Remarquons toutefois en passant que l'association ouvrière bien fondée et bien gérée empire la situation des entrepreneurs particuliers qui opèrent en concurrence, parce qu'elle réduit le nombre des ouvriers du métier dont ils peuvent disposer et les prive justement des plus intelligents, des plus capables et des plus économes, qui sont en général ceux dont le travail coûte le moins cher. — C'est là une des conséquences légitimes et nécessaires de la concurrence.

Remarquons encore que le caractère libéral des associations de production leur a valu la censure des partisans d'une organisation de l'industrie par autorité. Les ouvriers réunis au congrès de Lausanne en 1867 ont adopté, après discussion, les trois résolutions suivantes :

ccl"" Le congrès pense que les efforts tentés aujourd'hui par les associations ouvrières, s'ils se généralisaient dans leur forme actuelle, tendraient à constituer un quatrième état, ayant au-dessous de lui un cinquième état plus misérable encore;

9 2"* Que pour obvier à ce danger, il est nécessaire que le prolétariat comprenne que la transformation sociale ne pourra déiinivement s'opérer que par des moyens

agissant sur l'ensemble de la société et conformes à la réciprocité et à la justice;

» 3** Le congrès pense néanmoins que tous les efforts des associations ouvrières doivent être encouragés, sauf à faire disparaître le plus possible de ces associations le droit de prélèvement du capital sur le travail^ c'est-à-dire y faire pénétrer Vidée de mutualité et de fédération, d

La première de ces résolutions peut être très-logique, mais elle n'est pas juste. En s'éjevant par l'association, les ouvriers n'attentent aux droits de personne; ils profitent légitimement du concours ouvert à tous. — Notons en passant l'expression de « quatrième état, » empruntée au vocabulaire de l'ancien régime et qui atteste une étrange préoccupation de classe.

Notons encore dans la seconde résolution le terme de a prolétariat » emprunté à la langue des démagogues de l'antiquité qui s'adressaient à une plèbe oisive.

Enfin la troisième résolution conseille de réduire jusqu'à la suppression, s'il est possible, Tintérêt des capitaux épargnés, afin de propager l'idée de mutualité et de fédération, consistant^ à ce qu'il paraît, à offrir à celui qui épargne le même traitement qu'à celui qui n'épargne pas. Et on invoque à l'appui de cette proposition la réciprocité et la justice ! Étrange réciprocité que celle en vertu de laquelle celui qui a pris la peine d'épargner et de fournir un capital ne recevrait rien de celui auquel il procure l'usage de ce capital ! Étrange justice que celle qui traite également celui qui rend deux services et

celui qui en rend un seul ! Autant aurait valu, pour être conséquent, attribuer le mêjûjc salaire à celui qui travaille et à celui qui reste oisif.

Maintenant est-il vrai, comme on le dit quelquefois, que les associations ouvrières aient pour fin la destruction du salariat? Pas le moins du monde actuellement, et qui oserait affirmer ce que sera Tavenir? Aujourd'hui, le salariat se rencontre fréquemment dans le sein même des associations, qui emploient aux conditions courantes les ouvriers dont elles ont besoin temporairement et ceux qui ne peuvent ou ne veulent remplir les conditions nécessaires pour être associés. Jusqu'à ce jour d'ailleurs le régime de l'association ne convient qu'à une élite, capable de prévoir, de discuter, de transiger, de se discipliner et de se modérer elle-même, comme d'épargner et de conserver. Pendant longtemps encore ces qualités ne se rencontreront en France que dans le petit nombre : ceux qui ne les possèdent pas sont libres de les acquérir et on peut, à bon droit, espérer qu'il les acquerront; mais, en attendant, ils n'ont riep de mieux à faire que d'accepter la condition de salariés et d'en bien remplir les devoirs.

Du reste, le contrat qui lie Tentrepreneur et le salarié n'a rien d'injuste en soi : il est même très-juste, puisqu'il tend à l'avantage de l'un et de l'autre des contractants^ sans léser les droits d'aucun tiers. Il est trèsutile, indispensable même dans l'état actuel de la civilisation, et préférable à tous les arrangements d'autorité

194 LIBERTÉ ET SOGTAirStfE.

que Ton a imaginés. II n'y a donc nul motif légitime pour le décrier et le dénigrer; mais on peut déçirer avec raison que le plus grand nombre possible ou même la totalité des ouvriers deviennent capables d'entrer dans les cadres des sociétés de production et y entrent effectivement.

Maintenant convient-il en principe que ces associations soient commanditées par l'État? Nous ne le pensons pas. Les fonctions du gouvernement sont de veiller au maintien des droits légitimes de chacun, non de servir des intérêts particuliers, quelque respectables qu'ils puissent être, en disposant au profit de tel ou tel des capitaux levés sur les contribuables, par la contrainte. On a commis et on commet encore des abus de ce genre au profit d'entreprises particulières; mais il convient de les supprimer, non de les étendre, sous prétexte de favoriser les sociétés ouvrières. Qui sait, du reste, si la commandite de l'État serait, en définitive, avantageuse à ces sociétés? Nous croyons, quant à nous, qu'elle leur serait plutôt onéreuse qu'utile et qu'il vaut mieux pour elles s'en passer que de subir la surveillance^ la tutelle et l'ingérance du gouvernement dans leurs affaires.

Il n'est pas vrai d'ailleurs, comme on le dit trop, que cette commandite soit nécessaire, parce que le crédit manquerait aux ouvriers qui deviennent chefs d'entreprise, soit isolément, soit par groupes. Les capitalistes offrent leurs services partout où ils croient que leurs

capitaux seront placés avec sécurité et savent très-bien apprécier la garantie que leur présentent des ouvriers réunis pour travailler honnêtement. Cette garantie serait mieux appréciée encore si les lois qui constituent le monopole de la Banque de France ne nuisaient pas aux développements du commerce de banque^ dont la fonction principale est de chercher et de juger les bons placements.

Le monopole de la Banque de France nuit ainsi aux sociétés ouvrières, comme à tout le monde. Il nuit aux sociétés de production surtout parce qu'il les laisse exposées aux offres de service des faiseurs de projets qui prétendent organiser en leur faveur un crédit spécial et proposent quelquefois d'établir entre elles une solidarité qu'elles ne sauraient accepter sans commettre une grave imprudence. Il est préférable pour elles de chercher le crédit par les voies ordinaû*es, de l'obtenir au mieux de leurs intérêts, et d'éviter les engagements solidaires qui rendent les associations bien gérées responsables des malheurs et des fautes de celles dont la gestion serait moins capable ou moins heureuse.

Le droit commun tout entier, ni plus ni moins, la liberté pure et simple, voilà le régime qui convient le mieux aux intérêts et à la prospérité des associations de production : elles ne doivent demander ni même désirer rien au delà.

196 LIBERTÉ ET SOGTALISME.

i 5* — Chambre syBdlcale.

Aux institutions que nous venons d'énumérer, et qui existent en France d'une maiiière plus ou moins imparfaite, il conviendrait de joindre des chambres syndicales, nommées dans chaque corps d'état^ soit par les ouvriers, soit par les patrons, soit par la réunion des uns et des autres» afin de veiller aux intérêts généraux du corps d'état, sans exercer d'ailleurs aucune juridiction ni attenter, en quoi que ce soit, à la liberté du travail.

Les chambres syndicales seraient élues librement et soutenues par des souscriptions volontaires.

Le but principal de ces chambres serait la propagation dans le corps d'état d'un enseignement qui consisterait : — 1** A ouvrir des cours et des bibliothèques pour l'instruction générale et profe^ionnelle des apprentis et même des ouvriers et patrons ; — T à réunir tous les renseignements dont la connaissance pourrait importer aux patrons et aux ouvriers.

Il est inuâle d'insister sur l'importance de l'enseignement proprement dit : chacun la comprend aujourd'hui. On comprend moins que les ouvriers d'un corps d'état aient intérêt à acquérir le plus d'instruction qu'ils peuvent. Cependant, il est clair que l'instruction donnant à ceux qui la possèdent le moyen d'exécuter avec un moindre effort un travail plus utile, leur permet d'obtenir un salaire élevé, bien que leur travail soit moins

LNSTITUTIONS UBRES. 197

cher que celui d'ouvriers sans instruction. — L'instruction présente à l'ouvrier un autre avantage, dont Timportance est grande sous un régime de liberté : elle lui permet de changer sans trop de peine de résidence, et même de profession.

Quant au patron, l'avantage qu'il retire de l'emploi d'ouvriers instruits, intelligents et habiles est *fei évident, que nous n'avons nul besoin de le signaler. L'instruction qu'il pourrait puiser à la chambre syndicale ne serait pas moins utile à lui-même, et aux ouvriers et à l'industrie en général que celle que pourraient y acquérir les hommes qui travaillent sous ses ordres. Les entrepreneurs français, tout présomptueux qu'ils sont, ont beaucoup à apprendre.

Il conviendrait, sans contredit, que les chambres syndicales de Ithaque corps d'état s'occupassent du traitement et de la condition des enfants employés dans le corps d'état, notamment de ceux qui ont pour but d'apprendre le métier, des apprentis proprement dits.

L'apprentissage, comme toutautre enseignement, est, par la nature même des choses, une affaire d'autorité. Il est surveillé d'abord par la famille, mais cette surveillance, trop éloignée, ne peut être suffisante, surtout lorsque l'apprentissage a été l'objet d'un contrat. On sait combien la surveillance de l'État est illusoire : reste celle de sociétés philanthropiques ou celle de délégués d'ouvriers et de patrons du métier, réunis en chambre syndicale.

Il ne faut guère songer aux sociétés philanthropiques dans un pays où la législation s'oppose à la formation de toute société de ce genre, si elle ne prend pas un titre religieux ou une attache officielle. Les sociétés soidisant religieuses ne cherchent qu'à établir, consolider et étendre leur influence : les sociétés officielles cherchent à plaire au gouvernement afin d'obtenir de lui, pour ceux qui les dirigent, des distinctions, des honneurs ou des avantages plus positifs. L'intérêt des apprentis pourra être un prétexte pour ces sociétés; il ne sera jamais leur but.

Une chambre syndicale serait préférable, surtout parce qu'elle serait mieux placée pour connaître les abus auxquels l'apprentissage peut donner lieu. Elle réprimerait ces abus, soit par des avertissements directs, adressés à ceux qui les commettraient, soit en les dér nonçant aux familles intéressées et aux tribunaux. — D'ailleurs, l'existence et l'action des chambres syndicales n'empêcheraient pas que des sociétés plus désintéressées s'occupassent du patronage des apprentis.

On pourrait craindre qu'une chambre syndicale essayât de mettre obstacle à la libre admission des apprentis dans le métier, car les patrons auraient intérêt à exiger des familles de longs contrats d'apprentissage et les ouvriers auraient le même intérêt, puisque ces contrats tendraient à réduire le nombre des apprentis. Toutefois, tant que la chambre syndicale n'aurait aucune juridiction, tant que l'ouvrier étranger au corps

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d'état, pourrait y entrer librement dès qu'il y trouverait de l'occupation, le danger ne serait pas grand et la chambre réprimerait toujours les abus qui tendraient à compromettre la santé, l'instruction ou la moralité des apprentis.

Les chambres syndicales pourraient encore être fort utiles comme bureaux de renseignements pour les ouvriers qui chercheraient à se placer et pour les patrons qui chercheraient des ouvriers. Elles seraient de véritables marchés du travail dans chaque métier.

Les chambres syndicales travailleraient à se procurer et à fournir à leurs membres des renseignements sur les progrès ou changements quelconques survenus dans le métier, sur les meilleurs arrangements d'atelier, sur les causes qui tendraient à augmenter ou a réduire les débouchés qui les intéresseraient, sur les accroi^ements et les réductions de la demande du travail^ de manière qu'avant qu'on sentît Teflet des perturbations du marché, on pût les prévoir et y pourvoir.

Les chambres svndicales seraient naturellement informées des différends individuels ou collectifs qui surviendraient entre ouvriers et patrons : elles pourraient remplir dans ces différends le rôle de conciliateurs amiables. Elles constitueraient pour tout le corps d'état une véritable censure, qui pourrait, par des services continus, devenir fort respectable et acquérir à la longue une grande autorité.

Mais si nous 4>arlons de chambres syndicales, c'est

surtout en vue de Tavenir. Les relations qui existent actuellement entre patrons et ouvriers, les préjugés qui régnent de part et d'autre ne permettent pas d'espérer qu'ils s'associent dans une œuvre collective ; ni que les ouvriers ou les patrons se réunissent dans un autre but que de se faire la guerre et d'agir, les uns pour la hausse, les autres pour la baisse des salaires * . — Jusqu'à présent, lorsqu'il s'est agi entre les ouvriers de chambres syndicales, ils ne les ont guère considérées que comme un pouvoir dont ils ont demandé la constitution au gouvernement ou qu'ils ont établi pour les fms dont nous vous avons parlé dans le précédent chapitre.

I 6. — ftilbertés pollMqnes nécMsalres.

Pour que les institutions de la liberté fonctionnent bien, il faut qu'elles puissent s'établir et opérer librement; ce que la législation actuelle de la France ne permet pas. — C'est une triste condition que celle à laquelle nous sommes soumis, de ne pouvoir nous réunir et délibérer sur nos intérêts les plus immédiats avec nos

* Le recueil des procès- verbaux des ouvriers délégués à l'Exposition de 1867» constate qu'au l**" janvier de cette année il existait à Paris seulement 42 cliambres syndicales de patrons ayant pour organe commun un journal spécial. Ces chambres semblent avoir pour but principal de dérendre la profession à laquelle elles appartiennent dans les affaires contentienses et le tribunal de cominerr« parait disposé à les substituer à ses experts et à ses arbitres jurés; c'est^nlire à leur iibandonner une grande partie de ses propres attributions. .

cointéressés que sous le bon plaisir d'un employé de bureau et sous la surveillance d'un agent de la police; de penser que les paroles que nous prononcerons pourront devenir délit et crime peut-être, si elles sont jugées telles par cet agent ; qu'en somme, les hommes qui se réunissent sont, par le fait seul de se réunir, tenus pour suspects et presque comme coupables.

La liberté du travail et de l'industrie est liée dans une certaine mesure à la liberté politique , et ne peut être complète qu'avec celle-ci. Comment veut-on que des ouvriers forment des sociétés de consommation , de crédit, de production, et les administrent convenablement, s'ils ne peuvent se réunir sans une autorisation? Comment peuvent-ils administrer leurs caisses de secours? Par des efforts pénibles qu'on devrait leur épargner. Comment pourraient-ils constituer les chambres syndicales que nous avons décrites, et comment ces chambres pour raient-elles fonctionner sans liberté ? Voilà ce qu'on ne peut concevoir.

Comment, lorsqu'il s'agit d'élever ou d'abaisser des salaires, les patrons et les ouvriers surtout, qui sont plus nombreux, pourraient-ils s'éclairer mutuellement sur une situation commerciale donnée, s'ils ne peuvent se réunir et délibérer librement, de vive voix et par écrit; s'ils ne jouissent de la liberté de réunion et de la liberté de la presse? Évidemment ils ne le peuvent.

On nous dira peut-être que nous sommes inconséquents, lorsque, après avoir déclaré inutiles et presque toujours

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fâcheuses les coalitions et les résolutions collectives relatives aux salaires, nous venons réclamer , non-seulement la liberté, aujourd'hui presque acquise, de prendre ces résolutions, mais encore celle de s'éclairer avant de les prendre. — Nous ne voyons là nulle inconséquence. Notre opinion sur l'inutilité des résolutions collectives peut n'être pas partagée par les ouvriers d'un corps d'état, et nous croyons qu'en ce cas il convient que ces ouvriers puissent sans obstacle faire à leurs risques et périls une expérience et, par exemple, se mettre en grève. Mais il est très-utile qu'ils s'éclairent le plus possible, avant de prendre une telle résolution, pour savoir si l'état du marché leur permet d'espérer le succès et ne permet pas de l'espérer par une autre voie. Il convient à l'intérêt de tous que chacun puisse s'exprimer librement à cet égard, s'associer ou se refuser hautement à la résolution collective ; agir, en un mot, d'après sa conviction propre, en homme libre.

Il est difficile qu'on délibère sur les salaires avec sécurité, lorsque l'on voit autoriser les réunions qui ont préparé une grève et refuser iine autorisation à celles qui tendaient à y mettre iin , lorsqu'on ne peut savoir bien exactement si une résolution collective, tendant à refuser certaines conditions de travail, sera ou ne sera pas poursuivie comme un délit ; lorsqu'on voit un corps d'état qui compte plusieurs milliers de membres se mettre en grève sans délibération préalable, sans qu'on puisse savoir, même après une instruction judiciaire.

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quels étaient ses délégués, quels pouvoirs leur ont été donnés et par qui ils leur ont été donnés.

Les ouvriers, aussi bien que les patrons, ne pourront s'accommoder d'une manière satisfaisante dans la liberté du travail^ qu'à la condition de jouir des libertés politiques et d'en user largement. Ces libertés ne suffisent pas, sans doute, pour que toute réforme s'effectue comme par enchantement ; mais elles sont indispensables pour y préparer les volontés, comme les intelligences, et sans elles on ne peut espérer aucune réforme profonde ou même un peu sérieuse.

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