‹ Liberté et socialisme, ou, Discussion des principes de l'organisation duChapitre 18 sur 42 · GRÈVE DE GENÈVE · texte numérisé non relu

GRÈVE DE GENÈVE

menaçantes des internationaux, admiraient qu'après cet affichage inquiétant» la démonstration des ouvriers, qui n'était point molestée, ni même surveillée par des gendarmes, se fût terminée, pendant la nuit, le plus pacifiquement du monde» sans troubler le sommeil des habitants.

x> Mais le lendemain (mardi 34) , TAssociation internationale qui, jusqu'alors, à beaucoup d*égards, avait eu le droit pour elle, montra le mauvais côté de son organisation. Elle ne put se mettre à l'œuvre sans exercer une véritable tyrannie. Tant qu'elle s'était boruée à dire aux ouvriers : ce Réunissons-nous pour être forts, et pour opposer à la puissance des patrons une autre puissance, » on ne la blâmait qu'économiquement; mais voici le malheur: l'Association internationale ne pouvait agir qu'à la condition de s'imposer à ceux qui ne voulaient pas en être. Il ne lui suffisait pas de proclamer la grève, elle devait la forcer. Or, il y avait à Genève un nombre assez grand d'ouvriers qui n'appartenaient point à l'Internationale, et qui, mardi matin, malgré les décisions de l'assemblée populaire, se rendirent à leurs ateliers. Aussitôt commencèrent des actes, non de violence, mais d'intimidation. Dans la matinée, deux ou trois vcrnisseurs» qui allaient terminer un ouvrage à la' campagne» rencontrèrent quelques individus qui leur commandèrent de rebrousser chemin. Le lendemain, ces mêmes individus allaient à la campagne où devaient travailler ces vernisseurs. La porte étant fermée» un international sauta par dessus la haie» et, trouvant un domestique dans le jardin, lui ordonna d'ouvrir la maison. Il s'assura ainsi, par ses propres yeux, que

les vemitseurs n'étaient pas revenus» et s'en revint alors sans violenee. Je cite en détail ce pçtit fait, parce qu'il s'en est oomipis vingt autres pareils en divers endroits, surtout à la campagne. Les internationaux entrent partout comme ohex eui, et s'ils trouvent un homme qui travaillsi s remmènent. Si l'homme résiste, ils l'enlèvent; mais sans violence, toujours.

)9 Par malheur, ils ^ont entrés aussi dès le deuxième jour (mardi) dans les ateliers, et, se plaçant devant les machines, leur ont imposé silence, en disant (c'est leur mot d'ordre) : On ne travaille pas! - Tous les mécaniciens, fondeurs, chaudronniers, serruriers, visités par ces hardis inconnus, plus ou moins nombreux, selon l'oocureDce, ont dû fermer boutique, Plusieurs usines très^mportantes, entre autres celles de M, Schmiedt, à, la Cluse, et celle de MM. Menn et Lullin, à la Coulouvrenière, ont été dépeu-i plées ainsi r- mais sans violence -^ par^l'intervention soudaine de soixante visiteurs, non invités ni attendus. Notes que, dans ces usines, le travail abondait, l'argent afiluait, les ouvriers ne se plaignaient point, MM* Menn et Lullin avaient, exécutés les grands travaux de canalisation qui portent l'eau du Rh6ne à Yersoix, M. Bohmiedt a pu accomplir des travaux pareils, pour distribuer l'eau de l'Ajrve à plusieurs communes qui mouraient de soif en temps de sécheresse.

» Ce qui a le plus indisposé la population^ c'est que les internationaux partaient pour leurs expéditions au cri de : Wor%o^eft%\ (en avant). On trouve ce cri bien germanique. Les intrus ehantent en allemand, ce qui agace les Genevois. L'amour^-prppre natiqnal est {foiasé, vous le oom*

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pr^Ddpa9 saQg peine, Cette mauvaiao humeur se montre dann las jouruaui qui Yoieiit, peut-dtre h tort, dans tout eeci, dea menées étraugèrea, Outre daa Allemands, flgu-» rent parmi lep papitaiuea et aurtout parmi lei tambours da la bruyante A/tnée, bon pombr« de Français, mâme de Pariaiens,

m Pans la plupart de^ naines et des ateliersi lea ouvriers 86 sont laissés emmener sans résistance. Lea Géneyois ne manquent pourtant pas de coeiur, et vous saves qu'ils ne craignent point les batailles. Maia Vintimidation, en bien des endroits, l^s a paralyses.

i> II y a quelques endroits^ cependant, où les internationaux pqt an la dessous, Plusieurs ehefs d'atelipr ont fait bonne contenance et tenu leurs ateliers ouverts, ob les ouvriers sont revenus, Deui villages du canton, Peney et Satigny, pe sont particulièrement distingués par leur attitude. Jeudi matin, les ouvriers, employés dans ces villages aui travaux hydriiuliques, s'étaient remis au travail, malgré les sommations et les menaces qu'ils avaient reçues I9 veille, VM^rte avait été donnée, des sentinelles veillaient. A di^ b^ures et demie, le tocsip, sonné h Peney, annonça ^^rnvée 4*una bande internationale. Les visiteurs (je garde ce mflt pour rester modéré) étaient peut-être une trentaine; quatre d'entre eux» Français, m'assure-t-on, vinrent parlementer; le maire les reçut bravement, eeint de son éebarpe. Il leur dit que les ouvriers voulaient travailler, et qu'ils résisteraient h la force.

V À 6atigny, le même jour, vers trois beures, nouvelle alerte : le tocsin réunit en un elin-d'œil une foule de campagnards qui travaillaient à leurs vignes; ils accoururent

aussitôt au secours des ouvriers meuacés. Les iaternationaux durent reculer, toujours sans violence. Ils annoncèrent bien qu'ils reviendraient le lendemain, mais ils ne sont pas revenus. Cependant, cette satisfaction obtenue, le maire de Satigny, M. Necker, dont on a fort admiré la prudence et la fermeté, ne voulut pas prolonger la lutte. Comme les travaux hydrauliques l'intéressaient personnellement, il déclara qu'il ne croyait pas devoir « demander aux citoyens la continuation des efforts que leur patriotisme les avait décidés à faire, mais qui ne pouvaient se prolonger indéfiniment. » Les ouvriers furent donc congédiés et la grève continue.

» Que firent cependant les patrons? Ils résistèrent. Réunis eux-mêmes en association, ils convoquèrent de leur côté des assemblées générales, d'où sortirent deux adresses aux ouvriers. Us s'y déclarent prêts à discuter et à accueillir toute réclamation équitable, mais ils repoussent absolument l'intervention de la Société internationale.

» Je tiens à entendre toutes les opinions : j'ai demandé à un international ce qu'il pensait de cette adresse, qui me paraissait fort sensée. L'international m'a répondu : «C'est une fin de non-recevoîr. Les patrons refusent de traiter avec l'association : voilà tout. Mais les ouvriers ne sont écoutés que grâce à elle. Nos chefs étaient nos maîtres sous le règne de la liberté individuelle et réciproque. Ils ne commencent à nous écouter que depuis l'ingérence de l'association. Et ils veulent que nous n'en soyons plus? Pas si bêtes! Ils avaient un fusil contre nous, et ils l'ont encore, mais nous n'avions pas d'armes ; nous venons d'en

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trouver une, Y Internationale, et ils nous disent mainte- Dant : Désarmez-yous, et nous nous arrangerons ensemble! — Pas si fous ! »

<c Tel est le. raisonnement des internationaux. Les hommes intelligents du pays, même les radicaux, désaprouyent et regrettent cette grève forcée, qui suspend beaucoup de travaux commencés, et qui, en ce moment, donne à Genève, où Ton bâtissait un peu partout, Tapparence d'une ville secouée et partiellement ruinée par quelque tremblement de terre.

)> Les marteaux se taisent, nombre d'ateliers sont fermés, certains quartiers paraissent déserts. Çà et là, des groupes d'ouvriers stationnent ou rôdent mélancoliquement; ils n'ont pas l'air méchant, ils sont soucieux et tristes. Il doit y avoir d'horribles souffrances en ce moment, après les tristes récoltes de l'an dernier et les rigueurs de cet hiver. Ajoutez que, depuis quelque temps, l'industrie locale semblait renaître; les capitaux genevois revenaient de l'étranger et tâchaient de se placer dans le pays. Tout cela jette du froid et du noir dans la ville. Les patrons et les ouvriers paraissent mécontents les uns des autres, et aussi d'eux-mêmes ; tous s'obstinent pourtant dans leur parti pris et s'en tiennent à leur dernier mot. On ne sait comment cela finira ; il faut pourtant que cela finisse.

» Il n'y a guère qu'un groupe d'hommes qui ne me paraissent nullement troublés : ce sont les conseillers d'État du canton de Genève. Ostensiblement, les autorités de la République, n'ont pas donné signe de vie ces derniers jours.

302 APPENBIGB.

» Beaucoup de gens s'en sont étonnés s pour ma part, j'aiine assez (|Ue le pouvoir se fasse sentir lé moins pos* sible. Des gendarmes, des milices appelées sotis les ar<nes, des secoure fédéraui démaudés à Berne n'auraient pas résolu la question. Nous tivons dfttis Uù pays où les me^ sures préveûtiTes soût impopulaires^ QuMit aut fioestires répressives, je doute qu'elles eussent produit un bou effet; En réalité, les internationaUi n'ddt (^olAtnis auêiin aeiede violence ; je l'ai redit à dessein plusieurs fois dans mon récit. Il ne sont coupables que d'intimidation ; YintirlMt^ tUm n'est point uti crime.

» Je crois savoir^ cependant^ que si les menaces des in^ teruationaui étaleÉft suivies d'actes violents^ le gouverne^ tne&t sévirait aussitôt, celui de Genève et peut-être mémd celui de Berne. L'association parait le savoir, ailssi e<m* tient-elle ses hommes avec utie autorité jusqu'ici respectés religieusement. C'est un fait très^étrange et très-8îgaifl<saft tif^ qu'en huit jours de chômage^ des milliers d'boflUDês jetés sur le pavé^ maîtres de la me, livrés à tc^s les tnau-^ Tais conseils de l'oisiveté,^ condamAés au ôabaret, exeitéi par là lutte, aicrol fait, en somme, fort peu dé bruit et point de mal» Gela prouve la puissance d# leurs 6heb} mais cet^ puissance ne rassure pas tout le Itmrdè/ »

Quoi qu'en dise l'auteur du récit qui précède, les organisateurs de la grève ont usé de Violence» car on ne comprend pas qu'un homme qui résiste puisse être enlevé sans Violence. Sans doute il n'y avait eu ni coups ni blessures, et c'est poul*quoi l'autorité pubKqoe

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